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Marcel Blanc (Traducteur)
ISBN : 2070753522
Éditeur : Gallimard (22/11/2000)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 58 notes)
Résumé :
La chose est désormais connue de tous: l'homme, partageant plus de 98 % de ses gènes avec le chimpanzé pygmée et le chimpanzé commun, représente, dans le monde animal, le troisième chimpanzé. On en mesure habituellement peu les implications. Le langage, l'art, la technique et l'agriculture qui distinguent ce chimpanzé - sont le fruit d'une évolution non pas seulement anatomique, comme on le dit trop souvent (station debout, grossissement du cerveau), mais également ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Hugo
  19 avril 2019
Moins de 2% avec les grands singes, mais 2% non négligeable déjà par l'aspect physique, l'aspect social et cognitif, retenons quand même que j'ai un plus gros zizi que les Gorilles :
« Et ouais King Kong, je n'ai peut-être jamais grimpé à mains nus l'empire State Building, cependant je peux faire grimper les autres aux rideaux, enfin si les rideaux sont bien accrochés hein, du coup mieux vaut rester humble et modeste »
« Queue » c'est passionnant, mais comme l'astronomie hors d'appréhension à l'échelle humaine, les millions d'années qui nous séparent de l'évolution telle que Darwin nous l'a expliqué est assez compliqué à imaginer, du coup difficile non pas de croire mais d'accepter, d'où le créationnisme qui n'explique rien du tout mais qui donne du sens à notre imaginaire, rationnel ou pas, pour certains les croyances diverses et variées donnent le début du rien et la vie éternelle… mais avant la théorie du Bing bang, il y a le mur de Planck, la théorie des cordes mais là je digresse, certain y voit un dieu.
L'Homo sapiens n'est qu'une infime partie de cette évolution, pourtant le bon en avant entre le Neandertal et l'homme de Cro-Magnon : il y a un vide, une énigme car le Cro-Magnon n'est pas si différent de ce que nous sommes aujourd'hui, alors que 100 000 ans nous séparent, en gros tu fais un voyage dans le temps, tu lui apprends à piloter un avion, et c'est gagné.
Alors Diamond te fait un topo précis de notre évolution de manière détaillé, appuyé par des théories scientifiques reconnus par les pairs : des chasseurs cueilleurs à maintenant, le langage, l'écriture, l'art, l'agriculture, la domestication, le climat, le racisme, les génocides, il aborde les aspects cognitifs de notre cerveau, l'inné et l'acquis, pourquoi l'altruisme est inné pour notre survie, pour la coopération, et puis la peur de l'autre. Il nous compare aux animaux qu'il a observé lui et d'autres avant lui pour expliquer que nous ne sommes pas si différents dans nos comportements sociaux, dominants, dominés, l'entraide pour survivre, et le partage.
En Papouasie Nouvelle Guinée les chasseurs cueilleurs étaient encore présents au XX siècle, vivant à l'Age de pierre, n'ayant jamais vus d'homme blanc, énormément de langues parlées, bref c'est assez difficile de penser que c'est possible, mais les difficultés géographiques pour accéder à ces peuples que personne n'imaginait est assez étonnante.
Moi j'essai de comprendre pourquoi nous croyons à certaines choses et pas à d'autre, pourquoi certain croit et d'autre non, qu'est-ce que le rationnel, la cohérence, l'intelligence exactement, pourquoi il y a des racistes qui sont encore persuadés que nous sommes supérieurs, alors que non en fait, déjà il n'y a pas de race, génétiquement parlant la couleur de peau se joue à quelques gênes de rien du tout, ensuite suivant le climat ou vivait les populations, nos aspects physiques ont évolué pour que notre corps s'adapte afin de garantir notre survie, puis les animaux domesticables plus présents en Europe que dans le reste du monde, le climat tempéré pour l'agriculture, les conditions géographiques plus favorables pour se rassembler, bref Diamond a fait deux autres bouquins traitant de tous ces sujets passionnants.
Nous avons massacré des populations entières pour des raisons complètement surréalistes : la religion, le racisme, dominer à tout prix pour asservir et piquer les richesses afin d'assurer notre propre descendance, alors que nous sommes altruistes, intelligents, imaginatifs, nous sommes capables d'empathie, de pitié, de sentiments moraux, d'éthiques, mais aussi des pires atrocités.
Il faudrait que les gens se mettent à réfléchir, entre la télé réalité et une conférence d'Étienne Klein ou tout autre philosophe, physicien, sociologue, psychologue et j'en passe : il y a un autre mur de Planck qui s'appelle la connerie, nous avons un cerveau dont on ne sait pas se servir, il n'est pas fait pour penser juste pour survivre, nos intuitions sont des vieux réflexes d'antan, avant de se foutre la tête dans le guidon, essayons de nous poser les bonnes questions, pourquoi je pense cela, pourquoi je pense comme cela…
Les sociétés dans lesquelles nous évoluons nous formatent à rester con comme des moutons, on s'arrange avec nos croyances, on négocie avec notre cerveau pour biaiser la réalité, nous cultivons l'égoïsme favorisant les inégalités énormes et dramatiques, On ne sait pas apprendre, on ne sait pas réfléchir, on prend l'autoroute en oubliant les chemins de traverses, l'observation, le scepticisme dont nous devrions faire preuve tout le temps pour ne pas se faire niquer par la profonde enculerie de notre monde.
Plus vous trouvez des réponses, plus vous avez des questions, Socrate l'avait dit :
« Ce que je sais c'est que je ne sais rien »
Bref voilà comment je vois les choses :
- Plus on apprend, moins on en sait, plus on doute.
- Moins on doute, plus on sait et moins on apprend.
Méditez là-dessus, moi je suis dans la première.
A plus les copains
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Quintnico
  30 mars 2010
Fan-tas-ti-que !
Jared Diamond est né à Boston le 10 septembre 1937. Diplômé de l'université Harvard en 1958, il obtient sa thèse en 1961 à l'université de Cambridge en physiologie. Il est nommé professeur de physiologie à l'UCLA Medical School (École de médecine de UCLA) en 1966. Il commence alors une seconde carrière de biologiste en étudiant l'écologie et l'évolution des oiseaux de Nouvelle-Guinée. Puis à partir de la fin des années 1980, il s'intéresse à l'histoire de l'environnement et devient professeur de géographie à l'UCLA, poste qu'il occupe toujours actuellement. Auteur de nombreuses publications scientifiques, il a reçu en 1999 la prestigieuse National Medal of Science américaine. Ajoutant à cela qu'il a étudié étant jeune et est resté passionné de linguistique et on obtient un parcours très éclectique. C'est cet éclectisme qui donne tout son sens à ses livres puisqu'il fait la synthèse de différentes sciences pour décrire l'histoire de l'humanité : biologie, archéologie, étude de l'environnement, linguistique, histoire, évolutionnisme, géographie (Diamond met notamment l'accent sur le fait que la géographie et l'environnement en général ont un impact beaucoup plus grand sur les civilisations que ce qu'on peut en penser a priori), ...
Il a publié une trilogie :
- En 1992, "Le troisième chimpanzé" (The Third Chimpanzee. The Evolution and the Future of the Human Animal) que je viens de terminer
- En 1996, "De l'inégalité parmi les sociétés" (Guns, Germs, and Steel), Prix Pulitzer 1998, que j'ai déjà lu et critiqué ici
- En 2005, "Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie" (Collapse) que j'ai également lu et critiqué ici
Bon j'ai lu la trilogie à l'envers, ce qui n'était pas forcément malin. En effet, le premier livre porte 2 chapitres qui sont les prémisses des livres suivants, ce qui rend ces passages un peu fastidieux en lisant à l'envers.
J'avais toujours ressenti un manque (problème de programme scolaire ? d'attention de ma part ?) dans la compréhension du continuum historique qui nous mène en gros d'homo erectus à aujourd'hui. L'histoire moderne, je vois. L'histoire médiévale, dans les grandes lignes. Rome, la Grèce, OK. Mais le chaînon manquant entre l'homme quasi-chimpanzé et Rome, là, je séchais. Lacune comblée grâce à ces 3 livres bourrés d'informations mais qui restent accessibles (sacrée gageure !).
Le tout forme un ensemble cohérent :
- le troisième chimpanzé relate l'histoire de l'Homme à partir de ses tous débuts et s'attache à raconter son évolution jusqu'au début des civilisations et place également l'homme dans le contexte global de son environnement en essayant de comprendre ce qui fait la spécificité de l'être humain en tant que espèce à part
- de l'Inégalité parmi les Sociétés répond à la question critique de savoir pourquoi il existe aujourd'hui des différences considérables dans le progrès technologique entre les sociétés et pourquoi, par le passé et encore aujourd'hui, certaines civilisations en "écrasent" d'autres. Ce livre couvre principalement la phase allant de -8.000 av JC (débuts de l'agriculture dans le Croissant Fertile) jusqu'au milieu de ce qui est pour nous le Moyen-Age
- Effondrement suit une logique chronologique. le livre raconte étudie les scénarios qui ont conduit à l'effondrement de certaines sociétés (Ile de Pâques, colonisation Viking du Groenland), comment d'autres ont survécu (Islande, malgré un déboisement massif), comment d'autres sont en danger à l'époque contemporaine (Australie). le tout formant un vibrant mais très raisonné plaidoyer écologiste (plaidoyer qui traverse les 3 ouvrages, le troisième chimpanzé attirant par exemple l'attention sur la biodiversité en tant que nécessité pour l'espèce humaine ...).
Que raconte le Troisième Chimpanzé ?
Tout d'abord l'histoire de l'évolution de l'homme avec les différents stades depuis notre séparation d'avec les grands singes. On retrouve ici l'histoire "classique" telle qu'on a pu l'entendre par des scientifiques comme Yves Coppens (homo erectus, home sapiens, homme de Cro-Magnon vs homme de Néanderthal ... premier génocide de l'Histoire ?). Classique et en même temps levant quelques idées reçues comme par exemple l'image d'Epinal de l'homme ancien grand chasseur de Mammouth pendant que les femmes s'occupaient des gamins (image sexiste véhiculée par des chercheurs ... masculins) alors que, si les rares occasions où nos ancêtres tuaient des Mammouths devaient alimenter leurs conversations pendant des mois (ah les mecs pour se vanter ...), il semblerait que la part des femmes dans l'alimentation (cueillette) ait belle et bien été très significative ...
Diamond part du postulat que nous partageons 98,4% de notre ADN avec le chimpanzé commun et les bonobos (les 2 premiers chimpanzés qui donnent le nom à l'ouvrage). La question centrale est : qu'est-ce qui, dans ces 1,6%, nous donne notre spécificité ? Quelle est exactement l'étendue de notre spécificité ? Sommes-nous si différents que cela des animaux ? Jared Diamond prend un à un les bons côtés (altruisme, langage, art, ...) et les mauvais côtés (toxicomanie, meurtre, génocide, ...) qui peuvent faire que l'Humain soit différent des animaux. Eh bien c'est une leçon d'humilité car soit les animaux le font aussi (meurtre, génocide, altruisme) soit ils en ont les précurseurs. En fait, il semble que la seule chose qui fasse la différence c'est le langage articulé qui nous a permis de faire un bond en avant et de vraiment lancer l'Homme "moderne" et l'innovation technologique qui va avec. A noter aussi que le mythe du bon sauvage en prend un coup dans l'aile : les chasseurs-cueilleurs tuaient à tour de bras, les "découvreurs" de l'Amérique quelques millénaires avant JC ont exterminé les mammifères en un rien de temps, les génocides sont vieux comme homo sapiens ...
Mais la spécificité de l'homme c'est aussi son "cycle vital". En effet, Jared Diamond nous explique pourquoi (ou en tout cas les théories existantes) :
- les hommes vivent moins vieux que les femmes (à part l'alcool et le tabac ...)
- les hommes sont un peu plus grands que les femmes
- les hommes ont un gros sexe (comparé aux singes)
- comment les testicules sont-ils dimensionnés ?
- pourquoi la phase d'ovulation n'est pas visible chez la femme ?
- pourquoi la femme accepte le coït en dehors de la phase d'ovulation ? (ce qui n'est pas souvent le cas dans la nature ...)
- pourquoi la ménopause (phénomène unique dans la nature) ?
- quel est l'impact de l'interrogation permanente de l'homme sur la paternité (la femme est sûre que sa progéniture est à elle mais l'homme ? des études ADN ont montré que, selon les lieux, de 5 à 30% des enfants humains ...... ne sont pas les enfants de leurs 2 parents)
Diamond arrive même à rendre la linguistique passionnante en nous éclairant sur les destins, ramifications, origines, déformations des langages et de quelle façon ils sont liés aux mutations civilisationnelles.
Bref, ce livre est une vraie leçon de choses au bon sens du terme, à la fois une explication chronologique de la façon dont a évolué l'homme mais aussi la réponse à nombre de questions que l'on ne se serait pas posées (car on les considère comme évidentes) et enfin une réflexion plus globale sur la place de l'Homme en ce Monde.
Ce livre est un MUST comme l'ensemble de la trilogie. Il devrait être distribué à tous les écoliers.
Lien : http://www.critiqueslibres.c..
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ionah
  15 septembre 2013
«La lenteur du vieillissement est un trait tout aussi crucial du mode de vie de l'espèce humaine que le sont, par exemple, la formation de couple ou la dissimulation de l'ovulation. La raison en est que notre mode de vie dépend de la transmission du savoir.»
le renforcement des liens intergénérationnels et de l'éducation des plus jeunes continuent, je pense, d'être les facteurs qui sauveront nos sociétés modernes de leur propre périls.
Cet instructif et pédagogique essai sur l'évolution et l'avenir de l'animal humain me fut sympathiquement offert par mon cadet. Lorsque je lui demandai ce qui guida son judicieux choix, il m'avoua qu'il en ignorait complètement la teneur et me dit: «simplement, le titre et l'illustration me semblaient correspondre à tes penchants». Je suis démasqué.
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Quatrième de couverture
L'homme partage partage plus de 98% de ses gènes avec le chimpanzé pygmée et le chimpanzé commun. On en mesure habituellement peu les implications.
le langage, l'art la technique et l'agriculture — qui distinguent ce troisième chimpanzé — sont le fruit d'une évolution non pas seulement anatomique, mais également comportementale: le faible nombre de petits par portée, les soins parentaux bien au-delà du sevrage, la vie en couple, l'espérance de vie, la ménopause particularisent le cycle vital de l'homme. à quel stade le troisième chimpanzé fit-il le saut quantique en matière de réussite évolutive, avec l'acquisition de l'aptitude au langage, il y a moins de cent mille ans?
Depuis lors l'animal humain déploie tous ses traits particuliers — notamment son aptitude unique à détruire massivement son genre et les écosystèmes, à ruiner la base même de sa propre alimentation.
Génocide et holocauste écologique posent désormais la question cruciale de l'extinction de l'espèce humaine, à l'instar de milliards d'autres espèces disparues au cours de l'histoire de l'évolution.
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L'ouvrage a près de vingt ans d'âge, ce qui pour un livre traitant de science du vivant peut toujours faire courir un certain risque d'obsolescence, mais comme pour ceux de Stephen Jay Gould, il conserve une certaine persistance. en proposant une mise en perspective des fondements des connaissances et savoirs sur des sujets d'éthologie et d'anthropologie. Pour un profane, un genre d'ouvrage tout à fait convenable car il échappe à l'exhaustivité et à la complexité des articles purement scientifiques. L'intérêt de cette vulgarisation réside essentiellement dans le fait de se faire présenter de manière concise — mais non simpliste — et personnalisée à la fois des théories établies et des vues personnelles. Distinct des exposés, les commentaires de l'auteur, construits autour de ses réflexions et expériences, rendent la lecture encore plus instructive et surtout permettent de s'affranchir de certaines prénotions ou représentations archétypales fausses.
Même si je manquai de peu de lâcher l'ouvrage dans la seconde moitié, c'est plus par boulimie que manque d'intérêt. La diversité des thématiques abordées permettent concrètement de se représenter la singularité de l'humain et de son évolution en tant que troisième chimpanzé; avec seulement 1,6% d'écart d'avec pan paniscus, la réussite biologique de homo sapiens n'est pas dû qu'à quelques gènes divergents seulement, il existe une prédisposition qui nous vient de nos ancêtres communs sur lesquelles se sont ajoutées des qualifications techniques et linguistiques que d'autres groupes n'ont pas acquis, pas su apprendre ou pas pu cultiver.

L'auteur nous propose de commencer par des aspects biologiques avec une première partie qui retrace une approche de l'histoire de l'humanité depuis son aube il y a quelques six millions d'années jusqu'à il y a dix mille ans juste après l'apparition de l'agriculture puis une deuxième partie qui s'intéresse aux changements du cycle vital qui affectèrent les hommes(vieillissement et sexualité). Ensuite il aborde les caractéristiques culturelles qui singularisent l'homme tel que l'art, le langage, la technique, l'agriculture et le comportement. Ensuite les deux dernières parties sont plus négatives, portant sur les capacités destructrices des hommes qui ne sont ni singulières ou ni modernes: la xénophobie et la destruction d'écosystèmes ne sont pas l'apanage des humains, mais lui seul peut le faire consciemment sur une telle échelle.

Tout au long de l'essai, et avec un ton très non-rousseauiste, la mise en perspective humain/animal permet de mieux comprendre, tant dans ce qui différencie l'homme de l'animal de ce qui les rapproche, en quoi nous ne sommes à la base que des mammifères parmi d'autres mais qui agissent avec bien plus de conséquences sur son environnement et sa propre espèce.
Lien : http://dedicated-monkeys.blo..
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PhilOche
  05 septembre 2014
Très intéressant, et assez percutant. L'auteur nous présente l'histoire de notre espèce en abordant le sujet selon de multiples facettes. Les nombreuses anecdotes vécues ainsi que son expérience de terrain comme biologiste évolutionniste enrichissent l'essai. Et les nombreux recadrages sur nos idées reçues et nos mythes sont passionnants .
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laudou92
  24 février 2016
L'essentiel de l'oeuvre de J Diamond se compose d'une tétralogie : ce Troisième chimpanzé en constitue le premier volume. Il décrit l'origine de l'être humain, simplement troisième chimpanzé. le volume suivant, consacré à expliquer l'inégalité entre les sociétés humaines forme en quelque sorte une suite, en racontant l'histoire de ces chimpanzés très particuliers. (Ensuite on pourra lire « Effondrement », qui se porte vers l'avenir compromis desdites sociétés. le quatrième opus « Le Monde jusqu'à hier » nous force à penser, encore et toujours à l'unité de l'espèce humaine dans le temps et dans l'espace.) Les esprits trop marqués par les croyances religieuses auront peut-être intérêt à se porter directement au second volume. Mais ils perdront beaucoup ! Ce livre est une somme de connaissances et renouvelle entièrement toutes les questions philosophiques ressassées concernant le propre de l'homme : en particulier sa sexualité, son aptitude au langage, son art ; il explique aussi les mécanismes qui ont permis l'expansion de l'espèce humaine sur la planète. Passionnant et fondamental.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
gigi55gigi55   01 novembre 2018
Comprendre le passé pour frayer les sentiers de l'avenir

Retracer l'essor de l'animal humain au cours des trois derniers millions d'années permet de mieux marquer l'inversion du mouvement récemment amorcée.
Les premiers indices révélant que nos ancêtres se sont distingués des autres espèces animales sont constitués par des outils de pierre extrêmement grossiers dont les premiers sont apparus en Afrique, il y a deux millions et demi d'années environ. Leur présence en grand nombre, à partir de cette date, révèle le rôle important et constant qu'ils ont joué dans la vie quotidienne des hominidés. Certains de nos plus proches apparentés, en revanche, comme le chimpanzé pygmée et le gorille, ne se servent pas d'outils, tandis que d'autres, comme le chimpanzé commun, en façonnent occasionnellement de très rudimentaires, sans pour autant que leur existence en dépende.
Ces premiers outils grossiers n'ont cependant pas fait accomplir de saut quantique à notre espèce en 1 matière de réussite évolutive. Durant un million et demi d'années après la date d'apparition des outils en pierre, l'espèce est demeurée confinée à l'Afrique. Il y a un million d'années environ, elle est finalement parvenue à gagner les régions chaudes de l'Europe et de l'Asie, devenant, de ce fait, l'espèce de chim­panzé, sur les trois existantes, qui bénéficie de la plus vaste aire de répartition - bien que cette aire fût, à cette époque, plus restreinte que celle du lion. Les progrès dans la fabrication des outils ont été très lents. L'une au moins des populations humai­nes, celle qui occupait l'Europe et l'Asie occidentale et constituait l'espèce Homo neanderthalensis, se servait régulièrement du feu, il y a cent mille ans. Cependant, sous la plupart des autres aspects, l'ani­mal humain n'était encore qu'une espèce de grand mammifère parmi d'autres. Il n'avait inventé ni l'art, ni l'agriculture, ni la technologie. Nul ne peut dire avec certitude si, à ce stade, il se caractérisait déjà par le langage, la tendance à la consommation de drogues, ses mœurs sexuelles et un cycle vital inhabituel ; mais les néandertaliens vivaient rarement au-delà de l'âge de quarante ans et, par conséquent, ne devaient pas encore avoir acquis ce trait particu­lier qu'est la ménopause.
Un grand bond en avant dans les comportements de l'espèce est advenu soudainement il y a quarante mille ans environ, comme l'attestent les preuves archéologiques, en même temps qu'Homo sapiens, anatomiquement moderne, arrivait en Europe, venant d'Afrique via le Proche-Orient. À dater de ce moment, l'espèce a entrepris de réaliser des œuvres d'art, d'élaborer une technologie fondée sur des outils spécialisés ; des différences culturelles sont appa­rues d'une région géographique à l'autre, les inno­vations se sont multipliées au cours du temps. Ce bond s'est sans doute réalisé en dehors de l'Europe, mais brusquement, car les populations d'Homo sapiens anatomiquement modernes vivant en Afrique du Sud il y a cent mille ans ne se distinguaient pas énormément du chimpanzé, si. l'on en juge d'après les vestiges qu'elles ont laissés dans les grottes où elles vivaient. Quel qu'ait été le facteur à l'origine de ce bond, il n'est lié qu'à une fraction minime de notre patrimoine génétique, puisque la différence entre ce dernier et celui des chimpanzés n'est que de 1,6 pour cent, et qu'elle existait déjà, pour sa plus grande part, longtemps avant notre bond en avant dans le domaine du comportement. L'hypothèse qui me paraît la plus probable est que le bond a été impulsé par l'apparition de notre aptitude actuelle au langage.
Nous nous plaisons généralement à imaginer les hommes de Cro-Magnon comme les premiers êtres qui aient été porteurs de nos traits les plus nobles. Mais ils ont également fait montre de ces deux caractéristiques qui sont au cœur des problèmes de notre époque : la tendance à se tuer massivement les uns les autres et le penchant à détruire l'envi­ronnement. Dès avant l'époque de Cro-Magnon, les inclinations de l'espèce au meurtre et au canniba­lisme sont attestées par certains signes observables sur les crânes humains fossiles, telles des marques de coups infligés par des objets pointus sur la boîte crânienne ou des traces de fracture de ces mêmes boîtes afin de récupérer de la matière cérébrale. La soudaineté de la disparition des néandertaliens après l'arrivée des hommes de Cro-Magnon laisse penser qu'ils ont été victimes d'une destruction mas­sive, de type du génocide, et que notre espèce a témoi­gné de son efficacité meurtrière dès ce moment-là. Par ailleurs, l'extinction de presque tous les grands animaux australiens, après que l'homme eut colonisé l'Australie, il y a cinquante mille ans, puis celle de nombreux grands mammifères eurasiatiques eij africains, à mesure que ses armes de chasse se son1f/j perfectionnées, attestent que notre espèce est égale+} ment, dès l'époque préhistorique, devenue capable de détruire la propre base de ses ressources alimentaires. .
À la fin de l'ère glaciaire, il y a dix mille ans environ, le rythme de notre essor s'est accéléré. Nous avons occupé l'Amérique, ce qui s'est accompagné] d'une extinction en masse des grands mammifères - il pourrait bien y avoir eu lien de cause à effet. ! L'agriculture est apparue peu de temps après, quelques milliers d'années plus tard, les premiers textes écrits commencent à attester du rythme de nos inventions dans le domaine technique. Ils révèlent également que nous avions, déjà dans l'Antiquité, tendance à nous livrer à la toxicomanie et que la pratique de l'extermination massive de nos congé­nères était alors devenue courante, admise, voire admirée. La destruction de l'environnement, de son côté, se faisait déjà sentir, promettant de ruiner les bases de nombreuses sociétés, et les premiers colons de la Polynésie et de Madagascar provoquèrent des extinctions d'espèces en masse. À partir de 1492, les témoignages écrits sur l'expansion mondiale des Européens nous permettent de retracer en détail tous les aspects de notre essor et de notre décadence.
Aujourd'hui, nous accaparons une grande partie des matériaux et de l'énergie produits sur la Terre, nous exterminons les espèces et détruisons notre environnement à un rythme toujours plus rapide, et cela ne pourra se poursuivre ainsi encore un siècle. On objectera peut-être qu'autour de nous il n'est nul signe évident que nous approchons d'un moment paroxysmique dans notre histoire. En réalité, la conscience ne peut nous en venir que d'extrapola­tions à partir des signes déjà présents : la famine et la malnutrition, la pollution et la technologie des­tructrice ne cessent de croître ; les terres arables, les ressources alimentaires de l'océan, les autres produits naturels, de même que la capacité de l'environnement à absorber nos rejets ne cessent de décroître. Puisque davantage d'êtres humains, dotés de moyens toujours plus puissants, luttent pour des ressources en voie de diminution, quelque obstacle va forcément bloquer l'essor de l'espèce.
Les scénarios de l'avenir incitent à être pessi­miste. En supposant que tous les êtres humains vivant actuellement meurent brutalement demain, les dégâts que l'espèce a déjà infligés à son environ­nement sont à ce point importants que la dégrada­tion se poursuivrait encore pendant des décennies. D'innombrables espèces ont disparu ou sont en voie de le faire, tant leur population est tombée à un niveau inférieur à la possibilité d'un renouvellement naturel.
En dépit de tous nos antécédents dans le domaine de l'autodestruction, dont la leçon pourrait être tirée, la destruction de l'environnement comme la croissance démographique sont loin d'apparaître à tous comme des fléaux réels, pour ne rien dire de l'état de misère de populations contraintes à la survie et pour lesquelles les préoccupations écologiques sont proprement un luxe. Le rouleau compresseur de la destruction est lancé à une vitesse telle que rien ne pourra l’arrêter : l'animal humain, troisième chim­panzé, est désormais en tant qu'espèce lui aussi menacé. Son avenir n'est guère plus radieux que celui des deux autres chimpanzés.
p. 635-639
Jared Diamond Le troisième chimpanzé, folio essais, 1992
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PhilOchePhilOche   12 janvier 2015
Toute espèce dépend des autres en ce qui concerne ses ressources alimentaires et son biotope. Les espèces sont liées les unes aux autres, comme si elles étaient alignées dans des séries de dominos. Tout comme l’une de ces pièces entraîne en tombant les autres dans sa chute, l’extermination d’une espèce donnée peut conduire à la perte d’autres espèces, qui, à leur tour, peuvent en entraîner d’autres dans l’abîme.
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tolstoievskitolstoievski   29 novembre 2017
Le 4 août 1938, une expédition du Muséum américain d'histoire naturelle effectuant une mission d'exploration biologique en Nouvelle-Guinée réalisa une découverte qui allait précipiter la fin d'une longue phase de l'histoire humaine. C'est, en effet, à cette date que les membres d'une patrouille détachée de cette troisième expédition Archbold (d'après le nom de son directeur, Richard Archbold) furent les premiers étrangers à pénétrer dans la Grande Vallée de la rivière Balim, dans l'intérieur de la Nouvelle-Guinée que l'on pensait inhabité. Au grand étonnement de tout le monde, il apparut que cette Grande Vallée était densément peuplée par cinquante mille Papous : vivant à l'âge de pierre, ils étaient restés jusque-là inconnus du reste de l'humanité et ignoraient eux-mêmes que d'autres êtres humains existaient ailleurs.

Chapitre 13 : La fin des " premières rencontres ".
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PerleDulacPerleDulac   18 juin 2016
[...] les chasseurs cueilleurs jouissaient d'un régime varié, comprenant des quantités adéquates de protéines, de vitamines et de minéraux, tandis que les agriculteurs se sont procuré l'essentiel de leur nourriture à partir de végétaux riches en glucides. Les agriculteurs ont ainsi obtenu à moindre effort les calories dont ils avaient besoin, mais au prix d'une alimentation appauvrie. De nos jours, trois plantes seulement riches en glucides - le blé, le riz et le maïs - fournissent plus de 50 pour cent des calories consommées par l'espèce humaine.
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PerleDulacPerleDulac   18 juin 2016
Par conséquent, on ne peut condamner moralement les peuples préindustriels qui ont sapé leur propre base d'existence ; simplement, ils n'ont pas su résoudre un problème écologique dont l'intelligence est véritablement difficile. Assurément, leur échec a eu des conséquences tragiques, puisqu'il a déterminé l'effondrement du mode de vie qui leur était fondamental. Mais les échecs tragiques de ce genre sont moralement condamnables seulement dans la mesure où les enjeux sont préalablement connus. A cet égard, il y a deux grandes différences entre les Indiens Anasazi et nous : nous possédons la connaissance scientifique et nous avons les livres. Nous savons comment calculer la croissance démographique admissible en fonction du rythme d'exploitation des ressources, eux ne le savaient pas. Nous pouvons lire dans les livres tout ce que l'on sait des désastres écologiques du passé, eux ne le savaient pas. Et pourtant, notre génération continue à chasser les baleines et à défricher les forêts tropicales humides comme si personne n'avait jamais chassé les moas ou abattu les forêts de pins pignons et de genévriers. On peut considérer que le passé a été, en effet, un âge d'or, dans la mesure où il reposait sur l'ignorance, tandis que notre présent est un âge de plomb, qui a pour pilier la cécité volontaire.
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