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EAN : 9782843045882
144 pages
Zulma (23/08/2012)
3.46/5   127 notes
Résumé :
Les Immortelles, ce sont les prostituées de Port-au-Prince. L’une d’elles prend à parti l’inconnu monté la voir au bordel. Apprenant qu’il est écrivain, elle lui propose un marché : contre son corps, écrire l’histoire des putains défuntes, emportées par le séisme sous les décombres de béton. D’une surtout : la petite, la fugueuse Shakira venue sous son aile un jour dans la haine de sa bigote de mère. De la belle et orgueilleuse Shakira toute pénétrée d’une passion d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
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karmax211
  01 janvier 2022
Récit fragmenté comme les décombres épars du tremblement de terre qui a frappé Haïti et sa capitale Port-au-Prince le 12 janvier 2010.
Un énième tremblement de terre qui a endeuillé ce pays pauvre, en proie à des régimes politiques gangrenés, instables, dictatoriaux souvent, corrompus toujours, violents, criminels, sanguinaires, sur une île où se multiplient les catastrophes naturelles contre lesquelles, pour toutes les raisons évoquées précédemment, la population est démunie.
Aucun système de gestion des risques comme il y en a dans des pays comme le Japon ( c'est l'exemple le plus parlant ).
Au sortir du séisme du 12 janvier 2010, le bilan fait état de plus de 220 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abri.
Makenzy Orcel à travers ce qui est une ode aux anonymes, aux petits, aux oubliés, rend hommage aux putains pour les immortaliser, elles et leurs "semblables"...
Au bordel, une putain propose à un écrivain des passes "gratuites" :
- "Elle s'est dirigée vers la fenêtre pour regarder, non sans amertume, l'immense vallée de béton et de poussière blanche dehors. L'irréparable. L'inénarrable. le désespoir qui coule dans les yeux des gens. La ville-décombres, déchiquetée, saturée de morts connus, inconnus, synthétisés, dessinant toutes sortes de figures géométriques..."
Son marché est le suivant :
- "Je parle, tu écris. Tu transcris."
Il accepte.
- "Je devais juste d'abord écrire et ensuite la sauter. Ça me plaisait bien cette idée...Éditer à compte de sexe."
La prostituée va lui conter l'histoire de sa rencontre avec Shakira, une belle gamine fugueuse de douze ans, qu'elle va prendre sous son aile, héberger, à qui elle va apprendre le métier et dont elle va s'éprendre à la manière de la mère qu'elle fut.
Shakira qui a fui un père et mari violent, une mère bigote, lâche, vendeuse de bibles, qu'elle déteste, va devenir la coqueluche de la Grand-Rue.
Il faut dire que outre sa beauté, Shakira n'est pas une putain ordinaire.
C'est une jeune fille libre, rêveuse, passionnée par les livres et la lecture... elle voue un véritable culte au grand écrivain haïtien Jacques Stépen Alexis qui, en dehors d'avoir été pressenti pour le Goncourt, est connu pour son opposition sans failles au régime de "Papa Doc".
Exilé, il tentera un débarquement clandestin sur son île, tentative qui lui vaudra d'être torturé, exécuté... sa dépouille "inhumée" sans laisser de trace.
Shakira, c'est aussi celle qui va s'éprendre d'un professeur de lettres de trente-six ans son aîné, avec lequel elle a des discussions sur la littérature et autres sujets déroutants pour ses coreligionnaires.
Shakira a un vrai don de voyance... troublant pour lesdites coreligionnaires...
Une dispute va opposer Shakira à sa "mère d'adoption", dispute à la suite de laquelle la jeune fille va disparaître un an sans donner de nouvelles... au grand dam de sa protectrice.
De retour après cette année mystérieuse, la terre va s'ouvrir sous ses pieds et le béton d'un building l'ensevelir douze jours.
Douze jours sans secours, sans eau et sans nourriture.
Douze, un chiffre récurrent dans cette histoire ( je vous laisse découvrir ).
Avant de mourir, elle va confier à la "narratrice" qu'elle a un enfant... quelque part.
Ce va être désormais la raison de vivre de la porte-voix de ces prostituées de Port-au-Prince, désormais immortalisées par l'écrivain... comme les légendaires Fedna-la-pipeuse ou Geralda Grand-Devant.
Un livre à trois voix.
Un livre qui, s'il ne nous apprend pas grand-chose que ne nous aient déjà appris des Lyonel Trouillot, des Denis Laferrière, des Émile Ollivier, des René Philoctère et autres... nous offre des bribes habitées d'un authentique souffle poétique.
Et dans ce genre, les plumes haïtiennes excellent.
Pour conclure, je laisse les mots de la fin à l'auteur :
- "Loin des clichés ou de la complaisance graveleuse, Makenzy Orcel, élève ici un somptueux tombeau à une petite morte qui porte en elle toutes ses soeurs de misère." "On n'a pas fini d'ausculter le corps abîmé d'Haïti, mais les bien-pensants se sont occupés de tout sauf des putes, ces immortelles qui donnent sens, vie et tendresse au corps de la ville", écrit Makenzy Orcel dans ce roman qu'il leur dédie.
Un grand petit bouquin !
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Ziliz
  10 décembre 2012
Elle est prostituée, il est écrivain et client de passage. Elle promet de lui laisser faire "tout ce qu'il voudra", s'il met en mots son histoire - ou plutôt celle de "la petite", en hommage, et pour la rendre immortelle. Cette petite, elle l'a tout de suite prise sous son aile quand elle a frappé à sa porte et a commencé à se vendre à douze ans, douze années plus tôt. La jeune femme se réfugiait dans les livres, la poésie ; elle est morte après douze jours d'agonie sous les décombres, suite au tremblement de terre qui a détruit Port-au-Prince en janvier 2010.
Une histoire sur la prostitution, les relations mère-fille, l'amitié, le deuil, les catastrophes naturelles où tout bascule en quelques minutes dans une ville... Des phrases courtes, des chapitres très brefs (souvent 1/2 page), un récit intense, à lire d'une traite si possible, pour s'imprégner de cette narration à trois voix : celle de l'amie, celle de la mère imaginée par l'amie, celle de la jeune défunte via son journal intime.
Un leitmotiv : le nombre "douze". Pourquoi ? Je l'ignore... C'est aussi la "note" que je lui attribue, et je ne saurais pas dire là non plus pourquoi je n'ai pas davantage apprécié ce roman.
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marina53
  07 mai 2013
Dans sa chambre, une pute se raconte. Contre ce qu'elle a à lui offrir, elle propose à son client d'un soir, alors écrivain, de raconter l'histoire de la petite. Se prénommant Shakira, cette jeune prostituée de 12 ans a disparu lors d'un séisme que le pays a subi en 2010. Passionnée par l'auteur haïtien Jacques Stephen Alexis, elle était éprise de liberté et était la prostituée la plus convoitée de la Grand-Rue, sous la protection bienfaitrice de la narratrice...
Makenzy Orcel nous offre un texte brut, fort, dans un contexte dramatique. Roman à multiples voix, la pute, l'écrivain, Shakira et la mère de celle-ci, on oscille entre les bons sentiments, l'amour, la haine et la mort. Sans jamais nommer ce qui est arrivé et qui a tout dévasté, « La chose » a emporté avec elle bon nombre de souvenirs et de regrets que la prostituée veut justement rendre immortels grâce à cet écrivain de passage. A la fois fulgurant et cru, à l'écriture enlevée et hachée, ce roman est un très fort témoignage sur le souvenir et dépeint avec justesse et sensibilité ces destins à tout jamais détruits.
Les immortelles... la voix du souvenir...
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IreneAdler
  08 octobre 2012
Sous forme de stances (l'auteur est poète), ce roman parle des putes de Port-au-Prince. Enfin surtout d'une, Shakira, qui mit 12 jours à mourir sous les décombres du séisme de janvier 2010. La plus belle, la plus convoitée. C'est sa mère d'adoption, celle qui lui a tout enseigné, qui parle. Qui raconte, qui regrette. Qui essaye de comprendre, bien qu'elle soutient le contraire. Pour qu'elle ne soit pas oubliée, qu'elle devienne Immortelle par le miracle de la littérature, elle qui aimait tant lire.
Un roman de l'urgence, pour ne pas oublier les hommes et les femmes morts dans cette catastrophe, qu'ils soient grands pontes ou petites gens. Ou prostituée.
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ninamarijo
  08 juin 2014
Port-au-Prince… tremblement de terre… apocalypse…
Une pute de la Grande Rue raconte à un écrivain la terrible agonie d'une de ces jeunes collègues, celui-ci doit écrire son récit en hommage à « la petite ». Son témoignage est bouleversant, elle met « des mots, des silences et des non-dits » au désespoir pour que toujours le souvenir perdure.
J'ai rencontré Makenzy Orcel l'année dernière, il disait entre autre, en parlant de son livre « je suis l'écrivain qui efface ». Effacer ?... La douleur indicible qui parcourait les rues de Port au Prince, le souvenir des gémissements, cris des pleurs… ce livre vous prend aux tripes. La mort, la vie, l'amour, les putes, les bordels, les blessés qui implorent Jésus « mains tendus vers le ciel », l'odeur des cadavres, le chaos de béton… Makenzy Orcel n'a pas peur des mots, la réalité est crue, terrible, mais aussi, simple et dénudée, humaine… «Cette chose », «ça », que l'on ne supporte pas de nommer a tout détruit et « que personne ne vienne me dire qu'on avait une vie avant ça, qu'on en aura une autre après et après. Moi, je me contente de celle qui est là, maintenant, celle qui bat dans ma poitrine, circule dans mes veines, tout en essayant de la vivre pleinement. Point merde. »
Transportée en Haïti, justement dans ce pays-là, dans ces errements au milieu de l'effroyable malheur et de la misère, on ne sort pas indemne de ce livre témoignage empreint aussi d'une immense humanité.
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critiques presse (2)
Bibliobs   03 octobre 2012
Certains «chapitres» - on aurait presque envie de parler de «strophes» - sont saisissants et se suffisent à eux-mêmes, dans un souffle qui laisse le lecteur pantelant. Roman, oui, mais porté par une langue charnelle et puissante.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LesEchos   02 octobre 2012
« Les Immortelles » est le premier roman bref et beau de Makenzy Orcel. Son style lyrique, limpide est d'une grande force. […] Un roman âpre et fulgurant. Une des révélations de cette rentrée littéraire.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
mimipinsonmimipinson   31 août 2012
Non je ne veux pas oublier. Il faut que je la raconte cette histoire sur fond de phénomène bref, de jamais vu. Il faut que je te raconte, petite Nina-Shakira à moi. Que je cesse de perdre mon temps à la banalité de la vie. Aux dégâts du tragique. Aux choses qu’on a mis tout une vie à construire et qui disparaissent en moins d’une minute. Dans l’espace d’un cillement. Il faut avancer.
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ZilizZiliz   09 décembre 2012
Je lui disais que la littérature n'est pas une chose pour des gens comme nous, pour les putes. De laisser ça à ceux qui n'ont rien à faire. Les bienheureux. Les ayants droit. Peut-être que j'avais tort. (p. 104)
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ninamarijoninamarijo   08 juin 2014
Les mots mon amour sont des tanières de sang et de cris. Je raconte pour toi, ma petite. Je te raconte et t'appelle de mon exil intérieur. De mon île secrète, la plus lointaine. Les mots mon amour sont muets. Les gestes aussi pour te nommer. Tous les mots de mon corps ne sauraient suffire pour dire la douleur de la terre. ( p21)
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YukoYuko   16 avril 2013
La petite. Elle n'est pas morte. Elle n'a pas le droit de mourir. Je sens encore son odeur dans tout ce qui bouge. C'est l'odeur de catastrophe, l'odeur des cadavres qui monte de la rue, de tout ce qui bouge. Tous les monstres en béton sont tombés. Tous les bordels. La Grand-Rue n'est plus ce qu'elle était. Mais nous, on ne mourra jamais. Nous, les putains de la Grand-Rue. Nous sommes les immortelles.
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ninamarijoninamarijo   08 juin 2014
Ces objets (les livres), disait-elle, qui prennent peu de place dans la maison, mais beaucoup à l'intérieur de soi, dans son coeur, qui font jaillir la lumière dans le coin le plus reculé, le plus sombre de soi-même.
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Videos de Makenzy Orcel (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Makenzy Orcel
Soirée de lancement Festival Lettres du Monde avec Milena Agus, Auður Ava Ólafsdóttir et Makenzy Orcel.
Retrouvez les livres : https://www.mollat.com/Recherche/Auteur/0-1101845/agus-milena https://www.mollat.com/Recherche/Auteur/0-1166479/audur-ava-olafsdottir https://www.mollat.com/Recherche/Auteur/0-11344811/orcel-makenzy
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