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EAN : 9782848654966
109 pages
Sarbacane (07/03/2012)
3.92/5   101 notes
Résumé :
Vous ne savez pas distinguer un chef-d'oeuvre d'une croûte ? Laissez Baudelaire vous l'apprendre. Vous ne pouvez pas vois les fruits de mer en peinture ? Diderot risque de vous convaincre du contraire. Les impressionnistes vous lassent ? Zola vous remettra le compas dans l'ail... Après Mes hommes de lettres, visitez le musée idéal de Catherine Meurisse, où les peintres et les écrivains nourrissent des amitiés extraordinaires pour l'amour de l'art.
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Sur une rive, la littérature, sur l'autre, la peinture.
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Ce tome regroupe une douzaine d'histoires courtes évoquant par ordre chronologique des relations entre un écrivain et des artistes. Sa première édition date de 2012. Il a été entièrement réalisé par Catherine Meurisse pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend quatre-vingt-quinze pages de bande dessinée. Il peut être considéré comme une suite thématique de Mes hommes de lettres : Petit précis de littérature française (2008) dans lequel elle évoquait ses écrivains de prédilection, chacun disposant d'un chapitre, l'ensemble formant une fresque de morceaux choisie de l'histoire de la littérature. Chaque histoire comprend entre deux et treize pages.

Sur une rive, la littérature, sur l'autre, la peinture. Entre les deux, un pont qu'empruntent les écrivains et les peintres, fascinés par la beauté d'une toile de l'un, puisant l'inspiration d'un roman de l'autre. Voici quelques petites histoires de grandes amitiés entre les arts. - La vie de l'esprit, six pages, comment le philosophe Diderot se vide la tête au musée, tout en remplissant la nôtre. En 1765, Diderot achève sa collaboration à l'Encyclopédie. Il est temps pour lui de profiter de vacances de l'esprit, car il a donné vingt ans de sa vie à ce dictionnaire, il a enfin droit lui aussi au repos futile. Dans sa demeure, son serviteur Jacques lui apporte le courrier : des factures, une carte postale de Friedrich Melchior Grimm séjournant chez Catherine II, qui lui demande de s'occuper de sa revue. Denis Diderot décide alors de profiter de la revue de Grimm, en développant une activité de critique littéraire artistique : ses Salons, compte-rendus à la fois techniques et poétiques des expositions de l'Académie des Beaux-Arts, rédigés dès 1759, font de lui le pionnier de la critique d'art – à une époque où l'on prétend que seuls les peintres peuvent juger de la peinture. Il se livre à cet exercice avec La raie (1728) de Jean Siméon Chardin.

Masterclass, huit pages, comment Delacroix casse du sucre sur le dos d'Ingres, laissant des miettes partout chez George Sand. Dans sa demeure, George Sand enjoint Eugène Delacroix à cesser de se trémousser, car ils sont attendus à dîner. le potage va refroidir. À propos de soupe, il lui demande si elle a vu la Stratonice de Jean-Auguste-Dominique Ingres. La réponse est positive : elle a trouvé ça puéril et maniéré. Elle continue : Ingres est un homme de génie, mais ce qui lui manque, c'est la moitié de la vue, la moitié de la vie, la moitié de la peinture… Grave infirmité qu'on lui pardonnerait s'il n'érigeait pas son impuissance en système. Delacroix lui suggère de juger l'oeuvre, et d'oublier l'homme. Elle rétorque que c'est bien dit pour quelqu'un qui ne peut le souffrir. le problème c'est que, quand un tableau accuse une paralysie mentale à ce point, elle ne peut s'empêcher de déplorer l'erreur du maître. Sa Stratonice a l'air d'avoir un balai dans… Dans l'Antiochus. Delacroix en rajoute en lui demandant si elle a remarqué comme Ingres confond couleur et coloration.

Avec Mes Hommes de lettres, l'autrice évoquait directement les écrivains qui l'ont construite en tant que personne, et en tant qu'artiste. Ici, elle évoque les grands peintres qu'elle a découverts et appréciés par l‘entremise d'écrivains célèbres, faisant preuve d'humilité, en transmettant à son tour la parole de ces grands auteurs, en s'effaçant derrière eux et leurs critiques d'art. Au cours de ces dix chapitres, elle met en scène successivement Denis Diderot comme premier critique d'art, commentant La raie de Jean Siméon Chardin (1699-1779), puis François Boucher (1703-1770), Jean-Baptiste Greuze (1725-1805). Viennent ensuite Eugène Delacroix (1798-1863) parlant peinture à Frédéric Chopin (1810-1849), en présence de George Sand (1804-1876), Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil). Théophile Gauthier (1811-1872) et sa myopie se lançant dans des travaux de critique sur Gustave Moreau, Gustave Doré, Ingres, Théodore Chassériau, et Eugène Delacroix. Charles Baudelaire (1821-1867) en 1862 transformé en guide du musée d'Orsay pour donner son avis sur les croûtes (Jean-Léon Gérôme, Amaury Duval, Jean-François Millet), puis le plus grand des plus grands (Eugène Delacroix), et un moderne (Édouard Manet). Émile Zola (1840-1902) avec Eugène Delacroix, Édouard Manet, Claude Monet, Auguste Renoir, Berthe Morisot, Edgar Degas, Gustave, Camille Pissarro, Alfred Sisley et Paul Cézanne. Marcel Proust (1871-1922) fréquentant les salons des impressionnistes pour composer le personnage du peintre Elstir. Jean Lorrain (1855-1906, Paul Alexandre Martin Duval) racontant une toile de Gustave Moreau dans son roman Monsieur de Phocas (1901). La relation entre Man Ray (1890-1976, Emmanuel Radnitsky) et Kiki de Montparnasse (1901-1953, Alice Prin). le chapitre suivant est consacré à la relation entre Pablo Picasso (1881-1973) et Guillaume Apollinaire (1880-1918), alors que le tableau La Joconde est dérobé au musée du Louvres. C'est enfin Honoré de Balzac (1799-1850) qui écrit le chef d'oeuvre inconnu (1831) qui sera ensuite illustré par Pablo Picasso.

Le lecteur est surpris de découvrir la diversité des approches pour évoquer la pratique de la critique de l'art. Diderot commente les tableaux avec fougue, Eugène Delacroix n'hésite pas à s'exprimer sur ses confrères, et Charles Baudelaire réalise la visite guidée d'un musée. D'un autre côté, l'observation des oeuvres d'art et la fréquentation des peintres amènent Marcel Proust à composer un personnage peintre lui-même pour La recherche du temps perdu. Jean Lorrain écrit un roman sur la recherche du regard le mieux rendu et comment cela peut rendre fou un homme. Puis il s'agit du vol de la Joconde. La scénariste met à profit la diversité des critiques, de leur métier, de leur statut social, produisant un effet de renouvellement, évitant toute redondance. L'artiste dessine dans un registre descriptif, mêlant formes simplifiées et exagérations de l'expression des visages et des mouvements corporels. le lecteur sourit en voyant les mimiques de Diderot, son agitation, son visage comme exploser vers le haut quand il reçoit une baffe magistrale. Chopin est irrésistible avec sa longue tignasse qui masque son visage, et ses torrents de larmes, ce qui contraste fortement avec le comportement plus posé de George Sand. Charles Baudelaire est habité par l'intention de ses émotions. Zola apparaît beaucoup plus posé et réfléchi. Proust ressemble à un vrai dandy en proie à une vive curiosité. Balzac gesticule plus. Il n'est pas possible d'accuser Catherine Meurisse d'idolâtrie vis-à-vis de ces grands écrivains, et pour autant elle les met en scène en étant en phase avec leur personnalité d'auteur.

Le lecteur guette (et trouve) les ressemblances dans ces personnages historiques célèbres. Il est tout aussi impressionné par la capacité de l'artiste à évoquer les tableaux célèbres des grands peintres, avec ces traits de contour encrés et comme un peu tremblés ou mal assurés. À chaque fois, il reconnaît du premier coup d'oeil l'oeuvre concernée : aussi bien La raie (Chardin) que La grande odalisque (Ingres), Un enterrement à Ornans (Courbet), La liberté guidant le peuple (Delacroix), Les glaneuses (Millet), le déjeuner sur l'herbe (Manet), Les raboteurs de parquet (Caillebotte), Guernica (Picasso), etc. Il est probable qu'il découvre également quelques oeuvres qu'il ne connaissait pas. Il remarque que l'artiste met en oeuvre une narration visuelle variée et riche. Elle peut aussi bien passer de cases avec un arrière-plan regorgeant de détails, qu'à une suite de trois cases s'attachant au mouvement d'un personnage, avec un arrière-plan vide. Au fil des pages, le lecteur se surprend à ralentir son rythme pour prendre le temps d'admirer une case ou une prise de vue remarquables : la façade de l'habitation de Diderot, la rampe en fer forgé de l'escalier, le superbe jardin de la demeure de George Sand à Nohant, le démontage en règle du décor du tableau Stratonice et Antiochus (Ingres) par Delacroix, l'énoncé des peintres souffrant de la vue (astigmate pour El Greco, strabisme divergent pour Rembrandt, cataracte pour Monet, dégénérescence maculaire pour Degas, xanthopsie pour Van Gogh, dacryocystite pour Pissarro, sclérodermie pour Klee, hémorragie dans l'oeil droit et cécité dans l'oeil gauche pour Munch), Charles Baudelaire agitant son parapluie pour que les visiteurs ne le perdent pas de vue, Proust de promenant dans les plages de Monet, Boudin, et Manet, le policier se retrouvant dans les Enfers, Arsène Lupin, ou encore Vénus dans son conque et ramassant des champignons.

L'art de la critique exercée par des écrivains vis-à-vis de peintres, mais pas seulement : et ça peut faire une BD, ça ? le lecteur peut faire confiance à Catherine Meurisse pour lui raconter tout ça avec une verve et un enthousiasme communicatif, et non feint. Il sent qu'elle a apprécié de voir ces chefs d'oeuvres (et quelques croûtes) par les yeux de maîtres de la langue française tentant d'exprimer leur ressenti devant ces tableaux, de décortiquer ce qui fait une grande oeuvre. Il découvre des chapitres relativement courts, et denses, il n'y a qu'à songer au nombre d'artistes évoqués. Il ne se sent ni perdu, ni exclu car l'autrice évoque en majeure partie des chefs d'oeuvre connus du très grand public. Il se dit qu'il retournerait bien en voir quelques-uns sur cette liste, à commencer par les Delacroix, car il les percevra différemment, avec plus de discernement après cette bande dessinée. Il se met à rêver d'un second tome sur l'art moderne.
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Auteure de bandes dessinées et dessinatrice pour Charlie Hebdo depuis dix ans, Catherine Meurisse a vécu le massacre du 7 janvier comme une tragédie personnelle, qu'elle a raconté en détail dans le bouleversant La Legereté, un roman graphique paru en début 2016. Une oeuvre magnifique dans laquelle elle rend hommage à la culture, et à « cette légèreté indispensable de l'être », qu'il faut s'efforcer de conserver après la tragédie.

Dans un ambitieux roman graphique qu'elle avait initié avant le massacre de Charlie Hebdo, mais qui ressort dans une très belle nouvelle édition publiée aux éditions Sarbacane, elle change de registres en s'interessant aux p etites histoires de grandes amitiés entre peintres et écrivains.

La passerelle entre deux arts majeurs que sont la peinture et la littérature. s'apellent le Pont des arts.

Catherine Meurisse a la bonne idée de l'emprunter dans sa dernière BD et nous amène dans une jolie promenade d ans l'histoire de l'art, en ressortir des anectodes véridiques, et les raconter de façon très ludique.

Des relations parfois passionnées parfois orageuses, entre les écrivains et leurs alter-ego les peintres se découvrent au fil des pages de cette BD aussi ludique qu'érudite : Diderot et Zola, Proust et Balzac, Théophile Gautier, Baudelaire dialoguent ainsi à travers leurs oeuvres face à Vermeer, Manet, Gustave Moreau ou Paul Cézanne.

Ce petit cours d'histoire de l'art drôle et pédagigique est à recommander pour tous ceux qui veulent s'instruire sous un angle inédit et plus léger qu'à l'accoutumée.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Le Pont des Arts nous raconte la rencontre entre la peinture et la littérature du XIXe siècle au début de XXe. Jusqu'à lors, ces deux arts se tenaient à distance, mais avec le romantisme, les différents Arts se sont rapprochés. Catherine Meurisse nous le raconte sous forme d'anecdotes, de citations, avec quelques digressions humoristiques, et un style parfois iconoclaste. C'est une suite d'histoires, en quelques pages, tournant autour d'un auteur, d'un peintre, d'un petit groupe, à différentes périodes. Il y a quelques beaux moments : ceux où les citations sont mises en situation, avec quelques belles réflexions que cette période à favorisé. Mais l'ensemble reste assez anecdotique, on sent un coup d'essai que Catherine Meurisse concrétisera plus tard avec plus de profondeur dans son “Delacroix”.
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Avec "le pont des arts" Catherine Meurisse évoque les liens entre peinture et littérature à travers diverses saynètes mettant en scène des écrivains célèbres discourant sur les grands peintres. Ainsi Baudelaire étrille Millet avant de s'enthousiasmer pour Delacroix, George Sand et Théophile Gautier taillent un costard à Ingres, Apollinaire et Picasso ont des sueurs froides lorsque la Joconde est dérobée, etc ...

C'est très érudit, c'est très drôle, le dessin est très plaisant mais je sais déjà que je ne retiendrai pas grand chose de ma lecture. Les sujets abordés ont beau être passionnants, le traitement trop rapide, trop axé sur une outrance un peu fofolle ne permet pas à ma petite tête de retenir les informations et de s'imprégner du propos.
Reste une lecture très sympathique et l'envie de voir ou revoir les tableaux évoqués.

Challenge B.D 2017
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Je n'ai pas du tout accroché à cette bande-dessinée qui est une recueil de petites histoires illustrant des amitiés entre peintres et écrivains, le tout avec l'humour pas toujours très subtil de Catherine Meurisse et ses dessins assez caricaturaux.
En fait, il n'y a pas une vraie histoire (ou plusieurs vraies petites histoires) mais une suite de sketches assez décousus mais bourrés de références artistiques (peinture, littérature, etc)
J'ai survolé la seconde moitié du livre tellement je n'étais pas dedans...
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critiques presse (8)
Ricochet
03 décembre 2019
Catherine Meurisse aime les arts. Tous les arts, des lettres à la peinture. Elle aime aussi beaucoup l'humour. Elle a le trait doué et caricature à la perfection les tableaux les plus célèbres. Dans cette bande dessinée époustouflante, elle rend compte des complicités et des inimitiés entre écrivains et peintres à travers les siècles.
Lire la critique sur le site : Ricochet
BDGest
21 mai 2019
Hilarant, parfaitement étayé et pétillant d’espièglerie, Le pont des arts est une lecture prenante, parfois un peu trop bavarde, mais ô combien enrichissante et passionnante. Amateurs d’Histoire de l’Art, précipitez-vous !
Lire la critique sur le site : BDGest
Auracan
26 avril 2012
Un bon mot, une mimique impayable, Catherine Meurisse nous amuse des égos des créateurs torturés. Comme toujours, on apprend plein de choses et le plaisir croît à chaque lecture.
Lire la critique sur le site : Auracan
BoDoi
24 avril 2012
atherine Meurisse excelle à plaquer un propos esthétique fort sur une anecdote gaguesque. Faisant oeuvre de pédagogie de façon épatante, délicate, hilarante.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Liberation
02 avril 2012
Catherine Meurisse est caricaturiste, amplifiant les éternuements de Chopin jusqu’à saloper le mur de chez Sand (qui lui administre des suppositoires) ou montrant Ingres en vieil obsédé (82 ans au moment du Bain turc), pris de furie numéraire […].
Lire la critique sur le site : Liberation
Culturebox
29 mars 2012
Un grand merci à Catherine Meurisse pour ce petit cours d'histoire de l'art, et pour les références en fin de livre qui évitent de rester perplexe et gêné quant à la véracité de tel ou tel élément !
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Telerama
21 mars 2012
Ce survol en neuf tableaux est guidé par le bon plaisir de l'auteur, qui a butiné en toute subjectivité situations et citations, aphorismes étincelants, points de vue iconoclastes et idioties d'époque, pour les remixer en mini-comédies d'une savoureuse pertinence.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeMonde
19 mars 2012
Une dizaine de minirécits tous plus hilarants les uns que les autres plongent dans les affres comparées de la création artistique.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
Charles Baudelaire – L’art est un bien infiniment précieux, c’est un breuvage à la fois rafraîchissant et réchauffant… Il rétablit l’estomac dans l’équilibre naturel de l’idéal. […] À quoi sert la critique d’art ? À ouvrir plus d’horizons. Je vous explique. Pour être juste, un critique d’art doit être partial. Passionné. Politique. Amusant. Poétique. À mon avis, le meilleur compte-rendu d’un tableau pourrait être un sonnet. La prétention du critique d’art, c’est de vous permettre de distinguer le chef d’œuvre d’une grosse croûte. Tenez par exemple en voilà une belle de croûte : Jean-Léon Gérôme, un combat de coqs, 1846. Visez-moi ces chocottes. Théophile Gauthier appel ça l’école néo-grecque. Moi, j’appelle ça l’école des pointus. De la peinture en cul-de-poule. Ça suinte l’érudition là-dedans ! Le meilleur moyen pour masquer l’absence d’imagination ! Qu’est-ce que c’est que cette pastorale antique de basse-cour ? Puérilités ! Et regardez-moi ces teintes pâles obtenues par des frottis impalpables, hein ? Pratique pour éviter les difficultés d’une peinture riche et solide ! Je vais vous dire une chose : M. Gérôme ne jouit pas de la pure peinture. Il ne fait que s’amuser d’un épisode érudit. De toute façon, Gérôme n’a jamais été original : il oscille mollement entre Ingres et Delaroche. Autant Ingres a du talent, autant l’école d’Ingres, c’est la cata ! Les suiveurs d’Ingres ont copié son système froidement. Aucun d’entre eux n’a su transmettre sa passion pour l’Antiquité, pour les corps, pour la chair. […] Dans le même genre de croûtes orgueilleuses, je ne vous parle même pas des glaneuses de Millet. Les paysans de Millet sont des pédants qui ont une trop haute opinion d’eux-mêmes. Ils étalent une manière d’abrutissement sombre et fatal qui me donne envie de les haïr. Tous ces pitres font de la mauvaise cuisine ! Ce sont des ennemis du soleil ! Heureusement, il y a le plus grand des plus grands, le plus original des temps moderne… Eugène Delacroix ! Là, vous avez la sauvagerie de la peinture pure, et on de la peinture astiquée ! Delacroix est un inventeur servi par une technique éblouissante qui fait de chaque toile un véritable drame.
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C’est en traînant ses guêtres dans les salons que Proust rencontre les peintres Bonnat, Forain, Toulouse-Lautrec, Vuillard, Puvis de Chavannes, les impressionnistes, Whistler, Paul Helleu (surnommé le Watteau à vapeur). Le goût de Proust en matière d’art se forge à leur contact. Toutes ses idées sur la peinture se retrouvent dans un personnage de peintre fictif absolu : Elstir. Ainsi le narrateur de la Recherche, double de Proust, s’extasie : L’atelier d’Elstir m’apparaît comme le laboratoire d’une sorte de nouvelle création du monde. Et pour cause : les toiles d’Elstir sont nourries de celles de Claude Monet : Elstir sait habituer les yeux à ne pas reconnaître de frontière fixe entre la terre et l’océan. D’Eugène Boudin : Des hommes qui poussent des bateaux à la mer courent aussi bien dans les flots que sur le sable. D’Édouard Manet : Sable qui, mouillé, réfléchit déjà les coques comme s’il avait été de l’eau. J’espère souvent que le temps soit assez favorable pour aller retrouver dans la réalité ce qui m’exalte si fort, pour voir du haut de la falaise les mêmes ombres bleues que dans les tableaux d’Elstir. Elstir serait donc la somme des impressionnistes contemporains de Proust qui, au préalable, aurait connu sa période symboliste, à l’ombre d’un Gustave Moreau.
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Théophile Gauthier – Delacroix exprime toutes les fièvres et tous les rêves de notre époque ! En cela, il ressemble à Victor Hugo : même fougue, même tempérament. Delacroix ne va pas, comme Hugo, jusqu’à voir dans la silhouette de Notre-Dame de Paris, l’initial de son nom. En même temps, c’eut été grotesque. Comme Hugo, Delacroix revisite l’histoire avec sa flamboyance personnelle. Exemple : la Révolution de juillet (1830) guidant le peuple. Imaginez demain une peinture d’histoire aussi épatante, mais qui hisserait un sujet de tous les jours au rang de scène de genre : ça, ce serait fortiche ! Jusqu’ici, les grands formats ne sont réservés qu’aux scènes historiques, mythologiques et religieuses.
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Émile Zola – De ces Impressionnistes, monsieur Claude Monet a la personnalité la plus accentuée. Avez-vous vu ses gares ? Voilà le sujet moderne ! Comme la forêt, ou les fleuves, jadis ! Monsieur Renoir, quant à lui, peint des femmes charmantes. Son Bal du moulin de la galette est d’une intensité de vie extraordinaire. Les toiles de mademoiselle Berthe Morisot sont d’une couleur fine et juste. Monsieur Degas, lui, est un dessinateur d’une précision admirable : ses figures ont un reflet étonnant. M. Caillebotte ne recule devant aucun sujet moderne grandeur nature, c’est saisissant. La nature de Pissarro et Sisley est d’une vérité frappante. Quant à Cézanne, il est à coup sûr le plus grand coloriste du groupe, mais… Il n’est pas encore tout à fait au summum de son talent ; disons que, quand il se possèdera tout entier, là, il produira des œuvres supérieures.
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Ambroise Vollard est un fameux marchand de tableaux qui découvre Picasso et l’expose pour la première fois en 1901. En 1931, Picasso s’attelle au projet de Vollard avec passion : illustrer la nouvelle Le chef d’œuvre inconnu, de Balzac. Sa fascination pour le personnage de Frenhofer ne laisse aucun doute sur son identification au vieux peintre que Balzac décrivait comme le maître de sa génération. Mais les gravures de Picasso laissent le public perplexe. Ses eaux fortes et ses bois gravés, où des réalisations cubistes voisinent avec des silhouettes inspirées d’Ingres, déconcertent. Jusqu’à ce que l’étonnement laisse place, comme toujours à de l’admiration.
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