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EAN : 9782290377987
480 pages
J'ai Lu (19/10/2022)
3.82/5   17 notes
Résumé :
Le thème de "la recherche de l'authentique" résume à lui seul le projet littéraire commun à toute l'oeuvre de Jim Harrison.
Dans ce recueil de textes, inédits pour certains, écrits pour divers journaux et magazines au cours des cinquante dernières années, l'auteur de Dalva, Légendes d'automne et Un bon jour pour mourir parle avec une verve inégalée du bonheur et de la fragilité d'exister. Tout devient littérature sous sa plume acérée, éblouissante d'intellig... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique

Jim Harrison (1937-2016), de son vrai nom James Harrison, est un écrivain américain. Il a publié plus de 25 livres, dont les renommés Légendes d'automne, Dalva, La Route du retour, de Marquette à Vera Cruz… Membre de l'Académie américaine des Arts et des Lettres, Jim Harrison a remporté la bourse Guggenheim et a déjà été traduit dans 25 langues.

La recherche de l'authentique qui vient de paraître est un recueil d'une quarantaine de textes parus dans des magazines américains depuis 1970, traduits pour la premières fois. Vous comprendrez aisément qu'il est impossible de tous les résumer mais pour vous donner la teneur générale du bouquin il suffit de consulter la table des matières pour constater que ces textes ont été regroupés en cinq parties, cinq thématiques qui néanmoins peuvent se chevaucher :

La première évoque « l'amour, l'esprit et la littérature », c'est l'une de mes préférées, Jim Harrison explique pourquoi il écrit, ses écrivains préférés (Dostoïevski, Tom McGuane…), ses coups de coeur de jeunesse (l'actrice Lauren Hutten). Les deux chapitres suivants sont plus classiques, puisqu'il y est question de pêche (la truite en rivière, le tarpon en mer) puis de chasse (uniquement des volatiles comme la gélinotte). Un quatrième chapitre se nomme « Autres articles de journalisme sportif », enfin le dernier a trait au « Michigan, Montana et autres lieux sacrés », un très bon chapitre encore.

Textes autobiographiques revenant sur ses souvenirs de jeunesse, la perte de son oeil, les décès conjoints de sa soeur et son père dans un accident de voiture, mais plus heureux aussi quand il évoque l'amour de la littérature et de la nature que son père lui a transmis. le bouquin idéal pour se faire une bonne idée de l'homme, sa philosophie de la vie, son bon sens, son rejet du bling-bling et ses grandes passions, la littérature et la nature.

Une nature, à le lire, qu'on pourrait croire vierge, comme s'il subsistait des zones du continent nord-américain où la main de l'homme n'a jamais mis le pied ! Jim Harrison a fréquenté une quantité incroyable de gens connus (écrivains, acteurs etc.), Harrison c'est l'homme qui connait l'homme (Doug Peacock) qui a vu l'ours… Forêts, prairies, rivières, neige ou grosses chaleurs, grands espaces, l'écrivain a foulé toutes ces régions à chaque saison, feuilleter ce livre étourdit le lecteur, comme une longue randonnée où les poumons font le plein d'air frais et pur.

Le livre regorge d'anecdotes bien évidemment, comme celle-ci, en 1971 Big Jim et son pote McGuane sillonnent le Montana dans la Porsche (!!) du second et de cette virée naitront les idées ayant permis au premier d'écrire Légendes d'automne et à l'autre le scénario de Missouri Breaks, l'excellent film avec Jack Nicholson et Marlon Brando.

Un bon bouquin dont je conseillerai une lecture à petites doses, en picorant selon l'humeur, tel ou tel texte, ce n'en sera que plus profitable.

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"La recherche de l'authentique" est une compilation d'articles que Jim Harrison, écrivain américain majeur mort en 2016, a publiés dans différentes revues et magazines tout au long de sa vie. Il y parlait de l'Amérique idéale, telle que nous pouvons la rêver tous et toutes. Nous y retrouvons, ainsi, les thèmes récurrents de ses oeuvres : la nature, les grands espaces américains, la chasse, la pêche ou les Amérindiens ; mais aussi ce qui fait sa marque : ce regard empreint d'humanité et de générosité porté sur les êtres et sur leurs destinées.

Jim Harrison est principalement connu pour ses romans et ses poésies, dont son chef-d'oeuvre « Dalva », et pour les adaptations de ses livres au cinéma, comme le célèbre « Légendes d'Automne » avec Brad Pitt. « La recherche de l'authentique » s'adresse sans doute davantage aux lecteurs et lectrices qui le connaissent déjà bien. Nous pourrions être déçus qu'aucun éditeur n'ait retrouvé un roman inédit à publier de manière posthume mais, dans ces courts textes, parfois inédits, nous avons le plaisir à retrouver un ami. Derrière ce bel hommage à son pays, tout en humour et lyrisme, cet enchanteur du monde dessine en fait son autoportrait, nourri de ses goûts et de ses combats.

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Plus de cinq ans après la mort de Jim HARRISON (survenue en mars 2016) paraissait un recueil de chroniques rédigées entre 1970 et 2015, soit environ durant toute l'activité littéraire de l'écrivain, sous-titré « L'amour, l'esprit, la littérature ». « La recherche de l'authentique » s'inscrit comme une suite directe à « Un sacré gueuleton » et pourrait se diviser en trois parties inégales par la longueur et la qualité.

Dans les premières chroniques, Jim se livre à coeur ouvert, sans pitié ni indulgence. Il raconte le passé, les échecs, les tragédies, les dépressions, l'alcool, la coke. Il fait part de certains de ses rêves qui l'ont marqué. Mais toujours avec cet humour aiguisé qui vient dégonfler un hématome. Il évoque les poètes, « ses » poètes, ceux qu'il a révérés très jeune, revient sur sa jeunesse bercée par STEINBECK (l'auteur préféré de son père) ou encore Henry-David THOREAU et son lac Walden. Souvent il en profite pour glisser l'anecdote qui tombe à pic : « En Amérique, nous vivons sous un régime d'oligarchie fondée sur la fortune plutôt qu'en démocratie. Ces dernières années, le lac Walden a été protégé grâce aux efforts et aux dollars de Don Henley, membre de l'ancien groupe de rock'n'roll les Eagles, ce qui ne manque pas de piquant ».

HARRISON aborde son oeuvre avec parcimonie, conte les circonstances de l'écriture de « Dalva » alors que les féministes voulaient son scalp, confiant un secret : le personnage de « Dalva » est directement inspiré de la propre soeur de Jim, Judith, tuée avec leur père dans un accident de voiture alors que lui n'avait que 19 ans. Puis HARRISON mentionne son intérêt pour la culture zen, partage des anecdotes, certaines hilarantes, sans oublier les Etats-Unis ruraux, ceux qu'il connaît bien.

La deuxième partie est très (trop !) longue. HARRISON disserte sur la pêche et la chasse. Certes avec des flamboyances de l'esprit, certes en décrivant des paysages à couper le souffle, mais si vous n'êtes pas adepte de ces deux sports, la lecture peut s'avérer monotone voire ennuyeuse, malgré de très intéressantes réflexions et anecdotes sur les différents chiens qu'il a possédés. Et toujours cet humour implacable : « Il est aussi de notoriété publique que nos émotions modifient notre conduite et j'étais au beau milieu d'un mois où neuf de mes livres étaient republiés, après quoi deux films que j'avais co-écrits sortiraient dans les salles de cinéma. La seule raison pour laquelle je n'avais pas de nouvel album 33 tours prévu dans les bacs était que je chante seulement pour mes chiens de chasse ».

La dernière partie est la plus engagée, la plus politico-sociale. On retrouve le Big Jim que l'on aime, pour la défense des Autochtones (les « amérindiens »), le massacre de Wounded Knee, l'évolution des parcs nationaux (où il reprend la trame des revendications d'Edward ABBEY), la politique nationale. Il faut lire cette dernière partie, elle montre un HARRISON offensif et très impliqué dans la préservation de l'environnement.

Chaque chronique est précédée d'une photo, certains de ces clichés sont merveilleux, drôles. Mais soyons honnêtes : ce recueil n'est pas le meilleur des récits de vie d'HARRISON, nous lui préférerons largement « Aventures d'un gourmand vagabond », ou « En marge » et bien plus encore « le vieux saltimbanque », l'un de ses écrits les plus émouvants, sans oublier une novella méconnue intitulée « Traces » (au sein du recueil « L'été où il faillit mourir ») où il présente des moments de sa vie sous forme de fiction emplie d'introspection.

Cette présente chronique est aussi un prétexte pour glisser quelques mots sur un documentaire sorti en mars au cinéma, « Seule la terre est éternelle », où Jim HARRISON est interviewé durant près de deux heures, et où des images époustouflantes de grands espaces américains sont incrustées magistralement. Tout fan de l'auteur se doit d'aller voir ce film.

Mais terminons avec cette « Recherche de l'authentique » : la préface de Brice MATTHIEUSSENT est pertinente et fouillée, un hommage très marqué au défunt poète. MATTHEIUSSENT, traducteur historique d'HARRISON depuis le début des années 1980, prévient cependant : c'est le dernier livre de l'auteur qu'il traduit.

« Les Nez-Percés avaient parmi eux un petit groupe de rêveurs et de mystiques qui défendaient la doctrine suivante : le Pouvoir créateur avait créé la Terre sans marque ni frontière ni division artificielle. On ne pouvait posséder aucune terre et il était mauvais de se soumettre à notre gouvernement ».

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En fin d'après-midi, j'ai passé une heure assis au creux d'un fourré en regardant les grues des sables se poser dans un grand battement d'ailes en poussant leurs merveilleux cris et grondements préhistoriques. Voilà ce qu'est la sagesse, être assis dans un fourré d'où l'on peut voir, mais où personne ne vous voit, ni les médias ni le gouvernement ni les terroristes. Une fois sorti de ce fourré, on s'offre une bouteille de vin dans sa chambre, un bandol domaine Tempier, puis on mange un dîner si médiocre qu'il ne vous évoque rien.

La seule sagesse avec laquelle j'ai été en contact dernièrement se trouve dans un livre intitulé [The Birds of Heaven] de Peter Matthiessen, dans lequel il extrapole brillamment tous les grands problèmes mondiaux en étudiant les quinze espèces de grues présentes sur Terre. Bizarrement, trois de ces espèces ont trouvé un havre de paix seulement en s'installant dans la zone démilitarisée entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Ce sont des oiseaux énormes, mais au pied beaucoup trop léger pour déclencher les mines terrestres mortelles qui jonchent le sol comme des bouses de vache cachées, une vraie merde explosive.

J'adore ces oiseaux; je connais depuis l'enfance quelques représentants de cette espèce. Franchement, ce que nous leur faisons subir est ce que nous nous faisons subir, par cupidité et bêtise. Il y a toujours une sagesse impondérable à rester assis une heure dans un fourré, en bannissant tant le bruit du monde que le vôtre. Ensuite, on boit son vin français, on sourit, puis on dit au plafond impénétrable qui plane au-dessus de nous tous :

"Quand en a-t-il été autrement ?"

Le gouvernement ne vous offre que des craintes.

Vous seul pouvez vous offrir la paix.

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LA RECHERCHE DE L'AUTHENTIQUE de JIM HARRISON

Paru en 2021, c'est un ouvrage qui reprend des textes pour la plupart qui ont été déjà publiés dans des journaux ou des magazines. Ils s'étalent sur une période d'une quarantaine d'années et ont été classés ou regroupés dans cinq familles. L'amour, l'esprit et la littérature qui certainement est la plus touchante et qui en dit sûrement le plus sur Jim, ses goûts littéraires et ceux qui l'ont influencé. La pêche, section intéressante mais qui peut être un peu technique si la pêche à la truite ou au tarpon n'est pas votre passion. Même remarque pour la section chasse avec des détails sur les gélinottes ou les chiens de chasse qui peuvent lasser le béotien! LA quatrième famille concerne le sport et la dernière qui est ma préférée avec la première concerne le Montana, le Michigan, les lieux sacrés et la nature en général où Jim nous fait découvrir pourquoi il aime vivre dans ces endroits, où il se ressource et où naît souvent son imaginaire de romancier. 450 pages bien denses qui s'adressent, selon moi, plus aux amoureux de l'écrivain qu'à ceux qui voudraient le découvrir. Un livre qui, arrivant en même temps que le merveilleux documentaire de Busnel, clôt le Chapitre Jim Harrison en ce qui me concerne.

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critiques presse (1)
Bibliobs
10 janvier 2022
Parties de pêche, retours de mémorables fiestas, approches infructueuses... « La Recherche de l’authentique » est un fabuleux mélange de proses glanées ici et là de l’auteur disparu en 2016.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (5) Ajouter une citation

Quand j'y pense, le monde s'est emparé de moi sans crier gare - physiquement, mentalement, spirituellement. L'idée qu'au quotidien le New York Times et All Things Considered nous disent tout ce qui arrive dans le monde, mais négligent d'inclure comment nous devons supporter ce flot d'informations révèle une fracture qui ne prête pas vraiment à rire. Si je n'avais pas appris à me consoler grâce à des activités on ne peut plus banales - la cuisine, la forêt, le désert -, mes perceptions et mes vices m'auraient très vite conduit à la folie ou à la mort. En fait, c'est ce qui a bien failli arriver.

Il faut comprendre d'emblée que le travail du poète ( comme celui de l'analyste) parodie souvent ses meilleures intentions. Les lignes qui suivent sont résolument " créationnistes" plutôt qu'éclairées, supportant comme elles le font le fardeau d'un esprit qui crée et prospère grâce à une surcharge de perceptions plutôt que grâce à un supposé talent pour tirer des conclusions. Par exemple, le souvenir d'une gifle furieuse sur la paume de sa main :

Elle préparait du pain et j'avais huit ans. j'ai dit que ce n'était pas moi qui avait mangé les sept barres chocolatées du garde-manger, même si les emballages étaient sous mon lit, , et que ce n'était pas moi qui avais fait exploser les œufs de poule contre le mur du silo. Expédié dans ma chambre, je suis sorti par la fenêtre en me jurant bien de ne jamais revenir, puis j'ai retrouvé Lila. On s'est allongés sur le pont de bois pour essayer de compter les poissons, mais ils bougeaient sans arrêt dans l'eau verte. Ma joue me brûlait là où ma mère m'avait giflé. Je me suis assis et j'ai regardé l'arrière du genou de Lila. Elle a dit "trente-trois" quand j'ai regardé sous l'ourlet de sa jupe bleue, là où sa petite culotte était coincée dans la raie des fesses. Lila se fichait que je sois borgne, car son père était mort à la guerre et peut-être qu'il avait pris une balle pile dans l’œil, me disait-elle. La fille qui m'avait crevé l’œil avait déménagé. Je suis rentré par la fenêtre juste avant d'être appelé pour dîner, une poche pleine de violettes destinées à ma mère, qui m'a demandé comment j'avais fait pour les cueillir dans ma chambre.

Autrement dit, quelle pagaille, mais il y a une dizaine d'années je ne me rappelais pas "tout", et mes nœuds mémoriels étaient d'infimes mines antipersonnel qui explosaient au moindre contact ou, plus exactement, à chaque rencontre, car ces menues déflagrations étaient souvent accidentelles et provoquaient toutes sortes de dégâts intimes.

C'est seulement peu à peu que j'ai compris que nos blessures sont beaucoup moins originales que nos guérisons. Il existe une grande similitude de nature dans le spectre des angoisses qui se manifestent et grandissent en nous et qui nous pousse à chercher de l'aide, que ce soit celle d'un analyste, d'un gourou, d'un roshi, d'un chaman, d'un pasteur, même d'un barman, ces experts en atténuation des symptômes. Dans la campagne septentrionale de ma jeunesse, la souffrance mentale était implicitement tautologique - omniprésente et passée sous silence -, un épreuve à supporter avec une virilité tranquille, l'un de ces aléas de la vie qui permettent de tester la force mythique des gens de la campagne ( voir Wisconsin Death Trip de Michel Lesy )

Le fond de l'affaire, comme on dit aujourd'hui, c'est que nous ne nous sentons plus à l'aise ni dans notre peau ni en dehors. il y a mille manières de déguiser cette évidence. Elle nourrit presque toute la littérature et l'art du modernisme et du post-modernisme, sans parler de ce verbiage incessant des manuels de bien-être et des rubriques des journaux. Rilke, ce grand maître du nomadisme ( il déménagea des centaines de fois ), a dit :

Chaque lente rotation de ce monde entraîne ses enfants déshérités

à qui ni ce qui a été, ni ce qui vient n'appartient.

L'aliénation, si omniprésente qu'elle en devient banale, infuse nos nuits et nos jours, nos glandes hyperactives productrices d'adrénaline hébétées de fatigue. Où, et comment puis-je me sentir chez moi ?...

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Si un poète utilisa jamais toutes les facettes de son talent , ce fut bien Neruda .

Il eut une vie bien remplie , tant dans la sphère publique que privée .

Il est stupéfiant de lire ses Mémoires en essayant de reconstituer ses voyages intérieurs et dans le monde , depuis les dangers les plus effrayants jusqu'à la cérémonie de Stockholm , qui lui rappela bizarrement une remise de prix au lycée , et son " slam poétique " de Buenos Aires avec Federico Garcia Lorca , qui hérissera tous les poils de votre corps comme s'ils lançaient des éclairs infinitésimaux .

Ce soir là , les deux poètes se dressaient sur le troisième rail de la poésie .

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En mai dernier, je me suis surpris à déclarer, lors d’une interview en France, que nous devenions un Disneyland fasciste. Cela infuse notre fiction et notre poésie sous la forme d’un nouveau style victorien où une sincérité mièvre constitue la valeur suprême.

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C'était l'une de ces journées de galère. Nous avons remonté en bateau l'estuaire d'un grand lac sur une petite dizaine de kilomètres, mais la pêche était si mauvaise que nous somme allés à terre, avant de gravir une haute crête délicieusement sauvage. Le problème, c'est que depuis cette crête nous avons vu une énorme ligne de nuages très noirs arriver de l'ouest avec la pluie. Et lorsque nous somme retournés au bateau, Uncas a dit : "On a même les couilles trempées."

Les sandwichs aussi - capicola, provolone, mortadelle - étaient trempés, mais les deux bouteilles de côtes-du-rhône n'avaient pas souffert. Debout sous un arbre, nous les avons vidées toutes les deux avant de retourner vers le bateau échoué sur la rive, dans un vent violent et par une température qui avait brusquement chuté de 21 à 4°C

Il est lassant d'entendre rabâcher que peu importe de rentrer bredouille, c'est l'expérience qui compte. Bon, d'accord, l'expérience compte et nous jouissons spirituellement de ce contact intime avec la terre, mais c'est quand même vachement mieux d'attraper de la poiscaille que de ne rien rapporter du tout. On ne peut pas faire frire une rêverie, et comme mes grands-parents, mon père et mes oncles avant moi j'adore faire frire du poisson dans un chalet. Je pense même que parfois on atteint une palette d'émotions que l'on partage intimement avec nos ancêtres encore plus éloignés.

J'ai sans doute remis à l'eau quatre-vingt-dix-neuf pour cent des poissons que j'ai attrapés dans ma vie d'adulte. Je ne dis pas "remis à l'eau sans avoir souffert", car la lutte d'un être vivant pour ne pas mourir le fait inévitablement souffrir. Sur ce sujet, nous devrions éviter de nous prendre pour des parangons de vertu. Car l'affaire est entendue : pour la survie de l'espèce, la torture est moins nocive que le meurtre. Un vieil adage veut que le prédateur ménage sa proie. "Attraper et relâcher" est raisonnable, un adjectif qu'il ne faut pas confondre avec vertueux. "Je t'ai salement dérouillé, mais je t'ai pas tué ", voilà une formule que le poisson ne comprend pas pleinement. C'est un sport sanglant : si vous tenez à faire un sport politiquement correct, et bien, remettez-vous au golf. Le fait de déguster parfois quelques truites sauvages vous rappellera utilement que ce ne sont pas des jouets mis dans la rivière pour vous permettre d'utiliser votre luxueux équipement

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Nous avons enfin une maison où vivre et j’ai survécu à ma crise tout à fait banale grâce à la pêche à la truite. La seule fois de ma vie où cette panacée n’a pas marché, ç’a été au début de nos vacances de l’automne passé, le 11 septembre pour être exact, quand je me suis réveillé paniqué par le ton de la voix de mon épouse. Elle m’a montré l’écran de télévision et je l’ai regardé pendant une heure avant de me dire que je n’avais pas besoin de voir plus de cent fois ces avions percutant les Twin Towers. Une seule fois durerait toujours. Je suis allé pêcher malgré tout avec une boule dans la gorge qui ne m’a pas lâché de la journée. En fin d’après-midi, je n’ai vraiment eu aucune envie de retourner dans le monde réel.

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