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EAN : 9782072912696
416 pages
Gallimard (06/01/2022)
4.25/5   157 notes
Résumé :
« Cette nuit, il y aura des affrontements, il y aura des blessés et des morts. Il y aura la volonté farouche d’un peuple de mettre à bas ses dirigeants. »


Janvier 2011 : le peuple tunisien se soulève et « dégage » Ben Ali. C’est le début des printemps arabes. Vanessa Benlazar grand reporter, pressent que ces révolutions risquent d’être noyautées par les islamistes. Bientôt, la chute de Khadafi, la guerre en Syrie et le chaos qui s’installe lui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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sur 157 notes
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Ogrimoire
  22 décembre 2020
Tout le talent de Frédéric Paulin semble être, lorsque l'on considère cette trilogie, de se fondre dans son sujet. L'écriture de la guerre est une ruse n'est pas la même que celle de Prémices de la chute, et toutes les deux diffèrent encore de la façon dont est organisé et écrit ce troisième opus, La fabrique de la terreur. Peut-être est-ce, au moins en partie, lié au fait que l'on est de plus en plus proches des événements, puisque ce dernier tome couvre la période allant de 2010 à 2015, avec les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher, en janvier, et ceux du Stade de France, des terrasses et du Bataclan en novembre. Et cette plus grande proximité rend probablement plus difficile la prise de recul.
Dans la chronique de la guerre est une ruse, j'évoquais une description clinique de la situation. Ici, on n'est plus dans le clinique : on est davantage dans l'émotion. Et là où, dans la première partie, c'est au travers des personnages et de leur évolution que Frédéric Paulin créait l'émotion, ici on a le sentiment que nos épidermes sont encore tellement à vif…
Et si je devais décrire en un mot ce livre, je dirai que je l'ai reçu comme le roman du désarroi. Désarroi des hommes et des femmes : de Tedj, en retraite forcé, obsédé par des cauchemars qu'il ne maîtrise plus ; de Laureline, qui se sent écartée, vieille, dépassée ; de Réif, séparé de Vanessa, devenu professeur à Lunel, où il est confronté à l'opposition de plus en plus forte des communautés ; mais aussi, au fur et à mesure du livre, de plusieurs personnages partis vivre leur foi musulmane et qui découvrent une réalité qui les heurte.
Mais le désarroi est aussi celui des institutions. La DCRI, créée par Nicolas Sarkozy de la fusion des Renseignements généraux et de la DST, montre ses insuffisances, mais aussi comment sa création, mal préparée, a surtout provoqué une perte de « mémoire ». le service Action de la DGSE également, représenté dans le livre par le capitaine Pantani, mesure sur le terrain tout le décalage entre les discours politiques et la réalité du terrain. La citation initiale, dans laquelle Pantani annonce le lâchage des Kurdes par les Occidentaux, montre bien comment ces hommes étaient en porte-à-faux.
Désarroi, enfin, des sociétés. En Europe, dans les banlieues, des jeunes désoeuvrés, désabusés, découragés, à qui des groupes islamistes proposent un chemin ; de l'autre côté de la Méditerranée, des pays qui, après avoir subi le joug des colonisateurs, ont été saignés à blanc par des autocrates. Tout cela a fabriqué cette terreur, que chacun ressent mais dont personne ne sait comment sortir. Alors les vieux réflexes reviennent, la peur engendre la violence, quand on n'a plus rien à perdre…
On n'imaginait pas une fin heureuse. Frédéric Paulin ne nous la joue pas à la Disney, c'est le moins que l'on puisse dire. Chacun avance vers l'inexorable destin qui nous attend tous…
J'ignore d'où l'auteur tire ses informations, notamment sur l'état des services, le moral des troupes, la vision désenchantée incarnée par Pantani. Mais, dans tous les cas, mention spéciale doit être faite sur la précision des situations, des sources : probablement un gros travail de recherche !
Lien : https://ogrimoire.com/2020/1..
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monromannoir
  12 avril 2020
Le dernier roman de Frédéric Paulin fait figure d'événement tant les deux précédents ouvrages ont marqué les esprits en nous dressant un portrait à la fois éclairé et pertinent de la constellation des mouvances terroristes djihadistes dont l'impact marque désormais durablement le monde. Annoncé comme un triptyque, cet examen débutait avec La Guerre Est Une Ruse nous permettant de découvrir un épisode méconnu de la guerre civile en Algérie dans les années 90 et l'exportation du conflit sur le territoire français tout en faisant la connaissance de Tedj Benlazar, agent de la DGSE. Point de bascule de l'univers du terrorisme, Prémices de la Chute dépeignait les origines d'Al-Qaïda, au gré de l'émergence de mouvances du côté de Roubaix puis des brigades islamistes combattant en ex Yougoslavie et en Afghanistan avec comme focus les événements du 11 septembre 2001. Avec La Fabrique de la Terreur, on connaît déjà la fin de l'histoire puisque c'est à partir des attentats du 13 novembre 2015 à Paris que Frédéric Paulin avait pris le parti de répondre à cette fameuse question de savoir comment on en était arrivé à de telles extrémités en rédigeant cette trilogie dantesque où les faits d'actualité s'imbriquent parfaitement dans le cours d'une intrigue où l'on prend plaisir à retrouver Tedj Benlazar et sa compagne Laureline Fell qui a pris du galon au sein des services du renseignement français. du Printemps Arabe aux tueries de Toulouse et de Montauban, puis de la guerre civile en Libye aux attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher, c'est également l'occasion de prendre conscience de ce phénomène de radicalisation poussant de jeunes gens à s'engager dans l'armée de Daech pour combattre en Syrie.

En janvier 2011, Vanessa Benlazar, grand reporter indépendante, se rend en Tunisie pour rapporter les événements de cette révolte du peuple tunisien qui marque le début du printemps arabe. Autour de cette révolution, la jeune journaliste distingue des groupes islamistes tentant de prendre le contrôle du pouvoir que ce soit en Libye avec la chute de Kadhafi puis en Syrie qui sombre dans le chaos tandis qu'une nouvelle organisation prônant la haine de l'occident voit le jour tout en mettant en place des méthodes de recrutement insidieuses pour inciter les jeunes à s'engager dans le djihad. Mutée à Toulouse en tant que responsable de l'antenne régionale de la DCRI, la commissaire Laureline Fell s'interroge de son côté sur les liens de certains individus inquiétants avec des mouvances terroristes à l'instar d'un certain Merah qui a séjourné dans plusieurs pays du Proche-Orient comme l'Irak et l'Afghanistan ainsi qu'au Pakistan. Mais au gré des réformes des services de renseignement français, il n'est guère aisé d'affronter un ennemi qui s'est adapté aux nouvelles technologies afin de retourner la fange d'une jeunesse désemparée qui trouve désormais ses idéaux dans une radicalisation extrême. Reif, le compagnon de Vanessa, désormais professeur au lycée de Lunel en sait quelque chose lui qui observe le comportement hostile de plusieurs de ses élèves ne trouvant plus de sens dans l'enseignement qui leur est dispensé. Une bombe à retardement sociale qu'il va falloir désamorcer coûte que coûte. Mais n'est-il pas déjà trop tard ?

On poursuit donc cette exploration de la terreur en s'intéressant plus particulièrement au climat social qui conduit de nombreux jeunes à se radicaliser pour se rendre en Syrie afin d'intégrer l'armée de Daech. Avec La Fabrique de la Terreur, Frédéric Paulin décortique ce processus de radicalisation en suivant plus particulièrement les parcours de Simon, habitant de Lunel et celui de Wassin qui a vécu l'effervescence de cette révolte du peuple tunisien. On perçoit ainsi le dénominateur commun de l'exclusion sociale qui conduit ces deux jeunes hommes à s'engager dans des causes extrêmes dans lesquelles ils trouveraient enfin une certaine reconnaissance sans vraiment prendre pleinement conscience de s'engouffrer vers un point de non-retour qui n'a rien à voir avec la propagande islamiste présentant cette guerre comme une espèce de jeu vidéo. le choix de la ville de Lunel, dans laquelle évolue plusieurs protagonistes comme Reif, le professeur décontenancé par l'attitude hostile de certains de ses élèves, n'a rien anodin puisque la cité, classée en zone de sécurité prioritaire, a abrité une filière djihadiste permettant à une vingtaine de jeune de rejoindre les rangs des combattants de Daech. C'est autour de ce phénomène que Frédéric Paulin bâti son intrigue en restituant ce climat délétère qui règne au sein d'une communauté désemparée par le manque de perspectives en étant plus particulièrement plombée par un chômage endémique.

Comme on l'a déjà souligné à la lecture des ouvrages précédents, il faut saluer cette capacité saisissante de Frédéric Paulin à synthétiser une documentation foisonnante sur ce sujet sensible du terrorisme islamiste afin de l'intégrer au fil d'un récit qui se cale parfaitement sur les événements qui ont marqué cette thématique, même s'il faut parfois souligner un concours de circonstances assez exceptionnelle afin que les protagonistes se retrouvent impliqués dans le théâtre des attentats qui ponctuent le roman. Que ce soit les tueries de Montauban et de Toulouse, les attentats de Charlie Hebdo, de l'Hyper Casher ainsi que ceux du 13 novembre 2015 à Paris, Frédéric Paulin a eu le bon goût de ne pas s'attarder sur le déroulement des événements pour mieux se focaliser sur leurs conséquences ainsi que sur les enchaînements qu'observent des journalistes comme l'impétueuse Vanessa Benlazar ou des membres du renseignement français comme Lauréline Fell dont on peut mesurer tout le désarroi à l'aune d'une réorganisation chaotique des différents services qui peinent encore à collaborer. On retrouve donc avec plaisir l'ensemble des personnages qui ont traversé ce triptyque afin d'observer leurs évolutions respectives en nous offrant ainsi une nouvelle dynamique extrêmement bien construite notamment pour tout ce qui a trait aux rapports entre Tedj Benlazar et sa fille Vanessa dont les retrouvailles donnent lieu à un épilogue d'une belle charge émotionnelle qui s'accorde parfaitement avec la trame du récit.

Ainsi La Fabrique de la Terreur conclut avec maestria ce vertigineux et ambitieux portrait de l'univers du terrorisme qui a marqué le monde, et plus particulièrement la France, durant ces trois dernières décennies au gré d'une intrigue au souffle romanesque puissant. Précis et brillant.

Frédéric Paulin : La Fabrique de la Terreur. Editions Agullo 2020.

A lire en écoutant : Et Si En Plus Y'a Personne d'Alain Souchon. Album : La Vie de Théodore. 2005 – Parlophone Music.
Lien : http://monromannoiretbienser..
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MELANYA
  03 juillet 2021
Comment parler simplement du dernier livre de Frédéric Paulin : « La fabrique de la terreur », qui termine ainsi la trilogie Benlazar, après « La guerre est une ruse »(« Al harb khoudaa ») et «Prémices de la chute » ?
Là, je chronique dans le désordre....
Ce sont des ouvrages tellement denses, tellement bien renseignés et détaillés, que la tâche est ardue. Mais comme je l'ai dévoré dès sa sortie, je vais tenter d'en parler un peu car le travail de l'auteur est vraiment intéressant (pour ne pas dire « époustouflant »).
Ces ouvrages sont parus chez « Agullo » et ont reçu de nombreux prix bien mérités.
En ouvrant le livre, j'ai lu : « Cette nuit, il y aura des affrontements, il y aura des blessés et des morts. Il y aura la volonté farouche d'un peuple de mettre à bas ses dirigeants. » le ton est donné et nous sommes prévenus.
Cette fois, nous sommes en Tunisie, en 2010 : « Une gifle. Mohamed a reçu une gifle de trop. Son vrai nom est Tarek. (…) Il vit à Sidi Bouzid, avec sa mère, son beau-père et ses six frères et soeurs. Mohamed a tout sacrifié à sa famille. » (…) « Mohamed Bouazizi a décidé de refuser les gifles. » (p.10) Un jeune homme s'est immolé à Sidi Bouzid et se trouve entre la vie et la mort. « Le geste de Mohamed Bouazizi ne doit pas rester le geste d'un désespéré. » Pendant ce temps, partout en Tunisie, « les gens hurlent leur haine contre le président Ben Ali ». « Ben Ali dégage ! » . Et la réponse de Ben Ali est « Oueld el kahba ».
Des manifestations se créent, des drapeaux tunisiens flottent, des coups de feu claquent, c'est une vraie panique… c'est l'insurrection de peuples trop longtemps opprimés.
Puis on se trouve en France, à Lunel (dont les habitants se surnomment des « Pescalunes » = « pêcheurs de lune. »). S'y trouve un jeune garçon, Simon qui s'est converti à l'islam. Il ne veut plus avoir de relations avec des filles car, à présent, c'est « kufr » et les Européens sont des «kouffar. »
Puis, en 2011, en France où le brigadier Ihsane Chaoui est en planque avec son acolyte, le lieutenant Bout de l'An, devant la mosquée El-Hussein Basso-Cambo (qui n'est pas vraiment une mosquée), dans la cité du Mirail, et voit arriver les deux frères Merah.
On va observer le travail de Laureline Fell, compagne (commandante à la DCRI) de Tedj Benlazar (mis à une retraite forcée), avec la fille de celui-ci, Vanessa (grand reporter) qui se rend en Tunisie pour couvrir les événements, entendre la déception des jeunes à cause de la tiédeur du parti islamiste « Ennahdha ». Ils vont aussi rejoindre Al-Quaïda (arabe : القاعدة al-qāʿida, littéralement « la base »), puis vont en Libye.
On lit une Histoire que plus rien ni personne n'arrive à maîtriser.
Tedj voit un loup dans ses cauchemars, un loup qui s'attaque à sa fille. On rencontre des terroristes – certains d'entre eux, faisant partie de Daech ne cessent de faire des allers-retours depuis la Syrie vers l'Europe au nez et à la barbe des policiers … on voit également, sur le terrain, des commandos spéciaux français, des personnages qui ne savaient rien de tout ce « travail de l'ombre. »
L'avantage de Vanessa, est qu'elle comprend et parle parfaitement bien l'arabe, ce qui étonne et déstabilise plus d'un.
On suit donc tout ce qui s'est passé avec Mohamed Merah, Charlie Hebdo, le Bataclan… et tout ce qui se passe dans ces pays sous la coupe d'islamistes purs et durs – l'horreur de leurs attaques et l'angoisse de ceux qui sont partis « là-bas » et qui ne savent pas comment revenir quand ils se rendent compte que ce n'est pas du tout ce qu'on leur avait dit. le pire, c'est quand ils partent avec leurs femmes et leurs enfants, soumis au même régime. « Le sergent-chef Martinez répète souvent que « la Syrie, c'est le bordel. Il a raison : Bachar el-Assad est toujours en place à Damas, et ses alliés chiites, l'Iran et le Hezbollah libanais, vont sans doute être rejoints par les Russes. »
Comme d'habitude, quand je lis, je prends des notes pour mes réflexions et pour relever des citations, mais je vois qu'ici, c'est presque « mission impossible » car le récit est tellement truffé de références Historiques, politiques, d'exemples bien réfléchis, que je ne peux que donner mon humble avis.
Quand je repense à Charlie Hebdo, je repense à ces manifestations en soutien à ceux qui en sont morts, une manifestation à laquelle j'avais participé dans ma ville : c'était plus qu'émouvant car on chantait en on criait « Bravo » à ces victimes (on en avait les larmes aux yeux).
Je pense qu'il est préférable que j'arrête ici ma chronique, non sans recommander de lire cette trilogie dans l'ordre, c'est même nécessaire. Mais en attendant, pourquoi ne pas la relire ? le faisant à tête plus reposée et déjà au courant, peut-être y trouverai-je des éléments qui auraient pu échapper à la première lecture ?
En fin de livre, se trouve un glossaire qui aide pour la chronologie des faits. Concernant la fin de cet ouvrage étonnant, je vous dirai seulement que c'est émouvant.
Ma conclusion sera un grand « Bravo » à Frédéric Paulin pour toute sa trilogie et pour son formidable travail. du grand talent et un auteur que j'espère pouvoir continuer à lire.
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Scribe
  14 novembre 2020
La fabrique de la terreur de Frédéric Paulin
Bien que n'ayant pas lu les deux précédents livres de Frédéric Paulin, La guerre est une ruse et Prémices de la chute, j'ai tout de suite été attirée par ce livre découvert dans le rayonnage de ma bibliothèque de campagne, avant cette nouvelle période de confinement, intrigué par cette couverture rouge et cette phrase mise entre guillemets en quatrième page de couverture «  Cette nuit, il y aura des affrontements, des blessés et des morts. Il y aura la volonté farouche d'un peuple de mettre à bas ses dirigeants. »
En 2010, Mohamed a reçu une gifle de trop. Son vrai nom est Tarek et il vit avec sa mère , son beau-père et ses sis frères et soeurs à Sidi Bouzid. Il a quitté le lycée en terminale et s'est mis à la recherche d'un travail pour subvenir aux besoins de sa famille. Comme la plupart des jeunes chômeurs , il est devenu marchand ambulant de fruits et légumes. Chaque jour il reçoit des gifles, car il ne peut payer les bakchichs pour obtenir l'autorisation de vendre sa marchandise. Chaque jour les flics se servent dans sa caisse et lui volent des fruits ou des légumes. C'est comme cela. Aujourd'hui une jeune policière lui a ordonné de déguerpir et a voulu lui prendre sa charrette. Il croit bien qu'elle l'a giflé. de désespoiren désespoir Mohamed Bouazizi a décidé de refuser définitivement de recevoir des gifles.   Un jeune homme s'est immolé à Sidi Bouzid et se trouve entre la vie et la mort. Aucun journal ne parle de son sacrifice. Les journaux ne répêtent que les mots du pouvoir, mais tout se sait dans la rue et son geste ne doit rester le geste d'un désespéré. La haine gronde est devient immense. le peuple hurle contre son président Ben Ali. Partout en Tunisie le slogan «  Ben Ali dégage ! » est scandé. Lors des manifestations des coups de feu claquent, le peuple trop longtemps opprimés, se révolte. Des noms des personnes tuées par la police de Ben Ali circulent. La révolution est en marche.
Quittant la Tunisie, Frédéric Paulin, nous amène à Lunel . Nous y rencontrons pour la première fois Simon qui s'étant converti à l'Islam, ne serre plus les mains, ne veut plus avoir de relations avec des filles ni avec les Européens qui sont « Kouffar » et Wassin qui a vécu la révolte du peuple tunisien, en décortiquant le processus de radicalisation.
Nous pénétrons dans une mouvance islamiste surveillée par le brigadier Ihsane Chaoui est le lieutenant Bout de l'An qui voit arriver en 2011 dans la cité du Mirail,les deux frères Merah. Ce livre résonne alors différemment à mes oreilles et je ne vais plus le quitter avant de l'avoir terminé.
A Toulouse, la commissaire Laureline Fell dirige la DCRI. Organisme créé par Nicolas Sarkozy en réunissant la DST et les Renseignements Généraux. «  Certes l'ancienne DST et les RG posaient des problèmes de coordination, de guerres de services, mais la nouvelle DCRI ne donne rien d'efficace. » le travail de Fell s'en voit compliqué et elle se rappelle «  de la difficulté qu'ils ont eu pour stopper la cavale meurtrière de Khaled Kelkal . » Nous suivrons alors les parcours au combien difficiles de Laureline Fell, commandante à la DCRI, compagne de Tedj Benlazar ( commissaire mis à la retraite d'office ) et la fille de celui-ci, Vanessa grand reporter free-lance qui se rendant en Tunisie pour couvrir les événements, veut relater la déception des jeunes Tunisiens qui à cause de la tiédeur du parti islamiste « Ennahdha » vont rejoindre les troupes d' Al-Quaïda en Libye.
De là, comme un reporter au coeur de l'action terroriste, nous allons à la rencontre des terroristes de Daech faisant des allers-retours entre la Syrie et l'Europe, sans qu'aucune force policière Européenne ne les arrêtent. Puis nous serons dans le désert avec nos Forces Spéciales qui prennent des initiatives ou répondent aux ordres de l'Élysée via leur service de la Caserne Mortier, aux demandes d'opérations spéciales, notamment d'élimination physique.
Et l'on suit Mohamed Merah et les atermoiements des services qui nous donnent une autre lecture des événements terroristes lors des attaques de Montauban et de Toulouse, de Charlie Hebdo de Bruxelles et du Bataclan. L'on s'insurge à posteriori devant l'incapacité des services secrets à agir, face à la détermination de quelques individus ou groupuscules organisées pour semer la terreur, ou des non réponses politiques face aux Pays soutenant le terrorisme.
L'on vit aussi avec ces jeunes Européens et Arabes, sous la coupe d'islamistes , l'horreur de leurs attaques et l'on partage l'angoisse de mourir  là-bas  avec ceux et qui ne savent pas comment revenir et comprenne que ce n'est pas du tout ce qu'on leur avait promis en les enrôlant . le pire n'était pas à venir, il était là présent, chaque jour pour eux, mais aussi pour leur femme et leurs enfants, soumis au même régime.
Frédéric Paulin, par son récit précis, détaillé extrêmement bien documenté ( il suffit de se référer au glossaire pour resituer les dates les lieux et les personnes rencontrées au fil des pages de ce roman ) réussi l'exploit de synthétiser une masse d'information sur le terrorisme islamiste et de l'intégrer aux événements toujours en mémoire les tueries de Montauban et de Toulouse, les attentats de  Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher et de ceux du 13 novembre 2015. »
C'est un roman dont je ne me suis pas parvenu à me passer et qui me donne l'envie de revenir très bientôt sur les deux tomes précédents de Frédéric Paulin à savoir : La guerre est une ruse et Prémices de la chute. Bien à vous .
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le_chartreux
  30 décembre 2020
Politique et religion : voici bel et bien deux bombes incendiaires qui vous pètent à la gueule pour un Oui ou pour un Non.
Quelle tristesse...
Mais pourquoi diable ne peut-on vivre tranquillement sur cette bonne vieille Terre sans que ces deux tyrans ne viennent s'immiscer jusque dans votre petit jardin afin de vous imposer leur façon de penser ?
Un formidable roman, très bien écrit et documenté.
La fin d'une trilogie.
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critiques presse (1)
Culturebox   29 juillet 2020
Frédéric Paulin essaye de comprendre, par les moyens du roman, comment des hommes, grandis en France, finissent par tirer sur des gens attablés joyeusement à la terrasse d’un café.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   16 février 2021
Une gifle.
Mohamed a reçu une gifle de trop.
Son vrai nom c’est Tarek. Sa famille et ses amis l’appellent Mohamed parce qu’il a un homonyme dans le voisinage. La famille, c’est le plus important. Il vit à Sidi Bouzid, avec sa mère, son beau-père et ses six frères et sœurs. Ils habitent une petite maison dans le quartier pauvre d’Ennour Gharbi. Mohamed a tout sacrifié à sa famille : il a quitté le lycée en terminale et s’est mis à la recherche d’un travail pour subvenir aux besoins des siens. N’en trouvant pas, il a fait comme la plupart des jeunes chômeurs ici : il est devenu marchand ambulant de fruits et légumes.
Des gifles, il en a reçu. Il en reçoit chaque jour. Puisqu’il n’a pas les moyens de payer les bakchichs pour obtenir l’autorisation de vendre sa marchandise, les flics se servent dans sa caisse, lui volent des fruits ou des légumes. C’est comme ça : il paye et doit quand même déplacer son étal.
Aujourd’hui, il a refusé d’obtempérer. Une colère aveugle l’a submergé. La jeune policière qui lui a ordonné de déguerpir a voulu saisir sa petite charrette. Il croit bien qu’elle l’a giflé – ça, Mohamed n’en est plus certain tant la rage l’étouffait. Il se souvient seulement qu’il l’a repoussée, qu’il a essayé de lui arracher les épaulettes de son uniforme.
Les flics lui ont pris la charrette, son seul moyen de subsistance. Il s’est rendu au siège du gouvernorat pour savoir pourquoi on lui avait retiré son outil de travail. Il a crié aux fonctionnaires de service qu’ici, le pauvre n’avait même pas le droit de vivre ! Les gardes l’ont expulsé brutalement par-delà l’épaisse grille noire du portail d’entrée. Une gifle encore, des gifles toujours.
La colère a laissé place à un désespoir sans fond. La certitude de ne jamais pouvoir vivre décemment l’a anéanti. Sa dignité a reçu trop de gifles, il n’en reste rien.
Il fixe quelques instants l’imposant bâtiment du gouvernorat d’où rien de bon ne sortira jamais. Le président Ben Ali et ses sbires qui vivent comme des nababs dans leur palais de Carthage n’ont de cesse d’humilier les Tunisiens. Cela dure depuis tant d’années que rien ne changera plus. Pas pour lui, pas pour les Tunisiens qui subsistent d’expédients, craignent le lendemain et ne voient plus aucun avenir dans leur pays, ni pour eux ni pour leurs enfants ou les enfants de leurs enfants.
Là-haut, sur le toit, la monumentale sculpture du croissant arabe se détache sur le ciel bleu azur, le temps est très agréable pour cette fin décembre. Le sirocco apporte les parfums des plantations. Les amandes, les pistaches, Mohamed a toujours aimé ces odeurs. Il a même l’impression de sentir l’odeur acre du jasmin. Le jasmin, c’est beau le jasmin…
Mais c’est l’odeur de la térébenthine qui lui pique le nez, le liquide inflammable lui irrite les yeux et tous les pores de la peau.
Il jette au loin la bouteille vide et craque une allumette.
Mohamed Bouazizi a décidé de refuser les gifles.
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MELANYAMELANYA   03 juillet 2021
Un instant de flottement, les minutes paraissent des heures, perdues. Pantani rappelle Paris : C’est la merde, les mecs du CNL ne veulent pas s’engager dans une poursuite ! Ces types n’ont pas le niveau ! s’emporte-t-il. Il raccroche, ses hommes sont fébriles, ils n’ont pas son expérience du combat. Le colis va se barrer, grogne Martinez. (…) Pantani ne fait pas de politique, mais il sait que l’Histoire retiendra que les rebelles libyens se sont débarrassés d’un dictateur qui opprimait son peuple depuis plus de quarante années. L’Histoire se souviendra que les Égyptiens ont fait de même avec Moubarak, les Tunisiens avec Ben Ali, les Syriens, bientôt, avec El-Assa.
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MELANYAMELANYA   03 juillet 2021
Ce grand mal.
D'où vient-il ?
Comment s'est-il faufilé dans le monde ?
Quelle graine, quelle racine l'a fait pousser ?
Qui fait ça ?
Qui nous tue ?
Qui nous arrache à la vie et à la lumière ?
Et nous montre, pour nous narguer,
ce qu'on aurait pu connaître ?
Est-ce que notre ruine profite à la terre ?
Est-ce qu'elle aide l'herbe à pousser, le soleil à briller ?
Est-ce que cette noirceur est en toi aussi ?
As-tu, toi aussi, traversé cette nuit ?
Terrence Malick, La ligne rouge.
Epigraphe
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MELANYAMELANYA   03 juillet 2021
Devant les caméras, Nicolas Sarkozy bombe le torse. La France est une puissance qui refuse les compromis avec des colonels d’opérette. S’agissant de la France, notre position est calme, M. Kadhafi doit partir. Les violences répétées, systématiquement contre le peuple libyen sont inacceptables et feront l’objet d’enquêtes et de sanctions. (…) Il est loin le temps de l’amitié avec le guide libyen. La récente démission de Michèle Alliot-Marie le prouve.
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MELANYAMELANYA   03 juillet 2021
Ce matin, Wassim a entendu à la radio que la France avait pris acte de la transition constitutionnelle en Tunisie Il ne sait pas ce réellement ce que signifie prendre acte , une expression qui lui semble manquer de chaleur. Barack O’Bama, lui, a parlé du courage et de la dignité des Tunisiens. Il a demandé au nouveau gouvernement l’organisation d’élections libres et justes. C’est quand même autre chose que de prendre acte, non ?
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Videos de Frédéric Paulin (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Frédéric Paulin
Après l'Algérie des années 90 dans la trilogie Benlazar, Frédéric Paulin revient dans La Nuit tombée sur nos âmes sur les événements qui ont accompagné le sommet du G8 à Gênes en 2001. Plus de 500 000 manifestants s'étaient réunis contre la mondialisation sauvage. Malheureusement, les violences policières firent aussi un mort, blessant et torturant de nombreux participants. Frédéric Paulin nous offre un roman noir, comme une leçon d'Histoire, au coeur d'un événement fondateur.
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