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ISBN : 2330034970
Éditeur : Actes Sud (03/09/2014)

Note moyenne : 3.59/5 (sur 116 notes)
Résumé :
Après sa disparition, une artiste plasticienne, Harriet Burden (dite "Harry"), méconnue de son vivant, fait l'objet d'une enquête menée par un professeur d'esthétique auprès de tous ceux qui, de près ou de loin, l'ont côtoyée de son vivant.

Cet envoûtant thriller intellectuel qui a pour théâtre les milieux de l'art redistribue avec brio les thèmes chers à Siri Hustvedt dans son oeuvre de fiction comme dans ses essais, et constitue une inoubliable plo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
  26 décembre 2014
Harriet Burden, artiste plasticienne vient de mourir. Elle a eu une carrière en dents de scie, et a toujours eu du mal à accéder à la notoriété ; après sa mort, elle fait l'objet d'une étude universitaire, qui a pour but de jeter un éclairage différent sur elle.
On assiste donc à une série de témoignages de gens qui l'ont connue, ses proches mais aussi d'autres artistes, galeristes, son psychiatre, qui alterne avec les nombreux carnets personnels de l'artiste.
Harriet que l'on a surnommée « Harry » (hum ! pas très féminin) est mal dans son corps, elle est très grande (1m 98), a une allure plutôt masculine. Elle étouffe dans la société car elle a toujours été dans l'ombre de son mari, Félix Lord, un marchand d'arts richissime de New-York qui lui a pignon sur rues, adulés par les critiques et le monde artistique de la ville. Il traîne sa femme dans des réceptions mondaines où elle s'ennuie.
La mort de son mari, va déclencher un immense et impérieux désir de sortir de l'ombre. Persuadée qu'une femme ne peut pas être reconnue autant qu'un homme quand elle est une artiste de talent, elle décide d'organiser trois expositions différentes avec ses propres oeuvres en les attribuant à trois hommes de personnalités différentes… " Je voulais voir dans quelle mesure mon art serait reçu différemment en fonction de la personnalité de chacun des masques."
Les noms qu'elle donne aux expositions sont intéressants : »Histoire de l'art occidental », « Chambres de suffocations », (ça s'impose !!!) et « Au dessous »
Mais tout ne se passera pas comme prévu, le troisième homme ne jouant pas le jeu, et essayant de s'approprier l'oeuvre…
Ce que j'en pense :
Harry est une personne fascinante, dans tous les sens du terme. Par sa silhouette d'abord, peu féminine, par son parcours, car après deux expositions, elle tombe dans l'oubli.
Tout en sachant que cette femme n'a jamais existé, qu'elle est une pure fiction de Siri Hustvedt, (je suis allée vérifier sur Internet tant le personnage semblait réel), par la puissance de sa réflexion, la description de son oeuvre, des petites maisons miniatures, qu'elle meuble et auxquelles elle fait raconter une histoire, jamais la même.
La création artistique est décrite avec minutie, instant par instant, de façon tellement forte qu'on a l'impression d'en faire partie, d'être une petite souris à côté qui voit l'oeuvre sortir du néant, s'étoffer, comme une statue de Michel-Ange, une peinture de Léonard de Vinci, dans un monde très contemporain.
C'est le premier roman de Siri Hustvedt que je lis et je suis impressionnée. J'ai eu beaucoup de mal à le lire, notamment les extraits des carnets personnels car elle observe tout chose en profondeur sur le plan psychanalytique, philosophique… donc il faut être déjà d'un certain niveau dans ces matières pour la suivre. J'ai mis du temps, mais je suis arrivée au bout et j'en suis assez fière, même si je suis certaine d'être passée à côté de certaines choses. Donc, c'est un livre que je relirai pour approfondir ce qui m'a échappé.
De la même façon, j'ai mis du temps à rédiger ma critique, car Harry me fascine et suscite de l'admiration par sa réflexion philosophico-psychanalytique, ce qui rend mon exercice assez périlleux. Un livre difficile, mais à lire, à découvrir car il faut cheminer avec l'auteure et avec l'artiste. On fait un bon voyage au pays des mots.
Allergique au vocabulaire de la psychanalyse ? Peut-être vaut-il mieux passer son chemin. de même, si le monde de l'art vous paraît étrange, élitiste, égocentrique ou surfait. Donc, un livre clivant, c'est le moins qu'on puisse dire.
Ce n'est pas un coup de coeur, mais je suis contente de l'avoir lu malgré la difficulté, et en survolant, je l'avoue, certains passages des carnets. A mon avis, elle aurait pu faire plus simple pour le confort du lecteur, mais Siri Hustvedt a mis la barre très haute car une femme doit se dépasser pour être reconnue.
Note : 7,8/10
lu dans le cadre challenge ABC
Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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Commenter  J’apprécie          410
djathi
  26 mars 2018
Si "Un été sans les hommes",qui fut une première excursion dans l'univers de Siri Hustevdt ,ne m'a laissé qu'un sentiment mitigé , il m'a fallu poursuivre immédiatement dans cette découverte pour parvenir à me situer plus précisémment et mettre quelques mots sur une impression nébuleuse , indéfinie , à peine palpable .
Et si les préjugés ont la vie dure et ne se laissent pas déloger si facilement comme nous le démontre brillamment l'auteure , ils peuvent s'évanouir comme neige au soleil dès lors que le cerveau veuille bien s'assouplir .
Siri Hustvedt n'a rien d'aimable , ni dans ses interwiews , ni dans son écriture . Engoncée dans un intellectualisme que d'aucuns pourraient qualifier d'ostentatoire , et une hauteur de vue en apparence condescendante , le tout enveloppé dans une enveloppe charnelle effrayante de beauté froide , avouons que ça fait un fait" un peu beaucoup" pour une seule et même personne , dieu est injuste !
Alors , forte et faible de tous ses attributs , Siri Hustvedt s'affirme à travers l'écriture nourrie par de solides formations universitaires en littérature , neuroscience , psychanalyse , philosophie , des centres d'intérêts aussi pointus que l'art ,la philosophie de l'esthétique , l'histoire de la femme dans nos sociétés et tant encore .
Et quand elle se déploie miss Siri Hustvedt , ce n'est bien évidemment pas dans la facilité , la bien-pensance , et une forme enjôleuse ou pour le moins préhensible par un lectorat dès lors acquis .
La coquine d'ailleurs : avec ses titres trompe-l'oeil "Un été sans les hommes " , Un monde flamboyant" ...il y a fort à parier que certains ouvrages ont du se retrouver incongrûment dans un sac de plage et que , s'il est vrai que le livre n'a de vie que dans l'interaction avec son lecteur , celui-ci risque d'être voué à une mort prématuré . Avis aux amateurs donc : ne pas se fier à l'emballage ! Siri Hustvedt , non contente de brouiller les certitudes de son lecteur dans sa perception du monde , semble se jouer de celui-ci avant même de lui donner du fil à retordre !

Il aura fallu La grande librairie récemment avec à l'honneur le grand , l'incontournable , le sexy boy de la Littérature , le conteur inégalable , avec son grand retour à travers ce monument 4321 , j'ai nommé bien sûr le PAUL AUSTER, et pour l'occasion à ses côtés ce jour là , sa femme l'évanescente Siri Hustvedt qui vient de sortir un dernier essai , pour avoir envie de dépasser mes préjugés solidement ancrés je croyais .
Irritée par ce que je percevais comme un certain pédantisme , je fulminais derrière mon écran , épidermique face à cette poupée décidément trop belle pour se permettre autant de psychorigidité affiché , revendiqué (non mais laissez ça aux moches ) . Pas même un faux semblant et un sourire de blonde potiche qui nous la rendrait plus humaine . Et Paul Auster en admiration devant sa muse . Enfin que je pensais .
Au final je décidai un jour de me soumettre à la lecture de Siri Hustvedt . Consciente que celle-ci n'aurait rien de confortable avec ma position actuelle à son égard .
Avec Un été sans les hommes nous faisions la rencontre d'une femme plus très jeune en reconstruction psychique suite à "La pause " de son mari , vous savez celle que les hommes s'accordent lors du fameux passage du démon de midi ! Dit comme ça , sujet vu et revu jusqu'à devenir usé jusqu'à la moelle , ce serait plutôt répulsif , autant que le titre faussement racoleur et la couverture du livre , on aurait envie de vite passer son chemin .
A part que , loin d'une forme larmoyante romanesque dégoulinante ou arrimée à une psychologie féministe primaire et manichéenne , cet ouvrage se définirait plutôt comme un petit éclatement de lambeaux psychiques en train de chercher des outils pour retrouver son unité . Et le chemin est tout sauf convenu : Siri Hustvedt ne se départ pas d'une cérébralité un peu crispante par moment mais infiltrée pudiquement par une sensibilité masquée et désarmante .
Un monde flamboyant , et déjà les petites associations d'idées qui fusent à mon insu pour me conduire dans un univers que j'imagine " paillettes et rouge carmin "et d'entendre les rires de gorges de dindes , euh de femmes , femmes des années 80 jusqu'au bout des seins .
Mais je retrouve dans Un monde flamboyant le même flux de pensée que celui d'Un été sans les hommes et lus successivement , ils se mélangent un peu dans mon cerveau un peu embrumé . Peu importe , au contraire puisque ce n'est pas la trame romanesque qui dirige ma lecture la plupart du temps mais la houle de fond .
Là encore le personnage principal est une femme , artiste de l'ombre , qui tentera de démontrer que "l'art vit uniquement dans sa perception" à travers un subterfuge aussi ingénieux que machiavélique : dissimuler derrière trois artistes différents , trois hommes qui s'appropieront momentanément la paternité de ses oeuvres plastiques , afin d'étudier l'accueil de la presse , du public et du monde de l'art et inclure cette dernière partie à l'intérieur même de sa créativité , comme des prolongements de sa création . Et d'en tirer des conclusions bien plus subtiles qu'une seule démonstration féministe .
Afin de laisser toute subjectivité exclusive , Siri construit son roman à partir de témoignages de ces proches et de carnets intimes réunis à titre posthume par une journaliste qui tente de démêler le vrai du faux de ce jeu d'imposture . C'est donc une narration kaléidoscopique savamment orchestrée pour brouiller le lecteur pour mieux le ramener à s'interroger sur la vérité et les jeux de miroirs . Et par ce procédé ludique et teinté de perversité assumée , en multipliant les prismes , en jouant dangereusement avec les masques et la réalité , en transgressant les lois communément admises , en fracturant les frontières de genre , en vivant l'art dans la réalité et vice-versa , jalonnant son récit de références clés pour éclairer le lecteur (ou mieux l'obscurcir ) , mystificatrice dans la jouissance douloureuse , provocatrice , mise en abyme à travers cette panoplie de personnages insaisissables , se superposant les uns aux autres , réels ou imaginaires ou les deux à la fois , Siri Hustvedt propose une aventure intérieure unique , inconfortable , addictive , subversive , laissant son lecteur en flottement , le temps qu'il se ressaisisse pour porter un regard ouvert sur des contrées jusqu'alors ignorées .
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Ikebukuro
  30 décembre 2014
Un grand roman, foisonnant et étonnant sur le destin d'Harriet Burden, surnommée Harry, femme artiste qui plutôt que d'être niée par ses pairs va choisir des "nègres" artistiques pour montrer son travail et construire son oeuvre. Encore une fois Siri Hustvedt nous raconte avec intelligence et brio ce monde de l'art déjà abordé dans "Ceux que j'aimais", les disparités entre les hommes et les femmes et leur rôle dans la société de l'époque. A travers une sorte d'enquête, regroupant témoignages de tiers et morceaux choisis des carnets d'Harry, le lecteur découvre petit à petit la vie d'Harriet Burden mère, femme de collectionneur et artiste elle-même. Voyage à travers la personnalité complexe et l'intimité psychologique d'une artiste prolifique et hors norme, ce roman décortique les méandres de la création et de son interaction avec les autres et les codes sociaux.
Cachée derrière trois de ses amis, Harry présente ses créations à travers eux pour éviter que son travail ne soit dévalorisé ou sous-estimé par le fait qu'elle soit une femme, c'est non pas une oeuvre mais trois qu'Harry devra construire pour coller à la personnalité de chacun d'eux. Contrairement à ce que le lecteur peut penser, elle n'est pas une victime mais plutôt une sorte de manipulatrice névrosée et lucide qui utilise ces trois hommes pour une reconnaissance par procuration de son travail. Mais Harriet saura-t-elle jamais si son talent est reconnu pour tel ou pas ? Si le fait que son oeuvre présentée sous couvert masculin implique une déformation de la perception faite de celle-ci ? Aurait-elle finalement eu plus de reconnaissance en se présentant elle-même et en donnant une dimension féminine à son travail ? Beaucoup de questions et de doutes finalement… Aura-t-elle eu raison de ne pas faire confiance à son propre talent ?
J'ai beaucoup aimé ce roman qui reste avec "Tout ce que j'aimais" et "Un été sans les hommes" l'un de mes préférés. J'ai aimé le portrait de cette femme et la façon dont l'auteur nous présente cette personnalité complexe et fragmentée à travers les écrits de ses amis, de ses enfants ou à travers ses propres carnets. Leur perception de cette femme, artiste ou mère, est tout au long du récit finement analysée, que ce soit la démarche créative d'Harriet ou son intimité de femme et de mère, l'analyse est travaillée et brillante. J'ai retrouvé tout ce que j'aime chez Siri Hustvedt : ses thèmes de prédilection comme la création, la psychologie, le monde de l'art, l'intimité du couple, la reconnaissance artistique ; la finesse de construction du récit et l'intensité narrative de ses romans précédents ; l'écriture précise et exigeante.
Un roman exigeant et dense, bouleversant et tendre qui nous raconte la vie d'une artiste à la personnalité forte et fragile à la fois.
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topocl
  21 avril 2018
Cela a déjà été raconté, Harriet dite Harry dans un hermaphrodisme assumé,  artiste plasticienne, veuve d'un marchand d'art riche, éclairé et célèbre, a vécu amoureuse dans l'ombre de celui-ci. Quand elle sort de sa dépression du deuil, elle désire enfin attirer à elle la reconnaissance qui lui est due, ou peut-être se venger de la reconnaissance qui lui a été refusée en tant que  femme, et femme de. Elle construit donc une supercherie en trois étapes, produisant des oeuvres étranges, questionnantes, faussement attribuées à trois artistes  qu'elle protège : de jeunes hommes, justement.
L'éditrice supposée de "Un monde flamboyant " réunit un corpus dont l'élément dominant est constitué par les prolifiques carnets intimes de Harry, mais aussi par des témoignages recueillis auprès de ses proches (enfants, amie intime, compagnon des dernières heures : poète raté celui-ci) et de son entourage artistiques (artistes  évoluant dans son entourage y compris ses trois "masques", galeristes, experts, critiques d'art etc)
On procède donc par petites touches, petites découvertes, comme dans un travail de fouille archéologique. Cela donne un portrait  aux multiples facettes, parfois contradictoires,  de cette femme complexe, passionnée, névrosée, hyper-cultivée, provocatrice mais sans doute peu à même d'assumer les conséquences de cette provocation.
Si on peut se dire bêtement au début de lecture que Harry est un double de Siri, on en revient vite. Il s'avère rapidement que non, qu'elle n'est "au pire" que ce que Siri aurait pu être. Car Siri Hustvedt, si elle est la femme d'un auteur des plus admirés de la planète, est bien aussi auteure elle-même reconnue, regardée pour elle-même et non comme l'ombre de son si cher époux, lequel, loin de l'écraser et la bâillonner la contemple, médusé, d'un oeil tout à la fois tendre et éperdument admiratif, l'écoute d'une humble oreille de petit garçon: tant de maîtrise, tant de savoir, de culture et d'intelligence, tant de certitude, tant d'aura!
Et si Hatty n'est qu'un autoportrait en creux, je me suis demandé si Paul Auster n'était pas un  hybride de Felix et Bruno : homme brillant, adulé, honoré, avec son brin de mystère, mais qui sait si bien aimer.

Par sa supercherie - qui va elle-même être dévoilée par une autre supercherie, petites boites gigognes encastrées - Harry ne limite pas son propos à dénoncer l'ombre étouffante de son  homme tant aimé, dans une société si discriminante (jeunisme, sexisme), mais aussi d'une façon plus générale l'ombre humiliante des hommes sur les femmes. Et au delà, ne se venge-t'elle pas non seulement d'un milieu entier empreint de superficialité et de préjugés, mais aussi à travers lui de ces trois jeunes hommes, qui ont ce qu'elle n'a pas, l'obscur et timide Tish, le métis gay Phineas, la jeune étoile montante Rune, dans une progression ambitieuse (car, oui derrière le milieu, il y a des hommes - et "accessoirement" des femmes)?
Elle leur propose de monter des gags (mais des gags qui ont un sens), elle leur fait croire qu'elle leur offre le succès, mais il s'avère vite qu'ils sont dessaisis de leur autonomie d'artiste, de leur identité-même.  Les masques cachent d'autres masques. La révélation n'apportera à aucun le triomphe escompté.  Ce "pacte faustien" va se retourner contre Hatty "guerrière blessée", il va être "fatal à son âme": la reconnaissance n'est pas au rendez-vous, mais encore la blessure et l'humiliation - elles ont la peau dure. Et ses marionnettes ne s'en sortent guère mieux de cette histoire de parodie et de mensonge.
Ce stratagème extravagant interroge plus généralement le sens de l'oeuvre d'art. Il ne s'agit pas d'une simple dénonciation du monde de l'art devenu marché vulgaire de l'argent, de la représentation et de la notoriété, il s'agit d'aller bien plus loin et de dénoncer en quoi toute notre perception  ("le comment on voit") en est pervertie, comme derrière l'oeuvre nous traquons l'auteur, le people, l'anecdotique. Et que la vraie oeuvre est en fait l'objet lié à son créateur,  pour une marchandisation (et non plus une reconnaissance) qui n'exprime que les pires travers de notre société.
                                                                                                                                        
Et si le 11 septembre vient décaler cette histoire au passage, c'est que lui aussi traque ce qu'il y a de plus profond en nous, et n' a pas manqué d'être récupéré pour des fins des moins respectables.
Au-delà de cette trame riche en détours et digressions souvent savantes où elle distille son érudition, (que d'aucuns, dont moi , auront du mal à suivre)., Siri Husvedt et son "intellect rayonnant", n'est pas du genre à se contenter d'un roman à thème uniciste, d'un roman cérébral si maîtrisé et si pointu qu'il en aurait été  glaçant.  Elle se promène dans les oeuvres déconcertantes de Harry, qui partagent avec certains personnages étranges, inaccessibles - psychotique, autiste, thérapeute mystique - une fragilité/solidité qui pondère cette profusion de rigueur . Étranges, oui, très étranges, dans ce monde impitoyable et pragmatique.  Elle partage des moments de tendresse, d'intimité : les personnages ont des relations de douceur et de déchirement. Ceux de l'enfance laissent des traces indélébiles, qui seront portés toute une vie. Ceux de la maturité sont des cocons rédempteurs, et  c'est sur cette note que se finit le livre, dans un épanouissement émotionnel tout à la fois tragique et bienheureux, qui n' a plus rien à voir avec le cérébral : vanité que tout cela quand ne compte plus que la conquête d'une certaine paix. La belle dame distante venue du Nord , l'intellectuelle sûre d'elle dévoile sans le moindre débordement son humour discret, ses tourments inavoués.
En tout cas, ironie dernière, ce dont on est sûr, c'est que son livre est si personnel, fécond, spécifique, marqué au sceau de ses passions, qu'elle serait bien en peine, Siri Husvedt, de jouer au petit jeu d' Harry et de la faire signer par un autre sans qu'elle soit  immédiatement déjouée.
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jostein
  23 septembre 2014
Harriet Burden, artiste américaine plasticienne, vit mal les critiques mitigées sur son oeuvre, la non-reconnaissance des collectionneurs. Mal dans son corps trop grand (elle mesure 1mètre 98), presque masculin, elle souffre de n'être que la femme du riche collectionneur Félix Lord.
Le monde de l'art est particulièrement sexiste et bon nombre de femmes se sont travesties pour faire entendre leur voix.
A la mort de Félix, Harry se sent encore plus furieuse et perdue, même si elle connaissait les frasques de son mari bisexuel.
Avec la fortune de son mari, elle s'installe à Brooklyn, héberge des artistes paumés, puis décide de valoriser son art sous des masques, des prêtes-noms.
" Je voulais voir dans quelle mesure mon art serait reçu différemment en fonction de la personnalité de chacun des masques."
Ainsi, elle serait l'auteur cachée de l'Histoire de l'art occidental d'Anton Tish, de Chambres de suffocation d'Eldridge et de Au-dessous de Rune.
" Elle avait voulu un récipient mâle à remplir d'art." Les expositions de ces artistes furent des succès mais Harry ne saura jamais si c'est parce qu'elle avait adopté une personnalité masculine ou si le succès est lié à l'artiste, même si c'est un homme inconnu ou un métisse homosexuel.
Si ls collaborations avec Anton et Eldridge se sont bien passées, il en va tout autrement avec Rune, un ancien ami de Félix qui cherche à s'approprier le succès. Harry devra écrire des chroniques sous le nom de pseudonyme pour tenter de reprendre la main sur son travail.
Femme, intellectuelle, elle voulait à la fois trouver ce qu'elle était vraiment et jouer une ruse à ces "types prétentieux du monde de l'art capable de faire ou de défaire les réputations."
Le récit de Siri Hustvedt, autre femme américaine, intellectuelle sous la coupe d'un mari célèbre plus médiatisé, se veut comme l'oeuvre de Burden, complexe et intrigant.
Non seulement, le roman est un mélange de plusieurs témoignages ( extraits des carnets de Burden, interviews des proches, témoignages des artistes prête-noms et de leur famille) mais il regorge aussi de références littéraires et artistiques.
Toutefois, Siri Hustvedt parvient sous cette complexité et cette érudition à façonner un personnage humain. Fille unique d'un père professeur et d'une mère juive, elle a très vite ressenti la soumission de sa mère sous le joug d'un mari dominant. Elle s'est ensuite reconnue dans son propre couple en cette femme soumise.
Le besoin de vengeance est donc un état profond chez cette artiste qui s'est toujours reconnue en Margaret Cavendish, duchesse de Newcastle ( 1623-1673).
" Il y a du travesti partout chez Cavendish. Comment, sinon, une lady pourrait-elle galoper dans le monde? Comment, sinon, pourrait-elle se faire entendre?"
Et la dernière oeuvre d' Harry sera le monde flamboyant, une "femme-maison" en mémoire de la duchesse.
Ce roman n'est pas facile d'accès mais il est riche de plusieurs visons intéressantes. On y trouve bien évidemment le monde de l'art avec son hypocrisie, son extravagance, le questionnement des artistes sur la valeur, la nature de leur art.
" Les grecs savaient que le masque, au théâtre, n'était pas un déguisement mais le moyen d'une révélation."
Lui est fortement lié par le sexisme de ce monde, le rôle de la femme.
" Pendant des années, me dit Harry, Félix l'avait interrompue en pleine phrase, et elle s'était tue."
Dépression, folie, questionnement d'identité nous font aussi aborder le rôle de la psychanalyse.
En intellectuelle américaine, l'auteur évoque brièvement la société américaine, son confort matérialiste bousculé par l'attentat du 11 septembre.
" Les humains sont les seuls animaux qui tuent pour des idées."
Le récit sur la fin de vie, la maladie est finalement remarquable et touchant.
" L'enfer, c'est ici, maintenant, et son nom est médecine."
Le récit mélange habilement l'aspect documentaire, le côté enquête pour comprendre le rôle de Rune, les récits romanesques qui nous font découvrir la vie de plusieurs personnages et constitue ainsi un roman complet et passionnant.
Lien : http://surlaroutedejostein.w..
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critiques presse (1)
Chro   17 septembre 2014
400 pages d’une densité à couper le souffle : Un Monde flamboyant, magnum opus d’un auteur qui n’est plus [...] une simple « femme de » (elle est mariée à Paul Auster), se présente comme une anthologie fragmentée à suspens.
Lire la critique sur le site : Chro
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
Eve-YesheEve-Yeshe   28 décembre 2014
Je ne crois pas qu’elle aurait pu se faire accepter des marchands et des collectionneurs – encore que, qui sait ? Ils peuvent s’habituer à n’importe quoi, si c’est bien vendu. Mais, auraient-ils pu la vendre, elle, sans remodelage ? J’en doute. Elle était trop excitée. Elle citait Freud, grosse erreur – charlatan colossal -- ainsi que des romanciers, des artistes et des savants dont personne n’avait jamais entendu parler. Elle débordait de sérieux. S’il y a une chose qui ne marche pas dans le monde de l’art, c’est l’excès de sincérité. P 57
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Eve-YesheEve-Yeshe   31 décembre 2014
Je sais maintenant qu’il est moins pénible d’être déçu par un conjoint que par ses parents. Ce doit être parce que, au moins dans la petite enfance, les parents sont des dieux. Ils s’humanisent lentement, avec le temps, et c’est un peu triste, à vrai dire, quand ils se réduisent à de simples vieux mortels. P 103
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Eve-YesheEve-Yeshe   27 décembre 2014
Je soupçonnais que si j’étais arrivée sous un autre emballage, mon œuvre aurait pu être accueillie ou, du moins, approchée avec plus de sérieux. Je ne pensais pas qu’il y ait eu un complot contre moi. Il y a beaucoup d’inconscient dans le préjugé. Ce qui affleure à la surface, c’est une aversion non identifiée, que l’on justifie alors de quelque façon rationnelle. P 41
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Eve-YesheEve-Yeshe   29 décembre 2014
… mais quelle adolescente n’a pas envie d’être admirée et aimée. Quel individu tant qu’on y est ? Je suppose que son apparence était l’arène où les aspects les plus pernicieux de l’Amérique la touchaient : le sentiment d’être trop grande pour plaire aux hommes. P 65
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DAYTONADAYTONA   01 novembre 2014
Rune avait ce quelque chose. Quoi que ce soit, c'est quelque chose que vous pouvez sentir dans une pièce, une verve animale, une séduction où entre un peu de sexualité, mais ce n'est pas une sexualité personnelle. Il ne séduisait personne. Il séduisait tout le monde, et c'est très différent. Je suis un spécialiste de la présentation personnelle, et il est formidablement important de paraître détaché, sinon indifférent aux opinons d'autrui.

Il arrivait avec une aura toute faite, cette qualité mystérieuse qui nous corrompt les yeux au point que nous ne pouvons plus dire ce que nous regardons.
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