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EAN : 9782246826552
272 pages
Grasset (05/01/2022)
3.59/5   160 notes
Résumé :
« Ce livre a été écrit dans un endroit qui devrait être sous l’eau ».
F. B.

Au hasard d’une galerie de Saint-Jean-de-Luz, Frédéric Beigbeder aperçoit un tableau représentant une cabane, dans une vitrine. Au premier plan, un fauteuil couvert d’un coussin à rayures, devant un bureau d’écrivain avec encrier et carnets, sur une plage curieusement exotique. Cette toile le fait rêver, il l’achète et soudain, il se souvient : la scène représente ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (48) Voir plus Ajouter une critique
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PetiteBichette
  16 mai 2022
Môôôssieur Beigbeder, ses états d'âme, son vit, son oeuvre ….
Frédéric Beigbeder jette des phrases sur la page blanche, des réflexions, des anecdotes, quelques infos sur sa vie intime, celle de ses amis ou de ses ex.
La vie de Beigbeder, écrite par Narcisse Beigbeder, car Môôôssieur aime se regarder le nombril, s'admire, se jette des fleurs, bat sa coulpe, exhibe ses états d'âme et ressasse son âge canonique de cinquante-cinq ans.
Heureusement cela est savamment saupoudré d'une bonne dose d'humour et d'auto-dérision. Je ne peux pas dire que cela m'ait intéressée, au moins dans les pages de Closer j'aurai pu espérer quelques infos croustillantes, mais là non, rien que du réchauffé...
Ce livre est le tome 2 d'Un roman français, ce n'est pas gênant car cette accumulation de paragraphes sans liens entre eux ne constitue en rien un roman, et si le tome 1 était du même acabit, ne pas l'avoir lu ne nuit pas à la compréhension…
Certaines phrases bien léchées sonnent comme des slogans publicitaires, d'autres m'ont fait rire, m'ont agacé par leur vacuité ou leur suffisance, certaines sont touchantes de sincérité ou poétiques, mais quand on intitule un livre roman, moi, j'attends bêtement une histoire, et là mon histoire, je l'attends toujours. Cette volonté de faire du name-dropping à outrance (de surcroît sans aucun intérêt pour les ignares comme moi qui doit connaitre un nom sur cinq, et encore), de régurgiter ses anciennes « gloires » et conquêtes, ça suinte l'angoisse du vieux jet-setter fatigué qui, loin des paillettes et des baignoires de champagne, se demande si la vie vaut encore d'être vécue alors qu'il nous a expliqué trois paragraphes avant, que ça y est, loin de Paris, il a atteint le nirvana. le lecteur se pince un peu pour y croire (ouch ! ça fait mal !)
Ce bouquin m'aura tout de même permis de faire connaissance avec Benoît Bartherotte, un étrange énergumène endémique du Cap-Ferret, qui par amour pour sa propriété déverse (sur ses deniers personnels) des tonnes de gravats pour que la pointe du Cap ne disparaisse pas engloutie sous les flots. J'aurai au moins appris un truc au sujet de cette star locale. Bon, allez cher Fred, arrête de gâcher ton talent, j'attends toujours mon histoire, moi !
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hcdahlem
  21 janvier 2022
Face à la mer
À l'heure de jouer avec ses petits-enfants, Frédéric Beigbeder revient sur sa vie, ses amours, ses livres. Pour constater combien l'avenir est incertain. Ce faisant, il nous offre sans doute son livre le plus abouti.
Si les premières pages du nouveau roman du trublion des lettres françaises peuvent dérouter – il s'agit d'un alignement de phrases espacées de deux lignes et sans rapport entre elles pour bien les mettre en valeur – elles sont avant tout une habile manière de présenter son projet et l'endroit dont il parle. Oui, c'est bien l'écrivain devant sa page blanche, angoissé par l'exercice, mais aussi par le dérèglement climatique et la crise sanitaire, qui va tenter de donner une suite à Un roman français en allant chercher dans ses souvenirs. Des souvenirs qu'l convoque mot à mot pour en faire des phrases. Car oui, «une phrase est une phrase est une phrase est une phrase est une phrase». Un exercice sans cesse renouvelé, sans garantie de succès. Un peu comme le combat que mène jour après jour son ami Benoît Bartherotte en tentant de consolider la digue située au bout du Cap Ferret, afin d'empêcher l'Océan de submerger cette bande de terre où s'est installé l'écrivain. «Ce matin encore, plusieurs camions remplis de pierres sont venus déverser leur cargaison devant ma cabane, dans un fracas de tonnerre. Ce qui est beau dans ce combat contre la nature, c'est sa vanité.
Bartherotte est le Sisyphe gascon. Il préside l'ADPCEF: «l'Association de Défense de la Pointe du Cap Ferret». Chaque jour, il pousse son rocher vers le fond de l'océan. Et le lendemain, il recommence.»
Prenons donc un écrivain, ses angoisses et ce lieu peint par Thierry de Gorostarzu, le «Edward Hopper basque» et dont il avait acheté l'oeuvre, et tentons d'en faire une histoire. En commençant par le commencement.
«Je suis né près de Paris en 1965 d'un père chasseur de têtes et d'une mère éditrice de romans d'amour. Vers l'âge de six ans, mes parents ont divorcé et j'ai été élevé par ma mère avec mon grand frère. Pourquoi le divorce est-il un événement si grave? C'est pourtant simple à comprendre: les deux personnes que vous aimez le plus au monde ne s'aiment plus.» À l'heure du bilan, il écrira: «Mon père a été maladroit, blessant, absent, égoïste, et pourtant Je ne cesserai jamais de l'admirer. Ma mère a été aimante, protectrice, présente, altruiste, et quand je la vois, je fais de gros efforts pour ne pas suffoquer.»
Après une scolarité assez rectiligne, dont on retiendra les batailles de marrons dans les jardins du Luxembourg et la découverte de l'amour plus que du sexe, la présence de célébrités – ou en passe de passer à la postérité – à la maison et le besoin de faire la fête, l'aspirant écrivain va finir par trouver un boulot sérieux dans une agence de publicité, comme le souhaitait son père, avant de devenir chroniqueur, notamment pour le défunt magazine Globe.
Avec lucidité, Frédéric Beigbeder comprend qu'il n'a cessé toute sa vie à s'attacher à des hommes plus âgés, «que ce soit mes patrons, ou des mentors, des modèles que je considérais comme des pères de substitution, et qui m'ont servi de guides: Denis Tillinac, Philippe Michel, Bruno le Moult, Thierry Ardisson, Jean Castel, Jean-Claude Fasquelle, Edmond Kiraz, Jean-Marie Périer, Michel Denisot, Alain Kruger, Jean-Yves Fur, Michel Legrand, Daniel Filipacchi, Albert Cossery, Paul
Nizon.… Benoit Bartherotte. Je suis un enfant qui veut qu'on l'adopte.
Toute ma vie je me suis cherché des maîtres, comme un chien abandonné.» Et aujourd'hui qu'il fait partie de ces êtres plus âgés, qu'il a fondé une famille et n'aime rien tant que de réunir sa tribu, il se rend bien compte du chemin parcouru. Un itinéraire bien loin d'être rectiligne, mais qui a nourri autant l'homme que l'écrivain. Un paradoxe qu'il résume ainsi: «j'ai fui l'embourgeoisement en choisissant une vie d'artiste, critiqué mon milieu d'origine, fréquenté des gauchistes, renié ma famille et mon milieu social, flingué tous mes employeurs (l'agence de publicité, la télévision, la radio) — tout cela pour finir par épouser une Genevoise, vivre à la campagne dans le même village que mes grands-parents, fonder une famille à où mes parents se sont mariés et écrire au Figaro. Je me suis vacciné contre la curiosité.» Mais pas contre la peur du lendemain. C'est donc comme le chante Calogero
Face à la mer
C'est toi qui résistes
qu'il nous livre son livre le plus écrit, le plus abouti. Celui d'un honnête homme.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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JIEMDE
  16 janvier 2022
Alors maintenant, Môssieu Beigbeder fait des phrases…
Ça n'est pas comme ça que vous réussirez dans la vie Monsieur Beigbeder !
Le monde se sépare en deux camps : les boomers qui ayant la référence à la pub précédente, adoreront Un barrage contre l'Atlantique ; et les autres qui l'apprécieront aussi, même sans avoir la référence.
Alors bien sûr, il y aurait bien un 3e camp, celui de ceux qui ont depuis longtemps classé Beigbeder dans la catégorie « escroc littéraire récidiviste ». Mais à ceux-là j'opposerai toute ma mauvaise foi légendaire, ma subjectivité revendiquée et même une certaine indifférence assez peu feinte.
Car le monde se sépare en deux camps : ceux qui pensent qu'il faut condamner les escrocs ; et ceux qui pensent qu'un escroc de tel niveau a forcément une part de génie. J'appartiens à celui-ci. Et il n'y a pas de 3e camp possible.
Car comment ne pas voir du génie chez quelqu'un qui fonda autrefois le Caca's Club et surtout, cite le Eight Ball Deluxe comme son hobby principal ? Tu ne connais pas le Eight Ball Deluxe ? Same player shoot again ! Retourne immédiatement au 2e paragraphe de cette chronique.
Le monde se sépare en deux camps : ceux qui se retrouveront totalement dans cette chronique qui évoque si peu le livre chroniqué ; et ceux qui le regretteront.
À ceux-là, je dirai que ce livre n'est dans sa première partie, que du blanc entrecoupé de quelques phrases, dont une sur dix tient du génie. Moi, ça me suffit. Puis les phrases se resserrent au fil des chapitres, les blancs se réduisent avant de disparaître, la pensée s'élève. Parfois.
Le rappel des frasques du passé ranime l'étincelle de l'auteur-boomer devenu père, rangé de la capitale et de ses péchés capitaux. Ermite temporaire sur le bassin, Beig s'interroge sur le temps qui passe, sur la solitude, sur ceux qui suivent face à ceux qui luttent et, hommage à Duras, sur ses femmes (mère, maîtresses, femme, amies, filles…) qui l'ont sauvé. Et sur l'époque.
Le monde se sépare en deux camps : ceux qui prennent les livres de Beigbeder comme des objets indépendants les uns des autres. Et ceux qui ont compris que chez lui comme chez d'autres, c'est l'ensemble de sa production qui fait sens, livre après livre.
J'en suis et c'est pour cela qu'il lui sera beaucoup pardonné…
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Stelphique
  07 janvier 2022
Ce que j'ai ressenti:
Je vais écrire des phrases. Des phrases, collées les unes aux autres. Quelque chose de concret, qui fasse bloc. Un bloc qui pourra être une énième bloc, pareil à ceux que pose inlassablement Benoît. Un bloc pour aider la digue Bartherotte, un bloc de mots, un bloc de phrases qui donnerait sens à ce rêve fou de préserver un petit endroit de paradis. Une pierre à l'édifice. Parce que j'ai cru à la sincérité de Frédéric Beigbeder, quand il m'a vanté ce bout de terre, quand il s'est retrouvé face à lui-même, face à ce tableau, face aux éléments, face à la page blanche. J'ai cru et je veux voir, de mes propres yeux, ce lieu qu'il a fait resplendir. Peut-être que ce sera un nouveau Cap…Ce livre est un constat rétrospectif, une série de questionnements et des vagues de nostalgie. Un pont étroit vers la maturité, aussi. Tout n'était pas reluisant, mais, c'était touchant, la mise à nu, le bleu, la mélancolie, l'émerveillement…Qu'est-ce qu'on perd ou gagne à écrire, à regarder l'état alarmant du monde, à se (dé)battre contre ou avec les éléments? Est-ce que ça laissera des traces? Est-ce que nos souvenirs vont laisser quelque chose de beau, d'utile, pour le bonheur des autres? Est-ce que écrire des phrases fait reculer la mer, la vieillesse, l'inéluctable? Est-ce qu'elles sont puissantes, ces phrases? Est-ce qu'on est totalement seul, quand on fait le choix de l'écriture? Est-ce que les livres nous survivent? Est-ce que l'océan prend tout: les pêchés, les peines et les espoirs? Comment on fait barrage? Avec quoi? Peut-être, aurez-vous les réponses en lisant ce livre…J'ai aimé, pour ma part, le style, l'effort, la forme, le stupéfiant addictif des phrases. Certes, il y a beaucoup de désillusions, de déceptions, de peurs, on ressent toute la déferlante d'angoisses qui s'en vient avec le confinement et l'introspection. Mais c'est une jolie réflexion sur nos agissements en tant qu'humains, sur ce qu'il va rester de nos (in)actions, une fois, qu'on n'y sera plus, tous, parce que la nature reprendra ses droits…Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir laisser aux générations futures? Est ce que tout va s'écrouler dans la fente noire? Les phrases, les regrets, les barrages, le néant, la famille, les amitiés?…Je ne sais guère, j'espère que le blanc ne va tout envahir, je me voudrais ardente, et toutes les Phrases de Frédéric Beigbeder me donne le courage, au moins, d'essayer…J'ai adoré ce voyage et la destination, je jette alors dans l'océan, comme promis, ce bloc de phrases. La douceur de mon ressenti…Foutue pour foutue, autant s'y accrocher, à ce barrage contre l'Atlantique….Une plongée intéressante dans cette rentrée littéraire 2022, que je vous recommande!
Lien : https://fairystelphique.word..
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Eve-Yeshe
  09 mai 2022
Dans la première partie l'auteur nous livre un exercice de style : après chaque phrase, non seulement il va à la ligne mais en profite pour en sauter une (ligne) tout en demandant au lecteur s'il va supporter encore longtemps l'exercice ! ce qui se révèle assez jouissif, en ce qui me concerne bien sûr !
Progressivement, les phrases s'allongent, les sauts de ligne se sont font plus rares, on est entré dans le vif du sujet, c'est-à-dire la vie de Frédéric Beigbeder : réflexions autour de moi-même, mon nombril, ma petite personne : sa famille, ses relations avec se mère, les femmes de sa vie, sa sexualité… C'est la partie du livre qui m'a le moins intéressée.
Mon histoire est celle d'un homme qui a tellement tout tourné en ridicule qu'il ne sait même plus comment retrouver le sérieux.
Peu à peu, le ton cesse d'être ironique, désabusé, laissant apparaître au grand jour les fragilités de l'homme qui s'interroge sur la Vie en général, la Terre qui va mal, à cause de l'homme, chez cet adulescent en proie au syndrome de Peter Pan et au départ de sa fille aînée pour vivre sa vie, ce qui lui a brisé le coeur. Refaire un enfant quand la cinquantaine approche, (entre parenthèse, quand on l'âge de devenir grand-père) c'est une manière de rester un éternel ado.
J'ai aimé la manière dont Frédéric Beigbeder compare la vie et un barrage contre l'Atlantique, des digues à ériger sans cesse pour se protéger, de soi et des autres, de la Nature qui reprend ses droits ainsi que les phrases vibrantes consacrées à Laura Smet, sa famille et sa vie compliquée, qui a partagé sa vie durant un temps, à la manière de Oona et Chaplin.
Ce livre pessimiste et mélancolique m'a bien plu, malgré quelques velléités de laisser tomber quand l'auteur tournait trop autour de la sexualité (la sienne en fait) car je partage en grande partie sa vision des choses sur l'inexorabilité de la disparition de la civilisation actuelle, en même temps que la montée des eaux qui fera disparaître les côtes telles que nous les connaissons, et ce n'est pas le dernier rapport du GIEC qui va nous restaurer une once d'optimisme. La littérature pourra-t-elle nous sauver ?
Petit hommage à Bartherotte, monarchiste, au passage, qui lutte contre l'enlisement proche du Cap Ferret, que l'auteur compare aux Pays-Bas, sous le niveau de la mer, dans son énergie à combattre en érigeant digue après digue… Comme l'écrivain qui construit son oeuvre phrase après phrase.
Ce livre entre en résonance avec le roman de Marguerite Duras, que j'ai lu il y a très longtemps, cette famille qui se bat pour construire un barrage pour sauver sa terre de la puissance des vagues du Pacifique, comme Don Quichotte et les moulins à vents, dans un combat presque perdu d'avance.
Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m'ont permis de découvrir ce roman et son auteur que j'ai très peu lu en fait : j'ai beaucoup aimé « Oona et Salinger » et j'aimais bien, jadis, son émission littéraire car l'homme m'est sympathique, il suffit de ne pas trop se limiter à son côté provocateur pour ne s'intéresser qu'à ses fragilités…
Si le sujet abordé et la manière de l'aborder m'ont plu, le côté victimisation m'a parfois énervée, bémol qui explique la note…
#UnbarragecontrelAtlantique #NetGalleyFrance !

Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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critiques presse (5)
LeJournaldeQuebec   13 mars 2022
Dans ce roman à saveur fortement autobiographique, l’écrivain et critique littéraire va s’ouvrir et se raconter sans fard [...]. Il met tout à plat et, bercée par l’Atlantique, cette plongée dans la vie de Beigbeder nous entraîne vers d’étonnants rivages.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LePoint   10 janvier 2022
« Un barrage contre l’Atlantique », ou la très poétique confession d’un écrivain qui regarde la mer grignoter le paysage. Vers de nouveaux horizons ?
Lire la critique sur le site : LePoint
Lexpress   06 janvier 2022
En 2020, comme nous tous, il a dû se confiner. Au lieu de tourner en rond, il s'est remis à prendre des notes sur sa vie, lesquelles donnent aujourd'hui Un barrage contre l'Atlantique, où l'on retrouve sa veine sensible, peut-être sa meilleure.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeParisienPresse   06 janvier 2022
Dans «Un barrage contre l’Atlantique», il se penche sur son enfance et le temps qui passe, avec une plume mélancolique exquise et une méthode déroutante : des paragraphes... d’une seule phrase.
Lire la critique sur le site : LeParisienPresse
LeFigaro   06 janvier 2022
Un roman autobiographique où l’humour et l’amitié servent de remèdes à la tristesse.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (69) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlem
hcdahlem  
J’ai appris à reconnaître sittelles, pics-verts, mésanges, tourne-pierres ; les rouges-gorges, c’est plus facile. Je considère les oiseaux comme un message de Dieu ; je n’ai pas vraiment la foi mais ils m’encerclent, me frôlent de leurs ailes, se posent près de moi et me regardent comme s’ils cherchaient à me convaincre. Bientôt un arc-en-ciel couronne la Pointe d’est en ouest comme si j’avais emménagé à l’intérieur d’un juke-box Wurlizer des années 1950. Le soleil d’automne crée un mille-feuilles de roses et de bleus superposés dans le ciel pastel du bout du monde. Benoît est le seul homme que je connaisse qui a créé son propre paradis artificiel. Sa digue est la plus haute d’Europe, se vante-t-il : « quarante mètres !Plus haute que les hollandais ! »Puisqu’il n’y avait pas de falaise au Ferret, Benoît a décidé de créer la sienne : un Étretat sous-marin. La pluie à grosses gouttes espacées gifle les pommettes et mouille la barbe ainsi qu’un chien qui s’ébroue. Les cabanes ont fusionné avec les arbres et les vignes vierges comme dans les contes de fées où les branches entrent par les fenêtres, les troncs grandissent dans le salon et sortent par les toits. Habiter un organisme vivant est le fantasme de tout citadin…et son cauchemar aussi. La terre scintille le matin et sèche le soir. La première lumière est multicolore, ensuite le ciel s’uniformise, il choisit la lueur et s’y tient, mais pendant toute l’aurore, il aura tergiversé entre la parme et le rose, comme mon grand-père, au moment de s’habiller, devant son placard de chemises. Mes enfants mangent toutes ces choses que je mangeais à leur âge et ne peux plus manger aujourd’hui : éclairs au chocolat, Dragibus, Cornetto vanille, chouchous… »C’est quoi, ça » me demande ma fille de cinq ans, en désignant du doigt un capteur de glycémie collé sur mn bras. Je ne peux tout de même pas lui répondre que c’est ma mort en route. Le mot que j’emploie le plus souvent avec mes enfants est « attention ». Attention, tu vas te brûler la main, attention, tu vas faire tomber ton petit frère, attention, tu vas te casser le bras, oups, trop tard. Un dimanche-soir, mon père avait dévalisé avec moi le magasin de magie de la rue des Carmes. J’adorais faire des tours de magie. A neuf ans si l’on m’avait demandé ce que je voulais faire plus tard, j’aurais répondu magicien. Je regardais l’émission de Gérard Majax : « Y a un truc » sur Anne 2 et je j’apprenais à faire disparaître une pièce de un franc, à retrouver un as de pique et à cacher un œuf dans ma manche. Mon père nous a raccompagnés rue Monsieur le Prince. Il restait dans sa voiture et nous étions censés monter chez notre mère et ouvrir la fenêtre pour lui faire signe que nous étions bien arrivés. Je ne comprenais pas bien l’utilité de ce manège. S’il craignait qu’on se perdre dans l’immeuble ou qu’on se fasse kidnapper dans la cour par un voisin pédophile, pourquoi ne nous accompagnait-il pas jusqu’à la porte du troisième étage ? Ce système présentait deux avantages : il lui éviter de se garer et de voir ma mère. Ce soir-là, avec tous nos cadeaux de magiciens, nous sommes rentrés dans l’appartement de maman et avons oublié de faire signe à la fenêtre à papa qui attendait en bas dans la rue. Avec Charles, nous étions bien trop occupés à déballer les coffrets de prestidigitation. Soudain nous avons vu notre père débarquer comme une furie dans l’appartement et reprendre tous ses cadeaux en hurlant : « Sales gosses ! Moi je peux attendre en bas, vous vous en foutez ! Je reprends les cadeaux ! Égoïstes ! Enfants gâtés ! ». Je me souviens encore de notre crise de larmes. Je n’ai plus jamais fait de tour de magie. C’est à ce jour la seule fois où j’ai vu mon père s’énerver ( avec celle où j’ai entaillé avec un couteau à pain le bar en bois de Verbier). C’est ce soir-là que Charles a dit à mon père cette phrase que je n’ai jamais oubliée : « Il faudrait que tu te souviennes que nous ne sommes que des enfants ».
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PetiteBichette
PetiteBichette  
1985… le temps passé à souffrir pour rien, à se rater, à laisser des messages sur des répondeurs automatiques, des mots sur des cartes de visite que l'on cornait en haut à droite pour signifier qu'on était venu la déposer en personne.
Souvent vous appeliez la fille de votre vie et tombiez sur son père ou sa mère.
Bafouillant, vous demandiez timidement si la beauté était là.
Elle ne l'était pas, le père ou la mère ferait la commission.
La « commission » !
Je me demande si des parents font encore des commissions à leur fille aujourd'hui.
(…)
Je regrette le temps de la souffrance, de l'inquiétude, de l'attente lente et lancinante : ma vie pendue à un fil.
Le téléphone était alors un objet volumineux et immobile posé dans le salon, sur une table, à côté d'un carnet de numéros classés par ordre alphabétique, où il suffisait d'appuyer sur une lettre pour découvrir, à la bonne page, une liste de noms suivis de chiffres tracés au stylo à bille. (p.67-68)
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hcdahlem
hcdahlem  
(Les premières phrases du livre)
Je voudrais faire ici un aveu: je suis complotiste.

Je pense que la nature conspire pour éradiquer l’homme.

L’être humain ayant causé trop de dégâts à la surface de la Terre, il est logique qu’elle songe à s’en débarrasser.

Même si nous comprenons pourquoi le monde cherche à nous éliminer, nous n’aurons pas le choix : nous devrons tout de même nous défendre.

La condition humaine est désormais celle d’un parasite qui cherche à survivre dans un environnement hostile.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je saute deux lignes entre chaque phrase.

Les blancs qui entourent les phrases leur donnent une majesté, comme le cadre autour d’un tableau.

Noyées dans la masse d’une page noircie, une phrase perd de son attrait.

Mes phrases respecteront la distanciation littéraire.

Isolée sur la page, ma phrase crâne comme un mannequin dans une vitrine.

Nous sommes à bord d’un bateau qui coule, mais ce bateau, c’est la Terre.

L’intuition de Kafka était juste : il n’y a plus de différence entre l’humanité et le cafard.

Il peut arriver que le blanc qui entoure la phrase devienne plus beau que celle-ci : je n’ai pas dit que mon expérience était sans danger.

Chaque phrase doit donner envie de lire la phrase suivante, mais exister aussi de façon autonome.

L’espace blanc entre les phrases ne les isole pas ; il les expose.

Au matin, la menace océanique semble lointaine.

L’art du romancier consiste à camoufler ses scories.

Je choisis délibérément de faire l’inverse.

Je veux fragiliser mes propositions relatives.

Dans Autoportrait, Édouard Levé a imaginé un autre système.

Ses phrases n’avaient pas de liens entre elles ; pourtant l’ensemble de son livre dessinait un homme.

Ce livre recycle son principe de collage discontinu.

La dune du Pyla est un écran de cinéma où le soleil projette son film, dont les nuages sont les acteurs principaux.

Les ombres sur le sable déroulent un scénario de lumière.

« Souvenir » est la bande originale de cette fresque muette.

Pour cesser d’écrire des romans satiriques, il suffit d’écouter Orchestral Manoeuvres in the Dark, pieds nus devant une mer étale.

Je voudrais dénoncer nommément dans ce livre toutes les personnes qui ont comploté à me rendre heureux.

Ma mémoire remonte par bribes désorganisées (ou organisées sans me demander mon avis).

Je ne me souviens que par flashs : mes souvenirs sont stroboscopiques.

Mon passé m’envoie des SMS.

Je sens que je risque de semer mon lecteur en route.

J’ai besoin que mes phrases l’accrochent.

Mes phrases tapinent, aguichent, elles voudraient séduire comme une prostituée dans une vitrine du Red Light District d’Amsterdam.

Une phrase est une phrase est une phrase est une phrase.

Édouard Levé s’est suicidé le 15 octobre 2007 à Paris.

Considérons que chaque phrase notée ici reporte mon suicide d’une journée.

Cette phrase a sauvé ma vie, et la suivante, et la suivante, jusqu’au jour où plus rien ne viendra, et pan.

« Sois pareil à un promontoire contre lequel les flots viennent sans cesse se briser », dit l’empereur Marc Aurèle.

Je décide désormais de m’interdire les citations ; celle de Marc Aurèle sera la seule (avec les exergues).

La citation est une phrase dont on n’est pas propriétaire : une locution de location.

Seul sur sa digue immense, Benoît Bartherotte se tient debout comme Marc Aurèle, face à l’océan, à la pointe du Cap Ferret ; à ses pieds se brisent sans cesse les flots.

Le pape François a dit qu’il fallait construire des ponts plutôt que des murs.

Il a oublié les digues.

Les digues sont des murs marins qui protègent la terre des inondations.

Une digue est aussi un pont qui avance sur l’eau sans atteindre l’autre rive.

Proust contemple sur une digue les jeunes filles en fleurs, qu’il compare à un bouquet de corail.

Bartherotte a bâti une digue pour sauvegarder l’extrémité sud de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret, en Gironde.

Cette langue de sable, absurdement mince, prétend séparer le bassin d’Arcachon de l’océan Atlantique.

Comme dit un écrivain bordelais, Guillaume Fedou : « Le Cap Ferret est le clitoris de la France. »

Il faut le visiter souvent, sinon la France est de mauvaise humeur.

Voici une carte pour mieux comprendre la beauté de la situation.

Le Cap Ferret est la langue de plaisir située devant Arcachon.

En face d’elle s’élève la dune de sable du Pyla, la plus haute d’Europe.

Entre la pointe du Cap et la dune du Pyla, à marée basse, apparaît une île exotique, le banc d’Arguin, où se posent les oiseaux en hiver et les bourgeois bohèmes en été.

Benoît chatouille l’extrémité sud de cette pointe depuis quarante ans.

Au niveau du phare, la bande de terre ne mesure qu’un kilomètre de large.

Chez Benoît, la distance entre l’océan et le bassin est de cent mètres, puis cinquante mètres, puis zéro : c’est là qu’il se tient, en plein vent.

Benoît vit ici depuis sa naissance.
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PetiteBichette
PetiteBichette  
La disparition de l'ennui est censée être un progrès.
Mais cette lenteur nourrissait nos divagations.
J’ai passé mon adolescence à attendre des nouvelles de filles dont j'étais invariablement éperdu.
Aujourd'hui les choses sont instantanées : on est déçu immédiatement. (p.71)
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Eve-Yeshe
Eve-Yeshe  
La puissance de l’homme capable de dompter la nature (rêve des années 1950) est devenue ensuite la culpabilité de l’homme responsable de la destruction de la nature (dystopie des années 1970) et bientôt la disparition de l’homme exterminé par la nature (réalité des années 2020).
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Léa Salamé fait trembler Frédéric Beigbeder 30 août 2014
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