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EAN : 9782757893340
168 pages
Points (03/06/2022)
4.18/5   171 notes
Résumé :
En février 2020, sur un coup de tête, Maureen Wingrove a décidé de s'éloigner d'une situation familiale compliquée, de s'éloigner du monde et des réseaux sociaux pour tenter de se retrouver. Direction la Bretagne, pour une semaine de retraite dans une abbaye battue par les embruns. Une semaine dense, intense. Une semaine assaillie par des vagues de souvenirs, par des émotions, par des portraits de femmes, par des rencontres insolites et inoubliables. Une semaine fac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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HordeduContrevent
  12 juin 2021
Ressac, en quelques mots, c'est un texte poétique à la fraicheur d'eau de rose sur du coton, une petite chaleur mauve qui parfois se fait ardente et féline. Un texte d'une féminité élégante et délicate. Un parfum, telle une infusion d'iris. Ou un endroit, celui du petit creux tendre sous les clavicules. Un trésor de peu de choses.
Cette première incursion en littérature générale de Maureen Wingrove, alias Diglee, est une réussite. Charmée par cette quête de repères, de « re-père » alors que son père de coeur, en vieillissant, devient tout autre depuis quelques mois, devient très angoissant car atteint de bipolarité. Une quête de re-père près de la mer. Une aventure solitaire sertie d'une écriture couleur violette, sépia, ciselée, poétique. Un régal !
Se couper des réseaux sociaux, sortir de cette spirale infernale qui consiste à rendre compte quotidiennement de ses faits et gestes au monde entier, respirer, vivre pour soi, rentrer en soi, réapprendre à s'ennuyer, à laisser la place en soi pour du rien, accepter d'affronter l'angoisse plutôt que de l'ensevelir. S'ancrer. Retrouver énergie et créativité. Ecrire et lire. « En échappant au lieu, j'échappe au temps et je me raccroche à la poésie ». Noble et délicate décision pour cette lyonnaise dont le métier sous les feux des projecteurs (dessinatrice et autrice de bandes dessinées bien connue) nécessite constamment de rendre compte, d'utiliser les réseaux, d'être connectée. Diglee décide ainsi de s'isoler plusieurs jours dans une Abbaye, celle de Rhuys dans le Morbihan, avec accès direct sur le chemin côtier.
Cette fuite somme toute bien gentille d'une citadine qui a tout, connue et reconnue, gâtée (c'est elle qui le dit), juste pendant quelques jours, donnant lieu ensuite à un livre du fait de la soi-disant guérison engendrée, pourrait faire sourire, pourrait nous laisser penser à une forme de grandiloquence…et pourtant…
Pourtant « Ressac », c'est une magnifique ode à la lenteur, aux bonheurs simples, aux journées seulement rythmées par les heures fixes des repas et le bruit de l'océan. le ressac des heures qu'on laisse s'égrener, le ressac des pensées qu'on laisse advenir puis repartir. Tels des nuages. Un hymne à la solitude, à l'immobilité choisie et sans compromis.
« L'énergie que je tente d'absorber, laiteuse et neptunienne, je ne la trouve que dans la solitude. C'est une force androgyne, tentaculaire et vrombissante, qui ondule et qui noie, c'est le royaume des sirènes et des abysses ».
« Ressac » c'est l'amour passionné de la littérature. Anaïs Nin notamment y est sublimement vénérée : « Je surligne, j'avale, je redessine ma charpente sous la poésie ninesque. Sa prose sent l'encens et les roses gorgées de soleil, elle fait le bruit de l'Espagne brûlée et des émois amoureux, elle a le gout d'une peau ambrée qui vient de jouir et l'odeur du papier bible, ce même mélange de sacrilège et de sublime. En cet instant, rien ne compte d'autre que ça : la littérature ».
L'amour de l'écriture dans de petits carnets, et de la peinture, aquarelles avec lesquelles Maureen Wingrove excelle et qui lui valut, de la part de son beau-père, le surnom de Diglee, clin d'oeil à Modigliani.
Lecture, écriture, peinture, l'essentiel pour vivre. Pour survivre.
« Ressac » c'est une ode à la féminité, aux figures maternelles familiales et leur héritage, au tissage multigénérationnel dont nous sommes l'étoffe, parfois étouffée. Un texte féminin et féministe. C'est aussi une très belle et émouvante allusion à l'amour d'une femme pour une autre femme, Héloïse, la muse de Diglee.
« Ressac » enfin c'est le projecteur braqué sur la Bretagne, celle du Morbihan, en plein hiver, sur l'océan purificateur : « Il me faut suivre l'étroit couloir formé par les branches d'imposants cyprès noirs : traverser l'ombre pour atteindre la lumière. J'obéis religieusement, et débouche enfin sur le paisible tableau de la grande prairie. En arrière-plan, la mer. Son ressac, comme un crissement de taffetas, agressif et apaisant à la fois ».
Des paysages de plages nues, déchiquetées par les roches noires, adoucis par les grappes jaunes et duveteuses des mimosas, le mauve des bruyères, les ajoncs dorés, et le rouge carmin des camélias, pour sertir les errances et les pensées vagabondes, des paysages de prairies vertes constellées de maisons blanches aux volets bleus.
Une lecture qui m'a apaisée et m'a bercée. Une lecture remplie de magie, de liens, de coïncidences, de quelques brins d'ésotérisme. Un livre que j'aimerais avoir toujours à portée de main, pour de temps à autres, relire les si nombreux passages soulignés. Multiples pages cornées et nombreux passages soulignées : signes chez moi d'un livre aimé !
« Il fait froid dehors et je serre mon livre contre moi comme un trésor. L'envie d'une tasse de thé se fait sentir. Classique synergie du livre qui appelle la boisson chaude ».

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marlene50
  30 juin 2021
J'étais une petite fille solitaire, amoureuse des mots ....
Maureen, après un douloureux accident qui a brisé un être cher, va faire une courte Retraite dans une Abbaye en Bretagne.
Abbaye où le mythe des amours d'Héloïse et Abélard sont bien présent.
(p.95) Amours brisés - quête immense des coeurs meurtris.
Je me suis retrouvée en Maureen qui avait une grand-mère du nom de Paula, femme éprise de liberté qui va exiger un endroit à elle seule, intime où elle n'aura que furtivement le sensation grisante d'être libre.
Maureen qui :
- ferme sa porte de chambre à clé, quand elle se trouve dans un endroit inconnu (courageuse mais pas téméraire)
- qui additionne les chiffres régulièrement pour voir si cela va tomber sur un de ses chiffres fétiches qui sera de bon augure
- qui a un piètre sens de l'orientation
- qui aime les cimetières depuis l'enfance, pour elle lieux fascinants et apaisants
- qui a toujours des problèmes avec portes et serrures
- qui retourne voir les maisons où elle a habité un temps.
La voici faisant une courte parenthèse dans sa vie, Retraite pour faire le vide.
(p.89) J'avais oublié comme le silence enserre et réconforte.
(p.21) Des semelles de vent devraient pourtant suffire pour arpenter les toits du monde.
(p.24) J'aime l'argenté rieur de ces coïncidences magiques.
(p.128) Je crois au néant et au hasard.
(p.130) Tout restait à apprendre. A désapprendre. C'est long d'abandonner une armure.
Je me suis fondue dans mes pensées, tout au long de cette lecture.
Une envoûtement enchanteur.
Mon moi profond en prenant le temps de "digérer" ce livre a parlé à mon âme, à mes manques, à mes envies de vivre un temps pour moi loin de tout.
Et j'ai envié Maureen de s'être permis ce que je ne me permet pas.
Mais quelle erreur Je Me Commet !
(p.124) Energie de feu - énergie du diable ou simplement énergie de la vie .
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Mladoria
  26 juillet 2021
Emprunté à ma maman et conquise par ce petit récit autobiographique absolument émouvant et totalement captivant.
On suit ces quelques jours comme cent ans, on en voudrait plus, tellement plus. Comme une envie de rester aux côtés de l'autrice, avec son écriture si belle et poétique, ses évocations si parlantes et ses émotions si pleines et entières.
Une envie de s'isoler pour se retrouver, de rencontrer dans un cadre unique des personnes tout aussi uniques, de voir cette diversité du monde par ce prisme resserré dans le temps et l'espace.
Une merveille, un écrin de liberté, de créativité, d'humanité partagée. L'impression d'avoir cheminé aux côtés de Diglee durant ses quelques jours, s'identifier sur certains côtés et surtout observer avec une tendresse infinie le monde et se retrouver soi-même à travers les mots d'une autre. A lire absolument. Lumineuse parenthèse dans le bruit du ressac.
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Luria
  23 juin 2022
Ressac c'est un tout petit livre pour un ressenti immense.
C'est un concentré presque brut de tout ce qui peut venir en tête de qui voudrait faire une courte retraite. Un exil certes mais au milieu d'autres qui ont besoin, régulièrement ou momentanément, d'une parenthèse. Un Covent de sorcières en convalescence.
Il y a de beaux mots, de chouettes références, et la mer d'hiver, la mer, la mer.
Ce n'est pas un coup de coeur non plus parce que comme tout récit il est avant tout destiné à celui qui l'écrit mais c'est une lampe tempête à déposer sur son chemin. Une suggestion de refuge. Un appel au mieux être.
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lucia-lilas
  06 août 2021
Il y a ce beau-père tant aimé devenu bipolaire et tellement différent de cet homme au grand coeur qu'il était auparavant. Il y a cette blessure liée aux mots qu'il a prononcés… mais est-on responsable de ce que l'on dit quand on n'est plus soi-même ?
Alors il faut partir, trouver refuge, se protéger… Quelques recherches sur Internet… Abbaye de Rhuys, Morbihan… C'est là que Maureen ira, emportant carnets, journal intime, livres, pastels, feutres, peinture, pinceaux afin « d'être parée à toute éventualité »… C'est là qu'il faut tenter de calmer la douleur, retrouver ce que la peine lui a fait perdre d'elle-même, regagner aussi la possibilité d'être réceptive au monde, aux sensations, à l'émerveillement. « J'essaie de guérir du père par la mer. »
Ressac est le journal de cette retraite de cinq jours, l'évocation des lieux, de l'abbaye bien sûr mais aussi de cette côte fouettée par le vent et avalée par la mer déchaînée. Petit à petit les paysages bretons cèdent la place aux paysages intérieurs, à l'intimité du moi, à l'introspection, au surgissement des secrets et par là même au retour d'un certain calme, d'une forme d'apaisement et de coïncidence avec soi-même.
Un texte sensible, délicat et doux dont la prose poétique invite le lecteur à se poser, à ralentir, à contempler et à tenter de se reconquérir soi-même afin de retrouver une place dans le monde.
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
LuriaLuria   20 juin 2022
Je tente quelques photos, mais toutes sont plates, telle- ment en dessous de la réalité. Et puis pour quoi faire ? La beauté est à vivre avant tout. C'est si banal et en même temps si terrible, un soleil qui se couche. C'est un adieu aux yeux de tous, une théâtrale disparition.
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LuriaLuria   19 juin 2022
Comment savoir s'il est encore lui, quelque part sous le masque ? Nous pleurons un disparu qui vit sous nos yeux. C'est une mort sans cadavre.
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HordeduContreventHordeduContrevent   11 juin 2021
Je n'ai besoin de rien, l'électrique souvenir active chaque soir un fluide brûlant qui frémit et s'écoule à la moindre sollicitation, flamme blanche et souple débordant de miel.

Nourrie de vent, d'écumes et de camélias, je jouis chaque soir dans de flamboyants sursauts, comme ravivée, ressuscitée par le corps.
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HordeduContreventHordeduContrevent   11 juin 2021
Un voile rose est tombé sur la lande : ses cheveux d'or, le banc de pierres, les façades blanches des maisons couvertes de ronces, tout est désespérément noyé dans le rose. Je grimpe, silencieuse. Ma chapelle à moi, c'est la mer.
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HordeduContreventHordeduContrevent   11 juin 2021
A grandes enjambées maladroites, je gravis les masses rocheuses comme de larges escaliers et pénètre dans le vestibule sacré d'un bout de plage renfoncé, que je n'apercevais pas depuis le sentier. Étendues de sable fin cachées entre les hanches anguleuses de la falaise couleur champagne et perles d'eau douce, et là, enfin, l'odeur de la mer, en récompense. Salée, collante, acide. Minérale.
Je suis minérale. La force qui m'habite vient des rochers. Encadrée de leurs ombres, je danse près de l'écume. Je cours après les vagues, évitant leur morsure.
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Videos de Diglee (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Diglee
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- Qu'à jamais j'oublie, de Valentin Musso (éd. Points) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20654118-qu-a-jamais-j-oublie-valentin-musso-points
- La Famille, de Suzanne Privat (éd. Points) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20653850-la-famille-suzanne-privat-points
- Tu n'es pas obligée, d'Ovidie et Diglee (éd. La Ville Brûle) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20449963-tu-n-es-pas-obligee-ovidie-la-ville-brule
- L'Eté dernier, de Jihyun Kim (éd. Seuil Jeunesse) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20638148-l-ete-dernier-jihyun-kim-seuil-jeunesse
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