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EAN : 9782021327083
208 pages
Seuil (05/01/2017)
3.75/5   14 notes
Résumé :
Au cours des dernières décennies, la plupart des sociétés se sont faites plus répressives, leurs lois plus sévères, leurs juges plus inflexibles, et ceci sans lien direct avec l'évolution de la délinquance et de la criminalité. Dans ce livre, qui met en œuvre une approche à la fois généalogique et ethnographique, Didier Fassin s'efforce de saisir les enjeux de ce moment punitif en repartant des fondements mêmes du châtiment.
Qu'est-ce que punir ? Pourquoi pu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
julspirit
  19 avril 2022
Qu'est-ce que punir ? Pourquoi punit-on ? Qui punit-on ? Ces trois interrogations sont celles de l'auteur dans un contexte historique qu'il nomme « moment punitif », nos sociétés contemporaines n'ayant jamais autant puni, sanctionné, enfermé, et jamais autant réclamé de punitions, de sanctions et d'enfermements… Pourtant les crimes les plus graves semblent être en diminution constante et régulière. Pour répondre à ce paradoxe et à ces interrogations, Fassin revisite l'histoire de la philosophie du châtiment et s'appuie sur des constats issus d'enquêtes ethnographiques sur la police, la justice et la prison qu'il a parfois lui-même réalisées.
Cette assise empirique est décisive, notamment dans la partie consacrée à la question de connaître et de distinguer ceux que l'on punit et ceux que l'on ne punit pas. L'intolérance sélective de la société (pourquoi tolère-t-on plus la fraude fiscale que le vol à l'étalage ?) et le populisme pénal des politiques qui se répondent et s'auto-renforcent engendrent en effet des pratiques discriminatoires, déléguées par la société aux institutions punitives (police, justice, prison) et à leurs agents. Par exemple :
« C'est justement en choisissant les infractions qu'il faut sanctionner et en déterminant parmi les auteurs ceux qu'il faut cibler que la pénalité est le mieux à même d'opérer des différenciations au sein de la société : la consommation de cannabis plutôt que l'abus de biens sociaux ; les patrouilles de police dans les quartiers populaires plutôt que dans les zones résidentielles. Ces différenciations ne sont bien sûr pas socialement neutres : elles relèguent les uns et protègent les autres. La répression sélective de certaines catégories d'illégalismes et de populations joue ainsi un rôle important dans la production et la reproduction des disparités sociales. » (p. 133-134)
Ce petit livre est une très bonne introduction aux études ethnographiques de Didier Fassin et d'autres auteurs sur ces thèmes, telle « La force de l'ordre », que j'ai chroniquée par ailleurs.
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daniel_dz
  25 mars 2019
Un essai extrêmement intéressant sur les châtiments infligés par les tribunaux. Trois chapitres dont les titres sont autant de questions fondamentales : qu'est-ce que punir ? pourquoi punit-on ? qui punit-on ? Si l'approche initiale est celle d'un philosophe qui cherche à bien définir les concepts et à en décrire l'évolution dans le temps, l'auteur s'attache ensuite à confronter la théorie à la réalité pratique. Et c'est cela qui me pousse à vous recommander chaudement cet ouvrage, dont l'écriture fluide vous ne vous apportera aucun ennui, bien au contraire.
Didier Fassin, anthropologue, sociologue et médecin né en 1955 est professeur à l'université. Il n'en est pas à ses premiers pas dans le domaine qui nous occupe ici: il a également publié « La force de l'ordre : Une anthropologie de la police des quartiers » et « L'ombre du monde : Une anthropologie de la condition carcérale ».
Le premier chapitre de « Punir: une passion contemporaine » expose l'évolution de la notion de punition, montrant comment on est passé, en partie sous l'influence de la religion catholique, d'une économie affective de la dette (réparer la faute) à une économie morale du châtiment (infliger de la souffrance). Ensuite, le deuxième chapitre est consacré aux raisons qui poussent à punir: utilitaristes, pour augmenter le bien-être de la société, ou rétributivistes, où l'on se focalise sur le fait de punir l'acte commis. Dans les deux cas, l'auteur démontre brillamment l'écart entre les idéaux théoriques et la réalité pratique, ce qui est encore plus frappant dans le troisième chapitre, « Qui punit-on ?», qui démontre comment la justice fustige les inégalités sociales. Je cite: « En effet, c'est justement en choisissant les infractions qu'il faut sanctionner et en déterminant parmi les auteurs ceux qu'il faut cibler que la pénalité est le mieux à même d'opérer des différenciations au sein de la société : la consommation de cannabis plutôt que l'abus de biens sociaux ; les patrouilles de police dans les quartiers populaires plutôt que dans les zones résidentielles. Ces différenciations ne sont bien sûr pas socialement neutres : elles relèguent les uns et protègent les autres. La répression sélective de certaines catégories d'illégalismes et de populations joue ainsi un rôle important dans la production et la reproduction des disparités sociales. »
Pour titiller un peu plus votre curiosité et vous donner l'envie de lire ce magnifique essai, je citerai son paragraphe final: « Punir, disent les philosophes et les juristes, c'est corriger un mal, réparer un préjudice, réformer un coupable, protéger la société. La légitimité ultime du châtiment devrait ainsi être la restauration d'un ordre social juste que le fait incriminé avait menacé. Or, si le châtiment n'est pas ce que l'on dit qu'il est, s'il n'est pas justifié par les raisons que l'on croit, s'il favorise la réitération des infractions, s'il punit en excès de l'acte commis, s'il sanctionne en fonction du statut des coupables plus que de la gravité de l'infraction, s'il vise avant tout des catégories préalablement définies comme punissables et s'il contribue à produire et reproduire des disparités, alors ne devient-il pas plutôt ce qui menace l'ordre social ? –et ne faut-il pas, dans ce cas, le repenser, non plus seulement dans le langage idéal de la philosophie et du droit, mais aussi et surtout dans la réalité inconfortable de l'inégalité sociale et de la violence politique ? »
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Apoapo
  14 février 2019
Cet excellent essai s'attelle à déconstruire deux phénomènes sociaux relativement récents et en plein essor dans le monde contemporain : l'intolérance sélective de la société vis-à-vis de certains délits (et non d'autres, indépendamment de leur nocivité), et le populisme pénal décliné dans des actes politiques, dans le judiciaire ainsi que dans la répression policière.
Partant du constat de l'accroissement du caractère répressif de la plupart des sociétés, mesurable entre autres choses par l'augmentation de la population carcérale, l'alourdissement des peines [et l'armement des forces de l'ordre], sans lien direct avec la délinquance et la criminalité, mais par contre en corrélation avec l'aggravation des inégalités et des tensions sociales, l'auteur considère tout spécialement les cas de la France et des États-Unis selon une perspective pluridisciplinaire qui dépasse le normatif – la philosophie morale et la doctrine juridique – au profit de l'empirique : l'ethnologie, la philologie, la sociologie de la justice et du droit. Des études de cas particulièrement troublants, aussi bien tirés du milieu pénitentiaire, du déroulement de procès que de pratiques et comportements policiers, formant le corpus de travaux précédents, sont évoquées uniquement à titre d'exemple, dans le cadre d'une démonstration à la fois plus vaste et plus abstraite, qui éloigne l'ouvrage de toute tentation pamphlétaire et ses propos de toute polémique, cependant que le lecteur n'est pas immun d'une très légitime indignation.
La déconstruction du « moment punitif » se déroule en trois étapes, autour des questionnements suivants : ch. Ier : « Qu'est-ce que punir ? », ch. II : « Pourquoi punit-on ? », ch. III : « Qui punit-on ? ». Dans la première, principalement ethnologique et philologique, il s'agit surtout de comparer des systèmes moraux fondés sur la compensation du crime en guise d'obligation et de dette à des systèmes moraux plus religieux (notamment chrétiens, malgré la prétention des codes pénaux occidentaux modernes à la laïcité) fondés sur l'infliction de la souffrance et sur l'expiation. Dans la deuxième, principalement philosophique et juridique, sont analysées les limites des justifications traditionnelles de l'acte de punir, l'utilitarisme et le rétributivisme, mises à mal par un enchevêtrement complexe et inavouable de motivations subjectives et objectives diverses, par l'existence de dimensions émotionnelles et pulsionnelles, par l'indignation différenciée devant l'infraction, et, in fine, surtout par le contenu du ch. suivant. Troisième étape, sociologique : l'analyse du châtiment différencié selon l'identité des auteurs présumés : le cas le plus évident, en France, relève des sanctions relatives aux stupéfiants, qui ont très considérablement évolué depuis le début des années 70, pour devenir un moyen de châtier, et plus spécifiquement de tenir en sujétion et menace constantes les jeunes hommes des banlieues issus d'un héritage colonial, ou d'esclavage et de migration. (Pour les États-Unis, il s'agit d'une discrimination raciale et censitaire) [On pourrait les nommer, simplement, pour les deux cas : les « racisés »].
L'auteur résume ainsi ses conclusions :
1. « le lien qu'on dit fondateur entre le crime et le châtiment connaît de nombreuses exceptions ».
2. « la distinction supposée entre vengeance et châtiment s'avère souvent difficile à valider ».
3. « l'infliction d'une souffrance ou d'une forme équivalente de peine censée être l'essence même de la sanction n'a pas toujours existé ».
4. « l'alternative entre utilitarisme et rétributivisme dans la justification de l'acte de punir rend mieux compte d'aspirations idéales que de la réalité des pratiques ».
5. « l'approche rationnelle développée par les disciplines normatives autant que par les sciences sociales laisse inexplorée une double dimension à la fois émotionnelle et pulsionnelle ».
6. « la distribution des peines […] reflèt[e] et consolid[e] les disparités sociales ».
7. « l'affirmation de la responsabilité individuelle dans la commission d'infractions, qui va de pair avec le déni de sa dimension sociale, s'impose à mesure que les inégalités s'accroissent : plus les logiques sociales se font prégnantes dans la production du crime et la dispensation du châtiment, moins elles sont reconnues par les magistrats, par les politiques et, au-delà, par la société ». (pp. 155-156)
Un élément conclusif, même s'il n'est pas explicitement développé dans la conclusion, consiste pour moi à constater que, quel que soit le niveau de l'empoisonnement idéologique nommé « populisme pénal » atteint, qui aspire à une répression de plus en plus forte, la mise en pratique de celle-ci provoque un résultat paradoxal : un sentiment accru d'insécurité et non de sécurité.
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Nat_85
  14 mai 2018
Didier FASSIN est anthropologue, sociologue et médecin français. Il est également professeur de Sciences Sociales et directeur d'études.
Son essai "Punir... une passion contemporaine" est publié en 2017 aux Editions du Seuil
p. 159 : "Punir, disent les philosophes et les juristes, c'est corriger un mal, réparer un préjudice, réformer un coupable, protéger la société."
Un crime = Un châtiment
Cette équation n'est pas si évidente entre le délit et la peine. Cet ouvrage est donc une  réflexion sur l'anthropologie du châtiment.
p. 37 : "Le châtiment, en tant qu'il est une institution sociale, se révèle en effet un remarquable analyseur des sociétés, des affects qui les traversent et des valeurs dont elles sont porteuses."
L'auteur a donc enquêté pour pour tenter de comprendre ce que c'est que punir, pourquoi l'on punit et qui l'on choisit de punir.
Après plusieurs années  d'études et de travaux sur l'appareil répressif de l'Etat, Didier Fassin nous apporte une réflexion claire et ponctuée de nombreux exemples concrets afin d'illustrer au mieux ses propos. Pour ce faire, il n'a pas hésité à aller à la rencontre de commissaires, policiers, magistrats, avocats, surveillants, officiers, administrateurs, conseillers pénitentiaires, éducateurs sociaux, professionnels de santé, membres d'associations, responsables politiques, prisonniers et citoyens. Tous ces acteurs sont concernés par ce rapport crime / châtiment, tant dans son aspect préventif que dans son aspect dissuasif et répressif. 
"La peine juridique ne peut jamais être considérée simplement comme un moyen de réaliser un autre bien, soit pour le criminel lui-même, soit pour la société civile, mais doit uniquement lui être infligée pour la seule raison qu'il a commis un crime." (KANT)
Cet essai se décompose donc en trois parties : qu'est-ce que punir ? Pourquoi punit-on ? Qui punit-on? L'auteur tente d'y répondre exclusivement dans le cadre des institutions publiques.
p. 68 : "La question se pose donc de comprendre comment et pourquoi on est passé, dans les sociétés occidentales, d'une logique de la réparation à une logique de la punition ?"
En effet, l'acte de punir intègre des dimensions symboliques, morales et affectives.
La gravité et les enjeux sont complexes et font donc intervenir une multitude de paramètres. Mais ce livre apporte, si ce n'est des solutions, des constats sur l'inefficacité du système, et l'urgente nécessité pour les pouvoirs publics de s'y intéresser activement.
p. 10 : "Deux phénomènes qui affectent en profondeur la société française se conjuguent : une évolution de la sensibilité aux illégalismes et aux déviances ; une focalisation du discours et de l'action publics sur les enjeux de sécurité. le premier phénomène est culturel, le second politique."
Lien : https://missbook85.wordpress..
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lapetitefadette
  18 février 2022
Qu'est-ce que punir? Pourquoi punit-on? Qui punit-on? Cet ouvrage très intéressant s'articule autour de ces trois questions. Pour l'auteur, punir est une passion contemporaine car l'époque contemporaine est la période la plus répressive de notre histoire. Deux raisons essentielles à cela: nous tolérons moins ce qui trouble, donc les contrôles se sont accrus surtout dans les classes populaires, et les élites politiques n'ont eu de cesse de renforcer les inquiétudes sécuritaires par le biais d'un populisme pénal. A cela s'ajoute une extension de la répression par la criminalisation de faits qui ne l'étaient pas et l'aggravation des sanctions notamment à cause des peines plancher. Pendant très longtemps la punition a consisté à réparer le dommage crée par un forfait en en réclamant le prix. Mais, le droit romain, notamment sous l'influence du christianisme, a remplacé la réparation par la rédemption. Donc, on punit désormais moins pour protéger la société que pour punir un péché. Didier Fassin s'appuie beaucoup sur les écrits de Michel Foucault dans ce livre pour qui le criminel est devenu "un ennemi social" en faisant prévaloir trop souvent la présomption de culpabilité surtout lorsqu'il s'agit de punir une personne issue des couches populaires. Très facile à lire, cet ouvrage propose un éclairage des plus intéressant sur l'évolution de la sanction pénal dans nos sociétés contemporaines.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
julspiritjulspirit   14 avril 2022
D'un côté, les individus s'avèrent de moins en moins tolérants à ce qui trouble leur existence. [...] Cette tendance [...] épargne [toutefois] volontiers les catégories dominantes et touche durement les classes populaires. La fraude fiscale est généralement mieux tolérée que le vol à l'étalage. En fait, cette hiérarchie des désordres et la modulation correspondante des sanctions manifestent à la fois un durcissement des rapports sociaux et une différenciation des jugements moraux.
Mais, d'un autre côté, les élites politiques renforcent et même anticipent les inquiétudes sécuritaires des citoyens. [...]
L'intolérance sélective de la société et le populisme pénal des politiques se répondent donc. [...] C'est la combinaison des deux phénomènes qui produit l'emballement constaté. (p. 10-12)
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julspiritjulspirit   18 avril 2022
L'expansion carcérale s'accompagne d'une différenciation socioéconomique et ethnoraciale marquée, les hommes de milieu populaire et de famille immigrée étant fortement surreprésentés.
[...] On pourrait se demander si la composition de la population carcérale n'est pas, après tout, le simple reflet de la population criminelle et délinquante, et si le plus grand nombre d'hommes pauvres, chômeurs, noirs et arabes en prison, n'est pas, en fait, la conséquence de ce qu'ils commettent plus de crimes et de délits.
[...] La lutte contre la drogue en offre une illustration remarquable. Car le déplacement de sa cible ne s'est pas seulement opéré en termes de pratiques et de substances, il s'est aussi manifesté au niveau du public visé, les jeunes de milieu populaire et d'origine immigrée venant progressivement prendre la place des jeunes souvent blancs et de classe moyenne principalement concernés par l'épidémie de toxicomanie qui avait suscité la loi de 1970. Ce que révèle donc l'histoire de la lutte contre la drogue, c'est que l'extension de la définition des illégalismes qu'on entend réprimer permet de mieux orienter cette répression : en passant du trafic d'héroïne à l'usage de cannabis, on s'autorise à circonscrire la population que l'on veut sanctionner, c'est-à-dire à punir essentiellement ceux qu'on a définis a priori comme punissables. C'est par ce mécanisme que plus de sévérité induit plus d'inégalité.
[...] C'est justement en choisissant les infractions qu'il faut sanctionner et en déterminant parmi les auteurs ceux qu'il faut cibler que la pénalité est le mieux à même d'opérer des différenciations au sein de la société : la consommation de cannabis plutôt que l'abus de biens sociaux ; les patrouilles de police dans les quartiers populaires plutôt que dans les zones résidentielles. Ces différenciations ne sont bien sûr pas socialement neutres : elles relèguent les uns et protègent les autres. La répression sélective de certaines catégories d'illégalismes et de populations joue ainsi un rôle important dans la production et la reproduction des disparités sociales. (p. 128-134)
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ApoapoApoapo   14 février 2019
« Peut-être faut-il l'interpréter [l'apparente contradiction entre la responsabilité individuelle et la dimension sociale du crime et du châtiment] comme un déni de réalité, au sens où les psychanalystes utilisent cette formule, à savoir une forclusion de ce qui serait insupportable à admettre. Si, en effet, il s'avérait qu'on punit de plus en plus indépendamment de l'évolution de la criminalité, qu'on pénalise les infractions moins en fonction de leur gravité qu'en fonction de ceux qui les commettent, qu'on sélectionne ainsi pour les sanctionner et souvent les enfermer les catégories les plus fragiles sur le plan socio-économique et les plus marginalisées pour des raisons ethno-raciales, et qu'enfin tout ce processus rend la société à moyen terme moins sûre et à long terme plus divisée, alors on devine combien cette révélation serait intolérable aux démocraties contemporaines. Par contraste, on comprend que considérer que chaque personne condamnée est responsable de son acte, qu'elle mérite son châtiment, fût-il particulièrement dur, et que l'institution pénale protège ainsi la sécurité des citoyens paraisse plus acceptable. La seconde version est assurément plus gratifiante que la première sur un plan moral. » (p. 147)
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julspiritjulspirit   13 avril 2022
La France traverse la période la plus répressive de son histoire récente en temps de paix. Si l'on fait exception, en effet, des années qui ont immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale, jamais autant d'hommes et de femmes n'y ont été emprisonnés. [...] Cette évolution n'est cependant pas due, comme on serait tenté de le croire, à une augmentation de la criminalité. Bien que les statistiques en la matière soient difficiles à interpréter [...], les éléments dont on dispose confirment, sur le dernier demi-siècle, un recul presque continu des formes les plus préoccupantes de criminalité, à commencer par les homicides et les expressions les plus graves de la violence. (p. 9-10)
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Nat_85Nat_85   14 mai 2018
Contrairement à ce qu'on avait donc pu penser, le spectacle du châtiment et de sa cruauté, qui rassemblait autrefois le peuple sur les places où avaient lieu les supplices et les exécutions, n'a pas disparu : il s'est transporté sur les écrans. Assurément, il s'est adapté aux exigences des sensibilités contemporaines : il s'est adouci ; il ne met plus en jeu le corps, mais la dignité ; il ne montre plus une agonie physique, mais une mort sociale.
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