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Paul Alexandre (Traducteur)
EAN : 9782714445087
192 pages
Belfond (02/04/2009)
  Existe en édition audio
3.57/5   833 notes
Résumé :
De la course à l'écriture, il n'y a qu'une foulée que Murakami nomme la vitalité. Pour s'astreindre à une discipline d'écrivain, l'auteur a vendu son club de jazz, arrêté de fumer, commencé à courir, inlassablement, tous les jours. Journal, essai, éloge de la course à pied, au fil de confidences inédites, Murakami nous livre une méditation lumineuse sur la vie.


"Un traité de sagesse à la japonaise, et c'est aussi la source cachée de l'oeuvre d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (123) Voir plus Ajouter une critique
3,57

sur 833 notes

Bookycooky
  09 novembre 2020
Selon Somerset Maugham « il y a de la philosophie même quand on se rase », nous dit Murakami. Sans prétendre jusqu'à « la philosophie » , il a décidé de nous rapporter ici “quelque chose comme des retours d'expérience “ de sa vie "d'écrivain-coureur",
Courir régulièrement pendant plus de vingt ans l'a rendu plus fort à la fois sur le plan physique et le plan intellectuel,
Battre quelqu'un ne l'a jamais intéressé, ce qui le motive est d'atteindre les buts qu'il s'est fixé ( généralement quand on n'aime pas la compétition c'est qu'on n'aime pas perdre 😁)
Ecrire un livre et courir un marathon sont pour lui deux activités qui se ressemblent,
("Une grande partie de mes techniques de romancier vient de ce que j'ai appris en courant chaque matin.")
Je le rejoins entièrement, faire régulièrement une activité physique , si possible chaque jour, renforce la force physique et mentale. "Courir chaque jour est un mode de vie pour moi “, dit-il, ayant moi-même couru mais plus modérément pendant des années, je me suis retrouvée dans la majorité de ses ressentis et sensations. Et comme il ajoute, courir ou marcher ne coûte rien à part des chaussures adéquates et on peut le pratiquer en toute saison, n'importe où, à n'importe quel moment. Indirectement lié au sujet il nous rapporte aussi de nombreuses épisodes intéressantes de sa vie, notamment celle de ses débuts d'écrivain, comment d'un jour à l'autre il a décidé d'écrire un roman, alors qu'il tenait un petit club de jazz et n'avait jamais songé à écrire, ou son expérience des 100km courus en une seule journée 😳 au Hokkaido ( que je trouve une folie, pour le coeur et les jambes, sans parler des genoux).
Bref Murakami est un homme intéressant, même si je le trouve un tout petit brin imbu de sa personne, même sensation retrouvée dans son livre où il s'entretient avec le chef d'orchestre Seiji Ozawa , « De la musique ». Ici aussi, bien qu'il prend des airs de fausse modestie, ses affirmations sur le talent littéraire et les méthodes et la rigueur qui «  doivent » l'accompagner pour achever « un roman de valeur » sont un brin prétentieux. Mais dans l'ensemble c'est un livre que j'ai lu avec plaisir et j'aime bien ses propos un peu équivoques où on n'est pas sûr s'il est sérieux ou ironique quand il affirme que l'écriture n'est pas une activité bonne pour la santé 😁, dont j'ai d'ailleurs mis en citation l'explication qu'il en donne, ou son épisode de nu comme un vers devant le miroir 😁, “On a beau se poster nu devant un miroir aussi longtemps qu'on le souhaite, ce qui est à l'intérieur ne s'y reflète pas”.
Il l'a écrit en 2007, je me demande s'il court encore à 71 ans.....
Bref si non déjà lu le conseille, en prime vous aurez droit à un voyage aux États-Unis et au Japon. Par ces temps c'est mieux que rien, de plus Trump est parti 😁.
“Se consumer aux mieux à l'intérieur de ses limites individuelles, voilà le principe fondamental de la course, et c'est aussi une métaphore de la vie- et, pour moi une métaphore de l'écriture.”
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le_Bison
  11 septembre 2014
Chaussé de mes running Adidas pour qui je ne ferais pas de publicité tant elles me font mal aux sabots, produit purement marketing de haute technologie, je peux commencer la lecture de ce livre de Murakami, Haruki. Un autoportrait de l'écrivain vu à travers sa passion pour la course à pied. D'ailleurs en préambule, l'auteur se demande bien à qui peut s'adresser un tel objet « littéraire ». Au fan de l'auteur, certes ? Au passionné amateur de la course à pied, sûrement ? Au buveur de bière, certainement ? Tiens, je vais m'en décapsuler une. L'envie subite après l'effort. Je ne sais pas vous mais j'ai toujours cette fatale envie de boire une bière après une course – ou après l'amour, alors que mon corps est encore bouillant de tant d'efforts.
« J'ai beau boire une grande quantité d'eau, tout de suite après, j'ai terriblement soif. Ah ! comme j'aimerais une bière bien fraîche. »
Je débute ainsi cette lecture, un brin curieux, un brin envieux. Mais, au fil de ces lignes, j'en perçois tout son côté frustrant. Lui, l'amateur qui parcourt dix kilomètres quotidiennement, aussi bien les jours d'intempéries que ceux caniculaires. Dix ou vingt bornes, le pied. Si moi aussi, j'avais ce « luxe » de pouvoir le faire chaque jour. Se prendre des trombes d'eau en courant dans le sable mouillé d'Hawaï me ferait plus rêver que trembler. Torse nu, cuisses bandées, les perles d'une sueur salée dégoulinent le long de mes abdominaux… Arrête de fantasmer, belle inconnue… j'ai une âme derrière le corps esthète qui se cache sous sa fourrure de poil. Mais, heu, si je t'invite à prendre une bière bien fraiche dans ma chambre, tu me suis, mystérieuse groupie ? Et on parlera de l'imagination masculine dans ces moments-là…
« Je m'assois dans un café du village et avale goulûment une bière froide, une Amstel. Elle est agréable, mais pas aussi délicieuse que la bière de mon imagination, quand je courais. Rien dans le monde réel n'est aussi beau que les illusions d'un homme sur le point de perdre conscience. »
Haruki se confie à sa manière, à travers ses entraînements, ses objectifs, son hygiène de vie. Abandonné son club de jazz, stoppée la cigarette, il s'astreint à une nouvelle discipline, celle de chausser ses baskets tous les matins avant de s'installer devant son ordinateur pour écrire, celle de hausser ses objectifs de course – quitte à en sortir déçu voir démotivé, celle de s'accorder une bière fraîche après une course.
Mais comme l'essence même de la culture japonaise est fondée sur le bouddhisme, chaque respiration de l'auteur semble en respirer. A chaque inspiration, à chaque souffle, presque à chaque ligne. Tu ne vois pas la corrélation entre le bouddhisme et la bière fraiche ? Pourtant, je te l'assure au bout de la cinquième, j'en suis convaincu. En fait, là où je veux en venir, c'est que la course à pied peut s'assimiler, pour l'auteur, à une séance de zazen. L'esprit libéré par cette foulée court au même rythme que ses baskets. Il ne s'arrête pas, il trace sa route au rythme de la respiration et des pensées qui défilent. Est-ce pour cette raison que la course me fait également du bien. Assurément, j'en perçois aussi cette conduite. Je ne dis pas que chaque course pour moi aurait son équivalence dans un dojo zen, mais je remarque –ou du moins ne devrais-je pas y faire attention – que par moment les pensées défilent aussi vite que les nuages dans le ciel, que les gouttes de sueurs sur mes temps, et qu'elles ne s'accrochent ni à mon esprit ni à mes running. Mais, bon, j'ai encore des progrès à faire, aussi bien pour devenir bonze que pour dépasser un certain cap à mes temps de parcours – que comme chacun, je trouve trop lent par rapport aux autres, par rapport aux entrainements courus, par rapport aux bières bues.
Un livre pour qui ? Un quadragénaire qui court entre trente et quarante bornes par semaine – en fonction de ce que lui permet sa vie professionnelle et familiale. Un lecteur qui apprécie se perdre dans l'imagination de l'auteur japonais. Un homme qui aime bien boire une bière de temps en temps – ou plus souvent. Oui, un livre qui donne envie de boire une bière est ASSUREMENT un excellent livre ! Et là, le corps nu luisant encore de sueur, je me penche vers ce verre de bière pour y tremper mes lèvres. Putain, que c'est bon, que ça fait du bien !
« J'ai envie de boire une bière glacée, tellement glacée qu'elle me brulerait. »
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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Kittiwake
  08 novembre 2015
Bien loin des récits oniriques à la lisière de la réalité, Haruki Murakami se livre ici à un exercice introspectif dans un huis-clos à trois témoins : la course à pied, l'écriture et l'auteur.
Le texte est court, mais est-il nécessaire de s'étendre davantage sur ce qui apporte un éclairage tout à fait intéressant sur la personnalité de cet auteur plébiscité dans le monde entier?
Il y est question, bien sûr de la relation particulière qui s'instaure entre l'auteur et son corps, qu'il négligea jusqu'au jour où le désir d'user des chaussures sur la route, dans un déclic, le conduise à une addiction, comme celle que décrivent la plupart des adeptes de cette pratique sportive
C'est bien sûr une apologie de la course à pied, mais sans prosélytisme, l'auteur reconnait que ce n'est pas une panacée, que cela ne convient pas à tout le monde (il suffit pour s'en convaincre d'observer les joggueurs amateurs du dimanche, pour lesquels il n'est même pas besoin d'être un professionnel pour se rendre compte à quel point ils martyrisent leurs articulations, futurs candidats à la prothèse du genou). A contrario , c'est un sport, qui, quand il est adapté à la morphologie, peut procurer bien du bonheur.
De cette pratique est née chez l'auteur une discipline de vie, qui a bien sur influé sur son écriture, et c'est tout l'intérêt de ces confessions, le parallèle établi entre écriture et course.
On a l'impression, en parcourant ce livre, de regarder par le trou d'une serrure, et de découvrir un champ limité. Car comment si sa vie s'en tient à ces deux activités solitaires, peut-il écrire des romans foisonnants, qui explore les limites de l'imagination? Car on découvre un Murakami presque asocial, centré sur lui-même, de façon quasi pathologique. Ou alors cette vie monacale est-elle le secret pourvue s'ouvrent les passages qui conduisent à ses fabuleuses productions littéraires ?
Sans succès préalable, il est probable qu'un tel écrit serait passé inaperçu. Il faut déjà avoir assis sa réputation pour qu'un éditeur s'empare d'un texte comme celui-là. Et en même il est toujours très intéressant de découvrir les coulisses de la vie personnelle d'un écrivain. C'est ainsi que les sportifs et les lecteurs passionnés pourront être comblés. Et je ne parle pas des lecteurs marathoniens!…..

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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latina
  31 mai 2013
Patience, ténacité, persévérance : voilà les maîtres-mots de Murakami lorsqu'il s'élance sur les pistes d'un marathon et sur l'autoroute de la vie, aussi, comme il le dit si bien lui-même.
Murakami nous raconte ici sa vie de romancier inséparable de sa vie de coureur de fond, ainsi que de participant à des triathlons.
Depuis qu'il a une trentaine d'années, il court. Il court pour maintenir sa forme physique, sans laquelle il ne peut écrire. Pour lui, c'est essentiel, c'est vital même.
Il court aussi pour se mesurer à lui-même, pour avancer intérieurement. « Se consumer au mieux à l'intérieur de ses limites individuelles, voilà le principe fondamental de la course, et c'est aussi une métaphore de la vie, - et pour moi, une métaphore de l'écriture. »
Courir, c'est aussi souffrir, physiquement : « D'ailleurs, la plupart du temps, dans la vie, on n'apprend quelque chose d'essentiel qu'à la suite d'une souffrance physique ».
C'est aussi souffrir mentalement, car il lui est arrivé d'avoir le blues du coureur...
Bref, il ne peut se penser sans courir.
En cela, je lui reconnais une volonté incroyable, extraordinaire, et je l'admire !
Ce livre plaira à tous ceux qui courent, même si ce sont de plus petites distances (un marathon, c'est 42 km)...en l'occurrence : moi, très humblement, qui cours 7 à 10 km....Mais je comprends tout ce que Murakami dévoile sur la course, car je ressens aussi ces sensations, j'ai aussi ces pensées qui défilent.
Ce livre plaira aussi à ceux qui font du triathlon, car la dernière partie de l'ouvrage lui est consacrée.
Ce livre plaira à ceux qui veulent, qui aiment, qui osent écrire. le travail du romancier y est très bien décrit.
Finalement, ce livre plaira à tous ceux qui aiment la vie et ses difficultés, la vie et ses rencontres, la vie et ses défis.
Lecture bien agréable, ni trop technique, ni trop simpliste, ouvrant à une réflexion plus vaste. Vous avez un bon score, Mr Murakami !
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Creisifiction
  30 août 2021
La toute première fois où Murakami s'est dit qu'il serait capable d'écrire un roman, ce fut au moment exact où un joueur de baseball, premier batteur des Yakult Swallows, équipe de baseball tokyoïte dont il était un fidèle supporteur à l'époque, réussit une excellente frappe: "Tiens, et si j'écrivais un roman?", s'était-il interrogé, allongé sur une pente gazonnée entourant le terrain de jeu, par un dimanche après-midi ensoleillé, une bière à la main...Même pas dans l'ambiance feutrée du club de jazz qu'il avait tenu durant quelques années avant de se consacrer entièrement à la littérature, me suis-écrié à mon tour !! Même pas devant une bouteille de Johnny Walker dont le bonhomme marcheur de l'étiquette aurait subitement jailli pour le lui suggérer...?
Au travers de ce récit autobiographique de Murakami, j'ai découvert, non sans un certain sentiment de déception au départ, un homme et une personnalité très éloignés, voire situés à quelques encablures-lumière, pourrais-je dire, de la représentation que je m'étais faite de cet auteur fascinant, inclassable (on le range d'habitude dans le rayon «réalisme magique», mais bon, à force de rajouter des planches dans ces étagères-là, on finit par ne plus savoir de quoi on parle exactement...). Son oeuvre (dont «Kafka sur le rivage » et «1Q84» représentent pour moi le summum absolu), à l'empreinte originale et reconnaissable entre toutes, pourrait à elle seule constituer un sous-genre particulier dans la littérature japonaise et mondiale. J'exagère peut-être, mais c'est pour vous dire à quel point je l'apprécie : Haruki Murakami fait partie du club très restreint de mes auteurs contemporains fétiches. Saltimbanque parvenu au sommet de son art, fil-de-fériste habile sur la corde qu'il tend et étend avec un naturel inimitable, entre réalisme et fantaisie, entre onirisme et existentialisme, entre métaphysique traditionnelle bouddhique et pop-culture, Haruki est dans la littérature actuelle le bateleur par excellence des petits interstices de l'espace-temps, de la synchronie cosmique et du flottement des êtres atypiques. de ce fait, je m'étais probablement forgé l'image d'un personnage, comment dire, plutôt aérien, décalé et excentrique, sorte de romantique «postmoderne», à l'esprit rebelle, contemplatif et mélancolique. Je n'avais par ailleurs jamais rien lu auparavant concernant directement ni sa vie, ni son parcours d'auteur ou sa personnalité. Sans doute, pour une raison quelconque - me suis-je dit après-coup, j'avais préféré garder une certaine aura de mystère à son propos...
Quelle désillusion donc au départ, en découvrant ici un bonhomme certes intéressant et sympathique, mais en même temps extrêmement autodiscipliné, très obstiné, voire laborieux («chaque fois que je veux faire quelque chose mais que je n'arrive pas, je ne connais pas de répit avant de parvenir à mes fins»). Et qui, d'entrée de jeu, déclare sans ambages être quelqu'un de physique plutôt qu'intellectuel. Voyons, Murakami, une petite fourmi besogneuse qui dit "puiser dans l'effort du fardeau concret la compréhension intellectuelle"!! Non, je rêve!!

« Il y a de la philosophie même quand on se rase", avait coutume de dire Somerset Maughan.

Pour Murakami, s'agirait-il de faire de la philosophie à partir de la course à pied? Il semble pourtant lui-même hésiter quant à la nature précise de ce qu'il est en train d'écrire. Ce n'est pas tout à fait un essai, nous confie-t-il ; aussi, préfère-t-il le considérer comme «une sorte de «mémoire» {les guillemets sont de lui]», même si en fin de compte, «il ne s'agit pas d'une réflexion grandiose sur mon histoire personnelle». Que cherche-t-il au juste alors ? le titre original du livre veut littéralement dire en japonais « Ce dont je parle quand je parle de courir » (ce titre a été lui-même inspiré de celui d'un recueil de nouvelles de Raymond Carver : « What we talk about when we talk about love »). Voudrait-il parler de lui, Murakami? du romancier? du rapport entre courir et écrire?
Quand il rédige AUTOPORTRAIT DE L'AUTEUR EN COUREUR DE FOND, Murakami court déjà depuis vingt-trois ans, et pratiquement chaque jour. Il court, oui, il court l'auteur, motivé comme la plupart d'entre nous par «un but personnel, non pas pour chercher une forme de compétition avec d'autres» (même si comme lui, on ne résistera peut-être pas à la fierté fugace de nos meilleurs classements, ou parfois simplement au fait de dépasser un bon nombre d'autres coureurs durant une course ou un simple entraînement...). Bref, Murakami sait de quoi il parle, il en connaît suffisamment les joies et les affres, les fondamentaux et les contradictions qui animent les coureurs: il le fait bien, avec passion et, pour le coup ,avec une grande aisance et liberté de ton.
Pour ce qui est néanmoins des rapports entre la course et l'écriture, et en dépit du fait que l'auteur affirme avoir appris la plupart des «techniques» dont il sert comme romancier en courant tous les matins, les vaches sont, hélas, de mon point de vue nettement plus maigres... J'avoue ne pas en avoir tiré beaucoup de substance à ce niveau. On apprend par exemple qu'écrire un roman, c'est comme courir un marathon, il faut se contraindre à des efforts quotidiens pour «réussir à franchir un niveau supérieur» et, comme durant les courses de fond, quand on écrit, « le seul adversaire que l'on doit vaincre, c'est soi, le soi qui traîne tout son passé", ou qu'il faut acquérir une discipline et une régularité qui se rapprochent de celles d'un coureur en entraînement pour écrire un roman, savoir par exemple accélérer ou diminuer son allure, car dans le deux cas, pour poursuivre l'activité le plus longtemps possible «il faut conserver son rythme», etc..etc.. Ou encore, ce qui est sans doute beaucoup plus surprenant, cette affirmation que l'écriture n'étant pas «une activité bonne pour la santé» et comportant «des éléments malsains et antisociaux», il faut pouvoir combattre les mauvaises toxines de l'acte créatif, secrétées «en grande quantité chez les auteurs professionnels», par la mise en place «d'un système auto-immune capable de résister aux toxines dangereuses -parfois mortelles- qui résident à l'intérieur d'eux-mêmes». Pour Murakami, il est donc fondamental de pouvoir «garder, voire améliorer, une bonne condition physique afin d'être apte à écrire des romans». Mise à part toute l'empathie qu'on souhaite éprouver pour un Murakami qu'on aime tant (n'est-ce pas ?), et qui se serait lancé pour la première fois dans cet exercice périlleux de l'autobiographie, avec une gêne évidente à se livrer et à parler de lui, il faut bien appeler un chat, un chat : ce sont la plupart du temps de belles platitudes qu'il nous sert à ce dernier propos.
«J'ai voulu déterminer quelle sorte de vie j'avais menée depuis un bon quart de siècle, à la fois comme romancier et comme homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire». Ah, voilà qui est dit en toutes lettres : un homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire ! Serait-ce la clé de ce livre au propos apparemment hybride, un peu bridé dans son expression ?
J'ai eu souvent, pendant ma lecture, la sensation que nonobstant le fait que Murakami cherchait bien à livrer quelque chose (et peut-être bien aussi à se délivrer lui-même de quelque chose – «une fois le livre achevé, j'ai eu le sentiment fugace qu'une charge qui pesait sur mes épaules depuis bien longtemps avait disparu» !) l'auteur semblait manifester en même temps un souci perceptible à ne pas trop se raconter, ou en tout cas pas au-delà du nécessaire, une certaine réserve sur son histoire passée, livrée au compte-gouttes, une pudeur par moments explicitement assumée («Je ne voulais pas parler exagérément de moi-même») à détailler son vécu subjectif face aux situations plus difficiles de sa vie (les mauvaises critiques de ses livres à ses débuts, par exemple), ainsi qu'à évoquer des blessures moins superficielles et des parcelles de son moi plus intime. Cette obstination à vouloir se montrer comme un type ordinaire représenterait alors une porte d'accès suffisamment sécurisante pour se raconter. «Je pense que cet hiver je courrai un autre marathon (...) Ainsi les saisons vont et viennent, et les années passent. J'aurai un an de plus et j'aurai sans doute terminé un autre roman. Je fais face à chacune de mes tâches».
S'il est vrai que AUTOPORTRAIT DE L'AUTEUR EN COUREUR DE FOND peine à aller au-delà du factuel et se restreint la plupart du temps à des généralités, ce besoin de paraître ordinaire et de ne pas se montrer trop fier de sa vie d'auteur renommé et de ses performances (littéraires, en l'occurrence) prendra par moments des proportions démesurées Comme si ce subterfuge permettait d'échapper alors à tout contrôle, on voit émerger une autocritique intempestive, péremptoire, aussi sèvere que laconique et avare en éléments qui justifieraient autant d'acrimonie envers soi-même : il n'aime pas son physique, il ne se voit pas comme quelqu'un de sympathique ; face aux difficultés, c'est quelqu'un qui s'isole, qui garde le silence ou «tente d'y déceler quelque chose d'amusant», ou bien il s'insurge impuissant contre sa nature «individualiste, obstinée, récalcitrante, souvent centrée sur elle-même», etc.. Ecoutez par exemple la dureté de ces mots : «Encore une fois je suis frappé de constater à quel point ce réceptacle appelé "moi" est pitoyable et vain. Je suis quelque chose de miteux, de mal rapiécé et de moche».
En tant que récit autobiographique, AUTOPORTRAIT DE L'AUTEUR EN COUREUR DE FOND m'a laissé en définitif une impression d'inabouti et d'une certaine maladresse de fond. Je n'ai pas eu le sentiment de partager assez l'intimité de son auteur, ou alors trop indirectement, ou encore trop lapidairement. L'âge venant, Murakami se serait-il vu surgir la nécessité de se raconter, de s'atteler malgré lui à la dure tâche d'inaugurer le marathon de ses propres fictions, de son propre personnage («peut-être était-ce précisément la bonne période de ma vie pour rédiger cet ouvrage») ? Drôle de sensation, pour moi en tout cas, de ne pas retrouver cette fois-ci, en tant que lecteur, toute la maîtrise à laquelle m'avait habitué cet extraordinaire funambule!
Ce qui n'empêchera tout de même pas que les amateurs de course à pied (dont je fais partie) y trouveront par ailleurs leur compte. Ce livre leur est dédié, et ils s'y reconnaîtront avec bonheur.
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critiques presse (1)
Lecturejeune   17 février 2012
Lecture Jeune, n°130 - juin 2009 - « On obtient souvent les choses qui ont une véritable valeur au moyen d'actes apparemment improductifs. » Un aphorisme qui pourrait résumer le rapport de Murakami à la course à pied. À ses détracteurs qui ne comprennent pas pourquoi il court 10 kilomètres tous les jours depuis 37 ans, il pourrait répondre que cela a du sens dans sa vie de romancier. L'auteur rend compte de son rapport au sport, depuis qu'il a choisi d'écrire. Les écrivains de génie ne sont pas si nombreux, et l'auteur revendique être un auteur « de fond », endurant. Il ne s'agit pas tant d'un éloge de la course à pied, que de constater qu'il est possible pour un être humain d'aller au-delà de la souffrance, de la fatigue et de ses propres limites. Le style de Murakami est ici identique à celui qu'il déploie dans ses romans. Mélange de sagesse, de simplicité et d'observation du monde qui l'entoure. Cet essai se lit comme un roman, avec la course à pied comme personnage, les marathons comme une succession d'actions insensées où la machine humaine obéit ou résiste. Murakami décrit le mécanisme de ses jambes qui refusent parfois de poursuivre le chemin. Cet auteur « coureur » saura séduire les lecteurs par l'humilité et la poésie de son propos. L'occasion également de désacraliser le stéréotype de l'écrivain auprès de l'adolescent : figure romantique marquée par le génie. Car ici, il est avant tout question de persévérance, de travail et de « littérature athlétique ». Anne Clerc
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Citations et extraits (146) Voir plus Ajouter une citation
BookycookyBookycooky   09 novembre 2020
Sur le fond, je suis d’accord avec le fait d’écrire des nouvelles n’est pas un type de travail qui vous maintient en bonne santé. Lorsque nous nous lançons dans un projet d’écriture, que nous créons une histoire avec nos mots, une sorte de substance toxique, tapie au plus profond de chaque être humain, ressort à la surface, que cela nous plaise ou non. Tous les écrivains ont à faire face, plus ou moins, à ce principe délétère et, conscients du danger qu’il recèle , doivent se débrouiller pour transiger avec. Car autrement , il n’y aurait aucune activité créatrice, dans son sens véritable. (Désolé pour cette étrange analogie: dans le poisson que l’on s’appelle “fugu”, la partie la plus délicate au goût est la plus proche du poison-une similitude sans doute significative ).Non, il ne s’agit décidément pas d’une activité bonne pour la santé.
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DIEGODIEGO   23 juin 2011
La majorité des coureurs ordinaires sont avant tout motivés par un but personnel, qui consiste en général à parcourir telle distance en un temps donné. Quand l’athlète réalise ce temps, il (ou elle) a le sentiment d’avoir accompli ce qu’il s’est fixé de faire, et s’il n’y arrive pas, il aura le sentiment d’avoir failli. Même s’il ne parvient pas au temps qu’il espérait atteindre, tant qu’il éprouve la satisfaction d’avoir fait de son mieux – et, éventuellement, d’avoir découvert un aspect significatif de lui-même-, sa course est perçue comme un accomplissement, et il retrouvera ce sentiment positif lors de la compétition suivante. en d’autres termes, la fierté (ou ce qui ressemble à de la fierté) qu’éprouve le coureur de fond à être allé au bout de sa course reste pour lui le critère fondamental.
On peut dire la même chose à propos de ma profession. Dans le travail du romancier, pour autant que je le sache, la victoire ou la défaite n’ont pas de sens. Peut-être le nombre d’exemplaires vendus, les prix littéraires, les critiques élogieuses sont-ils des critères apparents qui fixent la réussite dans le domaine littéraire, mais rien de tout cela ne compte véritablement. l’essentiel est de savoir si vos écrits ont atteint le niveau que vous vous êtes assigné. Une chose difficile à expliquer. Aux autres, vous pouvez toujours fournir une explication appropriée. À vous-même, impossible de mentir. En ce sens, écrire un roman ou courir un marathon, voilà deux activités qui se ressemblent. Chez les créateurs, il existe une motivation intérieure, une force calme qu’il n’est pas du tout nécessaire de confronter à des critères extérieurs.
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le_Bisonle_Bison   13 juin 2014
je suis le genre d’homme qui aime faire les choses – quoi que ce soit – tout seul. Et pour être encore plus direct, je dirai que je suis le genre d’homme qui ne trouve pas pénible d’être seul. Je n’estime pas difficile ni ennuyeux de passer chaque jour une heure ou deux à courir seul, sans parler à personne, pas plus que d’être installé à ma table quatre ou cinq heures durant. J’ai toujours eu cette inclination depuis ma jeunesse : lorsque j’avais le choix, je préférais invariablement lire des livres seul ou bien me concentrer à écouter de la musique plutôt que d’être en compagnie de quelqu’un d’autre.
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le_Bisonle_Bison   10 juin 2014
Le grand écrivain de romans noirs Raymond Chandler a un jour avoué, dans sa correspondance privée, que même s’il n’écrivait rien il s’obligeait à s’asseoir à sa table chaque jour sans exception, un certain nombre d’heures, et à demeurer là, seul, la conscience en éveil. Je comprends bien quel était son objectif. Grâce à ce dressage sévère, Chandler se donnait la force musculaire nécessaire à son travail d’écrivain professionnel et renforçait tranquillement sa volonté. Il ne se dérobait pas à son entraînement quotidien.
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latinalatina   28 mai 2013
Lorsque je dis aux gens que je cours chaque jour, ils sont admiratifs. "Vous avez sûrement beaucoup de volonté !" remarquent-ils parfois.
Je ne pense pas que la simple volonté vous rende capable de faire quelque chose. Je crois que j'ai pu courir depuis plus de vingt ans pour une raison simple : cela me convient. Ou du moins, je ne trouve pas cela pénible.
Les êtres humains continuent naturellement à faire ce qu'ils aiment et cessent ce qu'ils n'aiment pas.
Voilà pourquoi je ne conseille jamais aux autres de courir.
Le marathon ne convient pas à tout le monde. De même, tout le monde ne peut pas devenir romancier.
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Videos de Haruki Murakami (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Haruki Murakami
Pierre Földes a choisi d'adapter six nouvelles de l'écrivain Haruki Murakami dans son film d'animation "Saules aveugles, femme endormie". Pour conserver l'atmosphère de fantastique décalé et de mélancolie, Földes enchevêtre les histoires et suit le parcours de quatre personnages après le tremblement de terre et le tsunami qui ont touché le Japon en 2011.
#harukimurakami #littérature #animation
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