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ISBN : 2253069701
Éditeur : Le Livre de Poche (15/03/2017)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 57 notes)
Résumé :
Rome, 1598. L'Inquisition sévit contre les hérétiques. Enfermés dans des cellules, affamés, torturés, ces derniers reçoivent à la veille de leur exécution sur le Campo dei Fiori la visite d'un inquisiteur pour les inciter à se repentir et à reconnaître publiquement leurs fautes.Venu prendre des « leçons d'Inquisition », un carme d'Avila demande à suivre la dernière nuit d'un condamné. Malgré sept ans de prison et de tortures, celui-ci ne s'est jamais repenti. Son no... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Fortuna
  26 avril 2018
Fin du 16ème siècle en pleine Inquisition, un jeune carme espagnol quitte sa ville Avila avec d'autres pèlerins pour rejoindre Rome. Il a pour but de parfaire ses connaissances en matière de lutte contre les hérétiques auprès des Italiens. Il est reçu par le consulteur Robert Bellarmin qui accepte qu'il soit initié aux pratiques des hérétiques pour mieux les reconnaître et les punir, c'est-à-dire majoritairement les envoyer au bûcher…La force et l'intérêt de son récit c'est de décrire de l'intérieur l'état d'esprit de ces hommes, aveuglés par la foi, persuadés d'agir pour le bien de ceux qu'ils qualifient d'hérétiques, décrivant en toute bonne foi les tortures infligées pour les faire avouer, les procès expéditifs puis l'exécution en place publique. Aucune haine ne les anime, simplement une conviction d'agir pour sauver le monde et les hommes d'un fléau. Et pour cela tous les moyens sont bons : dénonciations, trahisons, enfants incités à dénoncer leurs parents, les voisins, les familles, tous doivent signaler le moindre faux pas, la moindre phrase suspecte…Un climat que l'on peut retrouver dans toute dictature basée sur la parole unique et la terreur. C'est là que l'histoire de Sándor Márai qui a connu le nazisme et le communisme rejoint celle de L'Inquisition car les mêmes mécanismes sont en oeuvre.
Mais à la fin de son séjour notre carme va suivre la dernière nuit d'un condamné resté célèbre dans l'Histoire, Giordano Bruno. Et là, face à cet homme libre, que huit années de procès n'ont pas fait renoncer à ses convictions, il va être saisi du sentiment de l'inutilité et peut-être de la monstruosité de sa tâche…renforcée par une dernière conversation avec Robert Bellarmin et la lecture du « Manuel de l'Inquisiteur » de Nicolau Eymerich. Jetant le livre à l'eau, il choisit l'exil.
Livre puissant qui souligne l'extrême cruauté des hommes envers leurs semblables particulièrement lorsqu'elle sert une cause divine ou politique, en fait un pouvoir absolu qui s'arroge un droit de vie ou de mort sur tout individu, utilise la censure car les livres sont plus dangereux que les armes et la croyance beaucoup plus utile que la connaissance, et règne par la division. Et malheureusement toujours terriblement d'actualité.
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spleen
  13 août 2017
En 1598, un jeune moine castillan, originaire d'Avila, séjourne à Rome pour quelques mois chez ceux qui sont devenus maitres dans l'art de l'inquisition, il est là pour observer leur méthodes et les transmettre à ces frères en Espagne , nous appellerions cela "stage de perfectionnement" à notre époque . C'est un élève appliqué qui commence par apprendre l'italien puis assiste aux  veilles des "confortateurs", des hommes , certains laïcs, qui se réunissent pour inciter au repentir les hérétiques et vérifier  la sincérité des conversions .
L'inquisition, dans ce roman n'est en fait qu'un prétexte, un exemple historique du totalitarisme dans toutes ces formes, là, en l'occurrence la religion catholique pour un écrivain qui a fui sa Hongrie natale devenue communiste après avoir été nationaliste et proche du troisième Reich .
On ne peut s'empêcher de penser également à l'Holocauste lorsque le Padre Alessandro explique au jeune moine que les sentences individuelles ne suffiront pas ...
L'arrivée de l'imprimerie est perçue elle aussi comme dangereuse car échappant au contrôle de l'église et par la diffusion plus facile des oeuvres considérées comme hérétiques ou païennes  , on est pas loin des bûchers de livres .
On sait d'emblée que le moine ne retournera pas à Avila, qu'il choisit l'exil à Genève ; les raisons de son revirement ne sont pas uniquement dues , comme le résumé de l'ouvrage le laisse supposer ou la traduction du titre, à la dernière nuit avant son exécution de Giordani Bruno , un religieux qui ne renie rien et ne se laisse pas fléchir par les propos des confortateurs , ce qui ébranle fortement le jeune castillan , c'est un processus beaucoup plus complexe , lent et insidieux qui, à mon avis, vient aussi de sa dernière conversation avec le cardinal Bellarmin, celui qui l'avait accueilli lors de son arrivée et dont les paroles avant son retour en Espagne ouvrent une brèche dans la certitude du jeune homme , cela rejoint les convictions de l'écrivain lorsqu'il a lui même choisi l'exil comme le moine dont il nous conte l'histoire : la liberté de penser que l'on ne peut ôter à l'homme même en l'incarcérant, en muselant sa parole ou en le condamnant au feu du bucher !
Une écriture remarquable et un sujet de réflexion qui est toujours , malheureusement d'actualité .
Je vous encourage à lire ce texte parfois un peu ardu mais si marquant .
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ATOS
  04 octobre 2017
On tranche, on brûle, on juge, on sentence, on chasse, on pend. Au nom d'une loi, au nom d'un dieu, ou au nom d'une idéologie. Tous les crimes contre l'humanité ont leurs penseurs. Discours ou prêche, défilé ou procession, à chacun ses martyrs, à des millions : des fosses communes ou le silence d'une montagne de cendres.
Livre indissociable de la vie de Sandor Marai. Fuyant la guerre, le fascisme, le stalinisme, son écriture récite la seule prière digne d'être lue parmi les hommes : « Savoir vaut davantage que croire ».
Nous sommes au 16e siècle. Rome. L'inquisition espagnole veut apprendre de la grande inquisition italienne. Procès, tortures, exécutions. On rédige, on instruit, on prend note. Grand traité, petit manuel du parfait inquisiteur. Giordano Bruno ne lâchera rien. L'univers infini, existe, nous le savons. Mais celui qui ne fait pas d'un dieu ou une d'une idéologie le centre du monde est coupable d'hérésie. Hérésie ...du grec αἵρεσις / haíresis : choix, préférence pour une idée ou pensée.
Un choix, ...une liberté. A parler librement, à penser librement. Penser par exemple qu'  « un homme est peut compter plus qu'un troupeau ». S'interroger : «  Qu'est-ce qui est préférable : l'insouciance dans un endroit où l'on ne peut rien écrire ouvertement ou l'inquiétude dans un autre où l'on peut scribouiller en liberté ? »
Ce qui est remarquable dans ce roman c'est la malheureuse éternité de ce qu'il contient et l'espoir qu'il recèle.
C'est également ce que ce 16e siècle, et les siècles qui l'ont précédé, colportaient déjà à notre porte.
Ce que l'histoire engendre, porte dans ses entrailles. Ce que l'on peut y lire, ce qu'il faudrait comprendre, ce qu'elle annonce.
« Là où l'on brûle les livres, on finit par brûler des hommes. » écrivait Heinrich Heine, .. et là où on brûle un homme, tout est fini.
Effroyable récit où l'on voit un peuple, une société entière, du plus petit au plus grand, du plus riche au plus pauvre, tous être certains.
Certains. Certains de ce qui est dit, proclamé, jugé, certains , sans qu'aucun doute, sans qu' aucune question ne viennent arrêter la main du bourreau. Assassins de bonne foi. Où commence la complicité , où s'arrête la soumission ? L'habit ne fait pas le moine, quelque que soit son obédience.
Comment alors reconnaître un diable ou un bon dieu ? Et si tout cela , pour finir, ne regardait qu'eux..
Et quant aux hommes.. il leur reste l'avenir pour faire infiniment mieux.
Astrid Shriqui Garain


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ivredelivres
  15 février 2016
Michel Onfray vitupère dans plusieurs de ses livres contre toutes les religions à l'origine de bien des violences, de bien des guerres. On peut le trouver parfois excessif certes mais voici un roman qui lui donne mille fois raison et qui de plus est superbement écrit.
L'Italie à l'approche de 1600, Sándor Márai nous propose ni plus ni moins que d'assister à la formation d'un moine de l'Inquisition, quand je dis formation je devrais dire perfectionnement car notre jeune moinillon a déjà été à bonne école à Avila.
En Espagne l'Inquisition s'est déjà exercée à faire parler, à faire abjurer juifs et musulmans et notre jeune moine à déjà eu l'occasion de voir les effets des tourments infligés : « suspension par la corde, le supplice de l'eau, du feu et du brodequin français » il y a admiré les religieux qui encourageaient le bourreau à « arroser le bois sec de poix » afin que le bûcher monte haut et clair dans la nuit castillane.
L'Inquisition italienne trouve cela un peu tiède et notre moine est reçu et hébergé par une confrérie de volontaires qui vont le former par l'exemple car ils ont pour mission d'inciter au repentir « par tous les moyens » les hérétiques soumis à leurs bons offices.
Pendant les 16 mois de son apprentissage notre futur inquisiteur obéit sans se rebeller, obéit comme ont obéit les dignitaires nazis, les procureurs soviétiques ...
Il tient une sorte de journal pendant son séjour et c'est par sa voix que le lecteur entre dans ce monde de ténèbres où il importe de
« réduire à néant tous les livres, auteurs et lecteurs louches parce qu'il n'y aurait pas d'ordre dans le monde tant que vivraient des hommes qui feraient l'expérience de penser par eux-mêmes » car l'invention de l'imprimerie est un quasi péché qui permet la diffusion d'idées subversives.
Un grain de sable va venir se glisser dans les rouages si bien huilés de l'Inquisition lorsque notre apprenti rencontre Giordano Bruno lors de « l'ultime nuit » avant l'exécution de sa sentence.
C'est un roman parfait dans sa froideur, dans sa simplicité apparente, le réquisitoire est long mais le propos est fort et ce type de livre est en soit une arme contre tous les totalitarismes qu'ils soient politiques ou religieux. Sándor Márai a souffert de l'exil et il trouve là l'occasion de nous inviter à affirmer avec force notre liberté de penser et de croire.
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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cmpf
  09 février 2018


Le titre français est trompeur car ce roman ne raconte pas une nuit mais plusieurs mois de 1598-1600. Par ailleurs on ne peut pas vraiment en parler comme d'un roman historique car on trouve quelques anachronismes, par exemple il y est fait allusion par la bouche du héros à la guerre de cent ans, nom bien postérieur à la fin du 16ème siècle.
C'est plutôt un prétexte pour réfléchir sur le totalitarisme.
Un moine inquisiteur d'Avila est envoyé par son ordre à Rome pour “prendre des leçons” de méthodologie inquisitoriale. Reçu par le consultore Bellarmin, il est admis au coeur de la confrérie de San Giovanni Decollato. Il y apprend l'Italien et assiste aux soirées qui rassemblent les “confortatori” clercs et laïcs qui lorsque qu'il doit y avoir une “giustizia” se hâtent vers la cellule du condamné pour le conforter, l'inciter une dernière fois à abjurer ses erreurs, le pousser à demander lui-même la punition. La description de ces confortatori derrière l'admiration pour leur abnégation, souligne avec humour leur goût pour le vin grec qui leur est servi pendant leurs veilles.
Le padre Alessandro auquel il est plus particulièrement confié au sein de la Confrérie réfléchit beaucoup à la sainte mission confiée à l'Inquisition. Màrai le fait prédire qu'un jour le Saint Office ne pourra plus se contenter de juger un homme à la fois, procédure trop fatiguante et coûteuse, mais qu'on rassemblera en un seul lieu bien isolé du bon troupeau, tous ceux qui pourraient être coupable du crime de penser par eux-mêmes. Il ne sait pas encore comment cela sera possible mais il en est sûr.
En récompense de son zèle, le carmélite sera autorisé à accompagner les confortatori la nuit précédent son retour à Avila. Ce condamné n'est autre que Giordano Bruno qui se sera mesuré au cours des sept années d'instruction de son procès également à Bellarmin lui même.
Après avoir assisté sans faiblir au bûcher, et avoir pris congé de ses hôtes et de Bellarmin, devenu cardinal, qui lui parle longuement, le moine se met en route mais décide vite et sans avoir consciemment compris pourquoi, de se défroquer et partir pour Genève. Ce que nous savons dès les premières lignes puisque ce roman est constitué d'une longue confession écrite du moine à l'un des ses ex-condisciples où il explique d'emblée qu'il ne reviendra jamais à Avila. Ce qui est étonnant c'est qu'il déclare croire encore à la Cause mais non à son efficacité, il y aura toujours un homme qui voudra penser par lui même et contaminera les autres.
A Genève, lui qui avait l'habitude d'obéir mais jamais de s'inquiéter de pourvoir à ses besoins, va apprendre aussi le prix de la liberté.
Le contrôle des lectures et des pensées, l'obéissance au dogme plutôt que la réflexion et le libre arbitre, la surveillance des voisins et même des membres de la famille et la délation sont des règles prônées par l'Inquisition mais aussi par le régime communiste sous lequel avait vécu Màrai avant de quitter la Hongrie
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
spleenspleen   31 juillet 2017
"Viendra le temps " , en disant cela, il écarquilla involontairement les yeux comme s'il lisait dans l'avenir, "viendra le temps où l'on ne pourra plus sévir de façon individuelle mais où il faudra réunir et mettre à part tous les suspects ensemble . Le diable fait des tours et des détours , il soumet tout le monde à la tentation. Arrivera une époque où l'on regroupera sans ambages ni perte de temps tous ceux qui seront soupçonnés de tomber un jour dans le péché d'hérésie , à cause de leur origine ou pour d'autres raisons , dans des champs clos par des barrières de fer pour des périodes plus ou moins longues ... mais en général il vaudra mieux que ce soit pour longtemps . Un tel lieu de détention ceinturé de barrières de fer , permettra de surveiller en même temps des groupes d'hommes plus importants ... Certes, il est vrai que les hommes ont les moyens de différencier le Bien du Mal avec leur intelligence . Mais pour cela il faut de la Miséricorde .
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FortunaFortuna   24 avril 2018
Ils ne s'encombraient pas de questions théologiques et ils ne connaissaient qu'une obligation : croire, croire les yeux fermés et accomplir tout ce qui pouvait aider l'Inquisition à éradiquer la vermine du troupeau des croyants.
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mouette_liseusemouette_liseuse   07 mars 2017
Les enfants ont une propension à observer, disait le padre Pistoia, ...
Ces petits malins sont capables de duplicité, ils sont inventifs et habiles et ils comprennent vite la véritable signification des paroles lâchées à la table du déjeuner ou la nuit, dans l'intimité de la chambre à coucher commune. Ce que disent vraiment ou ce que cachent les parents, les frères et sœurs aînés, la parentèle et les visiteurs, quel est le contenu secret de remarques apparemment anodines mais à l’ambiguïté suspecte. Les enfants sont les petits observateurs directs de la famille, cette communauté étroite, et le padre soulignait avec quelle joyeuse et vive attention ils s'emparaient des paroles imprudentes des adultes pour ensuite signaler à la Sainte Inquisition ce qu'ils avaient entendu !
Page 64-65
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ivredelivresivredelivres   15 février 2016
réduire à néant tous les livres, auteurs et lecteurs louches parce qu’il n’y aurait pas d’ordre dans le monde tant que vivraient des hommes qui feraient l’expérience de penser par eux-mêmes
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mouette_liseusemouette_liseuse   08 mars 2017
Tout pouvoir suprême, prince ou despote, tyran étranger, se trouve souvent impuissant face à la volonté de la famille. Celle-ci constitue une alliance secrète par le sang, une structure établie sur une toile d'araignée des intérêts et des expériences archaïques. L'Inquisition sait qu'une puissance qui s'oppose aux intérêts de la famille n'a finalement aucune chance. C'est pourquoi, ... , il faut tout faire pour démasquer à temps les intentions suspectes tapies dans les recoins secrets des solidarités familiales.
Page 66
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L' émission "Un livre toujours" vous présente «Les Grands Romans» de Sandor Marai, publié au Livre de Poche (collection Pochothèque).
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