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EAN : 9782070406661
195 pages
Gallimard (29/11/2000)
4.17/5   24 notes
Résumé :
Traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac, Pierre Rusch et Rainer Rochlitz. Présentation par Rainer Rochlitz

Walter Benjamin (1892-1940), l'un des rares penseurs contemporains qui comptent dans le monde international de la pensée, échappe aux querelles d'écoles, survit aux modes, passe pour une référence obligée. Cette résistance au temps tient à la fois aux qualités littéraires de ses écrits, à sa biographie exceptionnelle - tragiquement représe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Walter Benjamin écrivait sans méthode, par bribes décousues, intellectuel itinérant laissant à Theodor Adorno le soin de classer ses pages après sa mort. le premier tome des Oeuvres de Walter Benjamin regroupe quelques-uns de ses essais majeurs écrits entre 1914-1922. C'est la période au cours de laquelle Walter Benjamin conçoit sa théorie du langage autour de deux textes fondateurs : « Deux poèmes de Friedrich Hölderlin » et « Sur le langage en général ». Il considère que le langage est fondé sur une dichotomie opposant une fonction de communication utilitaire à une fonction centrale qui serait capable de révéler l'essence de l'homme par le verbe, dans un dialogue où le destinataire de l'homme serait Dieu –excusez du peu, mais enfin, vous pouvez remplacer ici par n'importe quelle entité transcendante qui vous tient à coeur.


« le fait que la fonction instrumentale du langage, la communication, l'ait emporté sur sa fonction de nomination et de révélation, est expliqué en termes de péché originel, et la tâche assignée à la philosophie est de travailler à remettre en vigueur la fonction originelle du langage. »


La théorie du langage s'accompagne d'une réflexion sur l'oeuvre du critique littéraire (« La tâche de la grande critique n'est ni d'enseigner au moyen de l'exposé historique ni de former l'esprit au moyen de la comparaison, mais de parvenir à la connaissance en s'abîmant dans l'oeuvre »). Walter Benjamin aborde les Affinités électives de Goethe ou L'Idiot de Dostoïevski selon le mot d'ordre de Novalis pour qui toute oeuvre d'art contient « un idéal a priori, une nécessité d'exister », qu'il tient à la critique de mettre en lumière. Avec Walter Benjamin, la critique devient morale. Une bonne oeuvre est celle qui est nécessaire. Certaines situations n'autorisent pas qu'on s'amuse avec les mots. On peut rire et profaner des calembours à tout bout de champ, lorsqu'on communique vraiment, d'une essence à une autre, les mots doivent retrouver leur caractère divin.


Cette conception du langage aura marqué la première étape d'un parcours intellectuel rétrospectivement découpé en trois étapes. Nous découvrons ici un Walter Benjamin métaphysicien dont le programme, à travers l'élaboration d'une nouvelle théorie de la connaissance, serait « de trouver pour la connaissance une sphère de totale neutralité par rapport aux concepts de sujet et d'objet ; autrement dit, de découvrir la sphère autonome et originaire de la connaissance où ce concept ne définit plus d'aucune manière la relation entre deux entités métaphysiques ». Entre les lignes de ses essais, on soupçonne Walter Benjamin d'être un cérébral radical, un littéraire à la plume racée et un homme blessé par les compromis hypocrites de la société (« La vie des étudiants », « Critique de la violence »). Il s'entraîne aux retranchements de la pensée métaphysique et lorsque nous parvenons avec lui au terme de cette réflexion orientée, nous commençons à comprendre les raisons qui conduisirent cette exploration intense sur une impasse. Que nous offre la métaphysique ? Rien de ce qu'un idéaliste aux pieds sur terre comme Walter Benjamin ne pouvait espérer. Dans les années 30, il opèrera un revirement matérialiste dans lequel la fonction politique du langage recouvrira ses fonctions théologique et métaphysique. Il représente ainsi le balancement éternel qui semble caractériser les grands cycles de l'histoire des peuples, entre besoin de spiritualité et besoin de matérialisme. Cette seconde étape du parcours intellectuel de Walter Benjamin sera présentée dans la suite de ses Oeuvres mais se trouve déjà annoncée de manière subliminale dans un de ses essais de la première période, « La tâche du traducteur » :


« C'est à partir de l'histoire, non de la nature, moins encore d'une nature aussi variable que la sensation et l'âme, qu'il faut finalement circonscrire le domaine de la vie. Ainsi naît pour le philosophe la tâche de comprendre toute vie naturelle à partir de cette vie, de plus vaste extension, qui est celle de l'histoire. »
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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Introduisant un ensemble en trois volets, ce recueil tente de donner un aperçu des premières études de Walter Benjamin. Pour le néophyte que je suis, ma lecture fut un combat. Cahier et crayon à portée de main, je m'évertuais à clarifier les raisonnements du philosophe, lisant et relisant plusieurs passages malheureusement toujours énigmatiques. Même si j'ai pu saisir quelques principes, bien lire Benjamin exige quelques bases essentielles en philosophie, notamment la connaissance de la philosophie kantienne. Benjamin croise plusieurs notions qui ne sont pas éclaircies au préalable. Qu'entend-il par "forme intérieure" ou "teneur" quand il analyse un poème d'Hölderlin?
Et mon indécrottable rationalisme me laisse perplexe face à des raisonnements trop emplis de mysticisme et de métaphysique.
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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
En contrepoint de la Renaissance par excellence, le temps contraste particulièrement avec la situation dans laquelle l'art de l'imprimerie a été inventé. Que ce soit une coïncidence ou non, sa publication en Allemagne coïncide avec l'époque où le livre au sens éminent du mot, le livre des livres, est devenu populaire grâce à la traduction de la Bible par Luther. Tout indique maintenant que le livre sous cette forme traditionnelle touche à sa fin. Mallarmé, voyant la véritable image de ce qui allait se passer au milieu de la construction cristalline de sa littérature certes traditionaliste, a traité pour la première fois les tensions graphiques de la publicité dans la police de caractères dans le «Coup de dés». Ce que les dadaïstes ont fait par la suite en essayant d'écrire n'était pas de nature constructive, mais la réaction précise des nerfs des écrivains et était donc beaucoup moins permanente que la tentative de Mallarmé, qui sortait de l'intérieur de son style. Mais c'est précisément ainsi qu'il montre l'actualité de ce que, monadiquement, dans sa chambre la plus fermée, Mallarmé a trouvé en harmonie préétablie avec tous les événements décisifs de ces jours dans les affaires, la technologie, la vie publique. L'écriture, qui a trouvé asile dans le livre imprimé où elle a mené son existence autonome, est sans cesse traînée dans la rue par les publicités et soumise aux hétéronomies brutales du chaos économique. C'est le cycle scolaire strict de leur nouvelle forme. Lorsqu'il y a des siècles, il a progressivement commencé à s'allonger, de l'inscription verticale à l'écriture posée en biais sur les bureaux, pour enfin se coucher dans la typographie, elle commence maintenant tout aussi lentement à se relever du sol. Même le journal se lit plus verticalement qu'horizontalement, le cinéma et la publicité poussent complètement l'écriture dans la verticale dictatoriale. Et avant que le contemporain puisse ouvrir un livre, une tempête si dense de lettres changeantes, colorées et querelleuses est descendue sur ses yeux que les chances de sa pénétration dans le silence archaïque du livre sont devenues minces. Des essaims de sauterelles d'écriture, qui assombrissent déjà le soleil de l'esprit supposé pour les citadins, s'épaissiront d'année en année. D'autres exigences de la vie professionnelle se poursuivent. L'index de la fiche apporte la conquête de l'écriture tridimensionnelle, ainsi un contrepoint surprenant à la tridimensionnalité de l'écriture dans son origine comme script runique ou noeud. (Et aujourd'hui, comme l'enseigne la méthode scientifique actuelle de production, le livre est une médiation dépassée entre deux systèmes d'index sur fiches différents, car tout ce qui est essentiel se trouve dans le dossier du chercheur qui l'a écrit, et l'érudit qui l'étudie l'assimile dans son propre index. ) Mais il ne fait aucun doute que le développement du script dans l'imprévisible n'a pas affecté les prétentions au pouvoir d'une entreprise chaotique reste lié à la science et aux affaires, c'est plutôt le moment où la quantité se transforme en qualité et l'écriture, qui pénètre toujours plus profondément dans le domaine graphique de sa nouvelle imagerie excentrique, s'empare soudain de son contenu adéquat. Sur cette écriture picturale, les poètes, qui seront alors d'abord et avant tout alphabétisés, comme à l'époque primitive, ne pourront travailler ensemble que s'ils ouvrent les espaces dans lesquels (sans faire d'histoires) se construit sa construction: celle de la statistique et schéma technique. Avec l'établissement d'une écriture internationale, ils renouvelleront leur autorité dans la vie des peuples et trouveront un rôle par rapport auquel toutes les aspirations au renouveau de la rhétorique deviendront de vieux rêves franconiens.
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Il n’y a pas de contenu du langage ; comme communication, le langage communique une essence spirituelle, c’est-à-dire purement et simplement une communicabilité.[…]
C’est précisément ce que signifie le concept de révélation lorsqu’il tient le caractère intangible du verbe pour l’unique et suffisante condition et caractéristique de la nature divine de l’essence spirituelle qui s’exprime en lui.
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La tâche centrale de la philosophie qui vient est d’élever à la connaissance […] les intuitions les plus profondes qu’elle puise dans son époque et dans le pressentiment d’un grand avenir.
[…] Il s’agit donc, sur la base de la typologie kantienne, de poser les prolégomènes d’une métaphysique future et en même temps d’ouvrir une perspective sur cette métaphysique future, cette expérience supérieure.
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[…] de même que les débris d'un vase, pour qu'on puisse reconstituer le tout, doivent s'accorder dans les plus petits détails, mais non être semblables les uns aux autres, ainsi, au lieu de s'assimiler au sens de l'original, la traduction doit bien plutôt, amoureusement et jusque dans le détail, adopter dans sa propre langue le mode de visée de l'original, afin de rendre l'un et l'autre reconnaissables comme fragments d'un même vase, comme fragments d'un même langage plus grand.
(La tâche du traducteur)
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Le mot doit communiquer quelque chose (en dehors de lui-même). Tel est réellement le péché originel de l’esprit linguistique. En tant qu’il communique extérieurement, le mot est en quelque façon la parodie par le verbe expressément médiat du verbe, expressément immédiat, du verbe créateur, du verbe divin, et c’est la déchéance du bienheureux esprit du langage, de l’esprit adamique, situé entre les deux.
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Videos de Walter Benjamin (31) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Walter Benjamin
Par Delphine Minoui, grand reporter, lauréate du Prix Albert Londres 2006 Tout public, à partir de 10 ans
« Lumières pour enfants », c'était le titre donné par Walter Benjamin aux émissions de radio destinées à la jeunesse qu'il assura avant la montée du nazisme. Ce titre, Gilberte Tsaï l'a repris pour les Petites conférences qu'elle programme depuis 2001 dans différents établissements culturels. Elles reposent sur le pari que ni les grandes questions, ni les espaces du savoir, ne sont étrangères au monde des enfants et qu'au contraire elles font partie de leur souci, formant un monde d'interrogations restant trop souvent sans réponses. La règle du jeu en est la suivante : un spécialiste d'une matière ou d'un domaine accepte de s'adresser à un public composé d'enfants mais aussi d'adultes, et de répondre à leurs questions. À chaque fois, il n'est question que d'éclairer, d'éveiller : en prenant les sujets au sérieux et en les traitant de façon vivante, hors des sentiers battus.
Programme de la Petite conférence #2 – « Raconter la guerre, dessiner la paix, 25 ans de reportages au Moyen-Orient » par Delphine Minoui :
Rien ne prédestinait l'enfant timide, née à Paris d'une mère française et d'un père iranien, à devenir reporter de guerre. Quand elle s'envole pour Téhéran, en 1997, c'est avec l'envie d'y raconter le quotidien des jeunes de son âge, épris d'ouverture. Mais l'après 11-septembre 2001 chamboule tout. Elle se retrouve en Afghanistan, puis en Irak, pour suivre l'invasion américaine et ses conséquences sur la région. Depuis, les soubresauts s'enchaînent : révolutions du printemps arabe, attentats de Daech, crise des réfugiés syriens, putsch raté en Turquie, retour des Taliban à Kaboul. Mais Delphine ne perd jamais espoir. Sensible à l'humain au milieu du chaos, elle navigue entre ses articles et ses livres pour faire parler la paix, encore et toujours, en racontant le combat des héros anonymes croisés sur son chemin.
Entre anecdotes et confidences, la conférence donnera à voir les coulisses du reportage, où le journaliste n'est ni un super héros ni un agent du « fake news » au service d'un grand complot, mais un témoin d'exception, porteur de lumière, même au coeur de l'obscurité.
Le terrain est la colonne vertébrale de son écriture. Correspondante au Moyen-Orient pour France Inter et France Info dès 1999 puis pour Le Figaro depuis 2002, Delphine Minoui a consacré la moitié de sa vie à cette partie du monde synonyme de révolutions, coups d'État et conflits.
À lire – « Les petites conférences » sont devenues une collection aux éditions Bayard. Delphine Minoui, L'alphabet du silence, l'Iconoclaste, 2023 Les Passeurs de livres de Daraya, Seuil, 2017 Je vous écris de Téhéran, Seuil, 2015
Conception et programmation : Gilberte Tsaï – Production : l'Équipée.
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