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EAN : 9782021233292
451 pages
Seuil (11/02/2016)

Note moyenne : /5 (sur 0 notes)
Résumé :
Berlin-Est en 1949, sous occupation soviétique. Avant la guerre, Alex Meier, écrivain juif communiste, a quitté la ville pour se réfugier aux États-Unis. Maintenant, victime de la chasse aux sorcières, le voilà de retour, accueilli à bras ouverts par le nouveau régime en même temps qu’un réfugié célèbre, Bertolt Brecht. Dans un décor de ruines et une atmosphère délétère, Alex retrouve son amour de jeunesse, une aristocrate allemande devenue la maîtresse d’un dignita... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
umezzu
  15 octobre 2016
J'ai failli abandonner ce roman dans ses premières cent pages, qui déroulent le retour à Berlin-Est en 1949 d'Alex Meier, un célèbre écrivain juif allemand, parti avant guerre aux États-Unis, et contraint de revenir sur sa terre natale par la chasse aux communistes orchestrée par Mc Carthy et consorts. Il fallait pourtant poursuivre l'effort, passer ce stade, car la suite est un mélange savant d'espionnage à la le Carré et de géopolitique appliquée à l'Allemagne d'après guerre.
Le début du roman est assez littéraire, ou plutôt un hommage à la littérature allemande de l'époque. On y croise des écrivains célèbres de l'époque, qui ont délibérément choisi de s'installer dans le pays qui dans leurs rêves doit devenir une vraie démocratie populaire, à commencer par Berthold Brecht et Anna Seghers. Les pages défilent autour du récit de leurs exils, de leurs souvenirs d'avant guerre ; autant de propos verbeux dans une ville encore jonchée de décombres, où les Russes imposent leur loi dans leur secteur, tout en maintenant un blocus sur les autres zones d'occupation, ce qui conduit les puissances alliées à mettre en place le pont aérien qui va assurer la pérennité de Berlin-Ouest. La zone ouest survit à 1700 calories par jour, pendant que le PC allemand, le SED, tente de se faire bien voir du grand frère russe, pour récupérer le contrôle du pays lorsque Staline l'aura décidé.
Les espions foisonnent de partout et la mise en fiches de la future RDA par la future Stasi est en marche. Alex, contraint par un divorce qui se passe mal, est en fait téléguidé par la CIA qui cherche à avoir des « antennes » côté soviétique. Et cela tombe bien, avant guerre Alex était très proche de la famille von Bernuth, ancienne famille prussienne, dont une des filles, Irene, est désormais la maîtresse d'un important officier russe. Les retrouvailles vont enclencher une série d'événements, qui vont faire passer l'écrivain célèbre d'espion amateur en expert du double-jeu.
Peu à peu, le livre prend de la consistance. Les liens qui unissent Alex aux von Bernuth s'explicitent et rejaillissent sur le présent. Une soeur von Bernuth vit à Berlin-Ouest avec un médecin qui a participé à l'eugénisme décidé par les nazi, un frère, ancien soldat déclaré prisonnier en Russie, trime comme un esclave dans des mines d'uranium, et Irene s'accroche à son protecteur russe pour rester dans sa « bulle ». le monde d'hier n'est plus, le nazisme est passé par là. le monde de demain est en train de se bâtir dans un contexte de guerre froide.
Plus l'intrigue avance, plus Alex devient intéressant par son analyse de la situation et des jeux troubles des uns et des autres. de spectateur des oppositions politiques, il devient acteur du monde de l'espionnage. Certes, contraint et forcé, et avec d'immenses conséquences sur la façon dont il place sa confiance et dans ses amours.
Un roman humain dans une époque difficile, alors que les vainqueurs de la guerre se divisaient, et que l'Allemagne débutait quarante ans de césure.
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doublepage
  28 novembre 2016
Ce livre a un coté glaçant. Nous sommes en 1949, Alex Meier, jeune et brillant écrivain juif rentre en Allemagne victime du maccarthysme.
La guerre est achevée depuis 4 ans, mais une autre guerre, froide celle là, perdure entre les Alliés d'hier.
Le début du roman laisse croire à une histoire d'espionnage classique, Meier ne serait rentré au pays que pour espionner au profit de la CIA, d'ailleurs une de ses amies d'avant guerre, Irène von Bernuth, est la maitresse d'une haut responsable de l'armée soviétique : une cible toute trouvée.
Seulement, l'histoire va se révéler mille fois plus complexe. 0n ne sait plus qui espionne pour le compte de qui. La lutte entre services devient féroce.
Ce qui m'a le plus frappé, c'est la description qui est faite d'une société qui deviendra plus tard la RDA. Entre purge, fichage de la population, antisémitisme qui n'ose pas dire son nom, on assiste à la création d'un véritable Etat policier.
Il faudra des tonnes d'imagination à Alex Meier pour se sortir du piège où il semble s'être englué, il lui faudra surtout oublier tous ses idéaux de jeunesse et de foi en un monde meilleur. Cette guerre là est sans pitié, et chacun des belligérants entend bien la gagner.
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famillemartinet
  10 avril 2016
Après un intermède stambouliote avec le passager d'Istambul Joseph Kanon retrouve le terrain de jeu qui l'a révélé avec l'adaptation au cinéma de L'ami allemand par Steven Soderbergh (avec George Clooney,Cate Blanchett et Tobey Maguire).
Retour au Berlin de l'immédiat après-guerre au propre comme au figuré puisque le coeur de l'histoire c'est le retour d'Alex Meier un jeune et brillant écrivain. Après avoir fuit les nazis juste avant la guerre pour les USA,il se voit contraint de faire le chemin inverse autant a priori par convictions idéologiques que pour échapper aux chasses aux sorcières du sénateur McCarthy.
En janvier 49 l'avenir du monde se joue à Berlin et semble proche de basculer dans un nouveau conflit.Les Russes sont les nouveaux maitres,le blocus de la ville bat son plein et le pont aérien pour le ravitaillement de la partie ouest de la ville tourne à plein régime quand les artistes et/ou intellectuels allemands communistes ou socialistes font le retour.
Dans son style racé Joseph Kanon joue avec les ambiguïtés de la période: récupération des nazis, exploitation des prisonniers de guerre allemands,agents doubles,manipulations,trahisons...... et histoire d'amour: Alex retrouve Irene,ils vont tenter de survivre et revivre au milieu du chaos.
Comme souvent avec Kanon il faut un temps de mise en route, qui pourrait rédhibitoire pour certains, pour que son style emprunt de classicisme trouve son rythme de croisière et une fois qu'il est atteint l'histoire prend toute sa force. Un très beau roman d'espionnage dans lequel tout le monde est prêt à payer le prix du billet de retour.
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Marilou09
  23 avril 2022
Dans ce roman, on suit un auteur allemand qui après un exil aux USA décide de revenir au pays: l'Allemagne de l'Est. Il est recruté pour espionner les Russes de l'intérieur. S'en suit tout un tas de retournements de situations, de trahison, de suspicions.... le lecteur ne sait jamais vraiment à qui Alex peut se fier; on sent comme une oppression autour de lui, un étau qui se resserre. Même si j'ai parfois eu un peu de mal à suivre (il faut dire que j'ai mis très longtemps à lire le livre ce qui n'aide pas pour ce genre de roman), j'ai apprécié le sujet abordé: on a tendance à ne pas parler de ce qu'ont vécu ces Allemands de l'est une fois sous le joug des Soviétiques, eux qui croyaient en l'idéologie communiste et qui ont été complètement trahis et abandonnés par les Russes, envoyés dans des camps de travail. C'est un pan de l'histoire que je trouve passionnant et malheureusement peu traité. C'est en cela que ce livre est particulièrement intéressant.
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mazou31
  21 mai 2019
Brillant livre d'espionnage qui fait penser à ceux du maître John le Carré. Alex Meier, écrivain célèbre, Juif allemand, réfugié avant guerre et bien intégré aux USA, revient en Allemagne de l'Est pour fuir les purges du maccarthysme, dignes en moins radicales de celles staliniennes du camp d'en face ! Mais il est aussi un auxiliaire de la future CIA destiné à noyauter les communistes allemands et russes grâce à ses relations passées. S'amorce ainsi une lutte complexe entre agents rivaux, agents doubles, voire agents opportunistes. Tout un jeu de miroir, de chausse-trappes, de positions troubles, jeu qui se déroule dans un Berlin dévasté d'une authenticité historique. La vie décrite est digne d'un documentaire et illustre la mise en place d'une RDA qui va durer 40 ans. Si la première partie où se mettent en place les protagonistes est peu rythmée, la suite accélère et devient très captivante tout en demeurant criante de vérité. Remarquable travail, précis et stylé, de la part de l'auteur. Un bijou dans le genre.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
doublepagedoublepage   20 novembre 2016
Sans danger, mais, d'une certaine manière, bien envoyé. Il cherchait à provoquer une réaction. La famille laissée derrière comme levier : la même chose qui avait intéressé Campbell.
"Je crains que ce ne soit définitif. Nous divorçons.
- Oh ! réagit Markus, sans savoir quoi faire de cette dernière information. Et vous êtes quand même venu.... C'est donc une question de conviction. Admirable ! Mais vous savez que le sujet est épineux. Tout ce temps passé à l'Ouest. Pas en ce qui vous concerne, ajouta-t-il très vite. Pas les écrivains. Mais les soldats russes, les prisonniers de guerre... Ils ne savent plus où ils en sont. Le camarade Staline a tout de suite compris le problème. Quand ils ont passé du temps à l'Ouest, il faut les rééduquer."
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doublepagedoublepage   17 novembre 2016
Je vais vous expliquer quelque chose. Nous avons deux guerres sur les bras, en ce moment. Il n'y a pas que le pont aérien. Dymshits s'occupe de la guerre de propagande et il le fait très bien. Les Soviétiques s'imaginent, que sur le plan moral, ils sont les maitres du terrain. Ne me demandez pas pourquoi. Ils entrent dans cette ville, violent tout ce qui bouge et on doit les prendre pour des héros. Les premières victimes, c'est eux. Eux que les nazis haïssaient avant qu'ils ne se mettent à haïr le reste du monde. Et c'est eux qui ont gagné la guerre. Pas nous, eux. Nous, on se contente de distribuer des bonbons et du chocolat aux petits français. Et aujourd'hui c'est nous qui fricotons avec les anciens nazis. C'est ce qu'ils racontent partout où ils sont insinués. Les anciens nazis.... C'est ça l'avenir que voulez vous? Ou le modèle soviétique? Un nouveau départ bien socialiste. Les Soviétiques se sont eux aussi servis des nazis, évidemment - il n'y avait personne d'autre bordel ! - mais ça curieusement, ils n'en parlent jamais. Il n'est question que de ceux qui travaillent pour nous.
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umezzuumezzu   16 octobre 2016
"Aucune religion ne peut survivre au doute. Et ne vous y trompez pas, ils ne connaissent pas le doute. Pas Ulbricht et les autres. Qu'ont-ils d'autre de toute façon? Ils ne vivent que pour leur Église. Qui pourrait être aussi pur qu'eux ? » Il sourit et leva un doigt en l'air. « A part l'Infaillible. C'est toujours la même chose, vous comprenez ? Rome. Moscou. En ce moment nous traversons une période d'inquisition. Après retour à la normale".
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umezzuumezzu   17 octobre 2016
Erich avait trouvé sa voix : sans affectation, ferme, soutenue par la tranquille assurance du survivant. Ce serait une très bonne voix de radio, très personnelle et sans artifices. Les baraquements. La boue radioactive. Les malades qu'on remet au travail. Le désespoir né de la certitude qu'on ne trouvera jamais la liberté, qu'on travaillera jusqu'à la mort.
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umezzuumezzu   23 octobre 2016
Il raconta l'histoire que tous connaissaient déjà : l'exilé qui revient à Berlin, la joie d'être chez soi, les espoirs des socialistes. Puis les désillusions, l'inquiétude grandissante devant la manière dont le parti traitait ses membres, et, enfin, le refus de condamner un innocent.
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