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EAN : 9782363390387
128 pages
Éditeur : Finitude (30/11/-1)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Jack London avait deux filles, Joan et Becky. Il avait divorcé de leur mère alors que les fillettes avaient quatre et trois ans. Perpétuellement en voyage, c’est par ses lettres qu’elles apprennent à le connaître, à mesure qu’il se dévoile. C’est un père affectueux, mais exigeant, et certains passages cinglants attestent de son caractère explosif. Mais qu’il raconte des épisodes de son enfance, qu’il parle de ses livres ou du pouvoir des mots, de natation ou d’un de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
cascasimir
  18 mars 2020
"Pour conserver, il faut accepter de perdre. Et pour vivre, il faut mourir un peu."
L'amour et rien d'autre. Jack London.

Une facette de l'écrivain où il se révèle excessif et tendre avec ses 2 filles. Déconcertant, car Joan, la fille aînée prend la défense du père trop souvent attiré par..." L'appel de la forêt".
- Rien n'avait préparé Papa, à comprendre la détresse d'une petite fille triste et perdue."

Le propre père de Jack l'abandonne, à sa naissance. Jack lui écrira plusieurs fois, mais "l'autre" refusera de reconnaître son fils...

Si le lecteur aime la finesse psychologique des personnages de Jack London, il s'étonne de la réaction de l'écrivain quand nait Joan, le 15/01/1901, à la place du fils tant attendu!
Il l'appelle "ça"!

Joan, dans ses "Mémoires", raconte que son père détestait les diminutifs et avait choisi des prénoms courts ( Joan et Becky).
Et Jack rattache trop souvent ses petites filles, à ses problèmes conjugaux...

Jack quittera femme et enfants, en 1903. Et, il ne semble pas savoir quoi dire à Joan, qui n'a que 6 ans, ou à sa petite soeur Becky:
- "J'ai récupéré de vieilles dents - celles de sauvages. J'ai arraché une dent par jour à un grand cannibale noir." ( Anecdote reprise dans "La croisière sur le Snark ")

Et aussi, à Joan:
-"Souviens toi, que tu ne connais pas ton papa!"
Et pour cause!...
C'est un immense écrivain, mais un tout petit papa, pour ses 2 petites filles "tristes et perdues..."

"L'amour ne peut pas faiblir. S'il trébuche en chemin et s'écroule comme une chiffe, c'est que ce n'était pas de l'amour." Martin Eden de Jack London. ( Un roman presque autobiographique !)
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Erik35
  09 août 2017
LE DUR MÉTIER D'ÊTRE PÈRE.
«Je suis fait ainsi»... Telle est la sentence, dure, terrible, définitive, que l'illustre romancier, nouvelliste, essayiste et chroniqueur américain Jack London assène à une jeune fille d'à peine plus de treize ans, Joan, son aînée (née le 15 janvier 1901), lui expliquant comme si elle était déjà une adulte finie, indépendante, qu'à force de déception, de rendez-vous manqués, de livres achetés sur l'ardoise de son père sans l'en informer avant (le déclencheur de l'affaire), il fera comme avec ses mauvais poulains : il s'acharnera tant qu'il lui restera le soupçon de pouvoir en faire quelque chose puis, si les résultats ne viennent pas, il lâchera l'affaire, dégoûté, puis tournera la page comme s'il n'avait jamais eu cet animal entre les mains. Mise en garde terrible d'un père à sa fille.
A travers cette petite trentaine de lettres retrouvées dans les correspondances de l'auteur, parmi lesquelles trois, les plus longues, sont adressées à son ex-épouse, Bess Mardden, c'est le destin d'une paternité difficile, distante, aux contacts directs aussi irréguliers qu'espacés que l'on a affaire.
A sa décharge, il semblerait que la première épouse de London ait tout fait pour que ces rencontres fussent compliquées, celle-ci, par convention sociale que l'on pourrait qualifier de "bourgeoise", refusant catégoriquement que leurs filles puissent avoir le moindre contact avec la seconde femme de l'auteur de Croc-Blanc, Charmian London. Ainsi, Jack ne put-il jamais avoir de vrai contact avec ses deux enfants, Joan et Bess "Becky", autrement qu'en présence de son ancienne épouse.
L'existence complexe, voyageuse du second couple (il suffit de songer, entre autre, au long périple que les deux amants accomplirent de la côte californienne jusqu'en Australie qui, s'il ne dura pas les sept années rêvées, fut de deux années et demi, avec une petite interruption via paquebot pour cause d'affaires urgentes à régler, tout de même) ne facilita en rien les rapprochements réguliers. Il ne faut pas oublier non plus que ce premier mariage ne fut pas, c'est le moins qu'on puisse en dire, un mariage d'amour, du moins en ce qui concerne l'écrivain. Et si Bess London espéra un temps faire évoluer les sentiments de son époux, elle n'y parvint jamais, celui-ci s'éloignant même de plus en plus de cette femme avec laquelle il n'avait, semble-t-il, d'autre point commun que de l'avoir rencontré à une période de sa vie où elle lui avait été utile pour la mise en page de ses premières oeuvres, à une époque de très grande fécondité artistique... Or, l'idée de prendre pour femme quelqu'un avec qui il n'eut créé qu'une forme de pur contrat d'amitié, d'intérêts et de buts matériels communs, on la retrouve exprimée dans le détail dans cet étonnant ouvrage à quatre mains, rédigé avec son amie Anna Strunsky, réédité chez Libretto sous le titre de L'Amour et rien d'autre. Hélas, Bess London ne le voyait doublement pas de cet oeil-là. Elle souhaitait, en premier lieu, un mariage d'amour (qu'elle n'eut donc jamais), en second lieu, une jalousie terrible, pas totalement infondée, la prit en direction de cette Anna Strunsky dont London était déjà antérieurement amoureux. Il lui proposa même les épousailles avant de se retourner vers Bess, Anna, autrice, nouvelliste, socialiste et féministe activiste, une femme d'une très grande liberté pour l'époque, s'étant refusée à lui !
Ajoutons un manque total de référence paternelle biologique - Jack London s'appelait en réalité Griffith Chaney -, son véritable géniteur, William Chaney n'ayant jamais voulu le reconnaître. C'est le second compagnon de sa mère, John London, homme âgé mais relativement débonnaire qui pris à charge le jeune enfant totalement indésiré de ses parents - sa mère tentera même de se suicider par deux fois, tant elle ne souhaitait pas de cette maternité -.
Il y eut aussi la déception, immense, à voir une fille naître là où, comme de nombreuses générations d'homme, il n'attendait qu'un fils. Qu'enfin, à treize ans, le jeune London se débrouillait déjà presque autant qu'un adulte afin de ramener son écot à la famille, parfois même était-il pour ainsi dire le seul à gagner tout juste de quoi faire bouillir la marmite (c'est le thème de l'une de ses plus terribles nouvelles autobiographiques).
Sans oser faire de la psychologie de bas étage, reconnaissons tout de même que, comme départ dans une future vie de père, ce ne sont pas là les meilleures bases envisageables.
Ceci étant, il faut tout aussi bien reconnaître que l'on ne peut souhaiter un père pareil à quiconque. Non qu'il ait jamais battu ses filles, non qu'il ne les aimait pas non plus - quoi qu'à sa manière très personnelle - mais il est, dans un nombre majoritaire de ces courriers envoyés à l'aînée (il n'y a, en réalité, qu'une seule très courte missive envoyée à la cadette dans ce recueil), particulièrement, d'une dureté, d'une froideur et dans une relation tellement pragmatique, dans laquelle l'argent, les dettes, les histoires de biens, de locations, d'achats, etc, et autres querelles entre leur mère et lui, que cela représente bien les trois-quart de ce qu'il rédige à sa grande.
La place laissée à l'amour filial n'y est, avouons-le, que fortuit, marginal et exprimé de manière au mieux maladroite, au pire avec une certaine froideur. Il tâchera cependant de lui inculquer, lui transmettre pour être plus exact, quelques principes qu'il fit sien sa vie durant. La franchise en toute chose, la Vérité : «la vérité ne couine pas» lui assène-t-il, alors que Joan n'a encore que douze ans, mais qu'il se refuse à la voir comme une simple enfant, car «la vérité ne s'embarrasse ni de l'âge, ni de la jeunesse, ni des personnes de douze ans». de savoir faire ses choix - mais surtout pas l'enseignement : le pire qui soit. Rappelons que leur mère l'était... -, qu'il sera là pour apporter ses conseils s'ils lui semblent nécessaires. Il défend aussi ardemment un genre de "mens sana in corpore sano" des antiques, revisité, lorsqu'après lui avoir affirmé que «nos corps sont aussi magnifiques que nos esprits », il ajoute qu'«Il n'y a rien en ce monde que ton Papa n'aimerait plus demander pour toi qu'une grande intelligence, une vraie fierté, un beau corps et que, en plus du reste, ce corps soit superbement vêtu.»
S'il se félicite plus loin qu'elle ait rédigé un article dans le journal du Lycée auquel il prit lui-même part dans sa jeunesse, il ne peut s'empêcher de la reprendre sur sa grammaire qu'il estime lamentable dans ses courriers...
Père souvent injuste, père difficile et intransigeant, à mille lieux de l'homme unilatéralement généreux et accueillant qu'une certaine imagerie d'Épinal se plait à conter - même s'il faut, à sa décharge, ne jamais oublier qu'il permit à un vrai clan familial de vivre grâce à ses succès littéraires et que ses dépenses, parfois relativement somptuaires ainsi que des déconvenues en affaires et une moindre popularité vers la fin de sa vie furent à deux doigts de le mettre sur la paille à plusieurs reprises -. Et si l'on éprouve à certains passages une gêne réelle à entrer par la petit porte dans une intimité qui, malgré toute l'admiration que l'on peut avoir pour l'oeuvre impressionnante de cet auteur singulier et génial, on n'en saisit pas moins cette humanité complexe, parfois douloureuse qui ne put jamais réellement se faire entre un père dont l'amour pour ses enfants fait d'autant moins de doute qu'elle peine à pouvoir profondément s'exprimer.
L'ultime mot de Jack à Joan est d'une grande simplicité, il date du 21 novembre 1916. C'est juste une invite à se voir le dimanche d'après, avant que de prendre, une fois encore mais, selon toutes vraisemblance, définitivement, le bateau vers Hawaï où le couple Charmian/Jack se sentait si bien.
Jack fut retrouvé mort le lendemain, des suites d'une crise fulgurante d'urémie et d'une prise excessive de médicament opiacé contre la douleur. D'aucuns ont évoqué un suicide (à l'instar de son célèbre Martin Eden). Cette ultime message ne prouve rien, bien sur, mais permet d'avoir quelques doutes supplémentaires quant à la fin tragique de cet homme au destin incroyable.
C'est donc une paternité difficile, distante, compliquée et en recherche constant d'équilibre que les excellentes éditions bordelaises Finitude -dont le travail est toujours impeccablement soigné, y compris en terme de maquette - nous donnent à découvrir. Si l'ouvrage s'adresse avant tout à des passionnés de l'oeuvre et de l'existence passionnante du romancier californien, il pourra aussi intéresser les amateurs de correspondances dans ce que celles-ci peuvent avoir de plus cru, de plus proche de la vérité d'une vie, sans les fioritures ni les implications intellectuelles que l'on peut éprouver dans celles entre deux auteurs, par exemple. Un ouvrage atypique et, paradoxalement, enthousiasmant.
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Myriam3
  11 septembre 2016
Par ce petit livre, on découvre tout un versant inédit de l'écrivain dont l'image principale est celle d'un vagabond épris de liberté.
Par la préface et ce que les lettres disent, on le découvre très attaché à ses deux filles, odieusement critique envers son ex-femme - qui l'était apparemment aussi envers lui et aurait tenté de lui usurper quelques dollars - amoureux et respectueux de sa deuxième femme.
Qu'importe où il se trouve, Australie, Californie, Honolulu, Quito... il reçoit les lettres de ses filles Joan et Bess et ne manque pas de leur répondre. Il y est beaucoup question d'argent, celui qu'elles réclament pour leurs études notamment et qu'il leur envoie toujours, mais aussi de conseils, de confidences sur celui qu'il est et parfois, d'une profonde exaspération par rapport à ces jeunes filles qui vivent une enfance si différente de celle qui fut la sienne. Dans une lettre odieuse, il déclare à Joan que, comme les poulains mal dressés qui finissent par l'écoeurer dans son ranch et qu'il abandonne, sa fille, qui le déçoit par son conformisme, ne l'intéresse plus, mais qu'il ne cessera jamais de lui apporter tout le confort matériel dont il a besoin.
On ne connaîtra pas la réponse de la jeune fille, et dans les lettres suivantes, cet écoeurement semble passé.
Je m'attendais à plus de lyrisme, à une correspondance riche, profonde, intime, alors qu'il s'agit plutôt d'une excavation de fonds de tiroirs d'arrangements financiers par correspondance et une répétition de propos qui n'ont pas grand intérêt, à part quelques éclaircissements sur le caractère de l'homme de temps en temps. Bref, je les laisse en famille régler leurs comptes et je vais plutôt m'intéresser à ses romans.
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chocobogirl
  22 novembre 2014
Les écrivains sont hommes avant tout et ce n'est pas cet ouvrage qui reprend la correspondance inédite de Jack London avec ses filles qui nous contredira.
London a eu 2 filles, Joan et Becky, d'un premier mariage. Il divorça de leur mère, Bess Maddern, alors qu'elles n'avaient que 4 et 3 ans. Il vivra loin d'elles, pris par ses nombreux voyages, ses contraintes domestiques avec sa nouvelle femme et ses obligations professionnelles. Pour autant, il tentera de garder un lien avec ces dernières et débute notamment une correspondance avec Joan, âgée de 6 ans à l'époque. Il lui écrira jusqu'à ses 15 ans, sa mort survenant en 1916.
C'est tout un versant intime de l'homme de lettres qui nous est donné à voir ici. Jack London se révèle un homme coincé régulièrement dans les contingences pragmatiques de l'existence : sa situation financière instable l'oblige à tout calculer au grand dam de son ex-femme toujours prompte à lui réclamer quelque argent. Les échanges avec Bessie qui s'intercalent montre bien le conflit perpétuel entre l'ancien couple, et Jack, plutôt tolérant et généreux (il laisse à son ex-femme et son nouveau compagnon l'usage de la maison familiale dont il pourvoit en plus à l'entretien), n'hésite pas à s'insurger contre ses demandes répétées de financements supplémentaires. On ressent également cette tension dans ses courriers à Joan. Agacé d'être la bonne poire à qui on soutire de l'argent sans rendre une once d'affection, Jack n'hésite pas à évoquer ces problèmes de manière plus ou moins voilée, oubliant l'âge de sa correspondante… On s'étonne ainsi de le voir faire un scandale pour des achats inconsidérés de gommes et de crayons, ou de livres mis sur son compte sans en demander la permission.
Malgré tout, l'homme se fait parfois tendre et affectueux. On sent sa tristesse de ne pouvoir profiter de ses filles, de ne pouvoir les élever à sa manière (leur esprit étant évidement perverti par leur mère, selon London !). Il pointe régulièrement du doigt le fait que ses filles ne le connaissent pas vraiment, il réclame une attention autre, les pousse à venir le retrouver régulièrement en sa ferme mais en vain.
Parfois, il leur parle de livres, de l'importance de l'usage des mots. Il leur donne des conseils de vie pour devenir des femmes qui ne soient pas de gentilles cruches (la vision de la féminité n'étant pas des plus positives).
C'est une correspondance bouleversante qui est à lire ici. Elle peut choquer, étonner par sa violence ou le manque de compréhension devant ces petites filles qui ne doivent pas percevoir tous les non-dits qui transparaissent dans les lettres de l'écrivain. Mais ce sont aussi les lettres significatives d'un homme qui semble toujours dans l'urgence, dans la lutte contre le manque d'argent, le manque de reconnaissance, l'injustice. Certains élans qu'il a avec ses filles sont significatifs d'une ligne de conduite, de valeurs qu'il souhaite défendre jusqu'au bout ou presque. Un passage particulièrement poignant nous montre un London baissant les bras devant l'absence chronique d'investissement de ses filles envers lui, et son désintérêt naissant pour elles.
C'est beau, c'est dur, c'est la vie avec ses bons et ses mauvais moments.
C'est Jack London et sa prose magnifique, mise ici au service de l'intime.
C'est à découvrir absolument !
Lien : http://grenieralivres.fr/201..
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Warrenbismuth
  25 mai 2019
J'ai beau connaître et avoir lu une bonne partie de la bibliographie de Jack LONDON, j'ignorais l'existence de ce livre de 2014, dans lequel on entrevoit des facettes méconnues de l'homme Jack LONDON dans ce recueil de lettres écrites à sa famille entre 1907 et novembre 1916, soit quelques jours avant sa mort (la dernière lettre ici publiée semble être le dernier écrit de l'auteur). de son premier mariage avec Bess MADDERN, il naîtra deux filles : Joan et Bess (Becky). le couple va très rapidement se séparer, ainsi LONDON n'assistera pas à l'évolution, à l'éducation de ses filles qu'il verra peu. Seulement il va leur écrire, ainsi qu'à leur mère, à plusieurs reprises, ce sont ces lettres qui sont éditées dans ce court bouquin.
À la surprise générale, LONDON s'y montre rageur, hargneux et très violent, cruel même. Il dénonce la mentalité paysanne et ignorante de son ex-femme, met en garde ses filles contre les mensonges répétés de leur mère, selon lui juste bonne à entreprendre des démarches pour que l'écrivain lui reverse de l'argent, toujours plus. Dans ces lettres, il se défend de ce qu'il imagine des propos mensongers de Bess MADDERN à son encontre, il ne cesse de lui en vouloir par le truchement de ses filles, il est empli d'une rancune tenace et parfois délirante.
Plus étonnant : il se révèle égocentrique, très soucieux de l'image qu'il renvoie. Quant à Bess, elle est « mesquine, primitive, fruste ». Il donne des conseils à ses filles concernant leur avenir, mais les prévient : si elles suivent les pas de leurs mères, elles deviendront insignifiantes, alors que lui est un homme public, connu, talentueux et respecté. Un avant-goût du ton qu'il emploie pour écrire à son ex-femme : « Comme d'habitude, et comme autrefois et toujours, je gère tout et ne reçois rien en échange. Cesse un instant de croire, s'il te plaît, que tu es la seule à aimer Joan et Bess. Et n'oublie pas ce risque : moins je vois mes enfants, moins je les connaîtrai et moins je m'y intéresserai. Et dans la mesure où tu te places entre elles et moi, plus tu interviendras, plus mon intérêt déclinera, et moins j'en ferai pour elles. N'oublie pas que l'organisation que je t'ai permis d'adopter depuis quelques années maintenant, est une organisation qui t'a permis de m'aliéner les enfants, une organisation qui m'a entraîné à méconnaître mes enfants et à m'en désintéresser ».
Sur l'insignifiance, il écrit à Joan, sa jeune fille « Souviens-toi que le monde est peuplé de personnes importantes et de personnes insignifiantes. La population mondiale est presque entièrement constituée de personnes insignifiantes. C'est un choix qu'il est difficile de te faire endosser à ton âge, et le risque est qu'en faisant ce choix comme je te l'ai demandé dimanche soir, tu fasses l'erreur de choisir de devenir une personne insignifiante, dans un lieu insignifiant dans une partie insignifiante du monde. Tu vas faire cette erreur parce que tu écoutes ta mère qui est une personne insignifiante, dans un lieu insignifiant dans une partie insignifiante du monde et qui, à cause de sa jalousie de femme vis-à-vis d'une autre femme, va sacrifier ton avenir ».
LONDON se place tout au long de ces lettres comme une victime de sa femme manipulatrice, est d'une violence inouïe envers ses filles alors très jeunes pourtant, comme s'il écrivait à un adulte avec lequel il devait en découdre coûte que coûte. Il est sans filtre, sans nuance et parfois sans contrôle.
Enfant, LONDON a connu la misère. Même une fois parvenu à la notoriété, il aura parfois bien du mal à boucler ses fins de mois, alors qu'il est désormais en couple avec Charmian, sa seconde épouse, sa vraie muse. Ainsi, il prévient Bess qu'il ne pourra pas l'aider financièrement à l'éducation de ses filles qu'il ne voit d'ailleurs jamais. Il leur écrit au gré de ses voyages, d'un peu partout dans le monde. Il y parle de l'incendie de la maison de ses rêves en 1913, Glen Ellen, qu'il venait juste de terminer et dont il ne se remettra jamais totalement de la perte.
Il est obsédé par la vérité, du moins la sienne, Bess ne faisant à ses yeux que mentir sans vergogne. Dans chaque lettre se trouve une réflexion sur la vérité, le mensonge, l'idiotie de Bess, rancune tenace et violente. Malgré l'intérêt qu'il porte à ses filles, il ne peut s'empêcher de les tacler : « Mais, s'il te plaît, souviens-toi que, quel que soit ce que tu feras à partir d'aujourd'hui, cela ne m'intéresse pas. Je n'ai aucun désir de connaître tes échecs ou tes succès ; c'est pourquoi, s'il te plaît, ne me parle plus de tes notes à l'école, et ne m'envoie plus tes dissertations désormais ».
Si vous ne connaissez ni l'oeuvre ni le personnage de Jack LONDON, il ne faut surtout pas commencer par ce livre à charge, où l'auteur révèle un aspect peu à son avantage. La traduction elle-même n'étant pas exempte de tout reproche, confondant régulièrement le futur et le conditionnel. Pour les fans de LONDON dont je suis, ce bouquin est un mal nécessaire pour faire tomber le masque. Sorti aux éditions Finitude. le titre est extrait d'une lettre envoyée à sa fille Joan.
https://deslivresrances.blogspot.fr/
Lien : https://deslivresrances.blog..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   29 juillet 2017
Laisse-moi t'apprendre un petit quelque chose à mon propos : toute ma vie a été marquée par ce que, par manque d'autre terme adéquat, je dois appeler «l’écœurement». Quand je sens grandir ma fatigue ou un désintérêt général, je ressent un écœurement qui me semble devoir m'envelopper pour toujours. Alors je tourne la page, immédiatement.

Lettre à Joan,
[Glen Ellen]
24 février 1914.
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Myriam3Myriam3   10 septembre 2016
Il est tellement facile de juste dire la vérité dans ce monde que je m'étonne souvent qu'il y ait tant de gens si follement bêtes, si misérablement stupides, pour cacher la vérité.
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fanfanouche24fanfanouche24   05 juin 2015
Glen Ellen- 5 septembre 1913

mais Joan ma chère fille,

La vérité ne s'embarasse ni de l'âge, ni de la jeunesse, ni des personnes de douze ans.
Quand une Personne -de-Douze-ans dit à son père : "Ne comprends-tu pas ?", alors cette personne-de-Douze-ans a dans la vérité de son coeur quelque chose de vrai qu'elle espère que son père puisse apprendre.
Eh bien, je suis ton Papa. Je veux savoir. Quelle est cette chose que tu -sais-, que tu -penses- que je devrais savoir, que je -veux-savoir ? dis-moi.
Ni l'âge ni la jeunesse n'ont rien à voir dans l'affaire. l'affaire, c'est la vérité. Maintenant -quelle- est ta vérité ?
Souviens-toi que tout ce qui en dessous de l'absolue vérité est un mensonge et une tromperie entre toi et moi. (p.61)
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fanfanouche24fanfanouche24   05 juin 2015
Glen Ellen- 5 septembre 1913

mais Joan ma chère fille,

(...) La Vérité nécessite, si tu veux jouer franc-jeu avec elle, que nos relations soient aussi pures que les cieux, aussi honnêtes que la morsure du gel, aussi nettes que le fil de la plus tranchante des épées. (p.62)
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VielivreVielivre   20 février 2018
"Peu importe l’excellence des pensées qui fourmillent dans ton cerveau, montre toi toujours, dans ton allure et ta tenue, un délice pour tous les yeux qui te regardent".
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Videos de Jack London (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jack London
Jack London : Faire un feu (France Culture / Samedi noir). Émission “Samedi noir” diffusée sur France Culture le 12 novembre 2016. Production : Blandine Masson. Image : dessin de Patrick Chabouté pour son adaptation en bande dessinée de la nouvelle “Constuire un feu” de Jack London. Un homme qui voyage seul dans le Yukon confronté au plus destructeur de ses ennemis : le froid. Traduit par Marc Chénetier. Réalisation : Christophe Hocké. En direct du studio 110, de la Maison de la radio. Lecture Carlo Brandt. Musique composée par John Greaves. À l’occasion de la parution dans La Pléiade des “Romans, récits et nouvelles” de Jack London en octobre 2016, édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski. “Faire un feu” (paru en août 1908 sous le titre “To build a fire” dans le Century Magazine) est “le compte rendu” terrible et tragique " (pour reprendre le titre de l'essai de London sur les thèmes et les ressorts de la grande littérature), minutieusement agencé, d'une inexorable descente dans l'enfer du froid, la plus brutale description, et littérairement la plus parfaite, de la rencontre meurtrière du chétif corps humain, minuscule atome de vie perdu dans un infini de la blancheur, avec le plus immatériel et le plus destructeur de ses ennemis. Le récit n'est nulle part ailleurs chez London aussi dépouillé et concentré que dans ces pages. Comme dans bien d'autres nouvelles, ce n'est pas une intrigue qu'il déploie ou qu'il développe, mais une situation d'affrontement, un état de tension, qu'il mène, degré par degré, jusqu'au point de rupture. […] Dans un silence jamais rompu par aucune parole directement prononcée se déroule, rythmée par le passage des heures, la tragédie de la lente détérioration du corps, en même temps que s'amenuise l'espoir de survie. […] Marc Chénetier. Note publiée dans La Pléiade, extraits. Musiciens : John Greaves, Piano, chant Laurent Valero, Alto, violon, flûte, bandonéon Scott Taylor, Accordéon, kalimba, percus, cuivres Assistant à la réalisation : Pablo Valero Source : France Culture
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