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Diane Foley (Traducteur)
EAN : 9782714499684
208 pages
Belfond (04/01/2024)
3.82/5   72 notes
Résumé :
Comment rester debout face à la violence, à l’horreur ? Comment regarder dans les yeux celui qui vous a enlevé ce que vous aviez de plus précieux ? Comment pardonner à l’assassin d’un des siens ? Comment garder espoir quand tant d’atrocités sont commises au nom de la religion ?
Toutes ces questions qui nous assaillent dans une actualité toujours plus tragique, Colum McCann y a été confronté lors de sa rencontre avec Diane Foley. Jour après jour, il l’a accomp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
3,82

sur 72 notes
Ooohh my God ! but what happened to Colum ?
Apeirogon ! Vous souvenez-vous de cet ouvrage brillant, érudit dans lequel Colum McCann relate le combat et le dialogue entre deux pères, l'un israélien et l'autre palestinien qui ont tous les deux perdu leur fille dans un attentat. Quel récit poignant, palpitant, avec ces hommes que j'avais quitté à regret. D'ailleurs, lors de la déclaration du nouveau conflit le 7 octobre 2023, une de mes premières pensées a été pour ces deux hommes et leur probable immense désespoir face à cette guerre et ces insupportables gâchis de vies.
Alors quand j'ai repéré sur babelio la sortie de ce nouveau livre de Colum McCann, il n'y avait aucun doute, j'allais dévorer cet ouvrage, d'autant que le sujet semblait aussi terrible que passionnant, la rencontre par l'auteur de Diane Foley, mère de James Foley, journaliste américain décapité par Daech en Syrie en 2014 devant les caméras dans une affreuse mise en scène.
Mais passé le premier chapitre qui raconte de façon oppressante et réussie la rencontre entre Diane Foley et le probable assassin de fils, on rentre ensuite dans un grand nombre d'énumérations de faits et d'anecdotes sur la vie de James Foley que j'ai trouvées d'un faible intérêt.
Une litanie lancinante est rapidement devenue insupportable lors ma lecture, la Foi de Mme Foley en Dieu et sa sainte-Trinité personnelle : en résumé : number One : Dieu, number two son fils, number 3 son mari.
La foi de Mme Foley est éminemment respectable, mais lorsqu'on a bien compris que toute la famille est formidable, très pieuse, patriote (3 autres enfants sont engagés dans l'armée), je me suis sentie indifférente face à cette caricature du modèle américain bien-pensant, bien comme il faut, avec la mère si parfaite et si digne avec l'american flag en étendard.
J'ai tout de même écarquillé les yeux en lisant page 89, les préoccupations de Mme Foley au sujet de son fils détenu par Daech, je cite : « Sur la route du retour, le choeur des questions a retenti dans ma tête. Comment était-ce arrivé ? Avec qui était Jim ? Était-il torturé ? Pouvait-il prier ? Avait-il à manger ? Allait-il s'en sortir ? ». Comme si le fait qu'il puisse prier était plus important que celui de s'en sortir ou de manger…. Il est sûr que je ne me serais pas posé les questions dans cet ordre.
Où est passé le regard acéré et lumineux de Colum McCann, son esprit critique percutant ?
Je n'ai trouvé ici aucune distance, peu d'analyse et de mise en perspective des évènements permettant d'élever le propos. Beaucoup d'ennui face aux multiples répétitions, à la gloire de Dieu, du fils, du mari, des autres enfants, et un certain satisfecit de Mme Foley vis-à-vis d'elle-même.
J'attendais un dialogue entre l'auteur et Diane Foley, des confrontations d'idées, de points de vue, hélas, rien de tout cela … S'il y a des passages et des réflexions fort intéressantes sur le terrorisme, les flux financiers afférents et la liberté d'expression (je posterai des citations) j'aurais souvent souhaité des analyses beaucoup plus fouillées et argumentées, et l'on reste malheureusement beaucoup trop en surface.
Les cinquante dernières pages se sont avérées plus intéressantes également (en partie grâce à la thématique divine moins présente), elles ouvrent un chemin d'espoir vers la paix et le pardon, mais j'ai trouvé décevant qu'un livre si court se soit révélé dans son ensemble aussi superficiel, avec Colum Mc Cann s'effaçant pour être le simple porte-voix ou porte-plume de Madame Foley.
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Diane Foley est la mère du journaliste américain James Foley, enlevé en Syrie en 2013 et exécuté en août 2014 par Daech, dans une mise en scène macabre (la vidéo, diffusée sur internet, de la décapitation du jeune homme, ironiquement affublé d'une combinaison orange semblable à celle des détenus de Guantanamo, avait profondément choqué à l'époque). Cette exécution (et celles d'autres otages par la suite) symbolise les représailles de Daech à l'encontre de l'intervention militaire de la coalition internationale en Irak et en Syrie, dans la foulée des printemps arabes, et emmenée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. le but : créer un sentiment de terreur, obtenir le paiement de rançons, mettre fin à l'ingérence occidentale.

Ce que Diane Foley ignore au moment où son fils est enlevé, c'est que le gouvernement américain n'a aucune intention de négocier avec les terroristes pour sauver ses ressortissants, contrairement à d'autres pays (la France ou l'Espagne, par exemple ; ce qui, soit dit en passant, n'a pas évité à ces Etats d'être frappés par des attentats sur leur propre sol). A l'instar du Royaume-Uni, les USA adoptent une position de principe : on ne discute pas avec les preneurs d'otages. Et même : on menace de poursuites judiciaires les familles qui tenteraient de négocier elles-mêmes. En dernier recours, on tente bien une mission commando de sauvetage, exorbitante en moyens humains et techniques, mais vouée à l'échec vu le manque de connaissances actualisées du terrain.

Quelle est l'alternative, dans ce cas ? C'est là toute l'horreur, tout le gâchis que découvre peu à peu Diane Foley : il ne se passe rien. « En toute franchise, notre gouvernement était en piteux état. Nous n'avions pas d'agence, pas de service chargé d'aider au retour des Américains enlevés à l'étranger. Beaucoup de bavardages, mais peu de réponses. Il y avait le département d'Etat, le FBI, l'armée et douze autres agences de renseignement, mais aucun ne savait vraiment ce que les autres faisaient. On sombrait dans le désordre. En matière de prises d'otages, les Etats-Unis appliquaient théoriquement une politique de non-négociation et de non-concession, mais c'était synonyme de paralysie. Nous soutenions des politiques, pas nos concitoyens ». Avec ce paradoxe cruel que la logistique de la capture, du procès et de l'emprisonnement des bourreaux aux USA (et il ne fait aucun doute que, comme tout Etat de droit, les USA se doivent de leur accorder toutes les garanties d'un procès équitable) a probablement coûté bien plus d'argent public que les potentielles rançons qui auraient ramené les otages vivants. « Pourquoi avons-nous eu droit à une équipe de bras cassés (avec une absence totale de coordination) quand Jim a été capturé, et à une unité d'élite (le meilleur de la justice américaine) après son assassinat ? Telle est la question qui me hante. Pourquoi avoir dépensé autant de temps et d'argent dans les conséquences de sa mort et si peu dans le prolongement de sa vie ? Pourquoi sommes-nous devenus d'une précision chirurgicale seulement après sa décapitation ? Où sont nos priorités ? »

Ce livre, mis en mots avec l'aide de Colum McCann, relate à la fois le parcours, dans les dédales de l'administration et jusqu'à la Maison Blanche, d'une mère combattant pour que son fils soit sauvé puis, après sa mort, pour qu'il ne soit pas oublié, ni les autres otages à travers le monde, et son lobbying pour que les USA développent enfin une « politique des otages » à l'étranger. Mais il y est aussi, évidemment, question de James et de la naissance de sa vocation à aller à la rencontre et à témoigner de la réalité des sans-voix. Diane Foley aborde aussi sa rencontre avec l'un des ravisseurs et le procès d'un autre de ceux-ci. Elle nous fait part de ses questionnements existentiels tout au long de cette épreuve : pardonner, accepter les excuses, se méfier d'une possible manipulation des sentiments, croire à l'amendement sincère, garder la foi face à une telle horreur ?

Hommage à son fils, travail de mémoire, plaidoyer pour un changement de politique et de lois, charge virulente – malgré un profond patriotisme – contre l'incurie de l'administration américaine, ce livre est le témoignage impressionnant d'une femme et d'une mère digne, droite, tenace, courageuse et remplie de compassion, qui n'a eu de cesse de chercher à comprendre et de continuer à avancer en s'accrochant à sa foi et à son humanisme.

En partenariat avec les Editions Belfond via Netgalley.
#AmericanMother #NetGalleyFrance
Lien : https://voyagesaufildespages..
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James Foley, journaliste freelance américain, a été assassiné en Syrie en 2014. La macabre vidéo de son meurtre a été diffusée sur Internet. Avec Diane Foley, Colum McCann retrace le calvaire de la famille dans American mother.

Le livre s'ouvre sur la rencontre entre Diane Foley et Alexanda Kotey, un des assassins de son fils. L'homme nie avoir été présent le jour de l'exécution et ne reconnaît avoir maltraité James que deux fois. Il ment, ça ne fait aucun doute, mais sur quoi précisément, impossible à dire. Cagoulés, les meurtriers n'ont pu être formellement identifiés, ce qui fut un des arguments majeurs de leurs avocats.
Une timide communication émerge. le courage moral (une des antiennes du livre) de la mère du journaliste m'a laissée admirative. Malgré son chagrin insurmontable et grâce à sa foi profonde, elle accepte d'aller vers l'autre, d'essayer de comprendre. Les derniers mots :
« J'espère qu'un jour, nous pourrons nous pardonner l'un l'autre, dit-elle à Kotey.
Il est décontenancé : vous n'avez aucune raison d'accorder votre pardon. »
C'est certain, le sombre individu n'aura pas sa haine. Il ne demande pas pardon, mais présente des excuses.

Colum McCann ne cache pas son admiration pour Diane Foley, alors peut-être ce livre est-il hagiographique. Mais nous avons besoin de savoir que des hommes se battent contre la barbarie.


Lien : https://dequoilire.com/ameri..
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Jeune journaliste américain indépendant, James Foley couvrait les ravages de la guerre civile en Syrie quand il est enlevé en novembre 2012 par des militants de Daech et emprisonné près de deux ans avant d'être décapité. Surmontant son immense chagrin, sa maman témoigne aujourd'hui des épreuves traversées. Elle évoque avec émotion la jeunesse de ce fils épris de justice et d'humanisme qui bravait les dangers de la guerre pour témoigner. Les récits d'otages libérés lui ont permis de reconstituer les conditions de détention de James qui, victime d'atrocités commises au nom de la religion, conservait une foi intacte.
Avec l'aide du romancier Colum McCann, Diane Foley raconte tous ses moments de doutes, de peurs, de chagrin et de colère mais elle décrit également la position ferme de l'administration de Barak Obama (pas de rançon), la situation des pays en guerre, sa rencontre avec un des geôliers de son fils pour essayer de comprendre et la création d'une fondation pour la défense des otages et la sécurité des journaliste.
Mais plus que tout Diane Foley nous offre sa peine en partage. Poignant !
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Colum McCann, avec Diane Foley, revient sur l'événement qui bouleversa le monde entier, la décapitation du journaliste, free lance américain, Jim Foley. La vidéo circula sur YouTube, postée par l'Etat Islamique en août 2014, puis rapidement supprimée.

À cette époque, personne n'avait imaginé que ce groupe terroriste, né en Irak, profiterait des troubles de la guerre civile syrienne pour s'y implanter. La même année, le groupe se déclare califat, englobant l'Irak et la Syrie. La décapitation filmée, au retentissement mondial, marque le début de l'utilisation de la terreur pour établir un État islamique régi par la loi islamique.

Derrière cette vidéo de propagande, d'une violence insoutenable, American Mother force à regarder le visage des bourreaux. Surnommés Beat-le (de battre, en anglais), les trois criminels ont été identifiés. Deux d'entre eux encore vivants, Alexanda Kotey et El Shafee El-Sheikh, ont été ramenés aux USA pour y être jugés.

Colum McCann se rapproche de Diane Foley lorsqu'il constate que, sur une photographie, John Foley lisait un de ses romans. La volonté de Diane, de faire quelque chose de la mort de son fils, a rencontré celle de l'écrivain, qui voulait construire un ouvrage non fictionnel, rédigé à partir d'échanges. American Mother est parue en premier en France. Les autres parutions suivront dans le monde.

Le combat d'une mère
American Mother est construit en trois parties. Dans la première, Colum McCann raconte la rencontre entre un des tueurs et la mère du journaliste.

Alexanda Kotey : Alexanda signifie protecteur du peuple et Kotey, vient du Ghana, une bonne âme. Ex-citoyen britannique, mais ex-soldat de Daesh. Voilà sept ans que Jim Foley a été tué.
La mère de Jim, déjà âgée, décide de répondre favorablement en rencontrant l'un des responsables de la mort de son fils, un aspect juridique que la loi propose.

Alexanda Kotey reconnaît avoir rédigé les dernières paroles que Jim Foley fut obligé de lire avant d'être décapité. Il plaide coupable de huit chefs d'accusation. Cette démarche pouvant réduire sa peine, il se propose de parler aux familles des victimes, avant le verdict. Diane Foley a été la première à accepter de le rencontrer en octobre 2021.

La deuxième partie permet à Diane Foley de partager l'histoire de son fils et de la lutte de sa famille à travers son quotidien bouleversant. On découvre ses recherches pour trouver sa voie, les conceptions de son métier de journaliste et sa soif de rendre compte de l'aspect humain en temps de guerres. Mais, on suit aussi Dianne Foley dans ses démarches pendant l'emprisonnement puis après la mort de son fils.

Pour la troisième, Colum McCann reprend la description des années des procès et le quotidien de Diane. le combat de cette femme, active jusqu'à essayer de se frayer un espoir dans les méandres des autres libérations puis dans la création de la James W. Foley, la fondation, est terriblement touchant.

Une femme lumineuse
À l'inverse des gouvernements européens, le gouvernement américain ne négocie pas la libération des otages civils. Les États-Unis ont la politique de chercher à assurer la libération des otages par d'autres moyens, notamment par des opérations militaires ou des actions diplomatiques. Jim Foley n'a pu bénéficier, comme d'autres prisonniers avec lui, d'une libération.

On comprend le titre, American Mother : À la fois, mère courage, mère colère mais surtout mère amour, Diane Foley, tel que nous la présente Colum McCann, est un portrait de femme inoubliable. Cette femme a tenu tête au président Obama et continue son combat pour la sécurité des journalistes et la défense des otages.

La religion est une notion constante dans American Mother. Véritable soutien pour Diane Foley, la notion du pardon y est largement questionnée. Mais, c'est aussi celle de la manipulation, du repentir et celle de la foi que Colum McCann interroge sans jamais oublier de rappeler, par les faits, la profonde humanité de cette femme.

Le récit d'Américain Mother nécessite du temps, tellement la description du quotidien de cette femme émeut, bouleverse par la justesse du propos, par la simplicité avec laquelle elle livre son ressenti, ses craintes mais aussi ses colères.

En conclusion,
Le travail du romancier est particulier. L'écriture de Colum McCann est uniquement au service de cette femme, devenue son amie. Il estompe sa présence pour décrire, donner la parole, rendre compte sans jamais livrer une impression ou un ressenti personnels. Il y a du respect et de l'affection dans cette mise au service de ce combat.

American Mother de Colum McCann avec Diane Foley est un ouvrage à découvrir autant au niveau sociologique, politique qu'humain. Il rend compte d'un travail au plus profond de soi pour dépasser la vengeance et accéder, non pas au pardon, mais la reconnaissance de l'autre, comme un humain à part entière, dans sa vérité, y compris avec ses facettes les plus noires.
Lien : https://vagabondageautourdes..
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critiques presse (9)
LeMonde
22 février 2024
American Mother a la force de l’histoire vraie que l’actualité des otages retenus à Gaza rend plus terrible encore.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeJournaldeQuebec
05 février 2024
Alors que ça pète de partout dans le monde, l'écrivain Colum McCann revient sur la terrible fin du journaliste américain James Wright Foley.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Bibliobs
05 février 2024
En 2014, le journaliste James Foley était décapité par Daech. Dans American Mother, l'écrivain Colum McCann prête sa plume à Diane Foley, la mère, pour raconter le chemin de celle-ci vers le pardon.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
OuestFrance
05 février 2024
Dans la foulée d'Apeirogon, l'écrivain irlandais nous livre un nouveau témoignage, celui de la mère d'un journaliste assassiné en Syrie. Sous sa plume, celui-ci devient une ode à la résolution de celles qui pourraient bien changer le monde.
Lire la critique sur le site : OuestFrance
LeMonde
02 février 2024
L’écrivain accompagnait Diane Foley aux confrontations avec l’un des ravisseurs de son fils, Jim, journaliste décapité en Syrie, en 2014. Mais il s’est effacé d’« American Mother », récit bouleversant du face-à-face entre la mère et le djihadiste.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Marianne_
31 janvier 2024
En 2014, le journaliste américain James Foley était décapité par les terroristes de Daech en Syrie. Sept ans plus tard, sa mère, Diane Foley, accepte de rencontrer en prison un de ses bourreaux. De cette expérience unique, le romancier irlandais Colum McCann tire « American Mother », livre déchirant sur la possibilité du pardon.
Lire la critique sur le site : Marianne_
LeJournaldeQuebec
08 janvier 2024
Une lecture qui remue, qui marque et qui fait réfléchir.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Marianne_
05 janvier 2024
Avec « American Mother », sa première œuvre non fictionnelle, Colum McCann donne une voix, simple, directe, déchirante, à une mère, qui a vu son fils, le journaliste James Foley, égorgé et décapité en direct par Daech un jour ensoleillé d’août 2014 en Syrie.
Lire la critique sur le site : Marianne_
RevueTransfuge
03 janvier 2024
"American Mother", est un livre qui nous ébranle [...]. Portrait grandiose d’une mère perpétuant la mémoire de son fils, et récit d’un idéalisme sacrifié à la barbarie.
Lire la critique sur le site : RevueTransfuge
Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
Je m’étais toujours considérée comme une personne qui recherche le bien dans les zones d'ombre, une optimiste, une femme de foi. Je ne voulais pas renoncer à l'espoir ardent que Jim reviendrait. Mais le président Obama venait de confirmer à la télévision la mort de mon fils. Je suis resté assise sans rien dire, et un torrent de colère a jailli en moi. Colère, bien sûr, contre les combattants de Daech, ces malades qui avaient fait ça, mais aussi contre le gouvernement américain, le nôtre, dont il me semblait qu'il nous avait tous infantilisés et dupés en abandonnant nos concitoyens, tout en prétendant le contraire. Nous n'avions toujours pas reçu d'appel téléphonique d'un quelconque responsable officiel, et pourtant, à la télévision, notre président annonçait la nouvelle au monde entier.
(p.47)
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Elle est une mère américaine. Voilà une histoire qui n'est pas souvent racontée. Le ciel de Diane est petit, même s'il contient beaucoup de pluie. La grande histoire, parfois, l'oublie. Elle est souvent invisible. Elle s'efface en marge des mots de quelqu'un d'autre. Mais elle a décidé, à contre-courant, que le monde était disponible pour elle aussi. Elle y a sa place. Elle a des choses à dire. Elle n'a pas besoin de se retirer. Elle n'est pas du genre à trembler et à s’effacer. Elle a appris à s'exprimer, non pas d'une voix forte et criarde, tonitruante et masculine, mais avec politesse, respect, résolution. Elle a sa foi en Dieu. Et son patriotisme. Et elle a aussi sa foi en sa famille.
Elle sait également qu'on lui a menti, de multiples façons, dans mille endroits. On l’a sous-estimée. On l’a infantilisée. On l’a méprisée. Elle connaît le monde sous plusieurs facettes : en tant qu’enfant, en tant que femme, en tant que mère. Mais elle n'est pas là pour se taire. Elle doit dire ce qu'elle ressent.
Il y a une immoralité du monde contre laquelle elle doit se dresser avec ses moyens, aussi limités soient-ils. Même si ça ne marche pas. Elle est prête à s'y risquer. Risquer la gêne. Risquer le ridicule. Parfois, on sait où est le bien. Parfois, on suit son instinct. Si on ne fait rien, rien ne se fait.
(p.180)
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Britanniques et Américains resteraient de marbre. Ils ne s'aplatiraient pas devant le terrorisme. Ils ne prendraient pas le risque d'entacher la fierté de l'armée par des compromissions. Il n'y aurait aucune concession. Ils ne devaient surtout pas être pris en flagrant délit de reculade, même si d'autres pays avaient la réputation de payer pour leurs otages. Et il y entrait aussi une part d'économie à courte vue : après tout, un simple drone coûte beaucoup plus cher qu'une libération d'otage, mais personne n'a fait ce calcul. Nous envoyons des drones partout dans le monde et pour cela nous déboursons des millions de dollars - le drone Predator que l'armée a utilisé en Afghanistan et en Irak coûtait à l'époque 40 millions de dollars l'unité. Cela représente beaucoup d'argent. Nous savons qu'ils ne reviendront peut-être pas. Nous acceptons cette perte. En revanche, nous ne voulons pas négocier pour nos êtres vivants.
(p.56)
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Il sourit. C'est un sourire tenu, mais qui la désarme par son assurance prématurée. Malgré tout, elle ne se départit pas du sien, ce sourire immanquablement poli, le dur, le chaleureux.
Il tient jusqu'à la fin du silence, pendant qu'elle prépare ses notes devant elle.
Elle a été prévenue, mille fois : Fais attention, Diane, cet homme est un menteur.
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C'était un des arguments fétiches de l'administration Obama : Si vous versez une rançon, vous encouragez les enlèvements. Argument solide, mais qui ne couvre pas toute la complexité de la situation, et dont la simplicité même peut être dangereuse. Ses partisans omettent en effet de préciser que le commerce international des armes finance aussi le terrorisme. Tout comme le détournement de l'aide américaine : l'argent envoyé à l'étranger se retrouve souvent entre de mauvaises mains ou dans des régimes (les talibans, le Sud-Soudan, le Yémen, la Libye) gangrénés par la corruption. […] Que dire ainsi des ventes d'armes à l'Arabie saoudite, pays connu pour entretenir des liens étroits avec le terrorisme ?
Certes, aucun gouvernement ne veut et ne devrait être vu en train de payer pour ses citoyens pris en otage. Ce serait absurde. Ce serait offrir aux terroristes l'accès à un distributeur automatique. Toutes les caisses enregistreuses du monde armé se mettraient aussitôt à chauffer. En revanche, aussi incroyable que cela puisse paraître, le gouvernement des États-Unis - au cas où l'enlèvement se produit sur le sol américain - aidera, par le truchement du FBI, une famille, voire une entreprise à payer une rançon. « Si vous vous faites kidnapper aux États-Unis […] le gouvernement américain non seulement négociera, mais fournira la rançon », explique Joel Simon dans son livre We want to negotiate (« Nous voulons négocier », titre inspiré d'une phrase qui figurait dans un mail des ravisseurs de Jim). « Dans les banques de la Réserve fédérale, à travers tout le pays, il y a des provisions pour les rançons, à hauteur de trois cent mille dollars. Et le FBI appelle ça « la rançon-appat ». Il verse la rançon, il vous libère. Suivra à la trace l'argent est ensuite un jeu d'enfant, et les ravisseurs sont arrêtés. »
(p.142)
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Vidéo de Colum McCann
Rencontre avec l'auteur & Diane Foley Dialogue animé par Kerenn Elkaïm Interprète : Marguerite Capelle
Comment rester debout face à la violence, à l'horreur ? Comment regarder dans les yeux celui qui vous a enlevé ce que vous aviez de plus précieux ? Comment pardonner à l'assassin d'un des siens ? Comment garder espoir quand tant d'atrocités sont commises au nom de la religion ? Colum McCann a accompagné Diane Foley au procès des bourreaux de Daech, ceux qui ont torturé et décapité son fils, le journaliste américain James Foley. Jour après jour, il a vu cette mère au courage exceptionnel puiser dans sa foi et son humanisme la force d'affronter ce drame atroce et violent. de cette expérience hors normes, Colum McCann a tiré un texte puissant, pour redonner voix à tous ceux qui souffrent et luttent contre les fanatismes.
À lire – Colum McCann (avec Diane Foley), American mother, trad. de l'anglais par Clément Baude, éd. Belfond, 2024.
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