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EAN : 9782246829355
288 pages
Grasset (16/08/2023)
3.83/5   628 notes
Résumé :
Florence, 1557. Le peintre Pontormo est retrouvé assassiné au pied des fresques auxquelles il travaillait depuis onze ans. Un tableau a été maquillé. Un crime de lèse-majesté a été commis. Vasari, l’homme à tout faire du duc de Florence, est chargé de l’enquête. Pour l’assister à distance, il se tourne vers le vieux Michel-Ange exilé à Rome.
La situation exige discrétion, loyauté, sensibilité artistique et sens politique. L’Europe est une poudrière. Cosimo d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (156) Voir plus Ajouter une critique
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Pour les nostalgiques du timbre : un polar épistolaire.
On se calme les philatélistes à double vitrage, je sais qu'en 1557 à Florence, on ne léchait pas encore le timbre-poste comme un sorbet citron, et que c'est à dada que les correspondances partaient en recommandé avec un trait d'arbalète comme accusé de réception.
Laurent Binet, rarement épargné par la critique, a le mérite d'explorer des genres littéraires différents et même d'en inventer certains. Il avait ainsi imaginé dans « Civilizations », des Incas envahissant l'Europe suite à une panne de GPS de Christophe Colomb, il avait rendu presque trépidante la campagne de François Hollande en 2012, ce qui relevait de l'exploit, dans « Rien ne se passe comme prévu », coécrit un « dictionnaire amoureux du tennis » et comploté autour de la mort de Roland Barthes dans « La septième fonction du langage ». Ma préférence va à son « HHhH » qui retrace l'histoire de deux parachutistes chargés d'assassiner en 1942, Reinhard Heydrich, dont le CV mentionnait la planification de la solution finale et la direction de la Gestapo.
Dans Perspective(s), un peintre, Pontormo, est retrouvé en petite forme, dans la mesure où il est mort, un ciseau planté dans le coeur devant la fresque monumentale qu'il réalisait sur commande du duc de Florence. Comme ce dernier est un Médicis, famille portée sur la conspiration, les vases et l'herboristerie, il charge Giorgio Vasari, premier historien d'art, peintre, architecte, écrivain et sorte de Machiavel Toscan du pinceau de trouver un coupable.
Ce crime va permettre à une vingtaine de personnages plus ou moins illustres, de correspondre discrètement sur l'enquête, de répandre des rumeurs, de comploter, de pleurer sur leur sort, de suspecter tout le monde, de s'allier au gré des circonstances et des opportunités politiques. Sans le savoir, ils inventaient les groupes Whatsapp !
Parmi eux, excusez du peu : une Catherine de Médicis qui n'a pas l'esprit de famille et un Michel-Ange fatigué de lever la tête et le doigt et dont l'âge change les perspectives.
Au-delà de l'intrigue, originale et bien ficelée, Laurent Binet oppose habilement les pouvoirs temporels et spirituels à travers la représentation du nu dans les peintures religieuses. ll s'intéresse aussi à la politique, à la condition féminine de l'époque et à ces artistes officiels, intermittents de l'audace, dont la créativité était bridée par des clients qui étaient vraiment des rois ou des commerciaux zélés de Dieu.
Le roman est foisonnant, documenté et très habile dans la construction, mais j'ai trouvé certains passages un peu ennuyeux et redondant.
Mon principal reproche à l'auteur est de n'avoir pas fait le choix de distinguer les personnages dans l'écriture. Pourquoi choisir le roman épistolaire si tous les protagonistes s'expriment de la même façon ? Reine, voleur, nonne ou peintre, partagent ici la même rhétorique soignée. Correspondance de clones.
Néanmoins, j'ai trouvé cette lecture divertissante et sans atteindre la magie perverse des « Liaisons dangereuses », cette histoire m'a donné envie de revoir Florence et d'envoyer des cartes postales.
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La censure de la nudité artistique n'est pas une nouveauté, preuve en est ce tout dernier roman de Lauret Binet, un polar historique épistolaire qui nous projette de plain-pied dans la Florence de la Renaissance, en une Italie dont l'effervescence artistique côtoie les déchirements politiques.


En 1557, tandis que la onzième guerre d'Italie place plus que jamais la péninsule au coeur de l'affrontement entre la France et l'Espagne, le pape Paul IV à Rome et le duc Cosimo de Médicis à Florence ont fort à faire pour espérer tirer leur épingle des luttes politiques en cours. Dans ce contexte de crise mais aussi de brassage d'idées – artistiques avec la récente découverte de la perspective en peinture, ou idéologiques avec notamment l'émergence de concepts républicains mais aussi la trace laissée par les prédications de Savonarole –, tout se fait enjeu de pouvoir et objet de sombres manipulations. Surfant sur la polémique née des exigences papales d'habiller de voiles les nus « impies et obscènes » de Michel-Ange, voilà qu'on a osé peintre un nu lascif affublé du visage de Marie de Médicis, le fille du duc de Florence. Au même moment, l'infamant tableau étant déjà devenu l'enjeu d'un combat politique, Pontormo, qu'on savait déjà torturé par la prévisible condamnation des fresques très dénudées, qu'après onze ans d'un travail titanesque, il s'apprêtait à achever, est retrouvé mort au pied de son grand oeuvre, un poinçon en plein coeur. Soucieux d'identifier le meurtrier et, peut-être plus encore, de récupérer l'odieux et vexant tableau, Cosimo de Médicis charge Giorgio Vasari, peintre lui aussi en même temps qu'homme de confiance, de mener une double enquête.


Sur la toile de fond solidement tissée de leur contexte historique, Laurent Binet s'empare des points d'interrogation de l'Histoire pour camper, sous un format original, un récit réjouissant et addictif. Des fresques dont Pontormo avait revêtu la chapelle San Lorenzo à Florence ne nous sont parvenus que leurs cartons préparatoires. de la mort du peintre, l'on ne sait rien, même pas précisément la date. Quant à Marie, la fille aînée de Cosimo de Médicis, sa disparition à dix-sept ans est restée l'objet de diverses légendes peu vérifiables. Il n'en faut pas plus à l'écrivain pour nourrir une fiction aussi récréative qu'édifiante, truffée de clins d'oeil, tant à la littérature lorsque sa Catherine de Médicis se prend des airs de Madame de Merteuil, qu'à un certain monde contemporain criant à la pornographie devant le David de Michel-Ange. Rétrospectivement heureux de savoir les fresques de la chapelle Sixtine sauves, l'on en vient à s'affliger de la disparition de celles de Pontormo, peut-être en effet aussi sublimes. Surtout, l'on se régale de cette intrigue pleine de rebondissements et de suspense qui se laisse découvrir au long des pointillés chronologiques laissés par un paquet de 176 lettres échangées, avec toutes les tournures de l'époque, par une vingtaine de protagonistes. le seul, contrairement aux auteurs des missives, à avoir accès à toutes, le lecteur, dans sa position ex machina, se retrouve en situation de rire – ou de frémir – des tâtonnements, erreurs et quiproquos dans lesquels, avec une malice jubilatoire, l'écrivain s'amuse à égarer les personnages.


Erudite, bien écrite, drôle, cette gourmandise historique s'assortit d'autant d'intelligence que de fantaisie, pour la défense des peintres et des artistes, à commencer par ceux de la Renaissance, contre la censure de tout poil. « La perspective nous a donné la profondeur. Et la profondeur nous a ouvert les portes de l'infini » « Nous sommes les fenêtres de Dieu. » « C'est pourquoi nous ne devons pas mésestimer nos oeuvres mais au contraire les respecter, en prendre soin et les défendre contre quiconque. Les nôtres et celles des autres, quand elles en valent la peine. » Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Savoureux ! Truculent !
De par sa splendide couverture, sa forme et son style, Perspective(s) est un coup de coeur.
Un roman foisonnant, bouillonnant, de nombreuses perspectives s'offrent à nous.
Florence, les Médicis et ces enfants terribles que sont les peintres.
Pontormo est retrouvé mort, sa fresque est saccagée et un tableau qui déshonore la fille du Duc est trouvé. Cosimo de Médicis doit trouver le coupable car : « Un prince dans le noir est un prince en sursis ».
Va s'ensuivre un incroyable échange de 176 lettres équivoques. Tout le monde y va de ses doutes, de ses hypothèses, de ses commérages, de ses secrets.
L'auteur a pris des risques car lisant un extrait j'ai eu des doutes sur la qualité du texte mais dès le début il s'explique :
« Toutefois, s'il voit des fautes, ou s'il s'étonne d'une expression triviale, que le lecteur ait la bonté de penser qu'elles ne sont peut-être pas de mon fait, ou bien qu'elles sont volontaires, car il s'agissait aussi de rendre lisible une correspondance du XVIème siècle toscan au lecteur français d'aujourd'hui, sans doute peu familier d'une époque lointaine et, j'ose le dire, trop oubliée. »
nous voilà avertis.
Alors tenons-nous prêt à toute éventualité et découvrons une époque, une société, des suspects et un coupable.
Merci aux éditons Grasset.
#Perspectives#NetGalleyFrance
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Le peintre Pontormo a été tué, ce qui, pour un thriller, n'a rien d'original. Dans la Florence de Cosimo de Médicis, d'ailleurs, tout le monde s'en fout.
Pour la forme, et sans perspective de résolution, ce dernier charge Vasari, le père de l'histoire de l'art, d'élucider, non pas le meurtre mais le lieu où se trouve un dernier tableau du peintre : Cupidon et Vénus, déjà peint par Michel-Ange, donc presque recopié (je sais, c'est pas beau de copier) sauf le petit pied de Cupidon ce gredin, juste sur le sexe de Vénus. Et, surtout, la tête de Marie de Médicis, peinte sur la gorge de Vénus dont elle n'a rien à envier, de toute façon, côté s'envoyer en l'air. Non, non, cette Marie délurée n'est pas celle qui fut reine de France, c'est la fille de Cosimo, ou Cosme 1er, duc de Florence.
Scandale en vue, puisque l'inquisition a mis fin aux années de licence où les nus ne choquaient pas. Les lettres s'échangent bon train, entre les peintres, Michel-Ange et Vasari, qui reproche à Pontormo de ne pas tenir compte de la perspective. Eh oui, la perspective, découverte pas Brunelleschi, l'architecte du génial dôme de Santa Maria del Fiore de Florence, peint par Vasari.
Vasari en rajoute une couche : la fresque endommagée avant le meurtre était atroce. Il ne se réjouit pas du tout de la mort de ce mauvais peintre, n'est-ce pas, il note, tout simplement, d'ailleurs, c'est son job.
Maria, dont la tête remplace celle de Vénus, écrit à sa tante Catherine de Médicis, reine de France, pour lui dévoiler ce qui l'est de toute façon. Cette dernière, obligée (si tant est que beaucoup de femmes choisissent) de vivre en polygamie avec Diane de Poitiers, délaissée par son époux le roi Henri II en faveur de sa « putain » (dixit la reine), et par ailleurs voulant affaiblir son cousin Cosme, demande à Piero Strozzi, son autre cousin, de s'emparer du tableau… pour le diffuser à partir de Venise dans toute l'Italie.
Car elle hait ce Cosme qui prétend s'emparer de la Toscane, faisant ainsi de l'ombre au pouvoir de Philippe II d'Espagne, fils de Charles Quint, et de Henri II de France, fils de François 1er.

La mort de ce mauvais peintre n'est pas seulement sans intérêt : elle apparait aussi comme plus que souhaitable, y compris par les âmes pieuses : les soeurs du couvent San Vincenzo se réjouissent de la mort du sodomite, et de plus protestant. Nous, lecteurs, comprenons bien que ces deux tares rendent gloire à l'assassin (que personne ne recherche) et, subsidiairement, à Dieu. Éléonore de Tolède, épouse de Cosme, prude comme une espagnole, puisqu'elle l'est, écrit au pape «  la mort providentielle, (de Pontorno) certes advenue dans des circonstances regrettables »
Circonstances regrettables ! Sa fille ! si le tableau honteux apparaissait, le mariage de Maria avec le fils du duc de Ferrare pourrait être remis en cause. Elle sait parfaitement que ce rejeton a très mauvaise réputation, « castrat doublé d'une brute » reconnait-elle, mais il faut vendre.
Pour Catherine de Médicis, le sort donné à cette idiote constitue une aubaine, et subtilement elle lui présente la condition des femmes à la manière islamiste : « Vous souffrirez en silence les caprices de votre maitre, ses emportements et ses infidélités, et si dieu le veut, il vous traitera bien, quoique ce qu'on me dit du caractère du jeune prince ne m'incline pas trop en faveur de cette hypothèse. »
En termes clairs, faites des folies de votre corps au lieu de vous enterrer dans le mariage. Ce que Maria, fera, se précipitant dans une histoire d'amour avec un page, jusqu'à être enceinte.
Autre scandale en vue.
Et Vasari commente : « Quant à la fille, je crois comprendre que le trésor de sa virginité n'est plus à prendre, ce qui, en un sens, lui ôte un poids, en même temps qu'une partie de sa valeur. »

Si ce roman, sous forme de lettres cyniques écrites de l'un à l'autre, se bornait à nous donner un aperçu de la vie à Florence, à nous faire sourire devant les ragots et les hypocrisies multiples, à nous faire peur avec les trois puissances prêtes à entrer en guerre pour le pouvoir, sans compter le pape pro inquisition « ennemi juré des protestant, des juifs, des artistes et des livres » qui se rapproche de l'Espagne, et retient Michel-Ange prisonnier à Rome pour terminer la chapelle Sixtine, je crois que nous n'aurions compris qu'un dixième du message de Laurent Binet.
Car l'auteur, avec une connaissance parfaite de la Florence de 1557, évoque le concile tenu à Trente , où il s'agissait de se dédouaner des thèses de Luther, la crue de l'Arno, l'importance de la perspective, qui, pour Michel-Ange, en donnant de la profondeur, ouvre les portes de l'infini, ce qu'aucun prêtre ne peut prétendre. On peut « voir au-delà » grâce à la perspective.
N'oublions pas le « s » du titre, les points de vue différents à la faveur d'un meurtre, sur la religion protestante, sur l'art en général, et sur Florence après la fin du Moyen-âge.
Et l'humour toujours présent.
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Voiler les nus, ah la belle affaire ! Depuis qu'un certain moine est passé par là, même Michel-Ange craint qu'on rhabille ses nus de la Chapelle Sixtine, pire qu'on détruise son oeuvre pour plaire au pape et à la duchesse de Médicis. N'a-t-on pas assassiné le Pontormo pour sa fresque de l'église San Lorenzo avec ses nudités jugées choquantes, à moins que ce soit pour le portrait de Marie de Médicis la représentant dans une pose lascive et dénudée ? D'ailleurs qui a tué le vieux peintre ? Vasari, chargé de l'enquête par Cosme de Médicis, parviendra-t-il à démêler cette sombre affaire ? Certains diraient, et ils ne se tromperaient pas, que c'est difficile à dire...

Que de « Perspectives » ouvertes sur la vie florentine de la Renaissance, avec ses acteurs majeurs, politiques autant qu'artistes et religieux, qui tentent, parfois avec succès, de servir leurs ambitions. Parmi eux des hommes de grand talent doivent batailler pour survivre, et finalement y parviennent puisque l'histoire a retenu leur nom à travers les siècles, et le retiendra probablement pendant longtemps encore. Une idée, parmi d'autres, que semble-t-il Laurent Binet, par le biais d'une correspondance presque digne de celle que nous proposa Choderlos de Laclos, voulait faire passer. C'est en tous cas avec une certaine ironie et adresse que ses « Perspectives » nous rappellent que fort heureusement, à Florence comme ailleurs, les pouvoirs temporel et séculier, malgré toutes leurs tentatives, ont souvent échoué à empêcher la pérennité des oeuvres d'art et du beau.
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critiques presse (7)
LeJournaldeQuebec
29 janvier 2024
Cette intrigue menée de main de maître, originale, très bien documentée, plonge dans le monde de l’art avec une fascinante énigme, un lieu clos, des indices et des conjonctures.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeFigaro
15 septembre 2023
Un polar épistolaire dans la ville des Médicis, où l’obsession du pouvoir pousse à toutes les extrémités. Brillant.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde
11 septembre 2023
L’ensemble constitue [...] un polar épatant, avec son ­content de suspects et de rebondissements. En prime, le livre propose une réflexion sur la politique et le travail des artistes. [...] Joli assemblage pour un seul roman…
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeDevoir
04 septembre 2023
Une uchronie captivante et un passionnant polar épistolaire qui se déploie en 176 missives.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LaTribuneDeGeneve
28 août 2023
Les intrigues de palais et les élans de la passion se mêlent à cette enquête palpitante confiée à Vasari qui, dans ce monde de peintres et d’ateliers, doit slalomer entre les chausse-trappes préparées depuis Paris par Catherine de Médicis et les relents du prêtre puritain Savonarole.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
Culturebox
16 août 2023
À la croisée du roman épistolaire, du polar et du récit historique, ce nouvel ouvrage embarque les lecteurs dans la Florence des peintres, en plein cœur de la Renaissance italienne.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Culturebox
12 juillet 2023
À travers toute une galerie de peintres, sculpteurs, architectes et stratèges politiques, Laurent Binet entraîne le lecteur dans une enquête où chacun est suspect.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (102) Voir plus Ajouter une citation
A nouveau, le crépitement de la mèche. De quel côté allait-il surgir ? Ou bien allait-il enjamber le tas de tableaux pour me tomber dessus ? Je ne pouvais attendre d’avoir la réponse, sous peine de mort imminente. Mon épaule me lançait et j’étais saisi de vertiges mais je parvins à ramasser le carreau et à le glisser dans l’arbalète. Fort heureusement, il me revint à l’esprit un croquis de Léonard que j’avais vu jadis : je savais qu’il fallait tendre la corde jusqu’à armer le mécanisme, ce que je fis au prix d’un effort surhumain. (…)
Et c’est à ce moment qu’il advint ce phénomène surnaturel : l’homme qui me menaçait, la pièce tout autour de lui, les cartons, les meubles, les cadres aux murs, les toiles, les châssis, les chevalets, les taches de peinture maculant le sol, le garde mort au premier plan, celui mort à l’arrière-plan, le Bacchiacca agonisant (je n’entendais plus ses râles, ni aucun autre son), tout m’apparut comme un tableau parfaitement composé.
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Tout d’abord, il convient d’écarter ceux qui peuvent prétendre égaler Pontormo mais ne vivent pas à Florence ou étaient absents de la ville au moment du meurtre : Michel-Ange, Daniele da Volterra à Rome, Titien et Tintoret à Venise, Salviati en France … A vrai dire, notre ville est si riche en talents qu’il reste bien assez pour remplir la feuille : Bronzino, Allori, Naldini, Bandinelli, … auxquels il faut donc adjoindre Plautilla Nelli … et vous-même, Messire Giorgio, car ce serait une grave offense de ne pas vous ajouter à ces noms prestigieux auxquels votre talent ni votre renommée n’ont rien à envier !
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La fin du peintre est de mener les hommes à quelque idée vertueuse au moyen d’une représentation convenable, à la façon dont un aliment fait horreur si on le représente sous l’aspect d’une chose abominable, ou bien au contraire fait envie de si on le représente sous l’aspect d’une chose belle et admirable.
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Si vous épousez le jeune prince de Ferrare, ce sera pour la seule raison de réconcilier votre père avec la puissante famille d’Este. Nous, femmes, sommes les pièces qu’on déplace sur l’échiquier des empires, et si nous ne sommes pas sans valeur assurément nous ne sommes pas libres de nos mouvements. Votre devoir de fille de duc est d’obéir à votre père, votre devoir d’épouse du duc sera de servir votre époux selon son plaisir en lui donnant des enfants en bonne santé
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S’il savait que je vous écris, mon père me tuerait. Mais comment refuser une faveur si innocente à votre altesse ? Il est mon père mais n’êtes-vous pas ma tante ? Que me font à moi vos querelles, et votre Strozzi, et votre politique ? À la vérité votre lettre m’a causé une joie que vous ne pouvez concevoir. Quoi ? la reine de France me supplie de l’entretenir sur sa ville natale en échange de son amitié ?
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Vidéo de Laurent Binet
Laurent Binet, écrivain et ancien professeur de français revient sur le poids de l'administration et la façon dont on traite les "profs" aujourd'hui qui relève de "la maltraitance". Il évoque les choix politiques qui pèsent sur l'école et altèrent la qualité de l'enseignement. Il déplore le fait que l'école privée bénéficie de "sommes énormes" en comparaison à ce qui est donné à l'enseignement public. Dans le public, il décrit un système de mutation "atroce", des profs "mal payés". Cet enseignement, alors qu'il devrait être une priorité dans un pays républicain, "le vaisseau amiral de notre société" est mis à mal par toutes ces politiques qui se succèdent depuis des années. Une situation qui malheureusement a pour conséquence terrible d'altérer le poids symbolique de l'enseignant et le rend plus vulnérable aux yeux de la société. 
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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