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Jacques Borel (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070301338
Éditeur : Gallimard (27/09/1968)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Publié la même année que Le Parti pris des choses de Francis Ponge, Terraqué travaille dans le même esprit, c’est-à-dire que Guillevic s’intéresse et interroge les choses les plus modestes. On se rapproche de la poésie " objective ", rêve de Rimbaud qui l’opposait à la " subjectivité ", à l’effusion des romantiques ou de Verlaine. C’est l’avènement de l’objet, déjà initié par les surréalistes belges, Nougé et Lecomte en poésie, Magritte en peinture,

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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
michfred
  31 mai 2015
Parfois, il vaut mieux laisser parler les poètes eux-mêmes plutôt que d'essayer d'expliquer avec des mots maladroits pourquoi on les aime, pourquoi ils sont précieux, pourquoi on les porte au poignet comme des amulettes, pourquoi ils nous rendent si forts qu'on pourrait marcher sur la mer, pourquoi ils nous soufflent dans l'âme un grand vent breton tout salé, pourquoi ils restent plantés dans nos coeurs comme les vieux menhirs de Carnac dans la lande..
Ecoutons donc Guillevic, ce druide merveilleux:
"Ce que tu vois, ce que tu touches,
Ce qui t'arrive par l'oreille,
C'est le réel.
Ce que tu ne vois pas, mais que tu sens,
Cette angoisse du merle
Et tant de noces dans l'espace,
Ce que veulent les papillons,
Ce qu'éprouvait le menuisier,
C'est le réel.
Ce que tu ne vois pas et ne sens pas non plus,
Mais qui est confirmé par d'autres, plus savants,
L'infra-rouge, tous ces rayons qui percent l'air,
Les occultes géométries que l'on calcule,
L'univers de l'atome où la force prend forme,
C'est le réel.
Tout ce qui est réel
Mérite d'être vu.
Tout ce qui est réel
Mérite qu'on l'approche.
Tout ce qui est réel
Suit la ligne du beau."
Vous avez quelque chose à rajouter? Moi pas...
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Herve-Lionel
  29 septembre 2019

La Feuille Volante n° 1392 – Septembre 2019.
terraqué - Guillevic - Gallimard.
C'est le premier recueil de poèmes qui a révélé Guillevic (1907-1997). Nous sommes en 1942 et parait, cette même année "Le Parti pris des choses " de Francis Ponge qui procède de la même inspiration. La poésie de Guillevic, qui ne signera toute sa vie littéraire que de son seul nom, comme un pseudonyme, s'intéresse aux choses les plus simples, les plus banales les plus quotidiennes. Ainsi parle-t-il de l'armoire, de la chaise, de la pomme, des rochers, de l'odeur de l'humus, de l'épaisseur des choses, mais des choses de pauvres comme il l'a été dans son enfance... Son titre évoque la terre et l'eau et renvoie à sa Bretagne natale où il est enraciné, où la mer et la lande s'unissent dans le souffle du vent, la bancheur de l'écume, la densité de la terre... Les mots qu'il emploie, la musique qu'on y entend évoquent cette communion. Dans l'art poétique de Guillevic, les mots simples font corps avec l'homme, lui sont indispensables, non seulement pour s'exprimer mais aussi pour exister un peu comme si grâce à eux il s'intégrait au monde, en combattait l'exclusion et, comme si, avec eux, il défiait la mort dans une sorte de voyage initiatique. Il est vraiment le poète à la fois secret et solitaire des paysages qu'il décrit, ce qui n'est pas sans constituer un contraste avec sa carrière au sein de l'administration fiscale. Cela peut paraître un paradoxe mais j'y vois personnellement l'avantage d'avoir été protégé des hasards de l'emploi en même temps que de vivre son écriture comme un refuge.
Jusque là, c'est à dire depuis les années 30, l'écriture était pour lui une activité solitaire qui lui faisait peut-être supporter cette vie qui était devant lui et qui ne l'avait, jusque là, pas beaucoup favorisé. Après cette attente, publier devient pour lui, comme pour tout auteur, un espoir de reconnaissance même si c'est la grande époque du surréalisme, et qu'il ne s'inscrit pas dans ce mouvement créatif. Il sera pourtant accepté par Eluard et critiqué par d'autres mais ne déviera pas de son parti pris poétique et, à partir de ce recueil, il sera reconnu comme un poète et marquera de son empreinte majeure le mouvement poétique du XX° siècle. Ce ne sont pas des poèmes classiques respectant les règles de la prosodie mais au contraire des pièces écrites comme au rythme de l'inspiration qui elle-même procède de la simple vision des choses, et des gens qui l'entourent.
Ce titre évoque aussi, phonétiquement, le mot "traqué" parce nous sommes sous l'Occupation et que sa compagne Colomba à qui sont dédiés quelques poèmes, doit fuir à cause de l'étoile jaune qu'elle porte.
J'aime les livres neufs ou anciens, les toucher, les effeuiller, les sentir. L'édition de ce recueil date de 1942 et c'est la date de publication du livre que je viens de lire. Je ne regrette pas ces temps de guerre que je n'ai, heureusement pas connus, mais à cette époque les brochures neuves n'étaient pas massicotées et pour les lire il fallait en couper les pages avec une lame. le support était plus brut que maintenant et au terme de cet exercice de découpage, chaque page laissait ainsi un peu d'elle-même sur la suivante, une sorte de barbe de papier, de cicatrice... Ce n'est pas grand chose, ça n'existe plus aujourd'hui, mais j'aime bien cette marque du temps!
©Hervé Gautier.http:// hervegautier.e-monsite.com
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Bouteyalamer
  09 février 2016
terraqué: composé de terre et d'eau, dit Le Robert. Bien des vers opposent les deux éléments (dès le second poème, Faits-divers: L'eau glaciale et noire/Entre les grands rocs, p 20) et deux poèmes s'intitulent Carnac, ville d'océan et de menhirs, où le poète est né. Mais cette veine est accessoire et il ne faut pas chercher l'inspiration vers les principes au sens des présocratiques, et encore moins dans une nostalgie régionaliste. C'est une enfance terrifiée qui affleure dans Choses et Créanciers : idées de mort (Mais mourir, /Ce peut être une grande fatigue /Un soir, /Et un aveu. p 48), de naissance traumatique (Mère aux larmes brûlantes, l'homme fut chassé de vous /De vos tendres ténèbres, /De votre chambre des muqueuses. p 52), de sacrifices sanglants (le pigeon p 87, le chat p 92), de culpabilité (Quelque part en toi /où nul oeil ne voit /tu rumines ta plaie /comme du verre pilé. p 101). Puis survient une délivrance dans le bonheur de la nature (Eté, p 116) et la joie du corps (Et la fête est venue /Plus tard et de très loin /Avec ton corps, p 118). le chemin initiatique et douloureux est derrière le poète dans Exécutoire, dédié à Paul Eluard, où l'on retrouve de nombreux titres déjà présents dans terraqué mais dans une tonalité toute différente. le premier poème, Elégie, rappelle Des plaies qui cicatrisent avec beaucoup de mal/ Dans la nuit la plus claire (p 143), puis l'expression devient détachée, non émotive (« objective » dit le préfacier Jacques Borel). La mort reste présente mais le poète est témoin des faits de guerre (Massacres, Des restes) et non plus fasciné par l'angoisse ou le désir de mort. En matière de prosodie, les vers ont un rythme court et bien marqué et l'on voit souvent affleurer des alexandrins.
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EcureuilBibliophile
  21 juillet 2018
parfois compléter sa culture G est bénéfique, morceaux de quotidien, ambiance et distiques.
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
coco4649coco4649   14 octobre 2019
MONSTRES


Il y a des monstres qui sont très bons,
Qui s'assoient contre vous les yeux clos de tendresse
Et sur votre poignet
Posent leur patte velue.

Un soir -
Où tout sera pourpre dans l'univers,
Où les roches reprendront leurs trajectoires de folles,

Ils se réveilleront.
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coco4649coco4649   28 novembre 2014
LES ROCS

I

Ils ne le sauront pas les rocs,
Qu’on parle d’eux.

Et toujours ils n’auront pour tenir
Que grandeur.

Et que l’oubli de la marée,
Des soleils rouges.

II

Ils n’ont pas le besoin du rire
Ou de l’ivresse.

Ils ne font pas brûler
Du souffre dans le noir.

Car jamais
Ils n’ont craint la mort.

De la peur
Ils ont fait un hôte.

Et leur folie
Est clairvoyante.

III

Et puis la joie

De savoir la menace
Et de durer.

Pendant que sur les bords,
De la pierre les quitte

Que la vague et le vent grattaient
Pendant leur sieste.

IV

Ils n’ont pas porter leur face
Comme un supplice.

Ils n’ont pas à porter leur face
Où tout se lit.

V

La danse est en eux,
La flamme est en eux,
Quand bon leur semble.

Ce n’est pas un spectacle devant eux,
C’est en eux.

C’est la danse de leur intime
Et lucide folie.

C’est la flamme en eux
Du noyau de braise.
...
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tamara29tamara29   29 août 2019
Un autre temps parfois vient se donner en nous
Le volume ou le poids

Et nous voici pareils
A la pomme acceptant

De s'enfoncer dans l'air, chargée du bleu des jours
Et de la peur qui fait les nuits,

Ou pareils à la mare
Dessous les nénuphars et les nuages
Quand l'eau se pèse au poids de son heureux silence.

On ne possède rien, jamais,
Qu'un peu de temps.
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coco4649coco4649   18 décembre 2015
FAIT-DIVERS


Fallait-il donc faire tant de bruit
Autour d'une chaise ?

— Elle n'est pas du crime.

C'est du vieux bois
Qui se repose,
Qui oublie l'arbre —
Et sa rancune
Est sans pouvoir.

Elle ne veut plus rien,
Elle ne doit plus rien,
Elle a son propre tourbillon,
Elle se suffit.

p.19
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patrick75patrick75   19 mai 2016
Que peut un mur
Pour un blessé ?

Et pourtant
Il en vient toujours dans les batailles
S'y adosser,

Comme si la mort ainsi
Permettait de mourir

Avec plus de loisir
Et quelque liberté.
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Vidéo de Eugène Guillevic
Art poétique (Apparemment...), Eugène Guillevic Lu par Danièle Lebrun
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