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EAN : SIE85217_604
Le Livre de Poche (30/11/-1)
3.68/5   33 notes
Résumé :
Une jeune femme exerce involontairement son pouvoir de séduction, fuit la maison où a elle a été élevée car a elle a failli être abusée. Elle rencontre un homme dont la femme se meurt.

Source : WIKIPEDIA
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique

Mort où est ta victoire ? Daniel-Rops

Amour et désamour : le bien et le mal.

Dans la nuit froide et de brouillard, Laure Malaussène a choisi de fuir le château de Barterand où l'avait recueilli Lodoïs Detrérieux un ami de son père qui s'est suicidé naguère au moment où il appris que sa femme Germaine le quittait pour un autre homme. Laure a vingt ans : elle est encore une enfant mais déjà marquée par les drames de la vie.

Detrérieux que sa femme Marguerite a quitté a un fils, Thierry et une fille Pia.

Pia, ombre douce et fragile, et Laure, une fille qui éprouve une immense frénésie de vivre sont très liées et la jalousie de Thierry rend l'atmosphère irrespirable : il est attiré par Laure et tout comme le père voit en elle une proie facile.

Elle a la sensation horrible d'être mise en pâture, d'être un lot de marchandage. Pour elle, c'est cela le mal.

Mais Laure dont la liberté est le plus cher de ses voeux, refuse tout rapprochement et avant qu'elle ne soit forcée, quitte nuitamment le château avec juste une petite valise, sans but précis. Exaltée et courageuse, elle court dans la nuit.

Recueillie par un abbé dans la nuit sur le bord d'un chemin, épuisée et glacée elle est soignée et logée dans un institution religieuse.

Deux ans plus tard, elle est enseignante à l'institution Sainte-Mechtilde.

Elle se lie avec Marcelline une élève de terminale et avec Irène, enseignante comme elle, qui bientôt se marie avec Jacques Malessert.

Les élans mystiques et le tumulte intérieur qui animent Laure n'ont que faire de la cour que lui fait Jacques lors d'un séjour d'été à Cressin dans la propriété familiale des Malessert.

Il semble souvent à Laure que sa vraie vie devrait se dérouler sur un plan imaginaire auquel les vivants n'auraient pas accès et où seul rode la confuse menace de la révolte et du désespoir.

Quand elle voit Irène jeune mère de famille apparemment heureuse, elle se dit :

« Est-ce donc cela, le bonheur, cet ensevelissement dans le confort, la routine, l'oubli, dans cet égoïsme candide et niais des jeunes mères ? »

Laure a 25 ans à présent. C'est « une très belle femme au teint clair, à la lourde chevelure rousse, la poitrine haute et mince, les épaules étroites… pleine de grâce »

Et Jacques ne désarme pas :

« Ce qu'il y a de beau en vous, c'est cette force, cette grandeur tragique. »

Un jour dans le train elle découvre un petit carnet noir tombé entre deux sièges.

Dans ce petit carnet sont consignées des citations, en particulier de Nietzsche apprendra-t-elle plus tard et notamment celle-ci qui inconsciemment va guider sa vie : « Ce qui se fait par amour se fait par delà le bien et le mal. »

Dans le train qui la conduit aux cours de piano qu'elle donne, elle rencontre l'homme qui va bouleverser sa vie, Jean Paleyzieux.

« Les jours qui suivirent la rencontre du train furent pour Laure pleins d'un trouble indéfinissable. Ce qu'elle éprouvait, elle ne l'avait jamais auparavant ressenti : un soulèvement de tout son être, une aspiration puissante vers une lumière et une chaleur nouvelles. »

Jean Paleyzieux, un bel homme, est marié à Mathilde Bélignat, un mariage malheureux, un mariage d'argent, mais avec trois enfants.

Nous somme en 1892 et Laure a la trentaine. Une beauté fulgurante.

Les leçons de piano qu'elle va donner aussi aux enfants Paleyzieux vont susciter la jalousie de Mathilde qui n'est pas une belle femme, en des termes choisis :

« Vous êtes grands tous les deux, et beaux, n'est-ce pas ? Il est beau. Vous, vous êtes belle comme une chienne. »

Peu à peu une attirance irrépressible naît entre les deux êtres :

« Il n'est pas besoin de mots pour qu'entre un homme et une femme se lie cette complicité tacite des âmes qui précède l'amour, qui le fait naître. »

Laure d'un tempérament bouillonnant s'exalte :

« Dans son imagination qu'elle ne pouvait pas toujours tenir en bride, elle se laissait aller à construire une vie nouvelle… Son tempérament exalté la faisait passer de l'espérance la plus vive au plus pénible désespoir. »

Les mots de Jean l'impressionnent : « Avant toute morale, il y a celle qui nous oblige à nous accomplir nous-mêmes. Notre responsabilité la plus haute, c'est celle que nous avons à l'égard de notre destin propre… »

Il semble à Laure et Jean que tous ces instants passés ensemble durant lesquels l'amour cherche sa voie, abolissent tout sens critique. Dans ces moments, un regard a plus d'importance qu'un mot. Pour Laure, la vie c'est cette sourde exaltation des sens, et l'amour, interdit et victorieux, un amour né pour rester secret.

Laure et Jean, finissent par déchirer le voile d'une artificieuse amitié et céder à leur mutuelle passion. En des lignes sublimes, Daniel Rops écrit :

« Depuis qu'elle s'était donnée à Jean, dans la fougue d'un amour sans calculs, Laure éprouvait le sentiment d'être emportée par une force terrible, contre laquelle elle ne cherchait pas à lutter. Elle avait atteint ce point tragique du bonheur où l'être sait que la moindre incertitude risque de le perdre, que la moindre défaillance conduit au désespoir. Elle aimait Jean. Elle l'aimait de toute sa chair longtemps chaste, et la frénésie de son amour devait à sa longue pureté, une violence particulière. »

Un très beau passage de réflexion sur le bien et le mal, le juste et l'injuste : c'est la dernière et inoubliable entrevue entre Laure et le vieil abbé Pérouze, son confident et sa conscience, un très grand moment riche de dialogues admirables.

Laure qui a lu Pascal et Sainte Thérèse d'Avila se heurte au début à l'athéisme nietzschéen de Jean. Mais peu à peu emportée par la passion elle subit son ascendant, la religion lui rappelant trop son ancienne vie et la soumission qui en découlait. Maintenant elle se révolte.

Mais jusqu'où peut-elle aller dans ce sens ? Jean est marié et la route est barrée.

Et puis elle perçoit indistinctement et à l'insu de Jean une faille dans leur amour, comme quelque chose qui ne serait jamais accompli. Débute alors un combat sournois et feutré entre sa conscience liée à son éducation, et la morale sans scrupule des Jean : ils n'ont pas la même conception de la vie.

Un avenir plein de doute s'ouvre alors devant Laure.

Suit une seconde partie dans laquelle Laure nous livre le fond de son coeur dans une manière de journal intime. Après l'amour, la haine : une haine féroce et réciproque lie Laure et Jean après la mort de sa femme. Seuls Raphaël et Alix, deux de ses beaux-enfants apportent un rayon de bonheur à Laure qui vit des aventures fugaces et décevantes et qui torturée songe au suicide.

Laure reverra Thierry, un Thierry bien différent qui s'apprête à rentrer dans les ordres. Leurs conversations hautement spirituelles la marqueront à jamais.

La troisième partie prolonge la première et nous conte la vie de Laure qui a à présent quarante ans. Elle est habitée par un désir de rédemption et d'effacement de ces années de passions violentes qui avaient envahi son coeur tout au long de sa vie de déchirements. Après le désarroi, elle aspire de tout son être à la paix et le contentement : la voie pour y atteindre s'ouvrira tout naturellement quoique tortueuse.

Un livre puissant au style magnifique tout empreint de morale chrétienne.

Un des plus beaux romans d'amour qu'il m'ait été donné de lire, et ce pour la troisième fois, avec toujours la même passion.

Et aussi un récit de l'émancipation d'une femme et de sa recherche du bonheur.

Un récit prenant, qui ne vous lâche pas de la première à la dernière ligne. Un peu dans le style haletant et passionnel des nouvelles de Stefan Zweig ; mais il s'agit d'un immense roman de près de 600 pages que Daniel Rops a mis cinq ans à écrire, et publié en 1934.

Un chef d'oeuvre oublié, un de plus.

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Bien que ce soit au final, un roman (militant? Mais si littéraire...) qui promeut la religion catholique (Daniel-Rops était un écrivain chrétien), j'avais bien aimé ce roman lu après avoir vu un vieux film avec Pascale Audret (je crois), en jeune heroïne

éprise d'absolu, révoltée... et finalement, victime... et Jean Desailly (son amant, puis mari.)

L'héroïne court vers l'abîme pendant les 3/4 du roman, mais longtemps après, à Paris,lors d'un concert, elle rencontre son premier tourmenteur, celui qui l'a "chassée" de Barterand, la maison où on l'avait accueillie. C'est une âme forte et tourmentée, et avide de connaissance, (les femmes comme les hommes subissent son ascendant.) Elle passe par différentes étapes. Avant de rencontrer l'homme qu'elle va aimer, elle est répétitrice dans un pensionnat (Sainte Mechtilde.)

Par exemple, du jour où elle se sacrifie (en cédant aux avances du médecin qui doit établir un certificat de décès), pour sauver son amant de l'accusation d'avoir hâté la mort de sa femme, elle cesse de l'aimer. Et l'épouse quand même. Mariage raté, bien sûr.

Bon. Son premier tourmenteur (rencontré au concert) est rongé de remords. Ils vont beaucoup parler. Elle va pardonner. Elle entre au Carmel, où elle se dégagera de tout ce qui l'encombrait. Je peux bien dévoiler la fin parce que je suis à peu prés sûre que plus personne ne lira jamais ce livre.

Il m'a fait parfois penser à Thérèse Desqueyroux, et pourtant, ce sont deux histoires totalement différentes.

Peut-être que ces héroïnes se ressemblent finalement. Elles sont en quête d'absolu. L'une semble l'atteindre enfin à Paris, (mais c'est une impression trompeuse...) et l'autre dans la foi.

"Igne me exaministi..." - je traduisais cela par "tu/vous m'as/m'avez fait passer par l'epreuve du feu..." cela revient comme un leitmotiv. Et c'était une formule qui, à vingt ans, me plaisait.

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Fin du 19e siècle. Une jeune orpheline recueillie dans une famille bourgeoise est accusée de relation inappropriée avec la fille de la famille et agressée par le fils. Elle s'enfuit et parvient cependant, au gré des rencontres, à refaire sa vie dans le monde bourgeois du début du 20e siècle.

Cette rencontre initiale avec "le mal" restera gravée en elle et nourrira un mal-être persistant qu'elle finira par surmonter au bout d'un cheminement douloureux.

Il y a les classiques, qui traversent les décennies et les siècles.

Il y a la production du moment.

Et il y a les beaux textes de leur époque, qui n'ont pas surfé sur le temps et qui sommeillent sur les étagères et dans les chineries. Celui-ci en fait partie.

On ne va pas se mentir, c'est assez difficile d'accès.

C'est dense, c'est touffu, il y a peu d'action, l'objet étant une étude psychologique, dans la lignée du Lys dans la vallée ou de Madame Bovary, le mythe en moins.

Il est également nécessaire de comprendre le positionnement très religieux de l'auteur, académicien par ailleurs, qui donne une couleur bien particulière au propos.

La deuxième partie, qui est le journal écrit par l'héroïne, donc rédigé à la première personne, est magnifique.

J'ai eu pendant un moment le sentiment d'une réminiscence que je ne parvenais pas à situer. J'ai finalement fini par comprendre qu'elle rappelait la petite musique de Yourcenar et de Chandernagor, cette langue si douce et féminine qui glisse entre les yeux.

Très belle performance d'auteur que d'être ainsi parvenu à véritablement écrire "par son personnage".

Un texte qui contentera les amateurs du genre et fera souffrir les autres 😅, cependant à chiner car plus édité.

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étude éblouissante vous emportant dans ses analyses ,percutantes, des évolutions psychologiques des personnages mis en scène au vu de la morale restrictive de l'époque qui s'imposait alors

roman des questions éternelles sur la vie, ses rapports à la mort et comment face à Elle tenter de vivre ou revivre

impressionnant


Lien : https://www.0673921266@orang..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation

- Le mal, ce n'est pas seulement ce qu'on subit, c'est ce qu'on inflige. Si, pour être heureux, il est indispensable de faire souffrir, que vaut-il mieux ?

- N'hésitez pas, mieux vaut faire souffrir. La pitié est un sentiment de faibles. Si l'être que vous devez sacrifier n'est pas capable de se défendre seul, pourquoi vous, le défendriez-vous ? Pour des raisons de morale ? Pour obéir à des principes que les médiocres ont inventé afin de garantir leur petite tranquilité, par peur des autres, des forts ? La pitié, quel avilissement.

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Quand on a souffert comme moi, on ne sait plus si l'on a le courage de risquer sa chance. On voudrait seulement être oublié dans son coin par le sort, vivre modestement, non dans le bonheur, mais dans cette absence de malheur qui en est la caricature.....

...Chaque être n'a pas la possibilité de conquérir son bonheur. Il y en a à qui toute chance a été refusée. Ils n'ont rien à attendre, ils ne peuvent pas forcer le destin. Peut-être n'ont-ils pas de destin du tout.

- Non répondit-il ... chaque être a, dans sa vie, au moins une fois, une occasion de ...- comme vous dîtes... de jouer son destin. Ceux qui ont de la chance ne paient pas trop cher cette occasion unique. Les autres paient plus cher, d'autres à un prix si élevé qu'ils n'osent pas le payer....

.... Vous n'avez peut-être vécu que deux ou trois instants, ceux où vous avez éprouvé que quelque chose d'autre passait dans votre nuit, quelque chose qui voulait être éveillé et que vous avez refusé.

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La seule vérité c'est celle-là, celle que nous donne notre lutte pour notre âme, le combat contre l'ange. Les hommes d'aujourd'hui méconnaissent cette vérité essentielle de l'être qui se vainc, qui se surpasse.

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Chaque être a dans sa vie, au moins une fois, une occasion de jouer son destin. Ceux qui ont de la chance ne paient pas trop cher cette occasion. Les autres, plus cher. D'autres, à un prix si élevé qu'ils n'osent pas le payer.

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