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Rainer Rochlitz (Traducteur)Maurice de Gandillac (Traducteur)Pierre Rusch (Traducteur)
EAN : 9782070406678
459 pages
Gallimard (29/11/2000)
4/5   23 notes
Résumé :
Y a-t-il une unité de la pensée de Walter Benjamin Il écrivit un jour : " Ma pensée se rapporte à la théologie comme le buvard à l'encre : elle en est totalement imbibée.
Mais s'il ne tenait qu'au buvard, il ne resterait rien de ce qui est écrit. " De fait, saisir l'unité de la pensée de Benjamin n'est pas chose aisée ; son identité même semble parfois échapper et se réduire à un style. Si nombre ont pu s'approprier des visages différents de cet auteur - priv... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
1927-1933 : on situe le revirement matérialiste de Walter Benjamin à cette époque alors qu'il s'était plutôt fait connaître jusque-là pour ses opinions métaphysiques. Mais ainsi que la métaphysique ne l'avait pas entièrement conquis, le matérialisme ne deviendra pas sa nouvelle religion. Walter Benjamin s'aventure sur le terrain de la pensée comme une bonne vieille dame en emplettes sur le marché. Il pourrait adopter n'importe quel masque mais il reconnaît qu'on perd moins de temps et qu'on se fatigue moins en en revêtant un seul.


Il serait long et peu représentatif de citer tous les essais contenus dans ce livre. Walter Benjamin analyse les phénomènes littéraires, sociaux et politiques de son époque sans jamais cesser de se tourner vers le passé pour donner un peu de ce relief qui manque souvent aux choses du présent. D'ailleurs, on devrait plutôt dire que Walter Benjamin interroge sans cesse l'éternel. Cet absolutiste ne juge rien d'après les valeurs éphémères d'une époque ou d'une civilisation. Son seul critère de qualité est celui de la sincérité, qu'elle soit angoisse dans son stade premier d'irrésolution, ou légèreté dans ses stades plus avancés de compréhension. Ses critiques semblent à première vue impersonnelles et froides à force d'objectivité mais, en les alignant, on découvre que ce sont toujours les mêmes interrogations qui reviennent pour pousser ses sujets d'études dans leurs retranchements. La question qu'il pose est la suivante : jusqu'où avez-vous été prêt à sacrifier votre confort pour démasquer les supercheries ?


Parmi tous les essais contenus dans cet ouvrage, j'ai surtout aimé « le caractère destructeur » qui m'a permis de comprendre enfin pourquoi j'aimais tout casser :


« le caractère destructeur est jeune et enjoué. Détruire en effet nous rajeunit, parce que nous effaçons par-là les traces de notre âge, et nous réjouit, parce que déblayer signifie pour le destructeur résoudre parfaitement son propre état, voire en extraire la racine carrée. […]
Le caractère destructeur n'a aucune idée en tête. Ses besoins sont réduits ; avant tout, il n'a nul besoin de savoir ce qui se substituera à ce qui a été détruit. D'abord, un instant du moins, l'espace vide, la place où l'objet se trouvait, où la victime vivait. On trouvera bien quelqu'un qui en aura besoin sans chercher à l'occuper. […]
Le caractère destructeur ne souhaite nullement être compris. A ses yeux, tout effort allant dans ce sens est superficiel. le malentendu ne peut l'atteindre. Au contraire, il le provoque, comme l'ont provoqué les oracles, ces institutions destructrices établies par l'Etat. […] le caractère destructeur accepte le malentendu ; il n'encourage pas le commérage.
Le caractère destructeur est l'ennemi de l'homme en étui. Ce dernier cherche le confort, dont la coquille est la quintessence. […]
Aux yeux du caractère destructeur rien n'est durable. C'est pour cette raison précisément qu'il voit partout des chemins. Là où d'autres butent sur des murs ou des montagnes, il voit encore un chemin. Mais comme il en voit partout, il lui faut partout les déblayer. […] Voyant partout des chemins, il est lui-même toujours à la croisée des chemins. Aucun instant ne peut connaître le suivant. Il démolit ce qui existe, non pour l'amour des décombres, mais pour l'amour du chemin qui les traverse. »


Quelle merveille de lire ces textes qui fouillent au plus profond de l'individu tout en gardant leur dignité froide et impassible. Les cliniciens austères ont eux aussi des états d'âme…
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Ce deuxième volume est bien plus abordable que le précédent, il regroupe des études moins théoriques et portant essentiellement sur les littératures allemande et française, études composées surtout après 1926, lorsque Benjamin semble ne plus se satisfaire d'approches métaphysique ou mystique. Ce grand intellectuel de l'Entre deux guerres a été marqué comme beaucoup d'autres par le marxisme et ses analyses s'en font l'écho. Car les études littéraires d'alors ne pouvaient qu'être associées aux questions politiques et sociales de l'époque.
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
Pauvres, voilà bien ce que nous sommes devenus. Pièce par pièce, nous avons dispersé l’héritage de l’humanité, nous avons dû laisser ce trésor au mont de piété, souvent pour un centième de sa valeur, en échange de la piécette de l’ « actuel ».
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[Proust] est pénétré de cette vérité que les vrais drames de l’existence qui nous est destinée, nous n’avons pas le temps de les vivre. C’est cela qui nous fait vieillir. Rien d’autre. Les rides et les plis du visage sont les marques des grandes passions, des vices, des prises de conscience qui sont venus nous trouver –mais nous, les maîtres du logis, nous étions absents.
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[Julien] Green met de l’ordre dans nos terreurs les plus précoces. Au domicile de l’enfance, vidé de ses meubles, il rassemble au balai les traces laissées par l’existence de nos parents. Dans le monceau de souffrance et d’horreur qu’il accumule, leur cadavre sans sépulture nous choque et nous transperce brutalement comme, il y a des siècles, le Corps transperça l’homme pieux qu’il stigmatisa.
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Aussi longtemps […] que la théorie marxiste de la superstructure ne sera pas complétée par la théorie si impérieusement nécessaire de la génération de la fausse conscience, il ne sera guère possible de répondre autrement que par le schéma du refoulement à la question : comment les contradictions d’une situation économique engendrent-elles une conscience qui ne correspond pas à sa réalité ?
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La guerre, cette guerre métaphysique et abstraite dont se réclame le nouveau nationalisme, n’est rien d’autre qu’une tentative pour faire de la technique la clé mystique permettant de résoudre immédiatement le mystère d’une nature comprise sur le mode idéaliste, au lieu d’utiliser et d’éclaircir ce mystère par le détour d’une organisation humaine.
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Videos de Walter Benjamin (31) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Walter Benjamin
Par Delphine Minoui, grand reporter, lauréate du Prix Albert Londres 2006 Tout public, à partir de 10 ans
« Lumières pour enfants », c'était le titre donné par Walter Benjamin aux émissions de radio destinées à la jeunesse qu'il assura avant la montée du nazisme. Ce titre, Gilberte Tsaï l'a repris pour les Petites conférences qu'elle programme depuis 2001 dans différents établissements culturels. Elles reposent sur le pari que ni les grandes questions, ni les espaces du savoir, ne sont étrangères au monde des enfants et qu'au contraire elles font partie de leur souci, formant un monde d'interrogations restant trop souvent sans réponses. La règle du jeu en est la suivante : un spécialiste d'une matière ou d'un domaine accepte de s'adresser à un public composé d'enfants mais aussi d'adultes, et de répondre à leurs questions. À chaque fois, il n'est question que d'éclairer, d'éveiller : en prenant les sujets au sérieux et en les traitant de façon vivante, hors des sentiers battus.
Programme de la Petite conférence #2 – « Raconter la guerre, dessiner la paix, 25 ans de reportages au Moyen-Orient » par Delphine Minoui :
Rien ne prédestinait l'enfant timide, née à Paris d'une mère française et d'un père iranien, à devenir reporter de guerre. Quand elle s'envole pour Téhéran, en 1997, c'est avec l'envie d'y raconter le quotidien des jeunes de son âge, épris d'ouverture. Mais l'après 11-septembre 2001 chamboule tout. Elle se retrouve en Afghanistan, puis en Irak, pour suivre l'invasion américaine et ses conséquences sur la région. Depuis, les soubresauts s'enchaînent : révolutions du printemps arabe, attentats de Daech, crise des réfugiés syriens, putsch raté en Turquie, retour des Taliban à Kaboul. Mais Delphine ne perd jamais espoir. Sensible à l'humain au milieu du chaos, elle navigue entre ses articles et ses livres pour faire parler la paix, encore et toujours, en racontant le combat des héros anonymes croisés sur son chemin.
Entre anecdotes et confidences, la conférence donnera à voir les coulisses du reportage, où le journaliste n'est ni un super héros ni un agent du « fake news » au service d'un grand complot, mais un témoin d'exception, porteur de lumière, même au coeur de l'obscurité.
Le terrain est la colonne vertébrale de son écriture. Correspondante au Moyen-Orient pour France Inter et France Info dès 1999 puis pour Le Figaro depuis 2002, Delphine Minoui a consacré la moitié de sa vie à cette partie du monde synonyme de révolutions, coups d'État et conflits.
À lire – « Les petites conférences » sont devenues une collection aux éditions Bayard. Delphine Minoui, L'alphabet du silence, l'Iconoclaste, 2023 Les Passeurs de livres de Daraya, Seuil, 2017 Je vous écris de Téhéran, Seuil, 2015
Conception et programmation : Gilberte Tsaï – Production : l'Équipée.
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