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EAN : 9782360121434
Éditeur : Ville Brule (28/05/2021)
4.67/5   12 notes
Résumé :
En février 2020, sur un coup de tête, Maureen Wingrove a décidé de s'éloigner d'une situation familiale compliquée, de s'éloigner du monde et des réseaux sociaux pour tenter de se retrouver. Direction la Bretagne, pour une semaine de retraite dans une abbaye battue par les embruns. Une semaine dense, intense. Une semaine assaillie par des vagues de souvenirs, par des émotions, par des portraits de femmes, par des rencontres insolites et inoubliables. Une semaine fac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
HordeduContrevent
  12 juin 2021
Ressac, en quelques mots, c'est un texte poétique à la fraicheur d'eau de rose sur du coton, une petite chaleur mauve qui parfois se fait ardente et féline. Un texte d'une féminité élégante et délicate. Un parfum, telle une infusion d'iris. Ou un endroit, celui du petit creux tendre sous les clavicules. Un trésor de peu de choses.
Cette première incursion en littérature générale de Maureen Wingrove, alias Diglee, est une réussite. Charmée par cette quête de repères, de « re-père » alors que son père de coeur, en vieillissant, devient tout autre depuis quelques mois, devient très angoissant car atteint de bipolarité. Une quête de re-père près de la mer. Une aventure solitaire sertie d'une écriture couleur violette, sépia, ciselée, poétique. Un régal !
Se couper des réseaux sociaux, sortir de cette spirale infernale qui consiste à rendre compte quotidiennement de ses faits et gestes au monde entier, respirer, vivre pour soi, rentrer en soi, réapprendre à s'ennuyer, à laisser la place en soi pour du rien, accepter d'affronter l'angoisse plutôt que de l'ensevelir. S'ancrer. Retrouver énergie et créativité. Ecrire et lire. « En échappant au lieu, j'échappe au temps et je me raccroche à la poésie ». Noble et délicate décision pour cette lyonnaise dont le métier sous les feux des projecteurs (dessinatrice et autrice de bandes dessinées bien connue) nécessite constamment de rendre compte, d'utiliser les réseaux, d'être connectée. Diglee décide ainsi de s'isoler plusieurs jours dans une Abbaye, celle de Rhuys dans le Morbihan, avec accès direct sur le chemin côtier.
Cette fuite somme toute bien gentille d'une citadine qui a tout, connue et reconnue, gâtée (c'est elle qui le dit), juste pendant quelques jours, donnant lieu ensuite à un livre du fait de la soi-disant guérison engendrée, pourrait faire sourire, pourrait nous laisser penser à une forme de grandiloquence…et pourtant…
Pourtant « Ressac », c'est une magnifique ode à la lenteur, aux bonheurs simples, aux journées seulement rythmées par les heures fixes des repas et le bruit de l'océan. le ressac des heures qu'on laisse s'égrener, le ressac des pensées qu'on laisse advenir puis repartir. Tels des nuages. Un hymne à la solitude, à l'immobilité choisie et sans compromis.
« L'énergie que je tente d'absorber, laiteuse et neptunienne, je ne la trouve que dans la solitude. C'est une force androgyne, tentaculaire et vrombissante, qui ondule et qui noie, c'est le royaume des sirènes et des abysses ».
« Ressac » c'est l'amour passionné de la littérature. Anaïs Nin notamment y est sublimement vénérée : « Je surligne, j'avale, je redessine ma charpente sous la poésie ninesque. Sa prose sent l'encens et les roses gorgées de soleil, elle fait le bruit de l'Espagne brûlée et des émois amoureux, elle a le gout d'une peau ambrée qui vient de jouir et l'odeur du papier bible, ce même mélange de sacrilège et de sublime. En cet instant, rien ne compte d'autre que ça : la littérature ».
L'amour de l'écriture dans de petits carnets, et de la peinture, aquarelles avec lesquelles Maureen Wingrove excelle et qui lui valut, de la part de son beau-père, le surnom de Diglee, clin d'oeil à Modigliani.
Lecture, écriture, peinture, l'essentiel pour vivre. Pour survivre.
« Ressac » c'est une ode à la féminité, aux figures maternelles familiales et leur héritage, au tissage multigénérationnel dont nous sommes l'étoffe, parfois étouffée. Un texte féminin et féministe. C'est aussi une très belle et émouvante allusion à l'amour d'une femme pour une autre femme, Héloïse, la muse de Diglee.
« Ressac » enfin c'est le projecteur braqué sur la Bretagne, celle du Morbihan, en plein hiver, sur l'océan purificateur : « Il me faut suivre l'étroit couloir formé par les branches d'imposants cyprès noirs : traverser l'ombre pour atteindre la lumière. J'obéis religieusement, et débouche enfin sur le paisible tableau de la grande prairie. En arrière-plan, la mer. Son ressac, comme un crissement de taffetas, agressif et apaisant à la fois ».
Des paysages de plages nues, déchiquetées par les roches noires, adoucis par les grappes jaunes et duveteuses des mimosas, le mauve des bruyères, les ajoncs dorés, et le rouge carmin des camélias, pour sertir les errances et les pensées vagabondes, des paysages de prairies vertes constellées de maisons blanches aux volets bleus.
Une lecture qui m'a apaisée et m'a bercée. Une lecture remplie de magie, de liens, de coïncidences, de quelques brins d'ésotérisme. Un livre que j'aimerais avoir toujours à portée de main, pour de temps à autres, relire les si nombreux passages soulignés. Multiples pages cornées et nombreux passages soulignées : signes chez moi d'un livre aimé !
« Il fait froid dehors et je serre mon livre contre moi comme un trésor. L'envie d'une tasse de thé se fait sentir. Classique synergie du livre qui appelle la boisson chaude ».

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booksfren
  06 juin 2021
En voyant défiler les critiques de ce livre, j'ai eu l'impression qu'il avait atteint tout le monde au bon moment. Et apparemment, je ne suis pas passée à côté de cet effet salvateur. L'ayant lu en étant peu en paix avec moi-même, avec mes émotions, et en proie à de grands sentiments de culpabilité, j'y ai puisé de l'apaisement, la force de prendre du recul et la volonté de me reconnecter avec mon moi intérieur. La prose de Diglee est d'une poésie folle, d'une élégance incroyable. Tout est symbole, ésotérisme, coïncidences qui n'en sont pas, lien au passé, au présent, au futur. Tout appelle à la contemplation, au silence, à la démolition pour mieux reconstruire. On a envie de chercher à porter le même regard qu'elle sur nos ancêtres, nos failles et d'où elles viennent, sur l'héritage familial et ce qui se transmet de mère en fille. Elle parle aussi beaucoup de son rapport à la littérature, aux autrices qu'elle a rencontrées et qui ont jalonné son parcours. J'ai eu l'impression de lire le journal intime d'une amie, il y a un sentiment de sororité très fort à la lecture. C'est très émouvant, impossible à qualifier, je pense n'avoir jamais rien lu de tel. Je l'ai lu d'une traite : moment d'immersion totale, Diglee nous offre avec ce livre un fragment de la retraite qu'elle a vécue.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
HordeduContreventHordeduContrevent   11 juin 2021
Je n'ai besoin de rien, l'électrique souvenir active chaque soir un fluide brûlant qui frémit et s'écoule à la moindre sollicitation, flamme blanche et souple débordant de miel.

Nourrie de vent, d'écumes et de camélias, je jouis chaque soir dans de flamboyants sursauts, comme ravivée, ressuscitée par le corps.
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HordeduContreventHordeduContrevent   11 juin 2021
A grandes enjambées maladroites, je gravis les masses rocheuses comme de larges escaliers et pénètre dans le vestibule sacré d'un bout de plage renfoncé, que je n'apercevais pas depuis le sentier. Étendues de sable fin cachées entre les hanches anguleuses de la falaise couleur champagne et perles d'eau douce, et là, enfin, l'odeur de la mer, en récompense. Salée, collante, acide. Minérale.
Je suis minérale. La force qui m'habite vient des rochers. Encadrée de leurs ombres, je danse près de l'écume. Je cours après les vagues, évitant leur morsure.
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HordeduContreventHordeduContrevent   11 juin 2021
Un voile rose est tombé sur la lande : ses cheveux d'or, le banc de pierres, les façades blanches des maisons couvertes de ronces, tout est désespérément noyé dans le rose. Je grimpe, silencieuse. Ma chapelle à moi, c'est la mer.
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HordeduContreventHordeduContrevent   11 juin 2021
Camélias fuchsias, ajoncs dorés, bruyères mauves, baies de cynorhodon rouge vif, tapis de violettes...les jardins de Bretagne, en hiver, ne manquent pas de couleurs.
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HordeduContreventHordeduContrevent   11 juin 2021
Si certain.e.s trouvent leur joie dans la marche et l'activité, je tiens davantage de la plante et me satisfais volontiers de l'immobilité. Offrez-moi un ciel, des couleurs tendres et l'odeur de l'océan, et je peux meubler des heures entières.
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