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Georges Kassai (Traducteur)Zéno Bianu (Traducteur)
ISBN : 2253084476
Éditeur : Le Livre de Poche (14/03/2008)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 120 notes)
Résumé :
Ilonka, Peter, Judit sont les acteurs d'un même drame. Chacun à leur tour, ils confient " leur " histoire comme on décline un rôle. L'épouse amoureuse et trahie. Le mari cédant à la passion. La domestique ambitieuse qui brise le couple. En trois récits-confessions qui cernent au plus près la vérité des personnages par un subtil jeu de miroirs, Sandor Marai analyse avec une finesse saisissante sentiments et antagonismes de classe. Mais, au-delà, c'est la fin d'un mon... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Ansault
  15 janvier 2009
A la lecture de ce livre j'ai eu l'impression de m'enfoncer de plus en plus dans la complexité. Au départ je pensais simplement qu'il s'agissait tout naturellement du récit d'un mariage raconté par les 3 protagonistes de l'affaire, à savoir la femme Ilonka, le mari Péter et l'amante Judit. Je suis donc resté très longtemps sur cette image d'un couple en devenir, je croyais lire une histoire romantique, intimiste, une sorte de vau-de-ville où l'accent serait délibérément mis sur l'étude psychologique des personnages. Mais en réalité il serait très réducteur de ne considérer que cet aspect de cette oeuvre, bien que celui-ci soit très présent et très abouti à l'instar de son aîné et maître du genre, Stéfan Zweig. L'oeuvre glisse lentement vers des considérations philosophiques étendues abordant les thèmes de la Culture, l'art, l'artiste et son oeuvre ; l'amour et la passion ; la solitude, solitude constructive, solitude destructive ; la lâcheté ; l'ordre sociale, la bourgeoisie, le prolétariat ; le socialisme et le communisme comme modèle idéologique et social ; la fin d'un âge, la mort d'une époque… Tout cela en un seul roman !!!
Le roman de Marai donc est un objet à double face, c'est un roman psychologique, une étude de moeurs en même temps qu'un complexe essai métaphysique et philosophique. Et si l'on ne s'attache qu'à un aspect de cette oeuvre on en perd toute la richesse. D'un autre côté aussi il n'est pas aisé d'en comprendre le sens dans sa globalité, d'autant que le récit se déploie dans un contexte historique bien précis dont personnellement je n'ai qu'une très grossière idée. Pas simple donc !!!
« Métamorphoses ?... » Vous avez dit « Métamorphoses… d'un mariage. Un seul ? »
La construction de ce roman est très originale. le livre est divisé en trois parties (sans compter l'épilogue écrit plus tardivement). Chacune d'elle est le récit d'une même histoire racontée par les personnages principaux. le lecteur est directement pris à partie dans cette histoire. Les personnages font leurs confidences racontant leurs expériences les plus intimes directement au lecteur, qui prend la forme d'une bonne amie ou d'un vieil ami ou même d'un amant, pour finir dans l'épilogue par devenir un compatriote d'exil.
J'ai cru jusqu'à la fin de la 2ème partie que l'on pouvait en lire les 3 chapitres de façon anarchique. Je me disais qu'il pourrait être amusant de commencer à le lire par la fin ou par son milieu et qu'alors la perception de ce récit en serait quelque peu différente. Je croyais que ce roman était en quelque sorte un ovni conceptuel, une oeuvre d'avant-garde éminemment moderne.
Dans les grandes lignes, je me trompais ! Métamorphoses d'un mariage n'est assurément pas une oeuvre à prendre à la légère et avec laquelle on peut jouer.
En réalité chacun des récits complète l'autre. Plus on avance dans sa lecture et plus la connaissance des personnages et de leur personnalité s'étoffe et nous assistons aussi à un déploiement du récit dans le temps. Bien qu'au départ il soit très difficile au lecteur de le situer temporellement, on constate néanmoins que celui-ci s'étale sur plusieurs décennies. Les personnages nous font leur confidence plusieurs années après que les évènements ont eu lieu, c'est-à-dire quand ils ont le recul nécessaire pour nous livrer leur histoire en toute sincérité et avec la plus grande des lucidités. Seul le récit de Judit peut clairement être daté puisque les évènements qu'elle raconte font référence au siège de Budapest.
Très longtemps aussi, je me suis interrogé sur le titre de ce roman, Métamorphoses d'un mariage. Pourquoi Métamorphoses était-il au pluriel ? Comment une métamorphose pourrait-elle être multiple ? Je croyais alors qu'il nous était raconté la perception d'un seul et même évènement par des personnages différents et qu'en ce sens, vu que ces perceptions étaient différentes, on pouvait considérer que la métamorphose de ce mariage était multiple et justifiait le pluriel de son titre.
Encore une fois, je me trompais… car ceci n'était valable que sans considérer le déploiement temporel de l'histoire. En effet une même chose peut subir plusieurs métamorphoses à des moments différents.
Mais alors, de quel mariage s'agit-il ?
Le mariage dont Ilonka nous fait le récit ? Il est très vite oublié. Apparemment il ne s'agissait que d'un mariage de convenances et d'apparences qui n'était important qu'aux yeux d'Ilonka, dont l'amour était certes sincère mais dictées par les conventions de la bourgeoisie.
Le second mariage de Péter avec Judit ? Bien que revêtant un peu plus d'importance il est aussi le constat d'un échec cuisant. Péter a semblé succomber à un désir de jeunesse, s'est laissé dicter sa conduite par des envies adolescentes, des rêves de révolte, la naïveté de croire qu'il pourrait trouver un sens à sa vie s'il bousculait les conventions préétablies. Pure utopie. Apparemment ce n'est pas non plus ce mariage là qui mérite plusieurs métamorphoses.
Le mariage des parents de Péter ? Tous deux issus de la haute-bourgeoisie, un mariage dans les règles, sans amour. Bof…
Ces mêmes mariages vus par les yeux de Judit ?… Pas très convaincant !
Le non-mariage de Judit et de son musicien ? Là l'amour semble être sincère et partagé, mais bien que consommé ce mariage n'en est pas un !
Quel pouvait être donc ce mariage qui subissait ces métamorphoses ?
Dans tout cela je ne voyais que des mariages qui ne subissaient pas de métamorphose, ou une seule si l'on considère le divorce, qui serait tout au plus qu'une conséquence logique quand les deux êtres sensés s'aimer ne sont plus en phase. Mais de là à qualifier un divorce de métamorphoses d'un mariage, ça me semblait quand même un peu exagéré !
Alors peut-être que pour trouver la réponse à cette question il fallait considérer l'oeuvre de Marai dans sa globalité, et essayer d'en dégager un sens général.
Deux thématiques du roman semblent être de première importance aux yeux de l'auteur.
La première découle directement de son statut d'écrivain et d'artiste. Cette thématique est largement illustrée par les propos de Lazar, écrivain, double de Marai, Sandor Marai lui-même. Lazar, l'écrivain qui divorcera d'avec la pratique de son art. de même, Péter se définit lui aussi comme un artiste, mais un artiste sans instrument… un solitaire… en somme un célibataire de l'art ?!
D'ailleurs, soit dit en passant, faut-il impérativement pratiquer un art pour être artiste ? Ne peut-on pas être artiste sans art ? Vaste question ???
L'artiste et son oeuvre, ne pourrions-nous donc pas les considérer comme les protagonistes d'un même mariage ? L'artiste n'est-il pas en quelque sorte marié à son oeuvre ?
La deuxième nous est énoncée par le contexte politique et historique dans lequel Marai situe les évènements de son récit. le roman raconte la fin d'une époque, celle de l'entre-deux-guerres où l'Europe est déchirée et subit les bouleversements des nationalismes émergeants et du communisme. Les idéologies changent et la bourgeoisie en fait les frais. Les rennes du pays changent de main. C'est le communisme, les coopératives, les biens appartiennent désormais au peuple. Au récit de ces évènements l'auteur, issu lui-même d'une famille bourgeoise, ne nous cache pas sa grande déception. Les sentiments qui l'animent passent par la désillusion, un grand fatalisme, une envie de fuite et d'exil. Il nous est raconté là l'histoire d'un divorce, le divorce d'un citoyen d'avec son pays. Un patriotisme contrarié.
Ainsi c'est peut-être de ce mariage là dont Sandor Marai nous raconte les métamorphoses, le mariage d'un artiste avec son pays, et au-delà son histoire et sa culture.
Et force est de constater que ce mariage se solde par un échec comme tous les mariages qui nous sont racontés au fil de ces pages, mais ici l'enjeu est de première importance, il s'agit de la perte et de la fin d'une culture et par extrapolation de la Culture au sens large du terme.
Avec l'avènement du communisme on assiste au nivellement de toute chose et de toute individualité. La société s'en trouve arasée, chaque être est l'égal de son semblable, il n'a du coup plus de spécificité propre ou n'est en tout cas plus considéré comme individualité pleine et entière mais est ramené à l'échelle de la masse et de ses congénères. Un camarade, rien de plus ni de moins qu'un camarade. Insupportable pour tout artiste qui n'existe que par la relation unique et individuelle qu'il établit avec le monde dans lequel il vit. La société telle qu'elle est ainsi offerte ne laisse plus de place à l'improvisation, la vie de tout à chacun est contrôlée, planifiée, régentée, partagée. Tout y est codifié. le partage des richesses devant bénéficier à tout citoyen s'en trouve être au final une somme de devoirs et de responsabilités. le fruit du travail de chacun n'apporte plus ni joie ni satisfaction puisqu'il est aussitôt reversé au bénéfice de la collectivité. Pour le bien de tous, soit disant. Mais Marai n'est pas dupe et il confesse au travers de son oeuvre que le monde qu'on lui propose désormais ne laisse plus de place à la joie. Ce nouveau monde semble désormais ne plus vouloir de la culture, de cette culture qui était le trésor détenue par la bourgeoisie.
"L'écrivain, comme le note son éditeur, doit se résigner à l'évidence : l'humanisme est assassiné, on assiste au triomphe d'une nouvelle barbarie à laquelle, une fois de plus, le peuple se soumet."
Márai finira par choisir l'exil et quittera son pays :
"Pour la première fois de ma vie, j'éprouvai un terrible sentiment d'angoisse. Je venais de comprendre que j'étais libre. Je fus saisi de peur." écrit-il la nuit de son départ en 1948.
(Sources : Wikipédia)
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Ansault
  15 janvier 2009
(... suite...)
Les personnages de Judit et Lazar.
Les deux personnages les plus importants du roman sont sans conteste Judit, la bonne issue du peuple qui finira par devenir une dame de la bourgeoisie (enfin… pas tout à fait !) et Lazar, l'écrivain ami de Péter.
Judit de par son parcours fait le pendant entre le peuple et la haute bourgeoisie. C'est elle qui est la plus à même de comprendre l'évolution et les changements qui s'opèrent en ces instants troubles. C'est le témoin privilégié mais aussi l'actrice et l'initiatrice de ces évènements. La famille dont est issue Judit est une famille pauvre et à plusieurs endroits du roman elle nous explique les conditions de vie difficiles dans lesquelles elle a passée son enfance. Elle dit avoir vécu dans un trou creusé à même la terre et partager sa couche avec les rats. Mais tout cela n'a pas nui à son développement puisque Judit est maligne, intelligente et belle et que les conditions extrêmes dans lesquelles elle a vécue lui ont procuré la capacité de s'adapter à toutes les situations et ainsi de pouvoir évoluer aussi bien parmi le peuple que parmi la haute bourgeoisie avec le plus grand des naturels. Elle le dit elle-même, elle apprend vite. Mais une incompatibilité de taille ne pourra jamais s'estomper entre les deux mondes dans lesquels elle évolue.
Péter, son futur époux, est tout entier centré sur lui-même, c'est un intellectuel qui cherche à donner un sens à sa vie. Il a hérité de la situation dans laquelle il vit et à vrai dire il n'a guère besoin de travailler. Son travail ne consiste plus qu'à faire acte de présence dans l'usine qu'il dirige puisque les affaires initiées par son père tournent d'elle-même. du coup il est en un perpétuel état de questionnement quant à son être au monde, il cherche plus ou moins à remettre en cause la classe sociale dont il est issu. Il s'interroge beaucoup, c'est un cérébral, mais au final il erre dans la vie, solitaire. Judit, elle, est foncièrement différente. Elle est dans l'action, dans le faire, le geste. Elle est dans le ressenti, l'intuitif et l'instinctif. Elle revendique l'intime et le sensitif. Elle est dans le vécu, elle est critique et attentive au monde qui l'entoure. L'épisode de son enfance dans la boue en compagnie des rats n'est pas anodin. En effet Judit est sensible à toutes les manifestations du vivant et en particulier les odeurs.
«On dit que dans ce monde pourri qu'on appelle civilisation l'odorat se perd, que les gens ne sentent plus rien. Mais moi, je suis né au milieu des bêtes, comme le petit Jésus, j'ai reçu, avec ma naissance le don de l'odorat que les riches ont perdu. » Confession de Judit p.315
S'agissant de Péter, elle dit de lui :
«[…]
Et par-dessus tout, cette odeur de foin pourri. En entrant pour la première fois dans le lit de mon mari, j'ai senti à nouveau cette odeur de mâle, à la fois raffinée et perverse, celle que j'avais respirée autrefois en repassant ses caleçons et en les empilant dans son armoire à linge… J'étais si heureuse, si émue, tu vois, que je n'ai pas pu m'empêcher de vomir. » Confession de Judit p.314
Elle est au corps ce que Péter est à l'esprit. Mais tout deux sont en recherche, tous deux se mettent en quête pour trouver une part de leur vérité... une part de la vérité de l'autre. Péter, idéaliste, romantique, cherchera dans l'amour quelque chose comme l'espoir d'un miracle, une quête héroïque et passionnée, un acte sacré.
« Oui, les vrais amoureux risquent leur peau au sens propre du terme et, dans leur entreprise, la femme est la créatrice, l'héroïne, au même titre que l'homme, ce chevalier parti à la conquête du Saint Sépulcre. Les vrais amoureux, ces braves, sont éternellement en quête de ce mystérieux sépulcre, ils se battent, ils se blessent et ils meurent pour lui… » Confession de Péter p.270
Il croyait ainsi que toutes les différences de classe allaient fondre dans le creuset de l'amour. Mais impuissant, ampoulé dans ses habitudes bourgeoises, il ne saura se donner les moyens de son ambition, il ne saura ni offrir ni recevoir le « merveilleux don de la joie », cette vérité simple et grave qui est l'essence même de toute relation amoureuse. Et de cela Judit en a parfaitement conscience, et ce depuis le début, elle sait pertinemment et intuitivement que Péter en est incapable, et dans le fond ce n'est pas ce qu'elle attend de lui. Péter est un lâche, bousculer les conventions comme il se propose de le faire en épousant la bonne, n'est que courage de façade. Judit va se jouer de lui, opportuniste, elle profitera de l'occasion qui lui est donnée par Péter. Son projet est simple, elle veut, elle aussi, « sa place au soleil ». Mais tout comme Péter elle échouera dans sa quête.
« … je t'avouerai donc que si je haïssais les riches c'est - avant tout – parce que je n'avais pu prendre que leur argent… Quant au reste, ce supplément qui constitue à la fois le secret et le sens de la richesse, cette différence, porteuse, au même titre que la fortune, d'une magie redoutable, ils ne me l'ont pas donné… ils l'ont dissimulé… bien mieux que les valeurs qu'ils avaient déposées dans les coffres-forts des banques étrangères, ou les lingots d'or qu'ils avaient enfouis au fond de leurs jardins. » Confession de Judit p.346
Judit est le seul personnage du roman à posséder un nom de famille et pas n'importe lequel, elle s'appelle Aldozo, ce qui signifie en hongrois celui qui communie, celui qui sacrifie. Et ainsi que pour Lazar, ses nom et prénom font directement référence à la Bible et on ne peut ne pas penser à Judith, celle qui séduisit Holopherne avant de la décapiter.
Voici le récit biblique :
« Nabuchodonosor II a envoyé Holopherne châtier les peuples de l'ouest parce qu'ils ont refusé de le soutenir dans la guerre qu'il a menée contre le roi perse Arphaxad (cf. Judith I, 1). Après avoir pillé, tué et ravagé dans tout le Proche-Orient, Holopherne assiège Béthulie, une ville juive (probablement Massalah) qui barre un passage dans les montagnes de Judée. Comme l'eau vient à manquer, les habitants sont sur le point de se rendre, mais une jeune veuve, Judith, d'une extraordinaire beauté et d'une richesse considérable, prend la décision de sauver la ville. Avec sa servante et des cruches de vin elle pénètre dans le camp d'Holopherne ; ce dernier est tout de suite ensorcelé par la beauté et l'intelligence de cette femme ; il organise en son honneur un grand banquet à la fin duquel ses domestiques se retirent discrètement pour ne pas troubler la nuit d'amour qui, pensent-ils, attend leur maître. Mais elle continue à l'enivrer et, quand il est hors d'état de se défendre, elle le décapite avec l'aide de sa servante et revient à Béthulie avec la tête. Quand les soldats découvrent au matin leur chef assassiné, ils sont pris de panique : les uns s'enfuient et les juifs vainquent facilement ceux qui restent. » (Source Wikipédia)
Néanmoins il faut, semble-t-il, ne pas pousser la comparaison dans ses extrêmes. Judit Aldozo reste malgré tout bien différente de la Judith biblique. Encore que… Elle aussi est allée prendre contact avec l'ennemi, avec l'autre, le différent, pour le tromper, le voler et… sauver les siens. En est-il de même pour Judit Aldozo, son entreprise a-t-elle pour but de « sauver » ceux de sa classe sociale ? Quoi qu'il en soi, elle s'en est allé à la conquête de la bourgeoisie. Elle aura non seulement voulu leur prendre leur argent mais elle voulait aussi en comprendre l'essence et en percer le mystère.
Son entreprise se soldera par un échec… la tête coupée ne lui révélerait rien du secret de son âme.
Seul Lazar semblait être en mesure de lui en révéler la teneur…
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patachinha
  24 octobre 2009
Quel est le sens véritable d' une vie? le bonheur se cherche-t-il quelque part? le bonheur donne-t-il un sens à la vie? Ou au contraire, s' épanouit- il dans celle-ci?
A ces questions existencielles, et bien d' autres , Ilonka, Peter et Judit tentent d' y répondre. Chacun à leur manière, avec leurs armes, leurs lâchetés, et leurs faiblesses; ils nous font ainsi rappeler nos propres interrogations sur notre passage sur Terre, nos aspirations, le rapport à autrui...
Ilonka c' était cette femme dont tout homme aurait rêvé. Belle, intelligente, lucide, courageuse, digne et intègre, elle était aussi fragile. Une fragilité qui ne seyait pas à son rang, celui de la brillante bourgeoisie.
Elle avait tout pour être heureuse : pourtant l' essentiel manquait, la percée au grand jour du mystère insondable que constituait son mari. le vide écrasant de leur union était tout à fait incompréhensible à ses yeux. Son amour pour lui était bien réel et indissoluble et, la volonté de sauver son mariage sa rage intérieure. Après maintes épreuves, d' innombrables efforts pour le conquérir, les aléas de la vie l' endurciront à jamais; cependant quelque chose subsistera toujours contre sa propre raison, les élans de son coeur.
Peter c' était cet homme dont toute femme aurait rêvé. Eduqué selon les bons vieux préceptes de la grande bourgeoisie hongroise, il était façonné par des valeurs ancestrales : la morale, la discrétion, la maîtrise de soi et de tout sentiment excessif, l' ordre, le travail avant tout. Dans ce monde qui était le seul qu' il connaissait, et mieux que quiconque , il n' y avait pas de place pour des débordements, quelqu' en soit leurs natures. Tout était organisé, prévu, anticipé, l' existence même était jusqu' à la mort implacablement agencée. Peter n' était pas de cette masse . Quelque chose d' invisible à l' oeil nu, la culture, le distanciait immanquablement de ses pairs. Son rôle était rempli à merveille, mais sa vie n' était qu' un leurre. Tout a chaviré le jour où une simple bonne est rentrée sous les ordres de la maison maternelle. Toutes ces certitudes inébranlables qui jusqu' à lors l' avaient doucement bercées, ont laissé place à un trou obscur et béant. Celui de son avenir, de son futur.

Judit c' était cette rustique, cette sauvageonne qui débarquait du fin fond de la campagne. L' enfance misérable qu' elle avait enduré lui avait forgé un caractère particulier. Dotée d' une grande beauté, seule miséricorde que la nature lui avait concédé, la voilà qui rentre par effraction dans la vie naphtalinée de ses maîtres, et qui disperse tout aux quatre vents. Rusée, mesquine, déterminée, elle prendra du galon dans la société. Néanmoins, quelque chose dont elle souponne l' existence, mais dont elle est incapable d en déchiffrer la consistance, lui entrave l' accès à ce monde d' ors et de faste si convoité. Un monde qu' elle possède désormais matériellement, mais qu' elle ne peut pénétrer.
Au milieu de ces trois histoires, qui s' imbriquent et se complètent, l' impression qu' un malaise imprègne chacun de ces personnages.
Chacun à sa manière se trouve insatisfait de sa condition, du train de vie qu' il mène, des relations qu' il entretient avec autrui. Chacun recherche son salut, avec le vain espoir d' y trouver la solution.
Dans ces vies croisées, je dirais qu' on a presque envie de les comprendre tous les trois, de les accepter et de les pardonner, pour autant il serait tout autant possible de les blâmer.
Leur histoire se relate comme la vitrine d' un monde en décomposition certes, la perte d' identité et de valeurs du monde bourgeois. L' ascension d' une classe d' un autre côté. L' éternelle lutte des classes en somme. Cependant j' ai trouvé cet arrière plan bien lointain, comparativement aux sentiments et aux réfléxions plus générales dont se livre recèle. Peut- être bien banal comme affirmation, mais je trouve que c' est avant tout une très belle réfléxion sur la Vie. La Vie avec un grand E. Celle qui traverse les générations, aussi bien que celle prise dans son individualité. La vie composée de doutes, d' espoirs, d' échecs, de ressentiments, d' amour, de haines, de rivalités...etc. A une autre échelle c' est l' humanité toute entière qui y est dessinée en filigrane.
L' auteur nourrit à cet égard de belles réfléxions philosophiques sur ce qui permet d' accèder plus entièrement à la compréhension de ce qu' est la vie : la Culture. C' est elle qui sert de fil conducteur, de noyau central à l' histoire. C' est elle qui peut abolir les frontières sociales ou au contraire les rendre indélébiles...
L' Art, la Littérature, L Histoire, la Musique ce sont la quelques exemples de ce qui peut rendre deux individus, deux jumeaux pourquoi pas, aussi différents les uns des autres. Aussi inaccessibles les uns aux autres.
C' est précisément l' image que j' aurais si je voyais cette histoire jouée sur scène. Trois individus assis face à face, dans le noir. Avec une focalisation de lumière sur celui qui parle tour à tour, les autres plongés dans le noir. le noir qui symboliserait l' inaccessibilité de l' autre. Ilonka qui ne peut accèder à Peter, Peter qui ne peut accèder à Judit et Judit en retour qui ne peut lui accèder non plus. Tous les autres personnages j' ai plus l' impression qu' ils servent de prétexte à la confession, d' ailleurs la forme du dialogue nous le suggère. Toujours, on entend ces autres personnages qu' à travers les propres paroles des narrateurs. Pour celà il est indéniable que le texte est de grande qualité. D' ailleurs les boutades du genre, " tu veux encore un verre, une cigarette..." ou que sais-je me faisaient sourire car lorsque on était à un point culminant de la réfléxion voilà que l' auteur nous faisait redescendre sur Terre et nous maintenir en alerte maximum.
A ce beau tableau, j' ajouterais juste que ce livre m' a finalement ennuyée autant qu' intéressée. Pourquoi ennuyée? Justement l' histoire manque cruellement de relief à mon avis, tout est très figé et c' est assez affligeant. Biensûr des réfléxions aussi poussées philosophiquement ne peuvent pas faire l' objet de beaucoup " d' action " , c' est tout contraire à l' esprit de réléxion et j' en suis consciente. Mais il m' a manqué quelque chose pour m' attacher aux personnages et celà a rendu ma lecture assez terne.
Finalement je pense que ce livre ne me marquera pas plus que ça, même si il dégage de belles analyses.

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Ansault
  15 janvier 2009
(...suite...)
La culture est un réflexe.
Voilà peut-être la notion la plus complexe du livre et je vous avouerais très franchement que je m'y perds un peu…
Il me semble en tout cas que la notion de culture est ce trésor détenu par la bourgeoisie et dont Judit n'a pu réussir à en percer le mystère.
Pourquoi la bourgeoisie serait-elle la seule détentrice de cette culture ?
Peut-être faut-il dans un premier temps définir ou tout du moins essayer de définir cette notion de culture.
En tout cas il me semble, pour limiter les champs du débat, que la culture sous-entendu par Marai se définit par opposition à la nature. J'en veux pour preuve l'insistance manifeste de l'auteur sur les origines de Judit. Judit est incontestablement reliée à la terre (le trou de son enfance), elle est associée à l'instinct, à l'animal. Sa confession est haute en couleur, elle nous parle du corps, de ses productions, elle nous parle de l'hygiène aussi ou plutôt du manque d'hygiène dû à l'état de siège de Budapest, de l'eau si rare et puis et surtout des odeurs et de la puanteur. Et tout cela elle nous le raconte sans émotion ni dégoût, car cela fait partie de son monde, de ce qu'elle est et de ce qu'elle a toujours été…
« Au fond, je trouvais cette situation plutôt plaisante. Je crois que toutes ces âmes sensibles pour qui – à les entendre – le manque d'eau représentait la plus dure des privations ressentaient, en leur for intérieur, la même chose. Tout comme les enfants adorent se vautrer dans la crasse, cette société, après avoir, pendant des semaines, mijoté dans le feu de l'enfer, se réjouissait du chaos, de la saleté généralisée, de la possibilité de passer la nuit dans des cuisines étrangères et de l'abolition de certaines contraintes comme la nécessité de faire sa toilette ou de s'habiller avec soin.
Rien dans la vie n'advient sans raison. Si le siège avait été le châtiment de nos péchés, nous avions, à titre de récompense pour nos souffrances, reçu la grâce de pouvoir, pendant quelques semaines, empester impunément, comme empestaient sans doute Adam et Eve au Paradis où de toute évidence, ils ne se lavaient guère.» Confession de Judit p.368-369
Ainsi à la fin du siège de Budapest sa première préoccupation sera de trouver une parfumerie pour s'acheter du dissolvant pour effacer sur ses ongles les dernières traces de vernis, anciens vestiges de son éphémère statut de bourgeoise.
A contrario, voici comment Judit perçoit Péter au sortir du siège de Budapest :
« J'ai frissonné, parce que l'homme qui était à côté de moi dans cette crypte qu'était devenue la capitale… n'était pas un homme mais un fantôme.
[…]
Bien entendu, il ne portait pas de gants, il n'en mettait qu'en plein hiver, par temps glacial. J'ai pu ainsi contempler ses mains, elles étaient blanches et propres, avec des ongles bien réguliers, comme s'ils avaient été soignés par une manucure invisible…
Sais-tu, pourtant, ce qui était le plus étrange ? C'est que, au milieu de la foule crasseuse et en loques, si éprouvée par le siège, qui traînait sur le pont, cet homme, une véritable provocation, paraissait en même temps invisible, en quelque sorte. Je n'aurais pas été surprise de voir quelqu'un sortir du rang, le tâter et le secouer pour vérifier s'il avait bien affaire à un homme vivant ou à un fantôme… » Confession de Judit p.382-383
Péter, lui, est de condition et de naissance bourgeoise. Sa classe sociale s'est affranchie de la nature. le bourgeois construit, vend, produit des richesses, il bâtit, édifie et invente, en un mot il cultive. Il met son intelligence au service de la culture, son essence même c'est la culture, il a su s'affranchir de ses instincts qui le rattachaient à l'animal. Tous les rituels qui régissent et contraignent son quotidien participent de cet esprit, c'est la domestication, la négation même, de l'instinct. le bourgeois ordonne, classe, arrange, compile et collectionne.
Et c'est probablement cette richesse-là que Judit ne pourra jamais posséder. Pour cela il aurait fallu qu'elle s'affranchisse en totalité de son corps et qu'elle se livre sans concession à ces rituels insensés et sans consistance pour accéder à cette sorte d'évanescence… cette spiritualité. Chose qu'elle ne pourra faire, elle encore trop… mammifère !
Et voici ce qu'elle dira à propos de Lazar et de cette idée de culture :
« … tu sais on parle beaucoup de la lutte des classes, de la fin des maîtres d'autrefois, on affirme que, désormais, les maîtres, c'est nous, que tout nous appartiendra, parce que nous sommes le peuple. […] mais j'ai de mauvais pressentiments. Les choses ne se passeront pas comme ça. Ces gens-là garderont quelque chose dont ils ne se sépareront jamais, qu'on ne pourra pas leur prendre par la violence, quelque chose qu'on ne peut inculquer en faculté à des boursiers tir-au-flanc…
[…] Cette chose-là m'a dit le chauve est un réflexe.
[…] Quand il a disparu et que j'ai cherché partout dans la ville, il m'a semblé – au fond – que ce fameux réflexe c'était lui-même. L'homme tout entier, tel qu'il était, comprends-tu ?
[…] Oui, cet homme se débattaient, avec parfois une sorte de rictus, une contraction des lèvres ou des paupières… on aurait dit qu'un acide corrosif avait paralysé sa raison.
Comme si ces grandes statues, ces tableaux célèbres, ces livres pleins de sagesse n'existaient pas séparément, mais formaient un grand ensemble dont il faisait partie intégrante et qui, désormais, était voué au dépérissement… oui, comme si lui, il était en train de périr avec tout cela. Mais il me semble pourtant que les statues et les livres subsistent encore longtemps après la désagrégation de ce qu'on appelle la culture. » Confession de Judit p.438-439-440
Et encore :
« Car vois-tu, aujourd'hui, il n'y a que des spécialistes, et ceux-là sont incapables de nous procurer cette joie qui nourrit la culture… » Confession de Judit p.441
Et puis :
« Eh bien oui, j'avoue… j'avoue que ce que je voudrais apprendre dans un livre, c'est comment cette chose qu'on appelle généralement « culture » commence à dépérir chez un individu. Comment s'atrophient les nerfs qui ont emmagasiné les pensées et les désirs des hommes d'autrefois, cette nostalgie qui, par moments, leur a fait croire qu'ils étaient différents des autres mammifères. Il est vraisemblable qu'un individu de ce type ne meure pas seul… et qu'avec lui disparaissent des tas de choses. Tu ne le crois pas ? Je n'en sais rien, mais moi, j'aimerais bien lire un livre là-dessus. » Confession de Judit p.442
Enfin :
« Ne crois-tu pas que c'est pour cela, précisément, que mon bonhomme, cette espèce de fou, est venu mourir ici ( à Rome ) ? Parce qu'il était persuadé que ce qu'on appelait autrefois la culture, cette source de joie, était définitivement mort. Il est donc venu ici où tout se dégrade jusqu'au tas d'immondices, mais d'où dépassent ça et là - comme ces pieds, qui, après le siège, émergeaient des sépultures improvisées du Champ du sang - quelques vestiges de la culture. Est-ce pour cela qu'il est venu ici ? Dans cette ville, dans cet hôtel ? Parce qu'il aurait voulu qu'au moment de sa mort flotte encore autour de lui l'odeur de la civilisation. » Confession de Judit p.442
Ainsi donc, Lazar, détenteur de cette idée de culture périra avec elle. Derrière cela, il faut y voir, me semble-t-il, une allusion faite aux changements politiques qui bouleversent la Hongrie et toute l'Europe d'ailleurs. le nouvel ordre social qui s'annonce et se met en place, signifie, selon Marai la fin de la culture. Une régression, un retour à l'instinctif, à l'animal… selon lui une déshumanisation.
Mais Marai laisse entrevoir malgré tout une lueur d'espoir en disant que la culture est un réflexe. En ce sens il semble nous dire que quoi qu'il advienne la culture ressurgira, puisqu'elle est intrinsèque à la nature humaine.
Etre homme, n'est-ce pas domestiquer un temps soit peu nos instincts ?
Est-ce cela la nature de l'homme ?
Alors si la culture est un réflexe, le réflexe étant indépendant de notre volonté, n'est-ce pas signifier en substance que la culture est un instinct… un instinct primitif… un instinct animal.
Finalement c'est peut-être des métamorphoses de ce mariage-là dont il s'agit… le mariage de la culture et de la nature ?
Conclusion
Pour conclure, et vous l'aurez compris, l'oeuvre de Marai est d'une grande complexité et il n'est pas facile d'en comprendre toutes les subtilités.
Ici je me suis essayé à donner un axe de lecture et de compréhension de son oeuvre. Néanmoins je ne peux jurer d'être dans le vrai tant cette oeuvre me semble mouvante. Une multitude d'autres thèmes pourraient être développés avec pertinence et pourraient venir infirmer ou confirmer ce que j'ai essayé de définir plus haut.
Dans tout cela il n'y a aucune certitude et encore maintenant je ne pourrais dire de quelles métamorphoses ni de quels mariages il s'agit.
Le mariage d'un artiste avec son époque ?
Le mariage de la culture et de la nature ?
Je ne sais ?
En tout cas une seule chose me semble sûre, c'est que Métamorphoses d'un mariage n'est assurément pas l'oeuvre de Marai à conseiller en première lecture pour découvrir l'univers de cet auteur tant ce roman est dense et compact.
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Ansault
  15 janvier 2009
(...suite...)
Peut-être faut-il aussi y voir dans le prénom de Lazar une référence biblique.
Jésus lui dit (à Marthe, la soeur du défunt Lazare) : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Puis plus tard :
« Lazare, lève-toi et marche. »
L'Evangile selon Saint Jean, Chapitre 11.
Je ne sais jusqu'à quel point on peut se lancer dans une analyse concordante entre le personnage de Lazar et le récit de l'Evangile. Néanmoins les paroles de Jésus citées ci-dessus replacées dans le contexte de ce personnage prennent un sens nouveau. Lazar est un artiste, un écrivain. Un des buts de tout artiste est de laisser une trace de son individualité pour la postérité. Une oeuvre d'art, quelle qu'elle soit, est en quelque sorte un billet vers l'au-delà, au-delà de sa propre mort, une façon détournée de devenir immortel. Pour un artiste son oeuvre est « la résurrection et la vie ». Croire en son oeuvre, croire en son art, croire en sa capacité créative, croire en sa capacité créatrice c'est « vivre, quand même on serait mort ». « Et quiconque vit et croit en moi (en son art/en l'homme) ne mourra jamais. »
« Crois-tu cela ?... Lazare. » le Lazare de l'Evangile croit, ainsi il peut ressusciter, ainsi il peut vivre et agir, être dans le faire, être dans l'action. Il se lève et marche.
« Crois-tu cela ?... Lazar. » Notre Lazar écrivain ne croit plus en la pertinence de son art. Et au-delà il ne croit plus en l'homme, contrairement au Christ dont la Passion est le rachat des péchés de l'homme. Lazar, lui, n'en a plus la force.
« S'il ne voulait pas qu'on l'aide c'est qu'il ne croyait plus en l'homme. » Confession de Judit p.415
Alors Lazar ayant perdu sa foi, ne pouvait plus se relever, il ne pouvait plus que s'en remettre au néant.
« Il n'est pas facile d'en parler (de Lazar). Autant parler du néant. Je crois que, dans la vie… j'entends dans la vie de tous les jours, on ne peut parler que de ce qui existe. Et pourtant, il y a des hommes qui ne vivent pas dans le quotidien, mais dans une autre réalité… et qui, malgré cela, savent parler du néant de façon captivante, comme dans un polar. Cet homme-là, par exemple, me disait que tout est réalité, pas seulement ce qu'on peut toucher et palper, mais aussi les concepts. le néant, en tant que concept, l'intéressait, il le prenait dans le creux de sa main et il l'examinait sous toutes les coutures, comme un objet. Je vois que tu ne comprends pas. Moi non plus, je ne le comprenais pas… mais j'ai vu, en sa compagnie, comment, entre ses mains ou dans son cerveau, le néant était en passe de devenir réalité, en s'agrandissant et en prenant tout son sens. C'était ça, son astuce. Ne te casse pas la tête, c'est trop calé pour nous. » Confession de Judit p.395
Puis…
« Alors que faisait-il ? me demandes-tu. Il lisait, il se promenait. Toi (amant de Judit, son interlocuteur, celui qui écoute ses confidences, le lecteur), tu ne comprends pas cela, parce que tu es un véritable artiste, un batteur professionnel, tu ne peux concevoir la vie sans battre le rythme. Mais cet homme là était un écrivain, un écrivain qui ne voulait plus écrire, parce qu'il ne croyait plus que le mot imprimé puisse changer la nature de l'homme. Et il n'était pas davantage un révolutionnaire désireux de racheter le monde, car il ne croyait pas que la révolution, quelle qu'elle soit, puisse aboutir à un tel résultat. Il m'a dit un jour, comme en passant, qu'il était inutile de remplacer un régime politique par un autre, car les hommes restent toujours les mêmes. Lui il voulait tout autre chose. Il voulait se transformer lui-même. (métamorphose ?… métamorphoses ?…) » Confession de Judit p.415
Les évènements politiques qui ont bouleversés l'ordre social ont muselé l'écrivain qu'il était.
« Or ce malheureux, quand il ne disait rien, il semblait vraiment taire quelque chose, et ce, avec une force inouïe. Son silence était un cri. » Confession de Judit p.419
Et la raison de son silence s'explique par ceci :
« En écrivant, il craignait de devenir complice et traître, car, pensait-il, dans le monde nouveau (celui du communisme), les paroles de l'écrivain seraient forcément déformées. Il a eu peur, comme le prêtre redoutant de voir la révélation qui lui a été donnée servir un jour de publicité ou de slogan politique pour un tribun démagogue. Donc il a préféré se taire… » Confession de Judit p.422
Ainsi de nouveau on en revient à l'idée d'artiste sans art, tel que se définissait Péter. Lazar, lui, est un artiste ayant renoncé à son art. Mais finalement c'est du pareil au même, et, à travers cela c'est la question de la lâcheté et de l'engagement politique de l'artiste qui est soulevée.
Il est évident que le personnage de Lazar est Sandor Marai lui-même. Au travers de ce personnage, l'auteur nous véhicule les interrogations qui l'ont habité en ces instants politiques troubles. Il questionne le statut de l'artiste et son engagement dans les affaires bouleversant la société dans laquelle il vit. Il a parfaitement conscience de son impuissance, il connaît les limites de son art. Sa seule arme est l'écriture et il sait qu'elle peut peu ! Mais est-ce une raison pour abandonner et renoncer à crier et revendiquer ses idées et les valeurs dans lesquelles on croit. Assurément non ! C'est pourquoi il place dans la bouche de Judit des mots assez violent concernant Lazar, sans épargner non plus Péter.
Ainsi quand Péter demande à Judit de vivre avec lui…
« Les yeux rivés sur le feu, le visage sombre, tourmenté presque, elle s'est levée, elle a lissé sa jupe et elle m'a dit :
- Non.
- Pourquoi ?
- Parce que vous êtes un lâche.
Puis, après m'avoir toisé du regard de haut en bas, avec la plus grande lenteur, avec la plus grande attention, elle a quitté la pièce. » Confession de Péter p.208
Et pour Lazar :
« … pendant ces mois où la guerre faisait rage, j'avais vécu en compagnie de cette espèce d'écrivain. Non, ne me comprends pas de travers : je n'étais pas sa maîtresse, il était peut-être impuissant d'ailleurs… il n'a jamais abordé ce sujet… Quand un homme et une femme dorment sous le même toit, il flotte, dans l'air, une odeur d'amour- or chez ce chauve, rien de tel ; en même temps je n'aurais pas été surprise de le voir un jour se ruer sur moi, pour m'étrangler de ses deux mains. » Confession de Judit p.374
Ou encore :
« Tu as raison, mon chauve était un minable. » Confession de Judit p.422
« Mais qu'est-ce qu'un écrivain ? [...] Un moins que rien. » Confession de Judit p.424
Mais alors quel est donc ce secret, ce trésor caché, que Lazar semblait connaître et que Judit n'avait pu réussir à soustraire à son bourgeois de mari ?
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LivretoiLivretoi   01 juillet 2018
Ilonka, la femme blessée, se confie à Lazar, l'ami de son mari :
Ilonka : Je ne veux pas de lui s'il doit être malheureux à cause de moi. S'il ne peut pas être heureux avec moi, qu'il aille en chercher une autre… Celle qui lui est destinée. Sa vraie femme… Il existe toujours une femme, la vraie, qui vit quelque part.
Que peut-il m'advenir de pire que de vivre avec quelqu'un qui ne m'appartient pas ? Quelqu'un qui garde un souvenir, un sentiment… J'ai épousé un homme parce que je croyais l'aimer et parce que je croyais qu'il m'aimait. Mais je vis depuis 5 ans avec quelqu'un qui refuse de me donner entièrement son cœur. J'ai tout fait pour l'attacher à moi. Je me suis efforcée de le comprendre. J'ai voulu me rassurer par toutes sortes d'explications absurdes. J’ai voulu l'attacher à moi par le lien le plus fort qui existe… par un enfant. Rien à faire. Pourquoi ? Le savez-vous ? Est-ce une fatalité ? Ou autre chose ? Vous êtes écrivain. Vous êtes un sage, un complice, le témoin de la vie de Péter. Il m'arrive de penser que vous avez une part de responsabilité dans tout ce qui arrive… Oui, vous exercez un pouvoir sur l'âme de Péter.
Lazar : J'avais un pouvoir sur lui, mais je ne l'ai plus. J'ai dû le partager, voyez-vous. Faites-en autant, cela permettra peut-être de sauver tout le monde.
Ilonka : Vous savez mieux que quiconque qu'on ne partage pas en amour.
Lazar : Au contraire, en amour tout est possible.
Ilonka : Que me reste-t-il si j'accepte de partager ? Un appartement ? Une position sociale ? Quelqu'un avec qui je prends mes repas et, de temps à autre, me fait don de sa tendresse, comme on administre, avec une cuillerée d'eau, un médicament à un malade qui se plaint ?... Quoi de plus humiliant, de plus inhumain que de vivre avec une moitié d'homme ! Moi je veux un homme qui m'appartienne totalement. Avoir un homme que je ne partagerais avec personne… Est-ce vraiment impossible ?
Lazar : Non. Seulement, c'est très dangereux.
Ilonka : Et la vie que nous vivons, nous deux, ne l'est-elle pas ? Nous sommes en danger de mort.
Lazar : Le propre de la vie, c’est le danger. Toutefois, on peut vivre ce danger de deux façons : en se promenant éternellement dans la plaine, une canne à la main, ou en cherchant toujours à se jeter, tête la première, dans l'Atlantique. Il faut survivre. C’est là ce qu'il y a de plus difficile. Cela nécessite parfois de l'héroïsme.
Ilonka : Je ne sais même pas avec qui ou avec quoi je dois partager. Avec une personne ? Ou avec un souvenir ?
Lazar : Peu importe. La personne en question n'est plus qu'un souvenir. Elle ne veut rien. Seulement…
Ilonka : Seulement, elle existe.
Lazar : Oui.
Ilonka : Alors il faut en finir, avec la personne, avec le souvenir, avec toute cette vie. Il faut que je la voie, il faut que je l'examine. Que je sache si elle est vraiment celle que je cherche. Si elle est vraiment celle qui empêche mon mari d'être heureux… cella à cause de qui Péter n'est pas tout à fait à moi… parce qu'il est lié par un désir, un souvenir, une confusion de sentiments, que sais-je… alors, je pourrai les abandonner à leur sort.
Lazar : Il a tout fait pour tenir le coup. Imaginez les efforts inouïs qu'il a déployés au cours de ces dernières années pour renier ces souvenirs – il aurait pu déplacer des montagnes. C’est un sujet que je connais bien, vous savez. Il m'est même arrivé de l'admirer parce qu'il a tenté d'accomplir ce qu'il peut y avoir de plus difficile dans la vie… juguler ses sentiments en recourant à la raison. Autant persuader une dynamite de ne pas exploser. Cet homme a tenté l'impossible pour sauver son âme… et garder l'estime de soi, indispensable pour continuer à vivre. Et aussi pour vous et, avec ce qu'il lui restait d'énergie, pour l'enfant. Parce qu'il vous aime aussi… j'espère que vous le savez.
Ilonka : Je le sais. Sans quoi, je ne me battrais pas pour lui… Mais il ne m'aime pas totalement sans réserve. Il y a quelqu'un entre nous. Je chasserai ce quelqu'un ou je partirai moi-même. Est-elle vraiment si forte, si redoutable, cette femme au ruban violet ?

Que peut-on savoir d'un être humain ? Je vivais avec mon mari depuis cinq ans, je croyais connaître à la perfection ses gestes, ses habitudes et bien d'autres choses encore liées à ce sentiment de familiarité tout ensemble émouvant et banal, exaltant et terrifiant, vulgaire et ennuyeux que vous procure la proximité du corps et de l'âme de l'homme avec lequel on vit et au sujet duquel on croit tout savoir… jusqu'au jour où l'on s’aperçoit que l'on ne sait rien. En fait, je connaissais moins bien mon mari que Lazar ne le connaissait, Lazar, cet homme déçu et amer qui exerçait un pouvoir sur son âme. Quel type de pouvoir ? Un pouvoir humain, meilleur et plus fort que mon pouvoir de femme. Non, non, je ne peux pas l'expliquer, mais c’est ce que j’ai toujours ressenti en les voyant ensemble. Eh bien, cet homme m'avait dit la veille qu'il avait dû partager son pouvoir avec la femme au ruban violet.

Ilonka se confie à nouveau à Lazar, l’ami de son mari :
Ilonka : Croyez-vous qu'un premier amour puisse dominer une âme au point de l'empêcher d'éprouver un autre amour ? Que se passe-t-il donc dans l'âme quand on est amoureux ?
Lazar : Dans l'âme, rien. Les sentiments ne surgissent pas dans l'âme…. Non, ils suivent un chemin différent. Mais ils traversent l'âme comme un fleuve en crue inonde un marigot.
Ilonka : Un homme intelligent et raisonnable peut-il contenir un tel débordement ?
Lazar : Oui, dans certaines limites. S'il est vrai que la raison est incapable de déclencher ou de juguler des sentiments, elle peut toutefois les réguler, les mettre en cage, s'ils sont dangereux.
Ilonka : Comme on fait avec un puma ?
Lazar : Si vous voulez. Enfermé dans sa cage, le pauvre sentiment tourne dans tous les sens, il hurle, il montre ses crocs, il secoue les barreaux, mais il finit tout de même par perdre ses poils et ses dents. Il devient vieux, affable et triste. C'est possible, oui, cela s'est vu. C'est le travail de la raison. On peut dompter le sentiment. Naturellement, il ne faut pas ouvrir la porte de la cage trop tôt. Le puma peut toujours s'échapper, et s'il n’est pas suffisamment apprivoisé, il risque de faire quelques dégâts.
Ilonka : Pouvez-vous vous exprimer plus simplement ?
Lazar : Vous voudriez savoir si l'on peut neutraliser les sentiments à l'aide de la raison. Je vous réponds carrément : non. Mais, pour vous consoler, sachez que, dans certains cas particulièrement favorables, on peut les apprivoiser et les faire mourir à petit feu…. Regardez-moi donc. J’ai survécu.

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LivretoiLivretoi   01 juillet 2018
Ilonka, la femme blessée, se confie à Lazar, l'ami de son mari :
Ilonka : Je ne veux pas de lui s'il doit être malheureux à cause de moi. S'il ne peut pas être heureux avec moi, qu'il aille en chercher une autre… Celle qui lui est destinée. Sa vraie femme… Il existe toujours une femme, la vraie, qui vit quelque part.
Que peut-il m'advenir de pire que de vivre avec quelqu'un qui ne m'appartient pas ? Quelqu'un qui garde un souvenir, un sentiment… J'ai épousé un homme parce que je croyais l'aimer et parce que je croyais qu'il m'aimait. Mais je vis depuis 5 ans avec quelqu'un qui refuse de me donner entièrement son cœur. J'ai tout fait pour l'attacher à moi. Je me suis efforcée de le comprendre. J'ai voulu me rassurer par toutes sortes d'explications absurdes. J’ai voulu l'attacher à moi par le lien le plus fort qui existe… par un enfant. Rien à faire. Pourquoi ? Le savez-vous ? Est-ce une fatalité ? Ou autre chose ? Vous êtes écrivain. Vous êtes un sage, un complice, le témoin de la vie de Péter. Il m'arrive de penser que vous avez une part de responsabilité dans tout ce qui arrive… Oui, vous exercez un pouvoir sur l'âme de Péter.
Lazar : J'avais un pouvoir sur lui, mais je ne l'ai plus. J'ai dû le partager, voyez-vous. Faites-en autant, cela permettra peut-être de sauver tout le monde.
Ilonka : Vous savez mieux que quiconque qu'on ne partage pas en amour.
Lazar : Au contraire, en amour tout est possible.
Ilonka : Que me reste-t-il si j'accepte de partager ? Un appartement ? Une position sociale ? Quelqu'un avec qui je prends mes repas et, de temps à autre, me fait don de sa tendresse, comme on administre, avec une cuillerée d'eau, un médicament à un malade qui se plaint ?... Quoi de plus humiliant, de plus inhumain que de vivre avec une moitié d'homme ! Moi je veux un homme qui m'appartienne totalement. Avoir un homme que je ne partagerais avec personne… Est-ce vraiment impossible ?
Lazar : Non. Seulement, c'est très dangereux.
Ilonka : Et la vie que nous vivons, nous deux, ne l'est-elle pas ? Nous sommes en danger de mort.
Lazar : Le propre de la vie, c’est le danger. Toutefois, on peut vivre ce danger de deux façons : en se promenant éternellement dans la plaine, une canne à la main, ou en cherchant toujours à se jeter, tête la première, dans l'Atlantique. Il faut survivre. C’est là ce qu'il y a de plus difficile. Cela nécessite parfois de l'héroïsme.
Ilonka : Je ne sais même pas avec qui ou avec quoi je dois partager. Avec une personne ? Ou avec un souvenir ?
Lazar : Peu importe. La personne en question n'est plus qu'un souvenir. Elle ne veut rien. Seulement…
Ilonka : Seulement, elle existe.
Lazar : Oui.
Ilonka : Alors il faut en finir, avec la personne, avec le souvenir, avec toute cette vie. Il faut que je la voie, il faut que je l'examine. Que je sache si elle est vraiment celle que je cherche. Si elle est vraiment celle qui empêche mon mari d'être heureux… cella à cause de qui Péter n'est pas tout à fait à moi… parce qu'il est lié par un désir, un souvenir, une confusion de sentiments, que sais-je… alors, je pourrai les abandonner à leur sort.
Lazar : Il a tout fait pour tenir le coup. Imaginez les efforts inouïs qu'il a déployés au cours de ces dernières années pour renier ces souvenirs – il aurait pu déplacer des montagnes. C’est un sujet que je connais bien, vous savez. Il m'est même arrivé de l'admirer parce qu'il a tenté d'accomplir ce qu'il peut y avoir de plus difficile dans la vie… juguler ses sentiments en recourant à la raison. Autant persuader une dynamite de ne pas exploser. Cet homme a tenté l'impossible pour sauver son âme… et garder l'estime de soi, indispensable pour continuer à vivre. Et aussi pour vous et, avec ce qu'il lui restait d'énergie, pour l'enfant. Parce qu'il vous aime aussi… j'espère que vous le savez.
Ilonka : Je le sais. Sans quoi, je ne me battrais pas pour lui… Mais il ne m'aime pas totalement sans réserve. Il y a quelqu'un entre nous. Je chasserai ce quelqu'un ou je partirai moi-même. Est-elle vraiment si forte, si redoutable, cette femme au ruban violet ?

Que peut-on savoir d'un être humain ? Je vivais avec mon mari depuis cinq ans, je croyais connaître à la perfection ses gestes, ses habitudes et bien d'autres choses encore liées à ce sentiment de familiarité tout ensemble émouvant et banal, exaltant et terrifiant, vulgaire et ennuyeux que vous procure la proximité du corps et de l'âme de l'homme avec lequel on vit et au sujet duquel on croit tout savoir… jusqu'au jour où l'on s’aperçoit que l'on ne sait rien. En fait, je connaissais moins bien mon mari que Lazar ne le connaissait, Lazar, cet homme déçu et amer qui exerçait un pouvoir sur son âme. Quel type de pouvoir ? Un pouvoir humain, meilleur et plus fort que mon pouvoir de femme. Non, non, je ne peux pas l'expliquer, mais c’est ce que j’ai toujours ressenti en les voyant ensemble. Eh bien, cet homme m'avait dit la veille qu'il avait dû partager son pouvoir avec la femme au ruban violet.

Ilonka se confie à nouveau à Lazar, l’ami de son mari :
Ilonka : Croyez-vous qu'un premier amour puisse dominer une âme au point de l'empêcher d'éprouver un autre amour ? Que se passe-t-il donc dans l'âme quand on est amoureux ?
Lazar : Dans l'âme, rien. Les sentiments ne surgissent pas dans l'âme…. Non, ils suivent un chemin différent. Mais ils traversent l'âme comme un fleuve en crue inonde un marigot.
Ilonka : Un homme intelligent et raisonnable peut-il contenir un tel débordement ?
Lazar : Oui, dans certaines limites. S'il est vrai que la raison est incapable de déclencher ou de juguler des sentiments, elle peut toutefois les réguler, les mettre en cage, s'ils sont dangereux.
Ilonka : Comme on fait avec un puma ?
Lazar : Si vous voulez. Enfermé dans sa cage, le pauvre sentiment tourne dans tous les sens, il hurle, il montre ses crocs, il secoue les barreaux, mais il finit tout de même par perdre ses poils et ses dents. Il devient vieux, affable et triste. C'est possible, oui, cela s'est vu. C'est le travail de la raison. On peut dompter le sentiment. Naturellement, il ne faut pas ouvrir la porte de la cage trop tôt. Le puma peut toujours s'échapper, et s'il n’est pas suffisamment apprivoisé, il risque de faire quelques dégâts.
Ilonka : Pouvez-vous vous exprimer plus simplement ?
Lazar : Vous voudriez savoir si l'on peut neutraliser les sentiments à l'aide de la raison. Je vous réponds carrément : non. Mais, pour vous consoler, sachez que, dans certains cas particulièrement favorables, on peut les apprivoiser et les faire mourir à petit feu…. Regardez-moi donc. J’ai survécu.

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orchideeorchidee   05 janvier 2009
La cause de mon échec réside précisément dans ce que je viens de te dire. Je n'ai pas été asez courageux pour accepter la tendresse de cette femme qui m'aimait, je l'ai aussi un peu méprisée à cause de ses gouts, de sa manière de vivre qui n'étaient pas les miens, mais ceux de la petite bourgeoisie.

Mais j'ai fini par comprendre que ces fantaisies se nourrissaient à une source plus profonde, une source à laquelle je n'avais pas accès - celle de la pauvreté.

Et maintenant, apprend que le véritable amour est toujours mortel. Je veux dire que son but n'est pas le bonheur, l'idylle, la promenade, main dans la main, sous les tilleuls en fleur, derrières lesquels la douce lumière d'une lampe éclaire un foyer où régnent la fraicheur et des oideurs familières.
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PchabannesPchabannes   18 avril 2009
‘’Connais-tu cette lucidité, cette indifférence, cette quasi-sérénité qui, dans les situations les plus tragiques de la vie, peuvent s’emparer de l’âme. Tu enterres un être cher et voilà qu’en pleine cérémonie tu te demandes tout à coup si tu n’as pas oublié de fermer la porte du réfrigérateur, auquel cas le chien pourrait voler la viande que tu as préparée pour le repas funèbre. Et au moment même ou le chœur se met à chanter, tu ordonnes, à voix basse, qu’on aille bien vite vérifier la chose.’’
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NeigelineNeigeline   13 avril 2009
Tu sais, il me semble qu'une horloge invisible règle nos actes : on ne peut rien "décider" avant que les choses ne se décident d'elles-mêmes... Et si on essaie de faire violence à la vie, on tombe dans la folie, dans l'inhumain... et peut-être même dans l'immoral. Oui, c'est la vie qui décide... et ses décisions sont aussi surprenantes que superbes... Après, tout paraît toujours simple et naturel.
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Vidéo de Sándor Márai
L' émission "Un livre toujours" vous présente «Les Grands Romans» de Sandor Marai, publié au Livre de Poche (collection Pochothèque).
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