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Bernard Lortholary (Éditeur scientifique)Blaise Briod (Traducteur)
EAN : 9782070402922
788 pages
Gallimard (22/01/1999)
3.99/5   94 notes
Résumé :
Le plus célèbre des romans allemands est "un roman de formation", qui conduit le héros jusqu'à la fin de sa jeunesse. On suit le personnage dans ses égarements enthousiastes, avec un humour souriant. C'est aussi l'histoire d'une vocation théâtrale ; au centre, se trouve l'ombre de Shakespeare. A chaque étape, le jeune homme est sous le charme d'une femme : le monde, l'amour et l'art lui permettent de se trouver lui-même. En Allemagne, ce livre est devenu la référenc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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Quelque chose de frais — presque printanier — dans le récit des désillusions successives du jeune Wilhelm Meister, ce fils de bourgeois si idéaliste et inexpérimenté... Quelque chose d'intemporel aussi, dans ce gros roman dit "de formation" que Johann Wolfgang GOETHE (1748-1832) publia à Berlin en deux étapes : 1795 (pour les livres I à VI) puis 1796 (pour les livres VII et VII)...

Et comme tout ceci nous "parle" profond, aujourd'hui !

Comme l'on repense bien vite — avec émotion — à la précarité (pas tous les jours "charmante") de chacune des petites troupes itinérantes traversant trois grands films "classiques" des années cinquante d'Ingmar BERGMAN (1918-2007) - qui furent autant de fascinants "road movies" N & B pour saltimbanques en roulottes :

- "La Nuit des forains" ("Gycklarnas afton") en 1953 [temporalité : XXème siècle]
- "Le Septième Sceau" ("Det Sjunde inseglet") en 1957 [temporalité : Moyen Âge]
- "Le Visage" ("Ansiktet") en 1958 [temporalité : XIXème siècle]

L'idéalisme d'un amoureux de la scène théâtrale (jouant avec ses épées de bois, ses capes et ses ouvertures de rideau depuis l'enfance où il découvrit "le théâtre de marionnettes" et ses magies... ) : naïveté et rêves de grandeur d'un Wilhelm amoureux, tout à tour, de l'actrice Marianne, des feux de la rampe et du théâtre de Shakespeare...

Wilhelm s'attendrissant sur ses souvenirs d'enfance (le lieutenant marionnettiste dans la maison des parents) ; Wilhelm (fils de commerçant) se disputant rituellement avec son ami Werner (fils de commerçant et lui-même futur commerçant) à l'esprit toujours si "pratique"...

Wilhelm dès la fin du livre I (fin du chapitre XVII) découvrira l'infidélité de "sa" belle Marianne... qui suivra le compagnon "le plus protecteur" qui, bien sûr, ne saurait être Wilhelm ! Pour dédouaner un peu la "belle aux deux amants" (juste une stratégie de survie conseillée par sa vieille costumière Barbara), jugeons que Marianne suivrait sans doute "n'importe qui d'un peu sécurisant et avantageux", puisque cette vie de comédien itinérant s'avère - au quotidien - une misère... ce que Bergman montra fort bien dans les 3 chefs d'oeuvre cités.

D'un bout à l'oeuvre de ce roman (qui est un VRAI roman d'allure réaliste), on partagera les sentiments de Wilhelm, la fonte progressive de ses rêves, la montée inéluctable de ses désillusions (qui seront loin d'en faire un aigri) - et l'on a la première trace de cette "ironie bienveillante" (quant à la trajectoire tout à fait imprévisible de son jeune "héros" apprenant de ses échecs) qui caractérisera les vicissitudes prévisibles des chers personnages sans attaches de Robert WALSER (pour "Les enfants Tanner" et "Le Commis" - autant de "romans de formation" tardifs parus en 1907 et 1908). Pour eux, "L'avenir est au hasard.", comme le chantait Jacques BREL...

Car en somme, Wilhelm durant ses "années d'apprentissage", au long de ses mille déconvenues, apprendra ce que nous allons tous apprendre... ou avons déjà tous appris : il apprend simplement à vivre. "Vivre !", oui... Un apprentissage qui, bien sûr, ne s'arrête qu'au terme de notre existence : "Per aspera ad astra."

Wilhelm-le-Naïf, Marianne l'actrice vénale aux deux amours, la vieille intrigante Barbara, le père marchand, Werner l'ami indéfectible, l'acteur Mélina (devenant "directeur de troupe") et "Mme Mélina" sa fiancée enceinte, l'adolescente Mignon, le vieux harpiste, l'aguicheuse actrice Philine passant d'un amant l'autre, Jarno l'officier moqueur qui révère le théâtre de Shakespeare et initiera Wilhelm à ses mystères, le Comte arrogant et superstitieux, le Baron dramaturge amateur, la Comtesse amoureuse, la jeune Baronnesse délurée, le Prince inaccessible : quelle galerie de personnages balzaciens !

On s'aperçoit bien vite que les acteurs sans le sou (pléonasme, au XVIIIème siècle) finissent tous par manger dans la main de la Noblesse, leur étant entièrement redevables et tributaires, soumis à Son Bon Plaisir et s'obligeant à obéir à leurs Bons Maîtres tels des singes savants...

Les huit livres du "Wilhelm Meister : Les Années d'apprentissage" de 1795 & 1796 sont ici contenus dans une édition de poche de 703 pages : non incluant la préface passionnante (24 pages) à propos du "Bildungsroman" et de Shakespeare" de Bernard LORTHOLARY qui, en 1999, révisa la traduction de Blaise BRIOD datant de 1954.

Rappelons que B. Lortholary avait traduit en 1986, de l'allemand en français - avec tout autant de brio - "Der Gehülfe" ("Le Commis" ou "L'homme à tout faire") de Robert WALSER [1908].

On trouvera aussi en fin d'ouvrage, le dossier biographique, de nombreuses notes et une table analytique du roman (soit-au total, une cinquantaine de pages de plus) ; bref, un bel investissement pour vous que ce "folio Classique" !

On découvre l'extrême précision, la noblesse et le charme discret de la langue proprement intemporelle de Goethe, auquel on devait dès 1774 le succès de scandale de la météorique et "anonyme" première version de "Les souffrances du jeune Werther", considérée alors comme une incitation au suicide...

La rédaction de ce qui s'intitulait antérieurement "La vocation théâtrale de Wilhelm Meister" débuta dès 1777 : soit près de vingt ans pour parvenir à cette quintessence dont le retentissement se confirmera, modes littéraires après modes littéraires.

Soit un énorme "succès de public" (dirait Julien GRACQ) qui ne sera guère éclipsé par "Les affinités électives", paru en 1809, ou par une suite "philosophique" des "Années d'apprentissage [...]" intitulée "Les Années de voyage de Wilhelm Meister" parue en 1821 puis 1829, soit à l'hiver de la longue existence de l'auteur - deux ouvrages restant de bien moindre impact esthétique que celui-ci.

Livre de la maturité de l'artiste Goethe.

Signalons aux curieux une suite "moderne" du "Wilhelm Meisters Lehrjahre" goethéen où l'apprenti comédien-metteur en scène de théâtre est transformé en apprenti-écrivain un rien perdu et restant plein de doutes : ce à quoi son long voyage ferroviaire puis automobile dans l'Allemagne du "miracle économique" ne changera strictement rien...

Il s'agit du scénario de Peter HANDKE intitulé "Falsche Bewegung" ("Faux Mouvement", 1974) mis en scène avec talent par l'un des fondateurs du Nouveau Cinéma allemand, Wim WENDERS dès 1975 - scénario et film inoubliables auxquels nous consacrâmes un long article fort enthousiaste ici... :-)

Lisons donc tous le "Wilhelm Meister" de J. W.GOETHE... et, espérons-le, avec la même ferveur que nos amis précurseurs, responsables des 5 articles critiques précédents sur "Babelio" — dans le même engouement printanier qui valut pas moins de... 91 [!!!] critiques babéliennes aux "Souffrances du jeune Werther" de l'alors très jeune Goethe !
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Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister est une oeuvre imposante de Goethe, publiée en 1795 et 1796. Comme son titre l'indique, c'est un roman d'apprentissage, et même le prototype de ce genre romanesque qui connut un grand succès suite à cette publication, tout particulièrement en Allemagne. Il s'agit du remaniement et du développement d'une oeuvre antérieure de Goethe, intitulée La vocation théâtrale de Wilhelm Meister et restée inédite jusqu'à sa redécouverte en 1909. Il existe également une suite à cet ouvrage, publiée en 1821 et en 1829 sous le titre Les Années de voyage de Wilhelm Meister.
L'histoire raconte les années de formation de Wilhelm, jeune homme issu d'une famille bourgeoise et qui, au désespoir de son père, souhaite se consacrer au théâtre plutôt que de prendre sa succession. le jeune homme profite d'un soi-disant voyage d'affaires pour s'éloigner du foyer parental et poursuivre son rêve. Il erre un peu partout, fait de nouvelles connaissances et, confiant en son talent, réorganise sa vie pour ne suivre que ce qu'il croit être sa vocation. Ses aventures le font évoluer entre trois mondes distincts : celui de sa famille et de son ami Werner, qui représente la sphère bourgeoise et commerçante ; celui des artistes et des comédiens, qui est aussi le monde de l'amour et de la fête et qu'incarne l'espiègle Philine ; et enfin la prestigieuse société aristocratique, que Wilhelm découvre à l'occasion d'un séjour de sa troupe dans le château d'un comte et d'une comtesse.
Le moins que l'on puisse dire est que la vie de Wilhelm est loin d'être un long fleuve tranquille : elle oscille constamment entre hauts et bas. Jamais longtemps au même endroit, rencontrant de nouvelles personnes au gré de ses pérégrinations, épris de plusieurs femmes à la fois, il erre, sans jamais se fixer, avec la troupe de comédiens qui s'est peu à peu constituée autour de lui. Wilhelm fait ainsi la connaissance de nombreuses personnes dont certaines vont jouer un rôle important dans sa vie. La rencontre du monde de la noblesse en particulier va orienter celle-ci dans une nouvelle direction. L'un de ses membres lui fait découvrir l'oeuvre de Shakespeare qui tiendra un rôle essentiel dans son apprentissage.
Tout la première partie du roman, disons jusqu'au livre V, est particulièrement intéressante à suivre. Les événements se succèdent sans que jamais le rythme ne retombe ; ils sont entrecoupés de réflexions intéressantes sur le théâtre, sur la vocation artistique, sur les rapports entre les différentes classes. La peinture des caractères et la description des émotions ressenties par Wilhelm sont également très réussies. Dans La vocation théâtrale de Wilhelm Meister, le roman s'arrêtait là, à la fin du cinquième livre. En le remaniant, Goethe a eu l'idée d'ajouter encore trois livres, au risque de compliquer la composition de l'ensemble. Roman dans le roman, le livre VI constitue une pause dans le déroulement de l'histoire. Intitulé « Confession d'une belle âme », c'est une sorte de récit autobiographique évoquant la vie pieuse d'une femme qui renonce délibérément à son plus grand amour. Certes, cette confession n'est pas inutile : elle permet de faire le lien avec des personnages qu'on avait fait qu'entrevoir, en introduit d'autres, et l'action peut ainsi rebondir, mais c'est au prix d'une rupture de l'équilibre intérieur du roman. On comprend peu à peu que de nombreuses personnes rencontrées en cours de route par Wilhelm se connaissaient depuis longtemps. Les événements inexpliqués du livre peuvent alors enfin être éclaircis, le suspense a été préservé jusqu'au bout !
Par-delà les nombreux va-et-vient du récit, ce qui en constitue la trame n'est rien moins que l'histoire de l'éducation complète d'un jeune homme. La question à laquelle Goethe se proposait de répondre dans ce roman était celle-ci : quelle est la meilleure façon de conduire sa vie ? Comme il l'expliqua lui-même quelques années après, « les débuts de Wilhelm Meister (…) procédaient de l'obscur pressentiment de cette grande vérité : que l'être humain voudrait souvent tenter ce pour quoi les dons lui sont refusés par la nature, voudrait entreprendre et pratiquer ce dont il ne pourra jamais acquérir le savoir-faire ; un sentiment intérieur l'avertit de s'abstenir, mais il ne parvient pas à voir clair en lui-même et il est poussé sur une fausse voie vers un faux but, sans savoir comment les choses se passent. À cela l'on peut rattacher tout ce qu'on a appelé dilettantisme, erreur tendancieuse, etc. Si de temps à autre ses yeux se dessillent à demi, cela provoque un sentiment qui confine au désespoir, et néanmoins il se laissera de nouveau, à l'occasion, emporter par la vague en n'y résistant qu'à moitié. Bien des gens gâchent de la sorte la plus belle partie de leur vie et sombrent enfin dans une étrange morosité. Et pourtant il peut se faire que toutes ces fausses démarches mènent à un bien inestimable : c'est un pressentiment qui, dans Wilhelm Meister, s'épanouit de plus en plus, se clarifie et se confirme, pour enfin s'exprimer même en termes limpides... »
La réponse apportée par Goethe à la question qu'il pose se situe dans l'idéal éducatif des francs-maçons adeptes des Lumières. le noble Lothario incarne ainsi le type du réformateur libéral exprimant des idées proches de celles des Encyclopédistes ou des indépendantistes américains. Si Wilhelm échappe finalement à la morosité, c'est donc essentiellement parce qu'une société secrète, façon loge maçonnique, intervient à son insu toutes les fois qu'il risque de s'engager dans une mauvaise direction. le fait que son apprentissage se fasse en quelque sorte sans lui peut certes nous laisser perplexe, mais Goethe veut nous montrer qu'une solution de compromis entre aspiration personnelle et principe de réalité est souvent nécessaire, au besoin grâce à l'aide d'autrui. Sa pensée correspond à l'adage philosophique « Stirb une Werd » (Meurs et deviens). En l'absence de talent artistique exceptionnel, il faut accepter de revenir sur les sentiers battus. Quand la vie ne peut pas se réaliser dans l'art, il reste encore possible d'essayer de faire de sa vie un art…
Avec ce livre, Goethe proposait à ses contemporains un ensemble de réflexions sur l'art, la morale et la société de la fin du XVIIIe siècle. Si le lieu de l'action n'est presque jamais mentionné, de même, la plupart des noms de personnes comme Mignon, Philine, Serlo, Melina ou Jarno semblent tellement fictifs qu'ils confèrent une sorte de caractère intemporel au récit. le livre est donc un vaste roman d'idées, sur des thèmes a priori aussi différents que l'art et le développement personnel, qui déborde largement de son cadre géographique et temporel. Certes, une large place est accordée aux débats sur le théâtre du XVIIIe siècle, mais le livre entier est plein de conversations intéressantes et de profondeurs, de pensées intelligentes qui, sans doute, devaient refléter les propres problèmes de Goethe. La vocation artistique, le besoin de se réaliser, le caractère sinueux que la vie prend parfois : Wilhelm Meister a beaucoup de points communs avec son créateur !
Goethe décrit les événements de manière réaliste et poétique à la fois, avec une légère distance ironique. Ses observations sur les relations sociales, les développements individuels, les côtés sombres de l'humanité, les éléments heureux et les aspects les plus stupides de l'existence sont d'une grande profondeur. On a toujours envie de s'exclamer « oui, c'est comme ça » ou « comme c'est merveilleusement observé ». On finit par emporter avec soi de jolies phrases, pour espérer un jour peut-être les mettre en pratique dans notre propre vie, comme « La lumière de la raison, chacun de nous peut l'atteindre un jour, mais la plénitude du coeur, personne ne peut nous la donner », ou « On devrait, ajoutait-il, entendre chaque jour un petit lied, lire un beau poème, voir un tableau de valeur et, si c'est possible, dire quelques paroles raisonnables ». Et pourquoi pas dire un jour : « et si je t'aime, est-ce que ça te regarde ? »
Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister est, dans l'ensemble, un très bon livre, qui mérite vraiment d'être lu. Un livre très intéressant, avec beaucoup de contenu sur toutes sortes de sujets divers, ce qui constitue pour moi l'essence même de la littérature. Un passage obligé pour les admirateurs de Goethe en tout cas, car j'imagine que vous y apprendrez plus de choses sur Goethe lui-même que vous ne le pensez.
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Après avoir été bouleversée par Les souffrances du jeune Werther il y a quelques temps j'ai voulu poursuivre avec Goethe et découvrir son célèbre roman d'apprentissage, monument, s'il est besoin de rappeler, de la littérature allemande.

Que dire, que penser de cette oeuvre ?
J'y ai retrouvé la merveilleuse plume de Goethe ça c'est un fait; une narration extrêmement fluide tout en étant lyrique et poétique, légère. J'y ai retrouvé, comme avec Werther, un personnage principal très attachant, sensible, troublé, cherchant son chemin dans la vie.
Cependant ce à quoi je ne m'attendais pas, et qui m'a un peu titillé je dois l'avouer, c'est cette omniprésence du théâtre. Je savais que c'était la vocation de Wilhelm et qu'il rejoindrait une troupe, mais je ne pensais pas que les trois quart du roman seraient aussi ancrés dans le monde théâtral sous toutes ses coutures. La troupe va jouer théâtre, parler théâtre, respirer théâtre, manger théâtre, et je dois avouer que par moment ça devenait quelque peu lassant....
Autre élément auquel je ne m'attendais pas c'est l'abondance de personnages. Wilhelm voyage, il va rencontrer beaucoup de monde, toute sorte de personnes, pour lesquelles Goethe fera des digressions en nous racontant leur histoire, sans que l'on sache si cela aura une importance futur ou non. Maintenant que j'ai terminé le roman je constate qu'effectivement ces histoires sont presque toutes reliées entre elles et éclairent beaucoup la fin de l'histoire. Mais même s'ils deviendront important par la suite, j'ai tout de même trouvé qu'il y en avait un peu trop et ça me perdait à certains moments (parfois j'avais du mal à ma rappeler où Wilhelm avait rencontré telle ou telle personne). Mais la vivacité de la plume de Goethe et mon attachement à Wilhelm m'ont fait rester, malgré les quelques longueurs, durant ces 800 pages

On va donc rester avec Wilhelm longtemps, quelques années, on va le suivre avec la troupe de théâtre, on le suivra dans ses pérégrinations, ses errances, ses questionnements, ses exaltations, et surtout ses amours (car il va en aimer des femmes !). le fil conducteur du roman c'est lui bien évidement, et pour moi il en est la valeur principale. Cet homme touchant, sensible, parfois perdu, souvent tourmenté.
Le point de départ de l'histoire c'est lorsqu'il surprend sa fiancée qui le trompe...il décide alors de quitter la ville, de partir sur la route en continuant de travailler pour l'entreprise de son père, puis lorsqu'il croisera le chemin d'une troupe de théâtre il abandonne tout et part avec eux réaliser sa vocation. Ce sera le début, comme je l'ai dit, d'un nombre incalculable de rencontres qui vont presque toutes complètement changer sa vie. Si bien que même la fin du roman est presque un plot-twist tant on s'attend pas à toute ces révélations !

Bref, ce monument de Goethe, dans ses 800 pages, renferme presque tout ; de l'amour, de l'amitié, de l'art, beaucoup de théâtre, des secrets, des rebondissements, des longueurs, de la poésie, des dialogues, des vies, des rencontres, des réflexions... Un vrai roman d'apprentissage. Un vrai roman du romantisme.
Comme j'y suis allé lentement, ma lecture aura duré un certain temps, donc finalement Wilhelm m'a accompagné autant que je l'ai accompagné...avec les hauts et les bas et ce fut un étrange mais joli voyage.
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Ce livre nous raconte l'évolution du jeune Wilhelm Meister, qui entre dans le monde avec ses illusions et attentes et qui doit affronter les dures réalités de la vie. Venant d'un milieu bourgeois, il est amoureux d'une jeune actrice, Marianne, et refuse la vocation tracée pour lui par son père : les affaires. Il veut devenir créateur de théâtre. le frère de Marianne essaie de l'en dissuader..Deux conceptions de l'individu qui s'opposent ici : la vision matérialiste du monde bourgeois et la vision idéaliste de Wilhelm… Bien des péripéties vont survenir ensuite : découvrant l'infidélité de Marianne, Wilhelm va s'adonner aux affaires avant de retrouver sa vocation pour le théâtre plus tard..
Un livre très novateur pour l'époque : Goethe développe le prototype du roman de formation (Bildungsroman). Ici ce ne sont pas les aventures en soi qui comptent mais la manière dont l'individu les intègre dans sa personnalité.
Un livre étonnamment moderne qui pose la question des valeurs de l'orientation et de l'insertion des adolescents dans le monde, et la question éternelle du sens qu'ils cherchent à donner à leur vie.

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Roman d'apprentissage écrit par Goethe en 1795-1796, qui s'inspire de et s'appuie sur le célèbre Hamlet de William Shakespeare (pièce lue et analysée par le héros). Si vous ne devez lire qu'un ouvrage de Goethe, c'est celui-là qu'il faut lire pour moi, même s'il est un peu long. Quelques passages magnifiques (Mignonslied, poème merveilleux qui décrit notamment l'Italie avec beaucoup de poésie).
Wilhelm Meister, jeune marchand, pense que sa vocation est de devenir acteur de théâtre. Il se fait engager dans une troupe itinérante et découvre le monde, l'amour, d'autres pays et d'autres cultures. Nous découvrons avec lui les hommes du 18è siècle, les pensées, les sociétés secrètes (Franc-maçonnerie) . Et je me pose la même question que le personnage (et donc que Goethe probablement, excusez du peu!!!): la littérature et le théâtre peuvent-ils changer la société?
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Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
je trouve très simples les moyens de guérir la folie : ce sont les mêmes par lesquels on empêche les hommes de bon sens de devenir fous. Que l’on excite leur activité personnelle, qu’on les accoutume à l’ordre, qu’on leur fasse voir que leur existence et leur sort sont les mêmes que ceux de beaucoup d’autres ; qu’un talent extraordinaire, que le plus grand bonheur et le plus grand malheur, ne sont que de légères déviations du cours ordinaire des choses : alors la folie ne trouvera chez eux aucun accès, et, si elle existe, elle disparaîtra insensiblement. J’ai réglé les heures du vieillard ; il donne à quelques enfants des leçons de harpe ; il aide à travailler au jardin, et il a déjà beaucoup plus de sérénité. Il désire manger du chou qu’il plante, il veut que mon fils, à qui, en cas de mort, il a donné sa harpe, devienne un bon musicien, afin d’être en état de s’en servir à son tour. (...) Si je puis obtenir encore qu’il renonce à sa barbe et à sa longue robe, j’aurai beaucoup gagné, car il n’est rien qui nous dispose plus à la folie que de nous distinguer des autres, et rien ne maintient plus sûrement le sens commun que de vivre, avec beaucoup de gens, selon la règle commune. Et combien de choses, hélas ! dans notre éducation et nos institutions civiles, ne sont-elles pas faites pour nous prédisposer, nous et nos enfants, à la folie !
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Les premiers pas qui vous conduisent vers les labyrinthes de l'amour ont tant d'agréments, les premières perspectives tant de charmes, que l'on n'a que trop de plaisir à s'y reporter. [...]

Wilhelm répéta à Marianne ce qu'elle avait déjà si souvent entendu de sa bouche : combien vite elle avait attiré sur elle toute son attention, le détournant du spectacle lui-même ; combien sa présence, son jeu, sa voix l'avaient fasciné ; comment il en était arrivé à ne plus assister qu'aux pièces où elle paraissait [...]

[Johann Wolfgang GOETHE, "Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister" (1795-1796) - traduction de Blaise Briod (1954) revue par Bernard Lortholary (1999), Livre I, chapitre XV pages 99-100 - collection "folio Classique ", éd. Gallimard, 1999]
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" Cher monsieur, comme il est rare que l'homme soit satisfait de l'état dans lequel il se trouve ! Il convoite toujours celui de son voisin, qui lui-même n'a que le désir d'en sortir. "

[Johann Wolfgang GOETHE, "Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister" (1795-1796) - traduction de Blaise Briod (1954) revue par Bernard Lortholary (1999), Livre I, chapitre XIV page 88 - collection "folio Classique ", éd. Gallimard, 1999]
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Le printemps, dans toute sa splendeur, avait fait son apparition. Tout le jour, un orage précoce avait menacé, puis il avait foncé en tempête du haut des montagnes; la pluie gagna la plaine, le soleil reparut, éclatant, et sur le fond gris, l'arc-en-ciel merveilleux se détacha. Wilhelm, à cheval, cheminait vers lui et le considérait avec mélancolie: "Hélas! se disait-il, les plus vives couleurs de la vie nous apparaissent-elles donc toujours sur un fond sombre? Et faut-il que les larmes coulent pour que nous connaissions le ravissement? Le jour serein est pareil au jour gris, quand nous le contemplons sans rien qui nous émeuve, et de quoi serions-nous émus sinon par l'espoir que le penchant inné de notre cœur ne demeurera pas sans objet? Le récit de toute action bonne, la vue de tout objet harmonieux nous émeuvent; nous sentons alors que nous ne sommes pas tout à fait sur une terre étrangère, nous croyons être plus proches d'une patrie vers laquelle, impatiemment, aspire le meilleur, le plus intime de nous-mêmes."
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L'homme est si porté à s'adonner aux choses les plus vulgaires, l'esprit et les sens s'émoussent si facilement à l'égard des impressions de beauté et de perfection, que l'on doit par tous les moyens entretenir en soi la faculté de les ressentir. Car personne ne saurait entièrement s'abstenir de telles jouissances, et ce n'est que faute d'un commerce habituel avec de bonnes choses que bien des gens trouvent plaisir à des niaiseries et à des fadaises, pourvu qu'elles soient nouvelles. On devrait, ajoutait-il, entendre chaque jour un petit lied, lire un beau poème, voir un tableau de valeur et, si c'est possible, dire quelques paroles raisonnables.
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