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Georges Kassai (Traducteur)Zéno Bianu (Traducteur)
EAN : 9782253084471
500 pages
Le Livre de Poche (14/03/2008)
3.88/5   139 notes
Résumé :
Ilonka, Peter, Judit sont les acteurs d'un même drame. Chacun à leur tour, ils confient " leur " histoire comme on décline un rôle. L'épouse amoureuse et trahie. Le mari cédant à la passion. La domestique ambitieuse qui brise le couple. En trois récits-confessions qui cernent au plus près la vérité des personnages par un subtil jeu de miroirs, Sandor Marai analyse avec une finesse saisissante sentiments et antagonismes de classe. Mais, au-delà, c'est la fin d'un mon... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
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sur 139 notes
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enjie77
  25 janvier 2021
« Un beau jour, tu ne veux plus rien conserver pour toi-même, tu n'attends plus de la vie ni bien-être, ni apaisement, ni satisfaction, mais tu aspires à exister pleinement quitte à en mourir …..Alors ce jour là, tu éprouves le désir de connaître une passion dévorante. »
J'éprouve toujours la sensation de pénétrer à pas feutrés dans un roman de Sandor Marai. Lecture tout en contraste de deux confessions ; J'ai quitté Imma Monso qui est une auteure d'aujourd'hui, une battante et me voilà dans cette ambiance slave envoûtante, mélancolique, nostalgique avec en mains, ce roman exigeant, qui demande une lecture attentive.
Sandor Marai me convie, de son écriture élégante, à un plongeon dans l'âme humaine. Me voilà installée dans un salon de thé à Budapest, le café « Gerbeaud » sans aucun doute. L'auteur invite son lecteur à prendre place au milieu de son récit et à recevoir les confidences des trois intervenants : Ilonka, première épouse de Peter, Peter, et Judit, domestique chez les parents de ce dernier qui deviendra sa seconde épouse.
Sur un sujet somme toute banal, Sandor Marai nous offre l'histoire de la décomposition d'un mariage mais aussi de la décomposition d'un pays envahi, torturé, meurtri. C'est ce qui en fait aussi un témoignage de grande valeur : une étude de cette société hongroise de l'entre deux-guerres, celle d'Horthy mais aussi celle de l'après guerre sous le joug des communistes. Il parvient à embrassé plusieurs thèmes, celui de la Hongrie comme celui de l'intime, ou celui de l'écrivain désenchanté, amer, le grand ami Lazar de Peter.
Ce qui m'a le plus troublée, ce sont les confidences de Peter. A bien l'écouter, j'ai perçu dans l'écriture plutôt les méditations de l'auteur, je devenais dépositaire d'une part de son intimité. C'est amer, morose, mélancolique. Héritier lui-même de la grande bourgeoisie, je l'ai senti portant comme un fardeau les convenances de cette classe sociale pendant l'entre deux-guerres, avec ses codes, les usages en vigueur régissant les rapports aux autres classes sociales. Et en même temps, à travers les réflexions et le désenchantement de l'ami Lazar, la fin d'une certaine culture, d'un mode de vie. Peter évoque son questionnement sur le sens de la vie, sur la solitude, sur les femmes. Il décrit les sentiments humains avec subtilité, profondeur. A travers la question essentielle de Peter : peut-on se mentir à soi-même longtemps sans risque, nager à contre courant de ses propres aspirations, préserver les apparences, l'auteur ne se pose-t-il pas une question existentielle comme il pose la question de l'amour entre deux personnes issues d'un milieu différent.
Dans cette atmosphère d'une époque révolue propice aux confidences mezza voce, IIanka et Judit se sont épanchées. Elles ont parlé de leur vie sous le prisme individuelle de chacune mais j'ai reçu leur histoire avec plus de distance. IIanka, honnête, amoureuse, cultivée mais trahie et Judit, qui va intriguer auprès de Peter dès qu'elle comprend qu'elle suscite l'émoi chez celui-ci, réglant ainsi ses comptes avec une classe sociale qu'elle déteste, ce sera sa lutte des classes.
J'ai retenu la confession, le questionnement de Peter, et l'Histoire de la Hongrie qui est un déchirement pour l'auteur, j'ai ressenti sa détresse, c'est poignant et je me réjouis de ne pas avoir vécu sous de tels cieux. le récit démarre pendant l'entre deux guerres pour se prolonger jusqu'en 1979. Si j'ai bien compris, il y a deux romans en un seul, l'un paru en 1941 et l'autre qui sera terminé à San Diégo en 1979.
« Moi, je l'ai écoutée sans piper, jusqu'à l'aube. Ce qu'elle m'a raconté, on aurait dit un polar…. Elle m'a parlé de la vie chez les riches. »

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Fabinou7
  27 novembre 2019
N'avez-vous jamais fait l'expérience d'un souvenir, par vous oublié, mais rapporté par celui ou celle qui l'a vécu avec vous ? Chacun de ceux qui nous ont connu détient une part de notre vérité. de notre histoire. Ma mémoire c'est les autres. 
Né avec le XXème siècle, à Košice (Cassovie), dans l'actuelle Slovaquie, cet immense écrivain hongrois, mort en exil en Californie, signe ici un roman psychologique subtil autour de son thème de prédilection : les chassé-croisé amoureux d'une bourgeoisie déclinante.
“Méfiez-vous de la vérité : elle commet toujours des erreurs” écrivait Romain Gary. La vérité est morcelée, comme une porcelaine brisée. Les Métamorphoses d'un mariage s'évertuent à recoller les morceaux. Certes, l'amphore ne retrouvera jamais son unité, il restera quelques fragments perdus dans la nuit de l'oubli. 

L'histoire débute avec l'ex-épouse, Ilanka, se poursuit avec l'ex-époux, Péter, et laisse enfin la parole à Judit, celle qui s'est invitée à la table de la bourgeoisie, celle qui a transgressé les lois d'airains des codes de classe et des sacrements du mariage.
De Pest à Buda, le lecteur recueille les souvenirs de ces personnages à travers les trois longs chapitres du livre. Il est le confident de l'intimité bourgeoise de ce mariage, mais davantage encore. Que ce soit autour d'une glace à la pistache dans un café de Budapest, autour d'un vin hongrois à la fermeture d'un bar ou lové dans les draps fins d'une garçonnière de Rome, le procédé littéraire, qui consiste à placer le narrateur face à un interlocuteur muet, crée tout de suite une intimité et une quasi absence d'intermédiation entre les « confessions du bourgeois » et le lecteur. Nous suivons ces vies sur plus de trente ans, de l'ambiance feutrée des salons mondains de l'entre-deux-guerre à l'occupation allemande puis bolchevik de la Hongrie. Le temps de l'écriture n'en est pas moins long puisque l'auteur débute son roman en 1949, à Pausilippe et en termine l'épilogue en 1979, à San Diego. Márai, aujourd'hui célébré dans son pays, mourra en exil, avant de voir le mur de Berlin s'effondrer, l'année de sa mort.
L'épure de la bourgeoisie s'étiole, s'érode, guerre après guerre, Péter en étant le dernier représentant, sous les yeux de l'écrivain, Lazar, chroniqueur du crépuscule. Malade de l'injustice, malade d'être un artiste sans spécialité, Péter est hanté par la solitude et le remords. Ilanka, finit à son tour par souffler sur “les braises” du souvenir de Judit, la bonne de la famille, et celle qui pensait faire une belle union ne récolte qu'un « divorce à Buda ». 
Márai Sandor se vit-il comme un passeur de flambeaux, forcé de témoigner du « monde d'hier » ? Ou est-ce la nostalgie qu'il expie tout au long des 500 pages de ce livre. Toujours est-il que l'auteur magyar surprend, il habite ses différents narrateurs de façon singulière et vraisemblable et ainsi donne à chacun des chapitres une tonalité et un caractère propre. 
« Le corps humain, tu sais, contient soixante-dix pour cent d'éléments liquides et trente pour cent d'éléments solides. de même, la vanité représente soixante-dix pour cent du caractère humain, le reste étant partagé entre le désir, la générosité, la peur de la mort et l'honnêteté.” Si le début du livre est plein d'intrigue, il arrive un moment où la subtilité des émotions, le suspense (car il y a du suspense) ne suffisent plus et il y a une sorte de répétition sourde qui se fait sentir, et parfois même un sentiment de banalité, car la langue (à tout le moins la traduction) n'est pas d'une aussi grande singularité que celle, très riche et raffinée d'un Zweig ou celle chirurgicale, précise et scientifique d'un Musil, deux autres monuments littéraires de la Mitteleuropa.
Ces répétitions, en partie imputables à la structure du livre, les différents personnages ayant vécu partiellement les mêmes évènements, sont moins digestes lorsque les considérations fleuves sur l'art, la culture, le rôle de l'écrivain, la mission du bourgeois et sa critique tournent un peu sur elles-mêmes. Au contraire, lorsque les répétitions nous permettent de voir le même évènement sous un prisme différent, avec des informations que nous ignorions ou une interprétation plus nuancée, alors Márai nous emporte dans le courant danubien d'une jouissance littéraire redoutablement efficace.
Cette chronique du sentiment d'être “passé à côté” porte le nom original de “Az igazi, Judit…és az utóhang”, et c'est sans doute cette dernière partie du titre “…et l'arrière-goût”, qui définit le mieux l'odeur douce-amère du passé, l'odeur de foin sur la peau, de cet art de vivre et d'aimer bourgeois, avec ses conquêtes et ses névroses.
Derrière la mélancolie non pas d'un âge d'or mais plutôt d'une époque pleine de promesses finalement non tenues, on devine toute l'ambivalence de l'auteur vis-à-vis de la bourgeoisie hongroise, dont il se fait tour à tour dépositaire et fossoyeur.
C'est toujours « l'arrière-goût » qu'écrit Márai dans cette incapacité à rencontrer l'autre, cette solitude à deux, cet échec du “vouloir-saisir”, comme l'eut dit Roland Barthes dans ses “Fragments d'un discours amoureux”. 
Qu'en pensez-vous ?
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Annette55
  31 août 2020
Comment ne pas s'attacher à ce chassé - croisé amoureux dense, empreint d'une mélancolie subtile, mélange historico - social - politique, riche de réflexions , «  L'histoire » , sorte de récit- confession , trois monologues maîtrisés , trois personnages , trois versions d'un même drame ?
Ce roman met en scène trois personnes : l'épouse amoureuse , belle, intelligente, honnête et cultivée, sensible, une bourgeoise issue de la classe moyenne , Ilonka, épouse délaissée et trahie, le mari Péter , un bourgeois aisé cédant à la passion, la femme au ruban violet , la domestique ambitieuse qui brise le couple ——Judit——-
Les monologues prenant le lecteur à témoin ou adressés à une amie , longtemps après les faits , donnent en premier la parole à Ilonka : elle tente de percer à jour et de conquérir son mari , inaccessible , occupé ailleurs ou indifférent, cette «  Solitude à deux » , cette froideur , ces convenances, le manque de sincérité et de naturel propres à la bourgeoisie , les Fameuses  «  apparences »un mur qui conduisit à l'échec.,
Ensuite Peter évoque ses deux mariages soldés par un échec , son enfance , sa jeunesse, ses voyages, son désir secret, son regret intense de ne pas être un écrivain ou un artiste .
Puis Judit , la servante devenue maîtresse de maison par son mariage avec Peter en secondes noces, elle a vécu une enfance misérable.
Au départ , une vie de domestique , oui , comme bonniche, affirme t- elle chez des bourgeois aisés qu'elle méprisait au plus haut point , tout en les enviant et les moquant avec une ironie amère doublée de cruauté et de froideur réfléchie, ce qui donne de longs paragraphes jubilatoires , qui dissèquent finement les antagonismes de classe .
Peter décrit longuement ses échecs conjugaux successifs, les travers de la bourgeoisie et les idées préconçues de l'époque pour les hommes.
L'auteur analyse le désarroi d'une bourgeoisie qui périclite , les sentiments et l'état d'esprit des protagonistes avec une finesse et une profondeur saisissantes, un jeu de miroirs cernant au plus près la Vérité des personnages, leurs états d'âme montrant la solitude des êtres qui s'enferment dans un carcan.
Il dissèque minutieusement la fin d'un monde et d'une société hiérarchisée —- le déclin inéluctable de la bourgeoisie Hongroise de l'entre- deux guerres, le climat d'une époque.
Une fresque sociale politique, sociale, métaphysique évoquant les mutations , les soubresauts et les changements qui suivirent la deuxième guerre mondiale .
J'ai beaucoup aimé ce roman psychologique qui rappelle Stefan Zweig et Schnitzler.: élégant, tendre , à la fois dans l'intimité des êtres et la mutation d'une société entière , posant des questions éternelles et de multiples interrogations avec une lucidité exemplaire .
Magnifique .
Encore un ouvrage qui dormait dans ma bibliothèque !
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Ansault
  15 janvier 2009
A la lecture de ce livre j'ai eu l'impression de m'enfoncer de plus en plus dans la complexité. Au départ je pensais simplement qu'il s'agissait tout naturellement du récit d'un mariage raconté par les 3 protagonistes de l'affaire, à savoir la femme Ilonka, le mari Péter et l'amante Judit. Je suis donc resté très longtemps sur cette image d'un couple en devenir, je croyais lire une histoire romantique, intimiste, une sorte de vau-de-ville où l'accent serait délibérément mis sur l'étude psychologique des personnages. Mais en réalité il serait très réducteur de ne considérer que cet aspect de cette oeuvre, bien que celui-ci soit très présent et très abouti à l'instar de son aîné et maître du genre, Stéfan Zweig. L'oeuvre glisse lentement vers des considérations philosophiques étendues abordant les thèmes de la Culture, l'art, l'artiste et son oeuvre ; l'amour et la passion ; la solitude, solitude constructive, solitude destructive ; la lâcheté ; l'ordre sociale, la bourgeoisie, le prolétariat ; le socialisme et le communisme comme modèle idéologique et social ; la fin d'un âge, la mort d'une époque… Tout cela en un seul roman !!!
Le roman de Marai donc est un objet à double face, c'est un roman psychologique, une étude de moeurs en même temps qu'un complexe essai métaphysique et philosophique. Et si l'on ne s'attache qu'à un aspect de cette oeuvre on en perd toute la richesse. D'un autre côté aussi il n'est pas aisé d'en comprendre le sens dans sa globalité, d'autant que le récit se déploie dans un contexte historique bien précis dont personnellement je n'ai qu'une très grossière idée. Pas simple donc !!!
« Métamorphoses ?... » Vous avez dit « Métamorphoses… d'un mariage. Un seul ? »
La construction de ce roman est très originale. le livre est divisé en trois parties (sans compter l'épilogue écrit plus tardivement). Chacune d'elle est le récit d'une même histoire racontée par les personnages principaux. le lecteur est directement pris à partie dans cette histoire. Les personnages font leurs confidences racontant leurs expériences les plus intimes directement au lecteur, qui prend la forme d'une bonne amie ou d'un vieil ami ou même d'un amant, pour finir dans l'épilogue par devenir un compatriote d'exil.
J'ai cru jusqu'à la fin de la 2ème partie que l'on pouvait en lire les 3 chapitres de façon anarchique. Je me disais qu'il pourrait être amusant de commencer à le lire par la fin ou par son milieu et qu'alors la perception de ce récit en serait quelque peu différente. Je croyais que ce roman était en quelque sorte un ovni conceptuel, une oeuvre d'avant-garde éminemment moderne.
Dans les grandes lignes, je me trompais ! Métamorphoses d'un mariage n'est assurément pas une oeuvre à prendre à la légère et avec laquelle on peut jouer.
En réalité chacun des récits complète l'autre. Plus on avance dans sa lecture et plus la connaissance des personnages et de leur personnalité s'étoffe et nous assistons aussi à un déploiement du récit dans le temps. Bien qu'au départ il soit très difficile au lecteur de le situer temporellement, on constate néanmoins que celui-ci s'étale sur plusieurs décennies. Les personnages nous font leur confidence plusieurs années après que les évènements ont eu lieu, c'est-à-dire quand ils ont le recul nécessaire pour nous livrer leur histoire en toute sincérité et avec la plus grande des lucidités. Seul le récit de Judit peut clairement être daté puisque les évènements qu'elle raconte font référence au siège de Budapest.
Très longtemps aussi, je me suis interrogé sur le titre de ce roman, Métamorphoses d'un mariage. Pourquoi Métamorphoses était-il au pluriel ? Comment une métamorphose pourrait-elle être multiple ? Je croyais alors qu'il nous était raconté la perception d'un seul et même évènement par des personnages différents et qu'en ce sens, vu que ces perceptions étaient différentes, on pouvait considérer que la métamorphose de ce mariage était multiple et justifiait le pluriel de son titre.
Encore une fois, je me trompais… car ceci n'était valable que sans considérer le déploiement temporel de l'histoire. En effet une même chose peut subir plusieurs métamorphoses à des moments différents.
Mais alors, de quel mariage s'agit-il ?
Le mariage dont Ilonka nous fait le récit ? Il est très vite oublié. Apparemment il ne s'agissait que d'un mariage de convenances et d'apparences qui n'était important qu'aux yeux d'Ilonka, dont l'amour était certes sincère mais dictées par les conventions de la bourgeoisie.
Le second mariage de Péter avec Judit ? Bien que revêtant un peu plus d'importance il est aussi le constat d'un échec cuisant. Péter a semblé succomber à un désir de jeunesse, s'est laissé dicter sa conduite par des envies adolescentes, des rêves de révolte, la naïveté de croire qu'il pourrait trouver un sens à sa vie s'il bousculait les conventions préétablies. Pure utopie. Apparemment ce n'est pas non plus ce mariage là qui mérite plusieurs métamorphoses.
Le mariage des parents de Péter ? Tous deux issus de la haute-bourgeoisie, un mariage dans les règles, sans amour. Bof…
Ces mêmes mariages vus par les yeux de Judit ?… Pas très convaincant !
Le non-mariage de Judit et de son musicien ? Là l'amour semble être sincère et partagé, mais bien que consommé ce mariage n'en est pas un !
Quel pouvait être donc ce mariage qui subissait ces métamorphoses ?
Dans tout cela je ne voyais que des mariages qui ne subissaient pas de métamorphose, ou une seule si l'on considère le divorce, qui serait tout au plus qu'une conséquence logique quand les deux êtres sensés s'aimer ne sont plus en phase. Mais de là à qualifier un divorce de métamorphoses d'un mariage, ça me semblait quand même un peu exagéré !
Alors peut-être que pour trouver la réponse à cette question il fallait considérer l'oeuvre de Marai dans sa globalité, et essayer d'en dégager un sens général.
Deux thématiques du roman semblent être de première importance aux yeux de l'auteur.
La première découle directement de son statut d'écrivain et d'artiste. Cette thématique est largement illustrée par les propos de Lazar, écrivain, double de Marai, Sandor Marai lui-même. Lazar, l'écrivain qui divorcera d'avec la pratique de son art. de même, Péter se définit lui aussi comme un artiste, mais un artiste sans instrument… un solitaire… en somme un célibataire de l'art ?!
D'ailleurs, soit dit en passant, faut-il impérativement pratiquer un art pour être artiste ? Ne peut-on pas être artiste sans art ? Vaste question ???
L'artiste et son oeuvre, ne pourrions-nous donc pas les considérer comme les protagonistes d'un même mariage ? L'artiste n'est-il pas en quelque sorte marié à son oeuvre ?
La deuxième nous est énoncée par le contexte politique et historique dans lequel Marai situe les évènements de son récit. le roman raconte la fin d'une époque, celle de l'entre-deux-guerres où l'Europe est déchirée et subit les bouleversements des nationalismes émergeants et du communisme. Les idéologies changent et la bourgeoisie en fait les frais. Les rennes du pays changent de main. C'est le communisme, les coopératives, les biens appartiennent désormais au peuple. Au récit de ces évènements l'auteur, issu lui-même d'une famille bourgeoise, ne nous cache pas sa grande déception. Les sentiments qui l'animent passent par la désillusion, un grand fatalisme, une envie de fuite et d'exil. Il nous est raconté là l'histoire d'un divorce, le divorce d'un citoyen d'avec son pays. Un patriotisme contrarié.
Ainsi c'est peut-être de ce mariage là dont Sandor Marai nous raconte les métamorphoses, le mariage d'un artiste avec son pays, et au-delà son histoire et sa culture.
Et force est de constater que ce mariage se solde par un échec comme tous les mariages qui nous sont racontés au fil de ces pages, mais ici l'enjeu est de première importance, il s'agit de la perte et de la fin d'une culture et par extrapolation de la Culture au sens large du terme.
Avec l'avènement du communisme on assiste au nivellement de toute chose et de toute individualité. La société s'en trouve arasée, chaque être est l'égal de son semblable, il n'a du coup plus de spécificité propre ou n'est en tout cas plus considéré comme individualité pleine et entière mais est ramené à l'échelle de la masse et de ses congénères. Un camarade, rien de plus ni de moins qu'un camarade. Insupportable pour tout artiste qui n'existe que par la relation unique et individuelle qu'il établit avec le monde dans lequel il vit. La société telle qu'elle est ainsi offerte ne laisse plus de place à l'improvisation, la vie de tout à chacun est contrôlée, planifiée, régentée, partagée. Tout y est codifié. le partage des richesses devant bénéficier à tout citoyen s'en trouve être au final une somme de devoirs et de responsabilités. le fruit du travail de chacun n'apporte plus ni joie ni satisfaction puisqu'il est aussitôt reversé au bénéfice de la collectivité. Pour le bien de tous, soit disant. Mais Marai n'est pas dupe et il confesse au travers de son oeuvre que le monde qu'on lui propose désormais ne laisse plus de place à la joie. Ce nouveau monde semble désormais ne plus vouloir de la culture, de cette culture qui était le trésor détenue par la bourgeoisie.
"L'écrivain, comme le note son éditeur, doit se résigner à l'évidence : l'humanisme est assassiné, on assiste au triomphe d'une nouvelle barbarie à laquelle, une fois de plus, le peuple se soumet."
Márai finira par choisir l'exil et quittera son pays :
"Pour la première fois de ma vie, j'éprouvai un terrible sentiment d'angoisse. Je venais de comprendre que j'étais libre. Je fus saisi de peur." écrit-il la nuit de son départ en 1948.
(Sources : Wikipédia)
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Ansault
  15 janvier 2009
(... suite...)
Les personnages de Judit et Lazar.
Les deux personnages les plus importants du roman sont sans conteste Judit, la bonne issue du peuple qui finira par devenir une dame de la bourgeoisie (enfin… pas tout à fait !) et Lazar, l'écrivain ami de Péter.
Judit de par son parcours fait le pendant entre le peuple et la haute bourgeoisie. C'est elle qui est la plus à même de comprendre l'évolution et les changements qui s'opèrent en ces instants troubles. C'est le témoin privilégié mais aussi l'actrice et l'initiatrice de ces évènements. La famille dont est issue Judit est une famille pauvre et à plusieurs endroits du roman elle nous explique les conditions de vie difficiles dans lesquelles elle a passée son enfance. Elle dit avoir vécu dans un trou creusé à même la terre et partager sa couche avec les rats. Mais tout cela n'a pas nui à son développement puisque Judit est maligne, intelligente et belle et que les conditions extrêmes dans lesquelles elle a vécue lui ont procuré la capacité de s'adapter à toutes les situations et ainsi de pouvoir évoluer aussi bien parmi le peuple que parmi la haute bourgeoisie avec le plus grand des naturels. Elle le dit elle-même, elle apprend vite. Mais une incompatibilité de taille ne pourra jamais s'estomper entre les deux mondes dans lesquels elle évolue.
Péter, son futur époux, est tout entier centré sur lui-même, c'est un intellectuel qui cherche à donner un sens à sa vie. Il a hérité de la situation dans laquelle il vit et à vrai dire il n'a guère besoin de travailler. Son travail ne consiste plus qu'à faire acte de présence dans l'usine qu'il dirige puisque les affaires initiées par son père tournent d'elle-même. du coup il est en un perpétuel état de questionnement quant à son être au monde, il cherche plus ou moins à remettre en cause la classe sociale dont il est issu. Il s'interroge beaucoup, c'est un cérébral, mais au final il erre dans la vie, solitaire. Judit, elle, est foncièrement différente. Elle est dans l'action, dans le faire, le geste. Elle est dans le ressenti, l'intuitif et l'instinctif. Elle revendique l'intime et le sensitif. Elle est dans le vécu, elle est critique et attentive au monde qui l'entoure. L'épisode de son enfance dans la boue en compagnie des rats n'est pas anodin. En effet Judit est sensible à toutes les manifestations du vivant et en particulier les odeurs.
«On dit que dans ce monde pourri qu'on appelle civilisation l'odorat se perd, que les gens ne sentent plus rien. Mais moi, je suis né au milieu des bêtes, comme le petit Jésus, j'ai reçu, avec ma naissance le don de l'odorat que les riches ont perdu. » Confession de Judit p.315
S'agissant de Péter, elle dit de lui :
«[…]
Et par-dessus tout, cette odeur de foin pourri. En entrant pour la première fois dans le lit de mon mari, j'ai senti à nouveau cette odeur de mâle, à la fois raffinée et perverse, celle que j'avais respirée autrefois en repassant ses caleçons et en les empilant dans son armoire à linge… J'étais si heureuse, si émue, tu vois, que je n'ai pas pu m'empêcher de vomir. » Confession de Judit p.314
Elle est au corps ce que Péter est à l'esprit. Mais tout deux sont en recherche, tous deux se mettent en quête pour trouver une part de leur vérité... une part de la vérité de l'autre. Péter, idéaliste, romantique, cherchera dans l'amour quelque chose comme l'espoir d'un miracle, une quête héroïque et passionnée, un acte sacré.
« Oui, les vrais amoureux risquent leur peau au sens propre du terme et, dans leur entreprise, la femme est la créatrice, l'héroïne, au même titre que l'homme, ce chevalier parti à la conquête du Saint Sépulcre. Les vrais amoureux, ces braves, sont éternellement en quête de ce mystérieux sépulcre, ils se battent, ils se blessent et ils meurent pour lui… » Confession de Péter p.270
Il croyait ainsi que toutes les différences de classe allaient fondre dans le creuset de l'amour. Mais impuissant, ampoulé dans ses habitudes bourgeoises, il ne saura se donner les moyens de son ambition, il ne saura ni offrir ni recevoir le « merveilleux don de la joie », cette vérité simple et grave qui est l'essence même de toute relation amoureuse. Et de cela Judit en a parfaitement conscience, et ce depuis le début, elle sait pertinemment et intuitivement que Péter en est incapable, et dans le fond ce n'est pas ce qu'elle attend de lui. Péter est un lâche, bousculer les conventions comme il se propose de le faire en épousant la bonne, n'est que courage de façade. Judit va se jouer de lui, opportuniste, elle profitera de l'occasion qui lui est donnée par Péter. Son projet est simple, elle veut, elle aussi, « sa place au soleil ». Mais tout comme Péter elle échouera dans sa quête.
« … je t'avouerai donc que si je haïssais les riches c'est - avant tout – parce que je n'avais pu prendre que leur argent… Quant au reste, ce supplément qui constitue à la fois le secret et le sens de la richesse, cette différence, porteuse, au même titre que la fortune, d'une magie redoutable, ils ne me l'ont pas donné… ils l'ont dissimulé… bien mieux que les valeurs qu'ils avaient déposées dans les coffres-forts des banques étrangères, ou les lingots d'or qu'ils avaient enfouis au fond de leurs jardins. » Confession de Judit p.346
Judit est le seul personnage du roman à posséder un nom de famille et pas n'importe lequel, elle s'appelle Aldozo, ce qui signifie en hongrois celui qui communie, celui qui sacrifie. Et ainsi que pour Lazar, ses nom et prénom font directement référence à la Bible et on ne peut ne pas penser à Judith, celle qui séduisit Holopherne avant de la décapiter.
Voici le récit biblique :
« Nabuchodonosor II a envoyé Holopherne châtier les peuples de l'ouest parce qu'ils ont refusé de le soutenir dans la guerre qu'il a menée contre le roi perse Arphaxad (cf. Judith I, 1). Après avoir pillé, tué et ravagé dans tout le Proche-Orient, Holopherne assiège Béthulie, une ville juive (probablement Massalah) qui barre un passage dans les montagnes de Judée. Comme l'eau vient à manquer, les habitants sont sur le point de se rendre, mais une jeune veuve, Judith, d'une extraordinaire beauté et d'une richesse considérable, prend la décision de sauver la ville. Avec sa servante et des cruches de vin elle pénètre dans le camp d'Holopherne ; ce dernier est tout de suite ensorcelé par la beauté et l'intelligence de cette femme ; il organise en son honneur un grand banquet à la fin duquel ses domestiques se retirent discrètement pour ne pas troubler la nuit d'amour qui, pensent-ils, attend leur maître. Mais elle continue à l'enivrer et, quand il est hors d'état de se défendre, elle le décapite avec l'aide de sa servante et revient à Béthulie avec la tête. Quand les soldats découvrent au matin leur chef assassiné, ils sont pris de panique : les uns s'enfuient et les juifs vainquent facilement ceux qui restent. » (Source Wikipédia)
Néanmoins il faut, semble-t-il, ne pas pousser la comparaison dans ses extrêmes. Judit Aldozo reste malgré tout bien différente de la Judith biblique. Encore que… Elle aussi est allée prendre contact avec l'ennemi, avec l'autre, le différent, pour le tromper, le voler et… sauver les siens. En est-il de même pour Judit Aldozo, son entreprise a-t-elle pour but de « sauver » ceux de sa classe sociale ? Quoi qu'il en soi, elle s'en est allé à la conquête de la bourgeoisie. Elle aura non seulement voulu leur prendre leur argent mais elle voulait aussi en comprendre l'essence et en percer le mystère.
Son entreprise se soldera par un échec… la tête coupée ne lui révélerait rien du secret de son âme.
Seul Lazar semblait être en mesure de lui en révéler la teneur…
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   20 janvier 2021
J'ai compris que sous la confusion du monde extérieur règne un ordre intérieur profond, un ordre d'une logique aussi éblouissante que celle d'une composition musicale. La situation - notre sort, notre destinée à tous les trois - était arrivée à maturité, elle avait éclos, dévoilant, tel un fruit vénéneux, sa beauté étouffante. Moi, je n'avais fait qu'assister à cette éclosion.
Mais, sur le moment, je croyais agir.

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LivretoiLivretoi   01 juillet 2018
Ilonka, la femme blessée, se confie à Lazar, l'ami de son mari :
Ilonka : Je ne veux pas de lui s'il doit être malheureux à cause de moi. S'il ne peut pas être heureux avec moi, qu'il aille en chercher une autre… Celle qui lui est destinée. Sa vraie femme… Il existe toujours une femme, la vraie, qui vit quelque part.
Que peut-il m'advenir de pire que de vivre avec quelqu'un qui ne m'appartient pas ? Quelqu'un qui garde un souvenir, un sentiment… J'ai épousé un homme parce que je croyais l'aimer et parce que je croyais qu'il m'aimait. Mais je vis depuis 5 ans avec quelqu'un qui refuse de me donner entièrement son cœur. J'ai tout fait pour l'attacher à moi. Je me suis efforcée de le comprendre. J'ai voulu me rassurer par toutes sortes d'explications absurdes. J’ai voulu l'attacher à moi par le lien le plus fort qui existe… par un enfant. Rien à faire. Pourquoi ? Le savez-vous ? Est-ce une fatalité ? Ou autre chose ? Vous êtes écrivain. Vous êtes un sage, un complice, le témoin de la vie de Péter. Il m'arrive de penser que vous avez une part de responsabilité dans tout ce qui arrive… Oui, vous exercez un pouvoir sur l'âme de Péter.
Lazar : J'avais un pouvoir sur lui, mais je ne l'ai plus. J'ai dû le partager, voyez-vous. Faites-en autant, cela permettra peut-être de sauver tout le monde.
Ilonka : Vous savez mieux que quiconque qu'on ne partage pas en amour.
Lazar : Au contraire, en amour tout est possible.
Ilonka : Que me reste-t-il si j'accepte de partager ? Un appartement ? Une position sociale ? Quelqu'un avec qui je prends mes repas et, de temps à autre, me fait don de sa tendresse, comme on administre, avec une cuillerée d'eau, un médicament à un malade qui se plaint ?... Quoi de plus humiliant, de plus inhumain que de vivre avec une moitié d'homme ! Moi je veux un homme qui m'appartienne totalement. Avoir un homme que je ne partagerais avec personne… Est-ce vraiment impossible ?
Lazar : Non. Seulement, c'est très dangereux.
Ilonka : Et la vie que nous vivons, nous deux, ne l'est-elle pas ? Nous sommes en danger de mort.
Lazar : Le propre de la vie, c’est le danger. Toutefois, on peut vivre ce danger de deux façons : en se promenant éternellement dans la plaine, une canne à la main, ou en cherchant toujours à se jeter, tête la première, dans l'Atlantique. Il faut survivre. C’est là ce qu'il y a de plus difficile. Cela nécessite parfois de l'héroïsme.
Ilonka : Je ne sais même pas avec qui ou avec quoi je dois partager. Avec une personne ? Ou avec un souvenir ?
Lazar : Peu importe. La personne en question n'est plus qu'un souvenir. Elle ne veut rien. Seulement…
Ilonka : Seulement, elle existe.
Lazar : Oui.
Ilonka : Alors il faut en finir, avec la personne, avec le souvenir, avec toute cette vie. Il faut que je la voie, il faut que je l'examine. Que je sache si elle est vraiment celle que je cherche. Si elle est vraiment celle qui empêche mon mari d'être heureux… cella à cause de qui Péter n'est pas tout à fait à moi… parce qu'il est lié par un désir, un souvenir, une confusion de sentiments, que sais-je… alors, je pourrai les abandonner à leur sort.
Lazar : Il a tout fait pour tenir le coup. Imaginez les efforts inouïs qu'il a déployés au cours de ces dernières années pour renier ces souvenirs – il aurait pu déplacer des montagnes. C’est un sujet que je connais bien, vous savez. Il m'est même arrivé de l'admirer parce qu'il a tenté d'accomplir ce qu'il peut y avoir de plus difficile dans la vie… juguler ses sentiments en recourant à la raison. Autant persuader une dynamite de ne pas exploser. Cet homme a tenté l'impossible pour sauver son âme… et garder l'estime de soi, indispensable pour continuer à vivre. Et aussi pour vous et, avec ce qu'il lui restait d'énergie, pour l'enfant. Parce qu'il vous aime aussi… j'espère que vous le savez.
Ilonka : Je le sais. Sans quoi, je ne me battrais pas pour lui… Mais il ne m'aime pas totalement sans réserve. Il y a quelqu'un entre nous. Je chasserai ce quelqu'un ou je partirai moi-même. Est-elle vraiment si forte, si redoutable, cette femme au ruban violet ?

Que peut-on savoir d'un être humain ? Je vivais avec mon mari depuis cinq ans, je croyais connaître à la perfection ses gestes, ses habitudes et bien d'autres choses encore liées à ce sentiment de familiarité tout ensemble émouvant et banal, exaltant et terrifiant, vulgaire et ennuyeux que vous procure la proximité du corps et de l'âme de l'homme avec lequel on vit et au sujet duquel on croit tout savoir… jusqu'au jour où l'on s’aperçoit que l'on ne sait rien. En fait, je connaissais moins bien mon mari que Lazar ne le connaissait, Lazar, cet homme déçu et amer qui exerçait un pouvoir sur son âme. Quel type de pouvoir ? Un pouvoir humain, meilleur et plus fort que mon pouvoir de femme. Non, non, je ne peux pas l'expliquer, mais c’est ce que j’ai toujours ressenti en les voyant ensemble. Eh bien, cet homme m'avait dit la veille qu'il avait dû partager son pouvoir avec la femme au ruban violet.

Ilonka se confie à nouveau à Lazar, l’ami de son mari :
Ilonka : Croyez-vous qu'un premier amour puisse dominer une âme au point de l'empêcher d'éprouver un autre amour ? Que se passe-t-il donc dans l'âme quand on est amoureux ?
Lazar : Dans l'âme, rien. Les sentiments ne surgissent pas dans l'âme…. Non, ils suivent un chemin différent. Mais ils traversent l'âme comme un fleuve en crue inonde un marigot.
Ilonka : Un homme intelligent et raisonnable peut-il contenir un tel débordement ?
Lazar : Oui, dans certaines limites. S'il est vrai que la raison est incapable de déclencher ou de juguler des sentiments, elle peut toutefois les réguler, les mettre en cage, s'ils sont dangereux.
Ilonka : Comme on fait avec un puma ?
Lazar : Si vous voulez. Enfermé dans sa cage, le pauvre sentiment tourne dans tous les sens, il hurle, il montre ses crocs, il secoue les barreaux, mais il finit tout de même par perdre ses poils et ses dents. Il devient vieux, affable et triste. C'est possible, oui, cela s'est vu. C'est le travail de la raison. On peut dompter le sentiment. Naturellement, il ne faut pas ouvrir la porte de la cage trop tôt. Le puma peut toujours s'échapper, et s'il n’est pas suffisamment apprivoisé, il risque de faire quelques dégâts.
Ilonka : Pouvez-vous vous exprimer plus simplement ?
Lazar : Vous voudriez savoir si l'on peut neutraliser les sentiments à l'aide de la raison. Je vous réponds carrément : non. Mais, pour vous consoler, sachez que, dans certains cas particulièrement favorables, on peut les apprivoiser et les faire mourir à petit feu…. Regardez-moi donc. J’ai survécu.

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Fabinou7Fabinou7   03 mai 2021
"Le corps humain, tu sais, contient soixante-dix pour cent d'éléments liquides et trente pour cent d'éléments solides. de même, la vanité représente soixante-dix pour cent du caractère humain, le reste étant partagé entre le désir, la générosité, la peur de la mort et l'honnêteté."
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ASAIASAI   21 mars 2021
Dès que nous nous trouvions en société, tels des malfaiteurs qui s'entendent entre eux sans rien se dire, nous nous mettions aussitôt à jouer.
Nous avions de nombreux jeux. Par exemple, le jeu des Dupont. Je vais te l'expliquer pour que tu comprennes bien la nature du rapport entre Lazar et moi. Ce jeu-là, il fallait le jouer en société, au milieu de tous les Dupont, qui, naturellement ne devaient se douter de rien. Que disent les Dupont lorsque le gouvernement démissionne, que le Danube en crue inonde les villages, qu'une actrice célèbre annonce son divorce, qu'un politicien de renom a détourné l'argent public ou qu'un parangon de vertu se tire une balle dans la tête au fond d'une maison de passe ? "Ce sont là des choses qui arrivent", déclarent-ils en hochant la tête, avant de lâcher une énorme banalité dans le genre "l'humidité est le propre de l'eau" ou "quand on se jette à l'eau, on se mouille", ou encore "il faut toujours peser le pour et le contre". Depuis que le monde est monde, vois-tu, tous les Dupont s'expriment ainsi. Lorsque le train s'ébranle, ils s'écrient "on part" et s'il s'arrête à Trifouillis-les-Oies, ils annoncent avec superbe : "Trifouillis-les-Oies". Et ils ont toujours raison, les Dupont. Si le monde est aussi abominablement, aussi désespérément médiocre, vois-tu, c'est peut-être parce que les lieux communs ont toujours raison. Seuls les génies et les artistes sont capables, d'une simple pichenette, de les balayer en dévoilant ce qu'ils ont de figé, de mortel, de contraire à la vie, et de révéler cette autre vérité qui se dissimule derrière le cliché, qui se moque des poncifs, et qui nous fait comprendre pourquoi les hommes de la police secrète retrouvent un jour tel haut fonctionnaire, maître en bigoterie, pendu, en chemise de nuit rose, dans un bordel.
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Annette55Annette55   30 août 2020
«  C’était un automne ambré , somptueux , le monde autour de nous semblait en fête. Les branches des arbres croulaient sous les fruits dorés . L’air était vaporeux, odorant , il sentait la fleur fanée . Les touristes riches et insouciants——- des Américains prenant le soleil qui embaumait le moût , des Françaises élancées comme des sauterelles , des Anglais prudents et circonspects ———évoluaient comme autant de guêpes repues , dans cette lumière chaude et pesante.
Le Monde ne s’était pas encore barricadé comme aujourd’hui , l’Europe ——-et la vie———brillaient de tous leurs feux .... »
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Videos de Sándor Márai (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sándor Márai
Le 29 mars 2014, l'émission “Une vie, une oeuvre” diffusée tous les samedis sur France Culture, était consacrée à l'évocation de l'écrivain hongrois Sándor Márai (1900-1989). Par Laetitia Le Guay. Réalisation : Ghislaine David. Sándor Márai s’est imposé comme l’auteur hongrois le plus lu en France, avec des romans construits comme des thrillers, autour de secrets de famille, d’événements mystérieux du passé (“Premier Amour”, “Les Braises”, “L’héritage d’Esther”, “Les Mouettes”, “La Sœur”). L’ascendant d’un être sur un autre, les limites du langage, l’étrangeté de soi à soi-même et au monde sont des thématiques récurrentes d’un univers romanesque aux récits implacables ; univers à la violence sourde dont la psychanalyse n’est jamais très loin. La vie de Sándor Márai fut itinérante : européenne et quasi-vagabonde dans la jeunesse, pour fuir la Terreur Blanche de 1919 ; hongroise pendant vingt ans ; américaine et italienne après le passage de la Hongrie dans la sphère soviétique et le choix par Márai de l’exil. Au-delà des circonstances politiques, le voyage est un mode d’être pour Sándor Márai, « une appréhension sensuelle du monde », écrit-il dans son “Journal”, « peut-etre la seule vraie passion de ma vie».». De plus en plus solitaire et difficile matériellement, mais fertile sur le plan littéraire, l’exil mènera Márai de New York à Salerne, en Italie, puis en Californie où il se donnera la mort à 89 ans, quelques mois avant la chute du mur de Berlin. Témoin de la disparition du monde du 19e siècle, observateur du destin d’une Europe malmenée par le fascisme puis le stalinisme, Márai médite de livre en livre (“Libération”, “Mémoire de Hongrie”, “Journal”), sur les totalitarismes et l’humain, dans une écriture limpide qui, au fil des années, se condense, pour devenir de plus en personnelle, fragmentaire, poétique. Il reste l’une des grandes voix de la Mitteleuropa, aux côtés de Stefan Zweig ou Thomas Mann qu’il admirait.
Avec la participation de :
Balázs Ablonczy, historien, directeur de l’Institut hongrois de Paris François Giraud, auteur du blog http://sandor-marai.blogspot.com Catherine Faye et Georges Kassai, traducteurs de Sándor Márai en français Gabrielle Napoli, collaboratrice à la Quinzaine littéraire András Kányádi, maître de conférences à l'Inalco, qui a publié sous sa direction “La Fortune littéraire de Sandor Marai” (collectif), Edition des Syrtes, 2012 Daniel Rondeau, écrivain, journaliste, diplomate Ibolya Virág, éditrice, traductrice, spécialiste de littérature hongroise Textes lus par Vincent Németh (ces textes de Sándor Márai sont tirés de) : “Les Confessions d'un bourgeois” “Les étrangers” “Journal” “Ciel et Terre”
Thèmes : Hongrie| 20e siècle| Littérature Etrangère| Presse Ecrite| Daniel Rondeau| András Kányádi| Sándor Márai
Source : France Culture
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