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EAN : 9782754810852
224 pages
Éditeur : Futuropolis (08/10/2015)
4.21/5   316 notes
Résumé :
Etienne Davodeau est auteur de bande dessinée.
Benoît Collombat est grand reporter à France Inter.
L'un est né en 1965, l'autre en 1970.
Ils ont grandi sous la Ve République fondée par le général de Gaulle, dans un pays encore prospère, mais déjà soumis à la "crise".
L'Italie et l'Allemagne ne sont pas les seules nations à subir la violence politique.
Sous les présidences de Pompidou et de Giscard d'Estaing, le pays connaît aus... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (75) Voir plus Ajouter une critique
4,21

sur 316 notes

ninosairosse
  19 août 2018
🎶J'ai fouillé comme un salaud
dans son sac
J'ai mis un sacré boxon
J'ai tout chamboulé dans ton
bric-à-brac.
C'est pas des plus élégants
Ça ressemble à un mauvais plan
Une arnaque
Je voulais connaître tes secrets
Au risque de me manger
Quelques claques... 🎶
Dans ton sac- Renaud-1991
Confusions
Ne pas confondre le sac à main, avec le SAC , repaire d'homme de mains.
Ne pas confondre Renaud avec le juge François Renaud
Investigations
30/06/1971 Braquage Hôtel des postes Strasbourg c'est par là que ça a commencé
Corruption, le SAC arrose et le parti se sucre.
Financement du parti politique UDR avec notre Argent Public
Interpellation
03/07/1975 le SAC incriminé, juge Renaud, par le Gang des Lyonnais le fait assassiner...
En fouillant ton sac,on trouve des tic-tac, des Stimorol
En France on a des idées mais toujours pas de pétrole
1977 Reconstitution Adaptation Patrick Dewaere devient Juge Fayard
Film d'Yves Boisset, dénonciation SAC, censure, version trop Hard
Octobre 1979 l'affaire Boulin tombe dans un Lac
L'étang d'Hollande, du temps de Chirac
Se termine en eau de boudin, la main dans le SAC
Contre enquête 2007 lividités cadavériques
'' Un homme à abattre'' Benoît Collombat, combat pour le véridique (édition Fayard !!! Coïncidence !)
Le SAC et Les dessous des partis pathétiques
Juillet 1981,la goutte qui renversera le SAC, goutte au goût de vitriol
Mic-mac, badaboum, patraque, un coup de matraque
Massié, retourne sa veste, chef de section SAC, femme et enfant.... Tuerie d'Auriol......
1982....dissolution.... le SAC vidangé vît DANGER !!
C'est pas moi qui ai tué....
Le SAC crie lese... MAJESTÉ
Faire le sac des dames c'est moche
Mettre à SAC, coup de pelle, manche de pioche
Rien de plus fastoche...
'' Il y a deux Histoires: L Histoire officielle, menteuse, qu'on enseigne, puis L Histoire secrète où sont les véritables causes des événements, une histoire honteuse'' H. de Balzac
Le SAC "écume de la démocratie", le côté obscur de l' histoire de France
"l'intendance suivra", le gaullisme.... Je suis ton pair....
Le SAC à germé dans le climat de violence 'légitime de la Résistance. Pour certains de ses membres il a ensuite pu être perçu comme un moyen de prolonger cette "Fraternité d' Armes" avant de complètement dériver...
La fondation Charles de Gaulle occupe les anciens bureaux du siège du SAC.... (son président est d'ailleurs l'ancien trésorier du SAC !!! Coïncidence !!!?)
Le SAC, écume de la démocratie !
2018 affaire Benalla
Toujours des vagues
Ou peut être le RESSAC
Le doute SAC cent tue
Mais je ne voulais pas me mettre le SAC à dos
Simplement remercier encore et encore Étienne Davodeau.








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Jean-Daniel
  18 mars 2021
Etienne Davodeau, auteur de bande dessinée, et Benoît Collombat, journaliste d'investigation à France Inter, reprennent deux ténébreuses affaires sous forme de bande dessinée : l'enquête sur l'assassinat du juge Renaud, surnommé le shérif, la mort du ministre Robert Boulin, retrouvé dans un étang le 30 octobre 1979.
Le 3 juillet 1975, le juge François Renaud est abattu près de son domicile lyonnais, premier magistrat abattu en France depuis la Seconde Guerre mondiale. Avec son look atypique, François Renaud semble parfois tout droit sorti d'un western, il monte à cheval, se balade en ville en bottes, chemise rose et veste à carreaux. On le surnomme le shérif. Ses méthodes tranchent avec celles de ses pairs. Trois hypothèses sont privilégiées concernant l'assassinat : la vengeance personnelle (un mari jaloux, par exemple), celle d'un groupe de malfaiteurs (ce ne sont pas les suspects qui manquent) ou une raison politique, le juge Renaud était sur le point de mettre en lumière les étranges procédés de financement de certains partis. C'est cette hypothèse qui est retenue par les auteurs de la BD. Cette affaire n'a jamais été résolue et l'enquête n'aboutira à rien. Elle aurait gêné beaucoup de monde, notamment, semble-t-il des hommes politiques de l'époque…
30 octobre 1979, Robert Boulin est retrouvé à moitié immergé, la tête presque hors de l'eau dans un étang de la forêt de Rambouillet. La thèse du suicide est rapidement retenue, toutefois il semble difficile d'affirmer que Robert Boulin se soit suicidé par noyade dans un étang profond de 60 centimètres d'eau et de vase. Au fil des années, de nombreuses voix se sont élevées contre la version officielle, qui a conclu à un suicide…
Etienne Davodeau et Benoît Collombat reprennent, sous forme de bande dessinée en noir et blanc, les enquêtes concernant ces deux meurtres ; il s'agit pour eux de dévoiler la face obscure de la 5ème république des années 70 et 80. Ils retournent sur les lieux des crimes et rencontrent de nombreux témoins et journalistes pour tenter d'éclaircir les dessous de ces deux enquêtes, dépeignant les « années de plomb de la Cinquième république », avec de nombreux détails qui permettent de mieux comprendre le contexte politique de l'époque. Cette BD, particulièrement intéressante, se lit comme un polar où on passe de surprise en surprise. L'ensemble est clair et présente des faits qui dérangent toujours 40 ans plus tard.
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gavarneur
  11 janvier 2017
Un ensemble de témoignages incroyables, et probablement tous vrais.
Si tout le monde ou presque a entendu parler du SAC, je ne suis sans doute pas le seul qui n'en avais plus qu'une idée vague, et ne le reliais pas à tous ces (mé)faits.
Pour faire simple (mais pas précis, je me fie à ma mémoire pas mal de semaines après la lecture), le Service d'Action Civique était à l'origine une organisation de patriotes, dont beaucoup venaient de la résistance. Ses premières actions, en marge de la légalité, contre le FLN puis l'OAS, avaient sans doute déjà un côté bien discutable, et ont créé des liens avec des truands, voire des criminels, mais aussi avec des politiciens appelés à faire de belles carrières.
Ce livre est une enquête de journaliste et illustre par des témoignages directs la dérive qui s'en suivit : quand politiciens et patronat étaient heureux de faire faire la sale besogne, en laissant trop de liberté à des hommes de main trop proches du milieu, essentiellement lyonnais.
Le soutien aux syndicats jaunes pour des intimidations et des violences incroyables m'était inconnu. le lien avec l'affaire Boulin était vague pour moi, l'accusation est ici précise ; il est possible que cette BD et des livres comme Histoire du SAC (Essais - Documents) de François Audigier aient contribué à ce que l'enquête soit enfin ré-ouverte.
Les abominations culminent avec l'assassinat du juge Renaud et surtout avec la tuerie d'Auriol « Les militants perdus d'un mouvement d'origine gaulliste sont donc capables de défoncer le crâne d'un môme à coups de tisonnier. le pays est saisi de sidération. » avaient réussi à s'effacer de ma mémoire.
Ces seuls éléments justifient largement de lire cette enquête. Mais le plus incroyable est la gêne que montrent des témoins importants, tant d'années après les faits, et surtout les trous laissés bien en vue dans le rapport d'enquête parlementaire. le silence semble avoir fait consensus.
La question que je me suis posée sitôt après la lecture est : pourquoi une BD ? Pourquoi faut-il mettre des dessins (beaucoup ressemblent à des photos d'interviews, mais dans une revue une seule suffirait pour chaque témoin rencontré) ? Faut-il Tardi pour qu'un large public « lise » le Voyage ? Xavier Coste pour me rappeler Schiele ? Vous connaissez tous des exemples de ce genre. Est-ce la paresse qui nous empêche de consacrer du temps à parcourir une enquête ; une mise en page aérée aide-t-elle à lire rapidement cette accusation ? Je ne sais pas répondre, je dis juste que c'est une chance que par la bande dessinée une plus large diffusion soit permise à des oeuvres d'art et des témoignages.
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cicou45
  02 août 2016
C'est toujours délicat de critiquer un ouvrage comme celui-ci qui représente une véritable bombe à lui tout seul pour L Histoire, côté obscur, de notre pays. S'attaquer aux côtés sombre des autre états, cela est relativement bien enseigné dans les livres d'histoire au collège et au lycée mais comment apprendre à des adolescents que la France, elle non plus, ne fut pas toute blanche, o combien, loin de là. Et pourtant, il faut bien que ceux qui deviendront les futurs citoyens de demain le sachent. Lorsque j'étais au collège, il y a environ quinze ans de cela, je me rappelle que le régime de Vichy n'était que peu développé et alors, ne parlons pas de mes années lycée, lorsqu'il a fallu se plonger dans la guerre d'Algérie. J'aurais tellement voulu savoir à l'époque et, pour autant, étais-j réellement prête à entendre tout cela ? Je n'en suis plus si sûre. Cet ouvrage m'a bouleversé au plus au point car, même s'il est des choses que j'ai appris en autodidacte entre temps, nos deux auteurs ici, Étienne Davodeau et Benoît Collombat, l'un auteur de BD et l'autres chroniqueur pour France Inter, ont fait bien plus que me déstabiliser. Sans rentrer dans mes propres opinions politiques, disons qu'il y avait énormément de choses que j'ignorais jusqu'alors, soit parce que j'étais trop jeune (voire même pas encore née), soit parce que cela ne m'intéressait tout simplement pas. Ce n'est que maintenant que je me rends compte de mes lacunes dans ce domaine et je le déplore. Ici, nos deux auteurs lèvent le voile sur le SAC (Service d'Action Civique) qui a sévi durant la guerre d'Algérie et certainement pas de la manière la plus loyale qui soit et à continué ses viles actions jusqu'en 1982, juste après l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir.
Grandes enquêtes menées ici : les morts du juge François Renaud "juge qui dérangeait" et Robert Boulin, jamais réellement élucidées à ce jour. Tout pousse à croire qu'il s'agit de suicides mais qu'en est-il réellement ?
Bref, vous l'aurez compris, un livre qui dérange et qui pourtant vaut vraiment la peine que l'on s'y attarde plus qu'un moment. Cette "enquête sur les années de plomb de la Ve République", nous nous devons, par souci de mémoire, de la connaître et surtout, de ne pas l'oublier...A découvrir ! La raison pour laquelle je n'ai pas mis la note maximum à cet ouvrage est en grande partie due à mon manque de connaissances politico-historiques mais cela ne remet absolument pas en cause la qualité de l'ouvrage.
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Presence
  10 novembre 2021
Un organisme qui ne se réunit jamais, qui ne fait rien et ne rencontre personne
-
Ce tome contient un récit complet, indépendant de tout autre. Sa première publication date de 2015. Cette bande dessinée est l'oeuvre d'Étienne Davodeau et Benoît Collombat pour le scénario, et de Davodeau pour le dessin. Il se termine avec une postface de Roberto Scarpinato, procureur général auprès du parquet de Palerme. Il comprend 216 pages de bande dessinée en noir & blanc, avec des nuances de gris.
Un matin d'octobre 2013, un taxi dépose Étienne Davodeau et Benoît Collombat au 89 Montée de l'Observatoire. Ils évoquent l'assassinat du juge François Renaud à 2h42 du matin le 3 juillet 1975. Il était un magistrat qui dérangeait. Tenace, incorruptible, il n'avait pas froid aux yeux. En plus il était membre du syndicat de la magistrature, classé à gauche. Ancien résistant, passé par la justice coloniale, il n'éprouvait aucune fascination pour les voyous. Il leur faisait la guerre. Lyon, c'était un peu la capitale du crime. On l'appelait Chicago-sur-Rhône. Des affaires de prostitution, de corruption, éclaboussaient la ville. C'était aussi l'un des bastions du SAC, le Service d'Action Civique, même s'il n'avait que peu à voir avec le civisme. Officiellement, le SAC est une simple association créée en 1960 par des fidèles du général De Gaulle, comme Jacques Foccart, Alexandre Sanguinetti, ou Roger Frey, pour défendre sa pensée et son action. Deux ans plus tôt, en 1958, ces mêmes fidèles avaient soutenu l'arrivée au pouvoir du général dans des conditions proches d'un coup d'état. C'était l'opération Résurrection. Il s'agissait pour les gaullistes de contrer un autre coup d'état, mené au même moment par des militaires partisans de l'Algérie française. Et en 1961 à Alger, un putsch tente à nouveau de renverser le pouvoir. Dans le tumulte de la guerre d'Algérie, le rôle du SAC consiste donc à verrouiller le pouvoir gaulliste contre tout débordement potentiel.
Benoît continue d'expliquer à Étienne ce que faisant concrètement les militants du SAC, et comment cette association a perduré sous Pompidou, puis sous Giscard, tout en ayant soutenu Chirac entretemps. Finalement leur rendez-vous arrive : Robert Daranc, 80 ans, journaliste, ancien correspondant de RTL à Lyon. Ils vont boire un café. Il explique qu'il a bien connu le juge Renaud car il entretenait de bonnes relations avec lui. Ils lui demandent de parler du hold-up de l'Hôtel des Postes de Strasbourg, le 30 juin 1971. Cinq hommes parviennent à faire main basse sur onze millions de francs, soit 1,8 millions d'euros. Ils réussissent ainsi le casse du siècle qui restera le plus lucratif en France au vingtième siècle, et ils s'évanouissent dans la nature. L'ancien journaliste continue en indiquant que le chef du gang aux estafettes a fini par se retrouver face au juge Renaud. Ce dernier a confié au journaliste qu'il avait la certitude que l'argent du hold-up avait dû être rapatrié au profit d'un parti politique de l'époque, l'UDR, l'ancêtre du RPR et de l'UMP. Il supposait que les le gang des lyonnais passait à travers tous les barrages de police et de gendarmerie, en empruntant l'avion d'un des patrons du SAC de Lyon.
Le titre annonce clairement la nature de l'ouvrage : l'existence d'un activisme politique violent dans les années 1960-1970-1980. le lecteur comprend bien qu'il s'agit d'un ouvrage de type historique, et que par la force de choses, les auteurs vont relater de nombreux faits, des témoignages, des dates, des hypothèses ou des théories, c'est-à-dire une forme d'exposé auquel il est toujours délicat de donner une forme visuellement intéressante. Il se dit que l'auteur proprement dit doit être le journaliste et qu'il s'est associé à un bédéaste confirmé pour aboutir à quelque chose de digeste. Les auteurs ont choisi de se mettre en scène : le lecteur accompagne ainsi Benoît et Étienne dans leurs déplacements, et dans leurs rendez-vous. Dans la première séquence, il les voit discuter entre eux, Benoit relatant les faits de l'assassinat du juge à Étienne. Puis il voit Robert Daranc se présenter à eux, avec un échange de poignées de main, et ils s'attablent au bistro pour prendre un café. Au fur et à mesure qu'ils évoquent des faits, ceux-ci sont représentés dans les cases. C'est une forme assez basique de reconstitution historique, le lecteur absorbant effectivement beaucoup d'informations au cours de discussions et de témoignages. Les traits de contour sont un peu irréguliers, tout en étant précis. Les images rendent bien compte de la banalité du quotidien, des événements relatés, et la représentation des hommes politiques est très ressemblante, de Charles Pasqua à Nicolas Sarkozy.
La première affaire relatée est donc celle de l'assassinat du juge François Renaud (1923-1975), et de l'enquête, par le biais des connaissances du journaliste et de sept entretiens, avec un journaliste ancien correspondant de RTL à Lyon, l'ancienne greffière du juge Renaud, l'ancien patron du Service Régional de Police Judiciaire de l'époque, un magistrat du syndicat de la magistrature, la meilleure amie du juge rencontré lors de ses études à la faculté de droit, l'avocat lyonnais de la famille du juge, et le fils du juge. Chaque interlocuteur raconte ses souvenirs, ou d'autres éléments connexes. Par exemple, l'avocat évoque le tournage du film d'Yves Boisset le juge Fayard dit le Shériff (1977). Cette première affaire est relatée de la page 2 à la page 61. le lecteur se rend compte qu'il passe vite d'une lecture qui lui semble pesante du fait du volume d'informations à assimiler, à une lecture haletante, car il se produit un effet de révélations sur ce qui peut être qualifié de complot. Puis il arrive sur une page d'interlude dans laquelle les auteurs essayent de contacter Charles Pasqua pour un entretien : son secrétaire leur conseille de lui écrire un courriel.
À partir de la page 66, le thème change : il s'agit de se faire une idée de ce qu'était le Service d'Action Civil au cours de plusieurs entretiens. le dispositif narratif reste donc le même : Collombat et Davodeau se déplacent pour se rendre à chaque nouvel entretien, en voiture ou en train, et échangent, en route, quelques idées, quelques remarques, quelques informations. Puis vient le temps des questions posées avec au moins 50% des cases composées de têtes en train de parler. Se glissent quelques reconstitutions, et parfois une copie d'un document d'archive, ou des extraits de journaux. du point de vue BD, les têtes en train de parler, c'est assez pauvre et une forme de facilité dans une récit d'aventure. Pourtant le lecteur constate qu'il continue de dévorer les pages avec une grande avidité, et que sa lecture présente une fluidité et une intensité de haut niveau. Ce chapitre s'étend de la page 66 à la page 116, là encore avec son lot de révélations. Puis arrive une nouvelle page d'interlude pour décrocher, en vain, un entretien avec Charles Pasqua.
À partir de la page 122 jusqu'à la page 144, les coscénaristes s'entretiennent avec trois ouvriers à la retraite, ayant été délégués syndicaux, et évoquant la présence des syndicats patronaux dans les usines, et les interventions des membres du SAC pour empêcher de tracter, ou pour coller des affiches. de la page 149 à la page 207, les auteurs relatent les faits dans l'affaire de la mort de Robert Boulin (1920-1979), ministre du travail. Davodeau s'adresse au lecteur en toute transparence, pour indiquer qu'il s'agit pour partie d'un résumé de faits exposé dans Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin (2007) de Benoît Collombat, et pour partie de nouveaux témoignages. Enfin, l'ouvrage se termine avec l'information que Pasqua refuse l'entretien, et un épilogue de huit pages avec quelques dernières informations et dernières suppositions. le lecteur ne s'est même pas rendu compte de la pagination, de la mise en forme : il a tout dévoré avec cette sensation de naviguer au coeur d'un complot nauséabond. La postface du procureur général de Palerme vient appuyer les dires des auteurs sur le rôle du SAC.
En reconsultant la première page, le lecteur revoit que Davodeau est mentionné comme scénariste. Après sa lecture, il comprend mieux cette qualification : pour que la lecture soit aussi fluide et facile, le bédéaste n'a pas fait que mettre en images un texte préétabli. Il a dû apporter son savoir-faire pour la construction de l'ouvrage. Plus que cela, il a accompagné le journaliste dans chaque entretien, pour s'imprégner de la personnalité de l'interlocuteur, mais aussi pour poser quelques questions. S'il a vécu ces années comme les auteurs (l'un né en 1965, l'autre en 1970), ou s'il découvre ces événements après coup, le lecteur plonge dans des révélations à l'attrait irrésistible : la sensation d'en savoir plus que les autres, d'être du côté des victimes, de s'indigner à juste titre et de dénoncer l'injustice. Par réaction primaire, il prend du recul, et se demande s'il doit gober tout ça, et quels sont les intérêts des auteurs. Il découvre la postface, d'un procureur général, et la citation de Milan Kundera par laquelle il conclut : La lutte contre le pouvoir et sa dégénérescence est aussi la lutte de la mémoire contre l'oubli. Ensuite, lorsqu'ils interviewent James Sarazin, journalise au Monde et à L'express, celui-ci explique que quand on écrit ce genre de bouquin (il parle du sien Dossier M... comme milieu, 1978) on ne cite pas les noms complets pour éviter d'être poursuivi en justice. Or, ici, les auteurs prennent bien soin de citer tous les noms, de montrer leurs interlocuteurs, de référencer les archives qu'ils ont consultées, de faire en sorte que tout ce qui est énoncé soit vérifiable. Il ne parle pas d'une organisation mystérieuse et inconnue, mais du SAC, une organisation qui a pignon sur rue, et ils établissent des liens de cause à effet qu'ils annoncent explicitement comme étant des faits ou comme étant des hypothèses. Ils font également oeuvre de mémoire car parmi les personnes qu'ils questionnent certains ont 80 ans ou plus, et il y a un nombre anormalement élevé de témoins qui sont déjà morts d'accident. le lecteur sceptique ou critique voit se dessiner les actions coup de poing d'une milice officieuse bien réelle et répondant à des intérêts moins opaques qu'il n'y paraît, symptomatique du fait que le pouvoir corrompt et que nombreux sont ceux qui souhaitent s'y maintenir, mais aussi y accéder.
Le titre de l'ouvrage promet un dossier brûlot sur les actes criminels commis par le pouvoir pendant la cinquième République. La lecture comble cet horizon d'attente, avec une densité d'information très élevée. Pourtant la lecture s'avère facile, addictive et propice à la prise de recul. Contrairement à ce qu'aurait pu craindre le lecteur, il ne s'agit pas d'un texte tout prêt confié à un dessinateur chargé de l'illustrer tant bien que mal dans l'obligation de caser des pavés de faits, de dates et d'individus. Il s'agit d'une enquête racontée avec verve et tension, avec rigueur et preuves à l'appui. Après avoir terminé, le lecteur se dit qu'il va passer à le choix du chômage (2021) du même journaliste avec Damien Cuvillier.
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critiques presse (4)
Sceneario   28 décembre 2015
Celui qui lira ces pages sera estomaqué par les faits qui sont racontés. Il prendra aussi peut être plus de recul pour prononcer dorénavant les sempiternels « tous pourris ».
Lire la critique sur le site : Sceneario
BoDoi   02 novembre 2015
Voilà un album d’une grande qualité, autant sur le fond que sur la forme, éclairant et passionnant, à la narration tendue et non contemplative qui réussit le tour de force de synthétiser une époque tout en ouvrant des questionnements pertinents sur un monde politique dont nous sommes aujourd’hui les héritiers.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Culturebox   02 novembre 2015
Un livre politique, donc, qui revient sans concessions sur certaines des affaires les plus marquantes de ces 40 dernières années.
Lire la critique sur le site : Culturebox
BDGest   30 octobre 2015
Dérangeant retour sur un passé pas si lointain, Cher pays de notre enfance finit par poser plus de questions que de réponses, signe certain de la qualité de l'investigation menée par ses auteurs !
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations et extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
ZilizZiliz   16 janvier 2018
- Sous la rotonde, il y avait l'imprimerie. C'est là qu'étaient imprimés les affiches du RPR.
- Le RPR faisait sa communication sur le dos de Peugeot ?
- Bien sûr. Le quartier général électoral du RPR pour les villes du coin, c'était l'usine [automobile] de Poissy. Ils ne se cachaient pas, hein ! La colle et les affiches étaient stockées à l'usine. Beaucoup de gars du RPR bossaient ici. L'usine pesait sur la vie politique... Elle fournissait aussi les voitures du parti gaulliste. Dans leurs convois, il y avait beaucoup de Simca, puis de Peugeot. Elle fournissait même un des chauffeurs de De Gaulle en personne !
- Quoi ?
- Un gars du 'service intérieur'...
- Un 'mouchard', donc ?
- Voilà. Il ne faisait pas grand-chose à l'atelier. Et il s'absentait en cas de besoin. C'était un mec du SAC.*
(p. 133)

* extrait de Wikipedia : Le service d'action civique (SAC) a été, de 1960 à 1981, une association au service du général de Gaulle puis de ses successeurs gaullistes, mais souvent qualifiée de police parallèle, créée à l'origine pour constituer une « garde de fidèles » dévouée au service inconditionnel du général après son retour aux affaires en 1958. [...]
https://fr.wikipedia.org/wiki/Service_d%27action_civique
+ Lire la suite
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ZilizZiliz   14 janvier 2018
[ le journaliste Benoît Collombat à François Colcombet, magistrat et homme politique français ]
- Justement. Evoquons votre déclaration-choc à l'émission 'Les Dossiers de l'écran'. On est le 7 mai 1974, deux jours après le premier tour de l'élection présidentielle. Le 27, Giscard sera élu face à Mitterrand. Et vous dites : 'Nous espérons ne pas avoir à découvrir que le hold-up de Strasbourg n'a pas servi à acheter des hommes politiques.' Vous pouvez nous en dire plus ?
- Il faut savoir qu'à l'époque, il n'existait pas de loi sur le financement des partis politiques. L'argent, ils le prenaient partout. Il n'y avait pas de contrôle. Tous les partis se débrouillaient comme ils pouvaient... Moi, avant l'émission, je savais que [le juge] Renaud instruisait sur le gang des Lyonnais. Il avait compris qu'ils bénéficiaient de complicités à haut niveau. A Lyon, nous connaissions bien les liens entre le SAC* et les truands. Et la somme du hold-up de Strasbourg était tellement importante qu'il fallait bien un... habillage pour la réinvestir.
(p. 41-42)

* Service d'Action Civique, une 'police parallèle'...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Service_d%27action_civique
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ZilizZiliz   22 janvier 2018
- On comprend bien que Boulin* gênait... Mais, que pouvaient contenir ses fameux dossiers, qui l'ont sans doute mené à sa perte ?
- Sa longévité ministérielle a fait de lui un fin connaisseur de l'Etat. Il est passé par le secrétariat d'Etat au Budget et par le ministère des Finances.... Ce sont les deux 'tours de contrôle' d'où il a pu voir les turpitudes de sa propre famille politique.
- Tu parles de...
- L'argent noir de la Françafrique, bien sûr. Elf, le Gabon, les mallettes de billets entre Libreville et Paris, les réseaux Foccart au service de Jacques Chirac, pour qui, Boulin, soudain 'premier-ministrable', devient très dangereux.
- D'où cette tentative de déstabilisation politique du RPR, avec cette 'affaire' du terrain de Ramatuelle...
- Voilà... Authentique, résistant, réputé compétent et travailleur, gaulliste 'social', Boulin pouvait rassembler bien au-delà de la droite. Et donc contribuer à la réélection de Giscard en 1981... Une catastrophe pour Chirac ! Ce qui n'était pas prévu, c'est que Boulin ne se laisse pas faire et menace de sortir ces dossiers.
(p.180)
* Robert Boulin, décédé en 1979 (officiellement suicidé)
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cuisineetlecturescuisineetlectures   06 mars 2016
- La 2ème guerre mondiale La guerre froide La guerre d'Algérie... On ne s'en rend plus vraiment compte aujourd'hui, mais le SAC est finalement assez central dans l'histoire de la France récente !
- Exactement ! Il a germé dans le climat de violence "légitime" de la résistance. Pour certains de ses membres, il a ensuite du être perçu comme un moyen de prolonger cette "fraternité d'armes" avant de complètement dériver.
- Tu veux dire que, pour ceux-là, après la libération, revenir à notre vie normale et renoncer à cette violence légitime fut difficile ?
- Voilà, il y a aussi l'anti-communisme de l'après-guerre : le SAC affronte le service d'ordre du parti communiste, qui ne fait pas dans la dentelle non plus. La violence est en quelque sorte légitimée par la peur du "péril rouge". Il règne dans ces milieux-là une vraie crainte d'une invasion soviétique ! Et puis cette violence n'est pas inutile au pouvoir gaulliste, pour faire le sale boulot en Algérie, contre le FLN, puis contre l'OAS. Plus tard, en mai 1968, le SAC s'avère un appui dont il serait idiot de se priver en cas de coup dur !
- C'est vraiment une spécificité française, non ?
- Oui, l'histoire du Sac est indissociable du gaullisme.Elle est dont liée à celle de la quatrième république.
+ Lire la suite
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PresencePresence   13 novembre 2021
J'ai été maire d'une petite commune arrachée au RPR : Combs-la-Ville. Pour eux, c'était donc un lieu de reconquête ! Dans la rue, les rapports été musclés. Je ne tolérais pas qu'ils tentent de tenir la ville : lancer des tracts diffamatoires, être omniprésents, faire n'importe quoi… Bref, j'avais donné une consigne : les socialistes ne reculent pas ! Et, un matin, toutes les chaussées de ma ville portaient une inscription : SAC vaincra. Ça avait été fait dans la nuit. Mais nous aussi, on était sur le terrain, la nuit. Finalement on a repéré une camionnette qui nous semblait étrange. Les gars en avaient découpé le fond et peignaient la chaussée comme ça. On a poussé l'enquête pour voir d'où venait cette camionnette. Il s'agissait d'un véhicule de la Préfecture de Police de paris, conduit par les gars du SAC.
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L'histoire commence à Lyon, devant le 89 montée de l'Observance, "c'est donc ici, devant chez lui qu'il s'est fait tuer (...) le 3 juillet 1975, à 2h42 du matin. (...) " dit l'un des personnages faisant référence au juge...............?............ surnommé "le Sheriff".

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Thème : Cher pays de notre enfance: Enquête sur les années de plomb de la Ve République de Etienne DavodeauCréer un quiz sur ce livre