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EAN : 9782330048945
443 pages
Éditeur : Actes Sud (15/04/2015)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 68 notes)
Résumé :
Trois jeunes femmes cultivées, qui vivent enfermées dans un harem à Constantinople, correspondent avec un célèbre romancier français ; l’une d’elles, Djénane, en est amoureuse. Au prix de mille dangers, le héros les rencontre, et leur promet d’écrire un livre sur leur terrible condition.
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
NMTB
  16 octobre 2017
Un roman publié en 1906 qui trouve encore des échos un siècle plus tard. Sur la forme, il contient des procédés propres à l'autofiction. Même si Pierre Loti affirme que « c'est une histoire entièrement imaginée », elle est tout de même inspirée par un fait réel auquel il a été mêlé (on en trouve très vite les tenants et les aboutissants sur internet, et même des photos dont il est question dans le roman). S'il a beaucoup réarrangé l'affaire en une histoire dramatique, en même temps simplifiée et élargie, le coeur du sujet reste la condition des femmes musulmanes, mais il pourrait aussi bien s'agir d'un roman sur les beautés moribondes d'Istanbul et de l'Islam ou sur un homme vieillissant qui hésite à faire revivre le fantôme de son amour.
André Lhéry, le double romanesque de Pierre Loti, est un auteur de roman à succès, quinquagénaire, un peu vaniteux et particulièrement apprécié par les femmes. Il connait bien la Turquie pour l'avoir visitée dans sa jeunesse, il la considère comme sa deuxième patrie. Trois jeunes musulmanes de la haute société l'admirent et prennent contact avec lui. Elles sont jeunes, rebelles, déjà très européanisées, et elles ressentent douloureusement l'oppression de la religion. Il faut préciser que la Turquie d'hier n'a rien à voir avec celle d'aujourd'hui, le poids de la religion était encore important et les droits des femmes restaient limités : Voile intégral obligatoire (le tcharchaf), mariages arrangés dans les classes aisées, harems (même si ce n'était plus que des gynécées) et quelques restes de polygamie, c'était le lot des femmes turques.
André Lhéry voit déjà des changements entre la Turquie qu'il a connu dans sa jeunesse et celle du début du vingtième siècle, il constate une occidentalisation, loin de ses vieux rêves exotiques. Il aime les mystères de l'Islam (et le voile des femmes en est un aspect), il préfère la retenue des musulmans à l'agitation européenne, le recueillement autour du narguilé plutôt que les débordements alcooliques, bref le côté asiatique d'Istanbul, alors qu'il loge du côté européen. Toutes les descriptions d'Istanbul sont évidemment très belles, pleines de tristesse et de mélancolie sur le temps qui passe. André Lhéry, un total incroyant, prend clairement parti en faveur d'un Islam traditionnel, à jamais impénétrable, plutôt que l'occident progressiste. Pourtant il est sensible à l'appel des trois jeunes filles qui lui demandent finalement d'écrire un livre sur ce qu'elles subissent.
La faute de leur mal-être, il l'impute clairement à l'Occident et pas à l'Islam. L'Islam tenait les femmes dans un doux sommeil bienheureux et l'Occident les a réveillées pour leur plus grand malheur, voilà sa manière de penser. André Lhéry est un homme de sensation plus que de conception. Il ne trouve rien à redire à l'esclavage, par exemple, car il constate que les esclaves dans la haute société turque sont mieux traités que les domestiques en Europe. de la même manière, il est davantage touché par la souffrance de ses trois amies musulmanes, comme des jeunes femmes dans une situation inconfortable, plutôt que par le concept de leur « esclavage ».
Alors certes Pierre Loti, dans Les Désenchantées, se fait en quelque sorte le porte-voix des musulmanes qui voudraient se libérer des vieilles traditions, mais il ne le fait pas avec une grande conviction. On en arrive à se demander si les plaintes de Djénane ne sont pas plus les plaintes d'une jeune fille mal aimée que celles d'une musulmane opprimée. Il éprouve au moins une certaine mélancolie à les voir se diriger vers les ennuis, mais comme quelque chose d'inévitable, comme un père regarde son enfant grandir et s'éveiller. Avec ce roman, il donne l'impression d'avoir fait le travail promis, fait avec sincérité mais pas forcément de bonne grâce.
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Taraxacum
  01 février 2020
Quelle note faut-il mettre à un livre dont certains côtés nous ont beaucoup plu...mais qui en a d'autres que nous avons franchement détestés? Résultat, Les désenchantées se trouvent avec un 3. de ce roman, j'ai aimé les personnages féminins, toutes ces malheureuses Turques qui ont découvert la littérature et la musique, qui ont vu cette ouverture au monde, et qui sont fort malheureuses au fond de leur harem, un emprisonnement que leurs propres mères et grand-mères, qui auraient pu être des alliées, renforcent. J'ai détesté André par contre, le miroir de Loti, qui prend presque pour un jeu tout cela, qui s'en amuse de cette amitié et qui les oubliera quand elles ne pourront pas le faire, elles, dans leur prison doré. Et puis, je l'ai déjà dit, je le redis, je suis prête à militer pour qu'on colle des macarons sur les couvertures pour que je n'ouvre plus jamais un livre avec ce type de clichés: je ne supporte plus le héros d'un certain âge, voire d'un âge certain, miroir de l'auteur, dont aussitôt la jolie, et très très jeune, héroïne féminine, généralement beaucoup plus intéressante, tombe amoureuse alors qu'il est fat et sans intérêt!
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JacquesBonhomme
  23 mai 2019
Quand on est pas un homme de plus de 130 ans, ou un psychanalyste spécialisé dans le fétichisme du tarbouche, ou les deux, il n'est peut-être pas évident de goûter spontanément le charme de ce livre. Je crois qu'il témoigne d'une charmante ambiguïté surannée.
Au milieu de belles images - comme toujours chez Loti le style est remarquable - on navigue dans une certaine torpeur entre la fascination érotique du harem, le regret de contempler cet Orient éternel condamné bientôt à se perdre dans la modernité, la défense des valeurs de cet Orient éternel,... et néanmoins, avec le complexe de supériorité de l'Occidental grand teint, une certaine critique de la claustration des femmes.
Pour toutes ces raisons ce livre d'un autre lieu géographique, temporel et moral peut être aussi agaçant qu'il est hypnotique. En tout cas ce livre du retour en Turquie me paraît bien plus réussi qu'Ayizadé, l'ouvrage auquel Les désenchantées répondent des années plus tard.
Êtes-vous déjà tombé amoureux d'une esclave circassienne?
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lcath
  22 avril 2020
Tout début du XXe siècle, Loti nous emmène visiter Stamboul et ses harems.
Trois jeunes femmes de la haute société turque, éduquées, raffinées, parlant français mais enfermées dans les harems et les traditions, se rebellent et décident de rencontrer un écrivain français qui a su les émouvoir au travers d'un de ses romans.
Organisant des rencontres secrètes au travers de Stamboul, les trois jeunes femmes et l'auteur vont parler "d'âme à âme". Les trois femmes décrivent une vie sous emprise qu'elles ne supportent plus et demandent à l'écrivain d'écrire un roman où il racontera leur vie et leurs souffrances malgré leur cage dorée.C'est l'occasion pour l'auteur de nous décrire à merveille Stamboul, promenades en bateau, visites de mosquée, cafés pour fumeur de narguilé, parcs, ruelles, une ville enchanteresse que l'on découvre charmé.
La mélancolie est perceptible sous chaque mot, chaque image de la ville, mélancolie des jeunes recluses mais aussi de l'auteur vieillissant. Roman d'amour, amour sans espoir juste pour la beauté du sentiment où le mystère fait vibrer le coeur.
Un très joli texte.
Lien : http://theetlivres.eklablog...
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Lampy
  14 mars 2018
Ce roman nous plonge dans l'Istanbul du début du XX° siècle, dans une Turquie en pleine mutation tiraillée entre une ouverture sur l'Occident et des vieilles valeurs.
Nous y suivons un romancier français, André Lhéry, écrivain favori et fantasmé d'une jeune ottomane, Djénane, et de ses deux cousines, Mélek et Zeyneb.
La relation qui se tisse entre l'homme de lettres amoureux d'Istanbul et les jeunes femmes cloîtrées dans un harem (une partie de la maison réservée aux femmes d'où elles ne peuvent être vue de l'extérieur) en attendant d'être mariées est avant tout épistolaire. Djénane écrit à son auteur favori, celui qu'elle a étudié lorsqu'elle apprenait le français, avant tout pour lui compter leurs malheurs à toutes trois. Sa vie d'avant Istanbul, puis le bal des prétendants, et enfin son mariage et celui d'une de ses cousines; et son divorce.
Intrigué par les jeunes femmes, Lhéry va se faire positionner à l'ambassade de France à Istanbul et les quatre personnes vont élaborer des stratagèmes, des rencontres. Les filles sortent sous leurs voiles noires et le français n'en aperçoit, au mieux, que les yeux.
Nous les suivons sur le Bosphore, tantôt dans des rencontres silencieuses, tantôt lors d'échanges plus virulents. Une amitié se tisse entre eux. Djénane et ses cousines demandent au romancier une faveur: écrire sur la condition féminine dans les harems. Sur leurs vies à elles trois.
Je ne vous raconte pas la suite, même si le résumé vous la donne en partie, c'est beaucoup plus compliqué que ce qui y est dit. La fin est magnifique, à la hauteur de tout le roman.
C'est une promenade dans Istanbul et sur le Bosphore que nous propose l'auteur. Une véritable immersion dans la société turque du début du XX° et une critique de la condition de la femme dans les hautes sphères. On pourrait presque parler d'un véritable plaidoyer pour son émancipation.
Si vous aimez les livres qui vous transporte dans d'autres pays, d'autres cultures, d'autres régions, je ne peux que vous conseiller ce livre. Les descriptions sont magnifiques et les amoureux de l'Orient seront transportés dans leur chère Istanbul.
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Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
gavarneurgavarneur   25 mai 2016
Au cœur de Stamboul, sous le ciel de novembre. Le dédale des vieilles rues, bien entendu pleines de silence, et aux pavés sertis d'herbe funèbre, sous les nuages bas et obscurs; l'enchevêtrement des maisons en bois, jadis peintes d'ocre sombre, toutes déjetées, toutes de travers, avec toujours leurs fenêtres à doubles grillages impénétrables au regard.--Et c'était tout cela, tout ce délabrement, toute cette vermoulure, qui, vu de loin, figurait dans son ensemble une grande ville féerique, mais qui, vu en détail, eût fortement déçu les touristes des agences. Pour André toutefois et pour quelques autres comme lui, ces choses, même de près, gardaient leur charme fait d'immuabilité, de recueillement et de prière. Et puis, de temps à autre, un détail exquis: un groupe de tombes anciennes, très finement ciselées, à un carrefour, sous un platane de trois cents ans; ou bien une fontaine en marbre, aux arabesques d'or presque éteint.
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gavarneurgavarneur   19 juin 2016
A mesure qu'on s'avançait le long de la Marmara, le perpétuel courant d'air du Bosphore se faisait de moins en moins sentir. Leur petite baie était loin, mais baignée d'air tiède, comme elles l'avaient prévu, et si paisible dans sa solitude, si rassurante pour eux dans son absolu délaissement! Elle s'ouvrait au plein Sud, et une falaise en miniature l'entourait comme un abri fait exprès. Sur ce sable fin, on était chez soi, préservé des regards comme dans le jardin clos d'un harem. On ne voyait rien d'autre que la Marmara, sans un navire, sans une ride, avec seulement la ligne des montagnes d'Asie à l'extrême horizon; une Marmara toute d'immobilité comme aux beaux jours apaisés de septembre, mais peut-être trop pâlement bleue, car cette pâleur apportait, malgré le soleil, une tristesse d'hiver; on eût dit une coulée d'argent qui se refroidit. Et ces montagnes, tout là-bas, avaient déjà leurs neiges éblouissantes.
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gavarneurgavarneur   28 mai 2016
Alors il se rappela que Stamboul, la ville du silence tout le reste de l'année, était, pendant les nuits du Ramazan, plein de musiques, de chants et de danses; parmi ces foules, il est vrai, on n'apercevrait point les femmes, même pas sous leur forme ordinaire de fantôme qui est encore jolie, puisque toutes, depuis le coucher du soleil, devaient être rentrées derrière leurs grilles; mais il y aurait mille costumes de tous les coins de l'Asie, et des narguilés, et des théâtres anciens, et des marionnettes, et des ombres chinoises.
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NMTBNMTB   11 octobre 2017
Oh ! ce demain, pour la mariée !... ce jour entier, à jouer la comédie, ainsi que l'usage le commande, et à jouer bien, coûte que coûte ! Ce jour entier, à sourire comme une idole, sourire à des amies par douzaines, sourires à ces innombrables curieuses qui, à l'occasion des grands mariages, envahissent les maisons. Et il faudrait trouver des mots aimables, recevoir bien les félicitations ; du matin au soir, montrer à toutes un air heureux, se figer cela sur les lèvres, dans le regard, malgré le dépit et la terreur... Oh ! Oui, elle sourirait quand même ! Sa fierté l'exigeait du reste : paraître là comme une vaincue, ce serait trop humiliant pour elle, l'insoumise, qui s'était tant vantée de ne se laisser marier qu'à son gré, qui avait tant prêché aux autres la croisade féministe...
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andreas50andreas50   21 février 2020
" Mon corps a été livré par contrat à un inconnu, et je le lui garde parce que je suis honnête : mais mon âme qui n'a pas été consultée, m'appartient encore, et je la tiens jalousement close, en réserve pour un amant idéal... que je ne rencontrerai peut-être point, et qui, dans tous les cas, n'en saura sans doute jamais rien."
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Pour elle, la campagne a été une chance. La dessinatrice Catherine Meurisse livre, avec sa bande dessinée « Les grands espaces », aux éditions Dargaud, le récit de son enfance passée au plus près de la nature : découverte des plantes, des arbres, mais aussi des ravages de l?agriculture intensive et du remembrement. le tout sous l?égide des écrivains, comme Pierre Loti et Marcel Proust, et des peintres, qu?elle découvre et qui feront d?elle la dessinatrice que nous connaissons aujourd?hui.
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