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ISBN : 2754810854
Éditeur : Futuropolis (08/10/2015)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 159 notes)
Résumé :
Etienne Davodeau est auteur de bande dessinée.
Benoît Collombat est grand reporter à France Inter.
L'un est né en 1965, l'autre en 1970.
Ils ont grandi sous la Ve République fondée par le général de Gaulle, dans un pays encore prospère, mais déjà soumis à la "crise".

L'Italie et l'Allemagne ne sont pas les seules nations à subir la violence politique.
Sous les présidences de Pompidou et de Giscard d'Estaing, le pays con... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
gavarneur
11 janvier 2017
Un ensemble de témoignages incroyables, et probablement tous vrais.
Si tout le monde ou presque a entendu parler du SAC, je ne suis sans doute pas le seul qui n'en avais plus qu'une idée vague, et ne le reliais pas à tous ces (mé)faits.
Pour faire simple (mais pas précis, je me fie à ma mémoire pas mal de semaines après la lecture), le Service d'Action Civique était à l'origine une organisation de patriotes, dont beaucoup venaient de la résistance. Ses premières actions, en marge de la légalité, contre le FLN puis l'OAS, avaient sans doute déjà un côté bien discutable, et ont créé des liens avec des truands, voire des criminels, mais aussi avec des politiciens appelés à faire de belles carrières.
Ce livre est une enquête de journaliste et illustre par des témoignages directs la dérive qui s'en suivit : quand politiciens et patronat étaient heureux de faire faire la sale besogne, en laissant trop de liberté à des hommes de main trop proches du milieu, essentiellement lyonnais.
Le soutien aux syndicats jaunes pour des intimidations et des violences incroyables m'était inconnu. le lien avec l'affaire Boulin était vague pour moi, l'accusation est ici précise ; il est possible que cette BD et des livres comme Histoire du SAC (Essais - Documents) de François Audigier aient contribué à ce que l'enquête soit enfin ré-ouverte.
Les abominations culminent avec l'assassinat du juge Renaud et surtout avec la tuerie d'Auriol « Les militants perdus d'un mouvement d'origine gaulliste sont donc capables de défoncer le crâne d'un môme à coups de tisonnier. le pays est saisi de sidération. » avaient réussi à s'effacer de ma mémoire.
Ces seuls éléments justifient largement de lire cette enquête. Mais le plus incroyable est la gêne que montrent des témoins importants, tant d'années après les faits, et surtout les trous laissés bien en vue dans le rapport d'enquête parlementaire. le silence semble avoir fait consensus.
La question que je me suis posée sitôt après la lecture est : pourquoi une BD ? Pourquoi faut-il mettre des dessins (beaucoup ressemblent à des photos d'interviews, mais dans une revue une seule suffirait pour chaque témoin rencontré) ? Faut-il Tardi pour qu'un large public « lise » le Voyage ? Xavier Coste pour me rappeler Schiele ? Vous connaissez tous des exemples de ce genre. Est-ce la paresse qui nous empêche de consacrer du temps à parcourir une enquête ; une mise en page aérée aide-t-elle à lire rapidement cette accusation ? Je ne sais pas répondre, je dis juste que c'est une chance que par la bande dessinée une plus large diffusion soit permise à des oeuvres d'art et des témoignages.
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Dionysos89
17 mars 2016
♫ Douce France. Cher pays de notre enfance. Bercé de tendres insouciances. ♫
Et, en effet, que nous sommes bercés de tendres insouciances concernant notre chère Ve République qui ne veut pas mourir. Elle dure, elle dure, sans jamais s'arranger, et cela ne date pas d'hier que le pouvoir politique républicain de nos représentants phagocyte le pouvoir de ceux qu'ils sont censés représentés.
Ce que Benoît Collombat et Étienne Davodeau tentent de faire revivre, ce sont les « années de plomb » de cette Ve République, c'est-à-dire les conséquences majeures de la reconstruction du pays après la Deuxième Guerre mondiale, notamment autour du gaullisme et de ses avatars.
Alors que peuvent nous proposer comme livre-objet un auteur de BD habitué aux reportages dessinés (déjà avec Les ignorants, ou bien Rural !) et un grand reporter habitué au journalisme d'investigation, notamment sur France Inter ? Forcément, ils s'associent sur ce qu'ils connaissent le mieux : fouiller les secrets de notre société actuelle et ce roman graphique paru chez Futuropolis nous démontre alors que notre Ve République est bien mal famée, voire pourrie jusqu'à la moelle. Tout cela s'organise en deux enquêtes successives, mais finalement très liées. D'abord, les deux auteurs retracent l'assassinat du juge Renaud, puis s'attaquent à celui de Robert Boulin ; mais, en fait, ils sillonnent la Ve République depuis ses tout débuts jusqu'à, théoriquement, 1982, année où le SAC (Service d'Action Civique), la milice gaullistte a été dissoute après un massacre de trop. Je dis « théoriquement », car finalement, à force de fouiller, de croiser les informations, de confronter les acteurs, il apparaît bien vite que cette enquête concerne des braquages de banque pour financer des campagnes électorales, des exactions du SAC qui sont restées impunies, voire inconnues, ainsi que bon nombre d'assassinats politiques ; or, tout cela peut facilement être remonté jusqu'à certains de nos hommes politiques actuels qui, bien vieux, ont connu cette période ou bien, bien plus jeunes, ont hérité de ce système à l'origine de la réussite gaulliste. Malgré tout, Benoît Collombat et Étienne Davodeau ne tombent jamais dans le piège du complotisme, puisqu'ils mènent leur enquête de façon rationnelle et méthodique. Et c'est bien là que notre effarement devant tant de magouilles sanglantes s'exprime.
Bien sûr, pour l'aspect graphique, nous retrouvons le dessin habituel d'Étienne Davodeau, sobre et débonnaire, mais pas non plus dans sa version la plus précise et détaillée.
Cher pays de notre enfance est donc un roman graphique ironisant sur la quête de vérité de notre Ve République : cherche-t-on toujours à savoir le fond du problème ? Non, malheureusement, et nous en paierons encore le prix, assurément.
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cicou45
02 août 2016
C'est toujours délicat de critiquer un ouvrage comme celui-ci qui représente une véritable bombe à lui tout seul pour L Histoire, côté obscur, de notre pays. S'attaquer aux côtés sombre des autre états, cela est relativement bien enseigné dans les livres d'histoire au collège et au lycée mais comment apprendre à des adolescents que la France, elle non plus, ne fut pas toute blanche, o combien, loin de là. Et pourtant, il faut bien que ceux qui deviendront les futurs citoyens de demain le sachent. Lorsque j'étais au collège, il y a environ quinze ans de cela, je me rappelle que le régime de Vichy n'était que peu développé et alors, ne parlons pas de mes années lycée, lorsqu'il a fallu se plonger dans la guerre d'Algérie. J'aurais tellement voulu savoir à l'époque et, pour autant, étais-j réellement prête à entendre tout cela ? Je n'en suis plus si sûre. Cet ouvrage m'a bouleversé au plus au point car, même s'il est des choses que j'ai appris en autodidacte entre temps, nos deux auteurs ici, Étienne Davodeau et Benoît Collombat, l'un auteur de BD et l'autres chroniqueur pour France Inter, ont fait bien plus que me déstabiliser. Sans rentrer dans mes propres opinions politiques, disons qu'il y avait énormément de choses que j'ignorais jusqu'alors, soit parce que j'étais trop jeune (voire même pas encore née), soit parce que cela ne m'intéressait tout simplement pas. Ce n'est que maintenant que je me rends compte de mes lacunes dans ce domaine et je le déplore. Ici, nos deux auteurs lèvent le voile sur le SAC (Service d'Action Civique) qui a sévi durant la guerre d'Algérie et certainement pas de la manière la plus loyale qui soit et à continué ses viles actions jusqu'en 1982, juste après l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir.
Grandes enquêtes menées ici : les morts du juge François Renaud "juge qui dérangeait" et Robert Boulin, jamais réellement élucidées à ce jour. Tout pousse à croire qu'il s'agit de suicides mais qu'en est-il réellement ?
Bref, vous l'aurez compris, un livre qui dérange et qui pourtant vaut vraiment la peine que l'on s'y attarde plus qu'un moment. Cette "enquête sur les années de plomb de la Ve République", nous nous devons, par souci de mémoire, de la connaître et surtout, de ne pas l'oublier...A découvrir ! La raison pour laquelle je n'ai pas mis la note maximum à cet ouvrage est en grande partie due à mon manque de connaissances politico-historiques mais cela ne remet absolument pas en cause la qualité de l'ouvrage.
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Macha_Loubrun
08 mars 2016
♫♩Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre…♬♫♩♩ "Le SAC en ce temps-là […] était une simple association créée en 1960 par des fidèles du Général de Gaulle, comme Jacques Foccart, Alexandre Sanguinetti ou Roger Frey, pour « défendre sa pensée et son action. […] Une sorte de police privée. le SAC (Service d'Action Civique) fonctionne comme une véritable organisation parallèle au pouvoir…dont il a la bénédiction.[...] Sauf qu'au nom de l'idéal, le SAC se transforme en organisation mafieuse. »
♫♩ le Cher pays de notre enfance ♬♫♩♩n'est pas toujours la France idéalisée par Charles Trenet, mais une France éclaboussée par des scandales et par le sang des nombreuses victimes du SAC…
Benoît Collombat, journaliste d'investigation à France Inter et Etienne Davodeau, auteur de BD, forment un duo d'enquêteurs opiniâtres pour faire la lumière sur les années de plomb de la Vème République, sous la présidence de Pompidou et Giscard.
Ils se déplacent aux quatre coins de l'hexagone pour recueillir les témoignages de journalistes, policiers, syndicalistes, magistrats, anciens truands et la restitution de leurs échanges est aussi glaçante que palpitante.
Les dessins en noir et gris d'Etienne Davodeau donnent un caractère intimiste au récit, un accent de vérité supplémentaire. Benoît Collombat, journaliste aguerri aux affaires complexes, avait déjà signé un livre concernant l'affaire Boulin « Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin » et sa maitrise des sujets difficiles amène tout son professionnalisme à leurs investigations.
Je savais que le SAC était une association assez opaque et répressive dont les agissements étaient assez peu légaux. J'avais bien sur entendu parler de l'assassinat du juge Renaud, de certains hold-up, de l'affaire Boulin… Mais je dois avouer que je n'avais pas saisi les liens qui unissaient toutes ces affaires, le pouvoir tentaculaire et mafieux du SAC, infiltré à tous les niveaux de la société. L'ampleur de ses actions, sa capacité de nuisance pour museler la vérité et arriver à ses fins est stupéfiante. France Afrique, financement du RPR, milices patronales, Gang des Lyonnais, tout est passé au crible. Encore aujourd'hui, certains témoins n'osent pas parler et reçoivent encore des menaces...
Excellent travail journalistique, dans le Cher pays de notre enfance !
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Syl
12 avril 2016
Ce livre est difficile à résumer. Pour le comprendre, il faut relever toutes les arcanes des quatre parties. J'écris donc ce billet pour vous, amis lecteurs, mais aussi pour moi, pour mieux me rappeler…
En introduction, je reprends les mots de Roberto Scarpinato, lus dans l'épilogue de l'album. Roberto Scarpinato, procureur général de Palerme, vit depuis plus de vingt-cinq ans sous protection policière…
« – Il y a deux Histoires : l'Histoire officielle, menteuse, qu'on enseigne, puis l'Histoire secrète, où sont les véritables causes des évènement, une histoire honteuse.-
Cette phrase d'Honoré de Balzac m'est souvent revenue à l'esprit au cours de ma longue carrière de magistrat en Italie lorsque, enquêtant sur des assassinats politiques, des attentats, des complicités entre dirigeants des institutions et mafieux, sur le blanchiment international, j'ai compris que derrière tous ces crimes se cachait ce que mon ami Giovanni Falcone, juge assassiné par la Mafia en 1992, appelait « le grand jeu du pouvoir »…
… En lisant le livre de Benoît Collombat et d'Étienne Davodeau, je me suis rendu compte que ces entrelacs secrets entre crime et pouvoir ne font pas seulement partie de l'histoire italienne, mais aussi de l'histoire française… »

L'un est dessinateur et scénariste, c'est Étienne Davodeau. L'autre, c'est Benoît Collombat, il est grand reporter, journaliste radio à France Inter, auteur du livre « Un homme à abattre », une contre-enquête sur la mort de Robert Boulin. Tous deux nous présentent à travers cet album graphique, une enquête sur les années dites « de plomb » de la Ve République. Un reportage construit comme un roman policier, en plusieurs parties, qui révèle la noirceur d'une époque et les secrets d'état qu'on laisse dans les tiroirs… « Ne pas remuer la boue ! ». Sobriété dans les dessins, portraits très bien esquissés, tout est rapporté avec beaucoup de finesse, de dynamisme et de véracité. Chose surprenante, on peut sourire dans cette lecture !
Davodeau et Collombat commencent par l'affaire du juge Renaud… et finiront par l'affaire de l'assassinat (un suicide simulé) de Robert Boulin, un homme politique qui a été secrétaire d'État et ministre sous les présidences de de Gaulle, Pompidou et Giscard d'Estaing.
Témoignages, coupures de presse, rapports, les pièces d'un puzzle s'ordonnent petit à petit.
Lyon, le 3 juillet 1975 dans la montée de l'Observance, en pleine nuit, le juge François Renaud a été assassiné devant chez lui. Trente-huit ans plus tard, Davaudeau et Collombat retournent sur les lieux pour débuter leur enquête.
On dit de Lyon que c'est « Chicago-sur-Rhône », on surnomme l'incorruptible juge Renaud le « Shériff ». Cet épisode se situe après la seconde guerre mondiale, après la guerre froide, après la guerre d'Algérie, après le putsch d'Alger. Lyon est bouillonnante, les affaires criminelles, prostitution, corruption, règlements de compte et autres, se confondent.
Le juge Renaud qui se distingue par ses manières et son allure, différentes de celles des autres magistrats bien plus classiques, doit gérer le dossier du braquage de l'hôtel des Postes de Strasbourg. C'est Robert Daranc, quatre-vingts ans aujourd'hui, journaliste et ancien correspondant de RTL à Lyon, qui raconte l'histoire à nos auteurs… Ayant bien connu Renaud, il explique l'arrestation en 1974 d'Edmond Vidal du Gang des Lyonnais, une bande de braqueurs inculpée pour le hold-up de Strasbourg, et les hypothèses émises par le juge sur l'origine du casse. Une partie de l'argent volé aurait été remise à un parti politique…
« – le juge Renaud m'a laissé entendre que l'argent du hold-up de Strasbourg avait dû être rapatrié au profit d'un parti politique, l'UDR. (L'ancêtre du RPR et de l'UMP).
– Il vous l'a dit aussi clairement que ça ?
– Ah oui ! Il avait réussi à savoir que l'avion d'un des patrons du SAC de Lyon, Jean Schnaebelé, s'était posé à Strasbourg ce jour-là. Il a fait le rapprochement entre le passager de cet avion et le fait que le gang des Lyonnais passait à travers tous les barrages de police et de gendarmerie déployés après chaque hold-up… »
L'affaire prend du poids, lorsque le juge reçoit la visite de deux responsables du SAC. La visite est loin d'être courtoise… et fait suite à de nombreuses menaces de mort. Daranc parle alors de ce service de police privée très puissant, le Service d'Action Civique.
Officiellement, c'est un service d'ordre qui a été créé en 1960 pour soutenir le général De Gaulle dans sa présidence, mais officieusement, ce service se comporte plus comme une organisation mafieuse. Des militants gaullistes ont été sélectionnés dans la police, la gendarmerie et l'armée pour maintenir l'ordre. Certains adhérents avaient été résistants mais d'autres étaient des criminels bien connus. L'histoire du SAC est terrible car sous couvert de la carte tricolore, ils ont commis d'atroces actions. Là où il y a du désordre, ils arrivent… taper du communiste, des grévistes, intimider… assassiner… c'étaient des missions.
Après les souvenirs de Daranc, c'est auprès de Nicole Renck l'ancienne greffière du juge Renaud, que les auteurs vont chercher des informations. Puis auprès de Pierre Richard, patron de la SRPJ qui raconte ses souvenirs en Algérie avec les fellaghas, l'OAS, toute l'horreur de la guerre… et des gens qu'il retrouve dans l'équipe du SAC, d'anciens truands et des tortionnaires… L'enquête s'étoffe avec les témoignages des gens qui ont bien connu Renaud, des gens pour la plus part à la retraite… François Colombet, magistrat bardé de titres, Marie-Françoise Mirot sa meilleure amie rencontrée sur les bancs de la fac de droit de Lyon, Yves Boisset le réalisateur du film « le Sheriff » qui est une adaptation de l'histoire du juge Renaud… le fils, Francis Renaud qui avait vingt ans à l'époque…
Je ne vais pas reprendre tous les noms des intervenants. Ils sont trop nombreux…
D'une histoire à une autre (le chemin est long mais pas si tortueux que ça…), un dénominateur commun, le SAC qui administre à sa manière les affaires d'état dans « une violence légitime ». Deuxième partie de l'album, cette pieuvre tend ses tentacules partout.
Policiers, hommes politiques, magistrats, journalistes, famille, tous apportent leur déposition à l'investigation et plombent un peu plus cette Ve République. Mais dans les hautes sphères de la politique et du gouvernement, d'autres hommes essaient de se disculper et de minimiser le pouvoir de cette milice. Beaucoup de non-lieux closent les dossiers. Si ce n'était pas aussi tragique, cela serait risible.
Le 18 juillet 1981, Jacques Massié, responsable du SAC marseillais, soupçonné par ses collègues de détournement de fonds et de vouloir donner des dossiers compromettants au gouvernement de gauche, est assassiné avec sa famille dans sa maison à Auriol. Épouse, fils, beaux-parents et beau-frère ; six personnes. Ce drame n'a pu être étouffé et fut très médiatisé. Ce fut alors le début de la fin, le SAC est dissout par le président François Mitterrand le 3 août 1982.
Gilbert Collard, secrétaire général du parti « Rassemblement Bleu Marine » revient sur cette affaire et sur le financement du SAC (blanchiment d'argent par les trafics d'armes et de drogue). Lors du procès, il a été l'avocat de la soeur de Jacques Massié et a eu entre les mains des informations capitales et « fracassantes »… Informations qui bien entendu ont été archivées et n'ont jamais été utilisées…
« – 2000 noms d'adhérents au SAC. Dont 600 très intéressants ! Des noms de haut niveau… niveau chef de sûreté, président de tribunal administratif ou de commerce, commissaire divisionnaire, directeur de la sécurité sociale ! de quoi faire exploser la structure administrative du pays ! »
La troisième partie relate les syndicats ouvriers et les luttes fratricides. On met en place un syndicat patronal pour « maintenir la paix sociale » et « contrer l'influence de la CGT ou de la CFDT jugées trop gauchistes ». le SAC joue de l'intimidation et du poing. Trois syndicalistes de la CGT, maintenant retraités, sont interviewés et se rappellent « les années SAC »… A l'époque, avant 68, on rentrait « clandestinement » à la CGT car on risquait de perdre son travail (et pas que…) ! On apprend que les membres du SAC étaient surnommés les « Nervis » et que cette unité spéciale n'était composée que de gros bras spécialisés dans la baston, et parfois plus… Les souvenirs affluent… Temps sombres, mais oh combien fascinants !
La quatrième et dernière partie est destinée à Robert Boulin, ministre du Travail et de la Participation sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, le 30 octobre 1979. L'enquête conclut à un suicide, pourtant tout laisse entendre que ce fut un assassinat. C'est Collombat qui connaît bien l'histoire pour l'avoir racontée dans un livre, qui renseigne Davodeau.
Les gendarmes interrompus dans leurs premiers constats, une enquête court-circuitée, de fausses informations et une campagne de dénigrement sur Boulin… mais personne n'est dupe car Boulin était un homme intègre. Cette affaire fait remonter des dossiers sur la Françafrique, ELF, le Gabon, des comptes en Suisse… des documents qui furent jetés dans une fausse et détruits après la mort de Boulin. Là encore, dans les témoignages, le SAC revient… avec des avertissements… jusqu'à cette gerbe déposée sur la tombe de Boulin lors de l'enterrement : « A notre regretté ami Robert Boulin. le SAC de Gironde. »
Eric Burgeat, proche collaborateur de Boulin et gendre, rapporte…
« – Trois semaines avant la mort de Robert, il se passe ceci : Jean Lipkowski, membre du RPR et proche de Chrirac, reçoit des industriels Français et des hommes d'affaires du Moyen-Orient… Tout ce beau monde papote avant de signer les contrats. Et soudain devant ses invités interloqués, Lipkowski déclare que , concernant Boulin, « le problème sera bientôt réglé et qu'on entendra plus parler. » Après quoi, il débouche le champagne. »
« Douce France… » mais dans quel monde sommes-nous ?
Je vous recommande ce roman graphique lourd, captivant et très bien documenté. Davodeau-Collombat forment une belle unité pour cette enquête aboutie qui nous laisse triste et amer.
Petites histoires de notre Histoire. La Ve République est éclaboussée.
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Les critiques presse (4)
Sceneario28 décembre 2015
Celui qui lira ces pages sera estomaqué par les faits qui sont racontés. Il prendra aussi peut être plus de recul pour prononcer dorénavant les sempiternels « tous pourris ».
Lire la critique sur le site : Sceneario
BoDoi02 novembre 2015
Voilà un album d’une grande qualité, autant sur le fond que sur la forme, éclairant et passionnant, à la narration tendue et non contemplative qui réussit le tour de force de synthétiser une époque tout en ouvrant des questionnements pertinents sur un monde politique dont nous sommes aujourd’hui les héritiers.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Culturebox02 novembre 2015
Un livre politique, donc, qui revient sans concessions sur certaines des affaires les plus marquantes de ces 40 dernières années.
Lire la critique sur le site : Culturebox
BDGest30 octobre 2015
Dérangeant retour sur un passé pas si lointain, Cher pays de notre enfance finit par poser plus de questions que de réponses, signe certain de la qualité de l'investigation menée par ses auteurs !
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations & extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Macha_LoubrunMacha_Loubrun06 mars 2016
- La 2ème guerre mondiale La guerre froide La guerre d'Algérie... On ne s'en rend plus vraiment compte aujourd'hui, mais le SAC est finalement assez central dans l'histoire de la France récente !
- Exactement ! Il a germé dans le climat de violence "légitime" de la résistance. Pour certains de ses membres, il a ensuite du être perçu comme un moyen de prolonger cette "fraternité d'armes" avant de complètement dériver.
- Tu veux dire que, pour ceux-là, après la libération, revenir à notre vie normale et renoncer à cette violence légitime fut difficile ?
- Voilà, il y a aussi l'anti-communisme de l'après-guerre : le SAC affronte le service d'ordre du parti communiste, qui ne fait pas dans la dentelle non plus. La violence est en quelque sorte légitimée par la peur du "péril rouge". Il règne dans ces milieux-là une vraie crainte d'une invasion soviétique ! Et puis cette violence n'est pas inutile au pouvoir gaulliste, pour faire le sale boulot en Algérie, contre le FLN, puis contre l'OAS. Plus tard, en mai 1968, le SAC s'avère un appui dont il serait idiot de se priver en cas de coup dur !
- C'est vraiment une spécificité française, non ?
- Oui, l'histoire du Sac est indissociable du gaullisme.Elle est dont liée à celle de la quatrième république.
+ Lire la suite
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HarioutzHarioutz08 février 2016
Juillet 2015.
Nous terminons ce livre.
Inexorablement, les témoins et les acteurs de cette histoire disparaissent.
C'est aussi le cas de Jean Charbonnel. Ce Ministre du Général de Gaulle affirmait publiquement avoir été informé des noms des deux responsables du meurtre de Robert Boulin.
Il disait les tenir du père de Laetitia Sanguinetti.
Il les avait déposé dans son coffre-fort, en attendant qu'un juge d'instruction le convoque? Nous avions prévu de le rencontrer.
Il est mort en février 2014 à 87 ans. (p.211).
+ Lire la suite
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cicou45cicou4501 août 2016
_Notre seul salaire, c'était la peine, l'effort et l'idéal.
_Vous ne croyez pas que c'est un peu trop beau ?
_Heureusement qu'il y a des gens qui croient un peu au beau, de temps en temps...
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DidiliDidili01 mai 2016
"Il y a deux histoires : l'histoire officielle menteuse qu'on enseigne, puis l'histoire secrète, où sont les véritables causes des évènements, une histoire honteuse." Honoré de Balzac cité par Roberto Scarpino dans sa post face.)
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cicou45cicou4502 août 2016
"Connaître son passé est en effet indispensable si l'on veut éviter d'âtre condamné à le revivre."

(extrait de la Postface)
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Videos de Etienne Davodeau (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Etienne Davodeau
Les Ignorants, la nouvelle bande dessinée d'Etienne Davodeau (éditions Futuropolis), est en librairie le 6 octobre 2011:
Un vigneron (Richard Leroy) chez Jean-Pierre Gibrat ou chez Emmanuel Guibert, et un auteur de bande dessinée (Etienne Davodeau) dans la vigne : mais qui sont-ils ? Deux ignorants ! Comment, pourquoi, et pour qui faire des livres ou du vin ? Les réponses à ces questions forment le récit vivant et joyeux d'une initiation croisée.
www.futuropolis.fr

©Futuropolis, 2011 un grand merci à Romain Cipiere pour la réalisation et le montage
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Douce France

L'histoire commence à Lyon, devant le 89 montée de l'Observance, "c'est donc ici, devant chez lui qu'il s'est fait tuer (...) le 3 juillet 1975, à 2h42 du matin. (...) " dit l'un des personnages faisant référence au juge...............?............ surnommé "le Sheriff".

François Michel
François Fayard
François Renaud
François Courrières

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Thème : Cher pays de notre enfance: Enquête sur les années de plomb de la Ve République de Etienne DavodeauCréer un quiz sur ce livre
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