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Camille Fort-Cantoni (Traducteur)
EAN : 9782351787816
256 pages
Gallmeister (01/09/2022)
4.14/5   36 notes
Résumé :
"Marche, marche encore. Les pieds feront l’instruction de l’âme." De retour du Vietnam, Doug Peacock est un homme hanté par les horreurs de la guerre. Incapable de se réadapter à une société qu’il ne comprend plus, il entame une marche spirituelle, des déserts de l’Ouest américain aux plus hauts sommets de l’Himalaya. Il fait la rencontre de l’écrivain Edward Abbey, avec lequel il noue un lien indéfectible. La nature et l’amitié permettront à l’ancien combattant de ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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LaBiblidOnee
  14 mai 2022
Depuis le temps que je voulais ce livre, introuvable à prix raisonnable, j'ai enfin eu l'occasion de le lire en numérique. Ne sachant pas exactement à quoi m'attendre, je croyais assister aux pensées d'un vétéran centrées sur l'expérience de la guerre du Vietnam. En réalité, il s'agit d'un récit autobiographique de Doug Peacock dans lequel il parle d'abord de son ami… Edward Abbey : Un auteur que j'adore, ayant beaucoup aimé me promener dans son Désert solitaire, et bidouiller avec son Gang de la clé à molette. Pour quelqu'un qui ne s'intéresse ni à Abbey, ni à ses écrits, je ne sais pas si ce récit de Peacock serait intéressant. Mais pour moi, ce fut une mine d'informations. J'y ai par exemple découvert que le personnage de George Hayducke dans le gang de la clé à molette est totalement inspiré de Doug Peacock, à son grand dam ! Or, ce personnage de George est mon préféré dans le Gang, celui qui m'a semblé le plus intriguant. Dans cette biographie, on retrouve donc l'idéologie écolo des deux amis, celle qui les a reliés en dépit de leur différence d'âge et qui est à l'origine du gang de la clé à molette et, plus généralement, de tous les livres d'Edward Abbey. On en apprend beaucoup sur Abbey lui-même, en particulier sur sa fin de vie. Si Abbey nous a livré Peacock sur un plateau dans ses romans, celui-ci lui rend la politesse en l'explorant à son tour. Cela dit, à travers cette amitié et ce double fictionnel, c'est bien à la recherche de lui-même que part Doug Peacock en écrivant ce bouquin.

« Abbey me rendit sans doute service en créant une caricature de moi-même dont je percevais la nature obtuse quand la mienne m'échappait. Il avait dépeint l'ex-Béret vert Hayduke par touches précises, comme un homme pris dans un marécage émotionnel, et il me donna l'envie d'en sortir. La seule chose pire que de lire ses propres écrits est de devenir le personnage de fiction d'un autre. »

Comme le George du roman, Peacok a une guerre dans la tête qu'il aimerait bien s'enlever de là : Celle du Vietnam, de laquelle il est revenu avec des syndromes de stress post traumatique encombrants et handicapants pour sa vie familiale, amicale et professionnelle. Il est aussi revenu de cette guerre avec une colère sourde contre le Gouvernement et son autorité, ainsi que contre l'action humaine en général, les actes de ses semblables : inhumains et violents. «Plus jamais je ne tuerai un inconnu, mais je donnerai ma vie pour préserver une terre sauvage.» Aussi lorsqu'il rencontre Abbey, son adoration pour la nature lui procure un certain apaisement : randonner dans de grands espaces inexplorés et presque vierges permet tout à la fois de renouer avec une certaine pureté, d'ordonner ses pensées au rythme apaisant de la marche, de retrouver une forme de paix avec soi-même que personne ne vient déranger. de s'inspirer de la force de la nature. de caler l'esprit sur le corps, qui devient plus sain à mesure que la marche dure. Un esprit plus sain dans un corps plus sain, c'est le but que vise Doug Peacock - il est d'ailleurs intéressant de lire comme Abbey décrit le corps de George comme athlétique et viril, tandis qu'en vieillissant, Doug ne cesse de répéter que la marche vise aussi à lui faire perdre son trop plein graisseux en même temps que son trop plein émotionnel. Evacuer. La randonnée est le chemin pour y parvenir. Mais ce cheminement n'est-il pas un but en soi, finalement ? Qui serait la recherche de soi-même, l'adéquation corps-esprit quand la civilisation nous fait nous égarer.

« Comme Abbey, j'ai toute ma vie cherché un juste équilibre entre l'amour de mes proches et les marches solitaires en pleine nature. Il n'y a pas de canyon plus profond que la solitude. »

La rébellion d'Abbey contre les actions institutionnelles amochant la nature ont doublement du sens pour Peacock : Elles lui permettent de défendre ces refuges naturels, où il peut vivre en solitaire, en même temps que d'exprimer sa colère contre l'autorité gouvernementale. Ainsi Abbey et Peacock explorent, mais aussi sabotent. le gang de la clé à molette, c'est eux. Eux qui veulent préserver la nature, car seule sa beauté virginale parvient à leur faire apercevoir la beauté de ce monde qu'ils ont tendance à voir noir et laid - du fait de leur tendance commune à la dépression, causé par leur état de santé respectif, différent mais défaillant. « Je m'efforce d'absorber toute la beauté que contient le monde ». Lorsqu'on lit ce récit, on retrouve les caractéristiques de personnages du Gang, et l'on comprend beaucoup de chose du roman. Et en visualisant de vraies photos de Peacock jeune, je me rends compte à quel point Abbey était un auteur doué car elles correspondent exactement à l'image de George que sa plume avait forgée en moi.

Je n'ai pas été immédiatement subjuguée, en revanche, par la plume de Peacock : ses descriptions de la nature n'ont rien de comparables avec celles de Thoreau ou Abbey. L'intérêt premier de cette lecture fut donc de me replonger dans l'univers d'Abbey et de Hayduke, de l'approfondir, de rencontrer George. Mais au fil de cette lecture, j'ai finalement rencontré Peacock himself, en même temps qu'il a dû se (re)trouver en l'écrivant : Perdu, ne sachant plus où il en est et comment se définir au retour du Vietnam, c'est en décryptant son amitié et son double fictionnel que Peacock se présente à nous, et qu'il essaye de démêler le vrai du faux dans sa tête, où la guerre fait encore rage. C'est le cadeau que lui a fait Abbey. C'est donc seulement dans ce second temps que Peacock est parvenu à me faire entrer dans sa tête, son paysage, son naufrage matrimonial et ses épopées de nature writing, notamment avec les grizzlys qu'il excelle à dépeindre. le ton de son récit a alors fini par m'imprégner, lorsque les nombreuses facettes de ce récit ont commencé à interagir entre elles. J'ai été projetée de plein fouet dans la guerre qui faisait rage dans sa tête, ballotée entre les images du Vietnam, son âme blessée, son coeur qui saigne. Et cet espoir de rédemption dans la nature, qui le rattache au monde physique : celui de la vie, et des vivants.

Un besoin de terres sauvages que Laurens van der Post résume ainsi : « De retour aux premiers temps de l'humanité, lorsque tout était vivant, magique, empreint d'un magnétisme frémissant puisé à la plénitude du Créateur, quel qu'il soit. Et je vécus là quatre semaines entière, et peu à peu, grâce aux animaux, je fus rendu à moi-même, à mon humanité ».
C'est là, parmi les grizzly, que Douglas Peacock se sent rendu à la sienne. C'est en définitive un récit différent de ce à quoi je m'attendais, mais bien plus riche, qui se termine par une randonnée dans un lieu où « la guerre et le désert - mes deux sujets de prédilection - se rejoignent. » Peut-être l'espoir que toutes ses expériences et facettes de lui-même ne sont pas si incompatibles. En tous cas je referme ce livre avec la furieuse envie de lire son récit sur les grizzlys !

« vingt-cinq ans à ressasser la guerre dans la rage, ça fait trop. Ça laisse des traces. La guerre a duré trop longtemps. »
« Le guerre est finie, me dis-je. C'est vrai, ma guerre est finie. Libre à moi de canaliser ma férocité de nouvelles façons, d'apporter un peu de cette nature sauvage à ceux que j'aime. »
« La marche m'a délivré. Je rêve l'espoir de la joie ».
« Je voudrais aussi retomber amoureux. (…) J'hésite pourtant à l'idée de vivre une nouvelle passion, de risquer une blessure ».
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pyrouette
  23 juin 2022
Doug revient de la guerre du Vietnam avec un stress post-traumatique. Il n'y a plus de frontières entre la vie et la mort. Il est socialement inadapté. Il se lie d'amitié avec Ed Abbey, plus âgé, écologiste engagé et activiste. Il veut vivre mais ne trouve plus sa place dans ce monde.
Alors, il accompagne Ed dans ses randonnées, en fait seul aussi. Marcher le reconnecte à son corps. Il découpe l'année entre vie de famille et randonnées dans le désert américain, l'ouest ou le Népal.
Il y a beaucoup d'alcool, des compagnons de route, la solitude malgré tout, la dépression, la colère et la violence mais aussi le chemin vers la résilience, des paysages à couper le souffle. Les pieds ancrés dans la terre, Doug avance.
Malheureusement comme dans toute vie, il y a la mort, il accompagne Ed en fin de vie, résolu à respecter les dernières volontés de son ami.. Son père meurt également. Ses névroses s'aggravent et malgré tout leur amour, sa femme et ses enfants le quittent. Cette solitude mentale qui le poursuivait depuis des années, devient également physique. Doug reprend la route à l'envers, une sorte de pèlerinage en faveur de son ami. Une dernière marche sur un terrain militaire où une sorte de guerre refait surface. le soir, dans son camp, il relit le livre écrit par Ed sur le gang de la clé à molette, dont il est un personnage central. Dans des gestes simples, des endroits rudes et sauvages, il comprend que toute vie va vers la mort, c'est le cycle de la vie.
C'était une si belle journée pour se sentir vivant.
Merci Onee pour ce cadeau, jolie découverte. J'ai peiné à lire ce récit passionnant pour plusieurs raisons : la canicule qui sévissait dans ma région, la lecture sur mon ordinateur portable qui chauffait dangereusement, les moustiques qui attaquaient à la moindre petite lumière, les incendies liés à la canicule et à la connerie humaine, puis les orages, le sauvetage des oiseaux et des animaux, victimes de ce dérèglement climatique.
J'ai aimé le combat de ces hommes, le parcours de Doug et ces paysages grandioses.

Lien : http://pyrouette.canalblog.c..
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cardabelle
  10 mai 2016
Ce livre est parmi ceux qui m'ont le plus bouleversée.
Ce n'est pas le récit romancé d'une vie, ce n'est pas une biographie, ce serait plutôt le partage des réflexions les plus intimes avec Doug Peacock au terme d'une résilience.

Il invite le lecteur à cheminer en sa compagnie dans son passé (quand l'humeur s'obscurcit ), ou dans les déserts ou dans les montagnes...là où ses pas le mènent, on le suit.Et, chemin faisant, il parle au lecteur de son vécu, de ses deuils, de son ressenti,de ses doutes et ses désillusions, de ses émotions.
Le ton est juste, pudique mais derrière les mots se cache mal une sensibilité extrême, celle-là même qui a dressé un rempart entre les hommes et lui au retour de la guerre du Vietnam : " je n'étais plus sûr de rien ".
Il a souffert, douté, perdu pied, chuté,pour toujours se relever .
Sa force de survie, c'est à la nature qu'il la doit.
La nature et le monde animal, une force née de son extrême sensibilité, car,quel que soit l'état d'esprit du moment, il y a toujours une petite place pour l'espoir qui peut renaître face à la beauté ou à l'innocence.
Et cela,c'est la nature originelle qui va peu à peu contribuer le rééquilibrer.
Mais, arrive un moment où à nouveau il accepte l'autre, jusqu'à renouer avec l'amitié.
Le terrain est encore fragile, mais suffisamment fort pour que naisse une amitié indéfectible, jusqu'à la mort, celle de Edward Abbey...
"c'est avec Ed que j'ai vu la mort au plus près--en attendant mon tour...je me suis enfoncé dans ce qu'est la mort. J'ai vu dans ses yeux un autre monde: il a eu une si belle fin...son agonie fut le plus brave et le plus beau des dons qu'il m'ait faits ."
Car, cet homme qui fut brisé par l'horreur a permit à Abbey, son ami, de mourir dans la sérénité et la paix,en accord avec lui-même et les siens.
Ces funérailles font l'objet d'un chapitre du livre. .." je trouvai l'endroit idéal pour planter le corps de mon vieil ami. L'air du désert était lourd d'une pureté rare et vive.
Je me sentais bien...Nous portâmes le corps d'Ed au-dessus du sol accidenté et je fus choqué de constater combien il était léger, léger comme un nuage, comme la brume sur la colline. Comme s'il s'était envolé. "
Et son cheminement continue, la vie le rattrape.
Il reconstruit une famille Mais, jamais il n'oublie et reviendra quelques années plus tard se recueillir sur la pierre tombale de Abbey, (après avoir traversé à pied un champ de tir dans le désert, interdit au public bien sûr ! !)
" Eh bien Ed, me dis-je en m'allongeant près du feu... me voilà. Tu ne vas pas me croire dis-je à la fumée, mais je me suis plus ou moins calmé, je me suis remis dans une forme décente. J'ai canalisé mon appétit de vivre et j'essaie maintenant d'être un bon père. Et ma colère--le poing levé de Hayduke--Ed ? Eh bien , j'essaie de lâcher prise...en traversant le champ de tir, j'ai laissé derrière moi une grande partie de la guerre. "
Hayduke, personnage du "Gang de la clef à molette" est un anarchiste, écolo, un peu dingue,et Abbey dit que c'est Peacock qui lui aurait servi de modèle. Mais ,Peacock affirme que le véritable Hayduke, c'est bien Abbey himself !!!
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loreleirocks
  29 décembre 2014
Le hasard fait bien les choses : mon premier livre au cours de ces quatre derniers mois, qui ne soit pas lié de près ou de loin à l'enseignement, pédagogie, didactique... ou à ce fichu master à terminer. Premier livre en quatre mois. Une grande inspiration au terme de trop de temps sous l'eau. Une escapade pour se ressourcer.
Et donc pour en revenir au hasard heureux, retour auprès de l'un de mes héros, Doug Peacock, cette fois-ci dans "Walking it off", pour un voyage le long de trois sentiers essentiels de sa vie : le Vietnam, la fuite dans la nature sauvage à la recherche du noyau dur de son âme toute cabossée et le long deuil de son mentor, meilleur ami et figure paternelle, Edward Abbey.
Un voyage un peu différent du précédent, mais au cours duquel on retrouve, avec grand plaisir dans un épisode (un peu trop court), quelques ours au détour du Grizzly Hilton, mais également la relation jamais paisible de Peacock et Abbey, les dernières heures de ce dernier, les paysages étranges et inhospitaliers des contrées désertiques du sud ouest des USA et du nord du Mexique rendus magiques par les mots de l'auteur.
Un thème récurrent (je passe le traumatisme de la guerre et son absurdité, la réflexion Peacock étant plus intéressante sans remâchage-recrachage par un tiers) que l'on retrouve dans les écris d'autres Nature Writers, éco-écrivains et naturalistes, et que je trouve particulièrement intéressant, les notions de « wildness » et de « wilderness », l'un dans l'homme nourri par l'existence de l'autre qui doit être préservé afin de préserver le noyau dur de l'âme humaine... je m'exprime bien mal, et je m'embrouille pour le coup.
En bref, un livre que j'ai lu très rapidement et avec grand plaisir de retrouvailles de Doug Peacock, malgré des sujets difficiles, un récit très personnel, souvent touchant et parfois difficile à comprendre (sérieux, l'impact de la guerre sur la psyché, qui ne comprend pas les mots, mais qui comprend le traumatisme?), quelques touches d'humour et beaucoup d'humilité. Des passages à lire et relire, à travers les grands déserts sauvages et les contrées grizzlies. Mais sans doute en complément de Grizzly Years que je recommande plus chaudement.
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SeriallectriceSV
  17 septembre 2016
«Plus jamais je ne tuerai un inconnu, mais je donnerai ma vie pour préserver une terre sauvage.»
Excellente découverte, une aventure que je ne suis pas prête d'oublier.
Un regard empreint de douleur et de sincérité pour décrire ce qui hante l'âme et l'esprit d'un vétéran, un vétéran déglingué à la démence bien établie.
«On ne quitte jamais vraiment un champ de bataille.»
Vous m'avez embarqué Mr Peacock dans vos balades, j'ai marché avec vous dans la nature sauvage , dans les grands déserts de l'Ouest américain. Des marches salutaires, des exutoires pour libérer l'esprit et tenter d'oublier ces sombres et dures images de la guerre, pour ne plus penser aux horreurs des combats. Observer la nature, l'apprécier dans toute sa splendeur, savourer la magie des lieux, toucher de ses yeux les plaisirs que la nature sauvage nous offre, se faire quelques frayeurs au contact des grizzlis, les suivre dans leur quotidien, leur déplacement, se faire tout petit pour ne pas les déranger et se repaître, en silence, à leur contact, se délecter des parfums de la nature, se retrouver, se ressourcer, s'émouvoir, retrouver un équilibre, simplement ...y retrouver de belles raisons de VIVRE, un second souffle, à la recherche d'une sagesse intérieure, nourrir son âme, être de retour dans son humanité.
«Âgé d'une cinquantaine d'années, je suis venu ici recouvrer ma santé à marché forcée. Perdre à pas cadencés la graisse qui s'est installée, m'éloigner à pied de la guerre, marcher encore et toujours [...], pénétrer dans un monde qui m'apparaît obscurément meilleur, connaître un nouveau départ. Je voulais un supplément de vie, j'attendais plus de l'existence que je m'étais choisie.»
Merci, un grand merci pour cette belle leçon de vie, et toutes les fortes émotions ressenties à la lecture de votre histoire; des larmes naquirent à la lecture de certains passages saisissants.
Une belle histoire d'amitié, orageuse souvent, un bel hommage rendu à son ami Edward Abbey, à qui l'on doit Désert solitaire (livre qui changeait des vies et qui a inspiré une grande partie du mouvement écologiste moderne, qui traite de la puissance de la nature, du rapport de l'homme à la terre, d'une certaine idée de la liberté, un appel aux armes), ou encore «Le Gang de la Clef à Molette». le héros de ce dernier, George Whashington Hayduke n'est autre qu'un personnage inspiré de Doug Peacock.
«Cela dit, Abbey me rendit sans doute service en créant une caricature de moi-même dont je percevais la nature obtuse quand la mienne m'échappait. Il avait dépeint l'ex-Béret vert Hayduke par touches précises, comme un homme pris dans un marécage émotionnel, et il me donna l'envie d'en sortir. La seule chose pire que de lire ses propres écrits est de devenir le personnage de fiction d'un autre.»
Un ami qui lui a légué un formidable instrument de survie : les grandes marches.
«J'étais sorti du Vietnam dégoûté du combat, tournant à vide. Moins d'un an plus tard, je rencntrai Ed. Ce n'était sûrement pas un hasard. Même s'il me fallut des années pour le comprendre, cette sale petite guerre asiatique fut à l'origine d'une amitié de vingt ans. C'était elle qui, les brassant dans un même bouillon, faisait le lien entre la violence, Hayduke, Peacock, Abbey et le combat pour les espaces sauvages.»
L'enterrement de ce grand monsieur est un beau moment, empreint d'une vive émotion, raconté avec beaucoup de pudeur et d'humilité.
«Ed voulait nourrir les plantes.»
Doug Peacock parle aussi de ses amis, Jim Harrison et Rick Bass, et évoque de grands noms de la littérature du Sud-Ouest américain, William Eastlake, Peter Matthiessen, et du mouvement écologique : Rick Ridgeway, Yvon Chouinard.
La mort s'insinue par petites touches au travers de ce récit, la mort : partie intégrante du cycle de la vie. Vivons pleinement, pour bien mourir, pour ne pas avoir peur de partir.
«Si tu as gâché ta vie, alors évidemment tu t'agrippes comme un noyé à la semi-existence que t'offre la technologie médicale. [...] La mort devrait toujours avoir un sens. Ceux qui redoutent le plus la mort sont ceux qui aiment le moins la vie. La mort est la critique ultime de chaque homme. Il faut avoir vécu courageusement pour bien mourir.»
Et protégeons notre nature, préservons la vie sauvage !
Ce roman est un petit chef d'oeuvre !
A savourer sans modération aucune.
Lien : https://seriallectrice.blogs..
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Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
pyrouettepyrouette   23 juin 2022
C’est une si belle journée pour se sentir vivant. De toutes mes marches, celle-ci résonne comme jamais en harmonie avec ma vie : la sauvagerie et la solitude, une expérience originale et farouchement ancrée dans la terre, un endroit à cent mille lieues de la moindre idée de loisir – un endroit parfois si sauvage et si rude qu’il rappelle l’épreuve du combat sans les relents fétides et insupportables de la peur humaine. Ici reste intacte la plénitude inexorable du cycle de la vie, qui gravite vers la tombe.
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pyrouettepyrouette   03 juin 2022
Âgé d’une cinquantaine d’années, je suis venu ici recouvrer ma santé à marche forcée. Perdre à pas cadencés la graisse qui s’est installée, m’éloigner à pied de la guerre, marcher encore et toujours malgré un héritage de tension et de cholestérol élevés, pénétrer dans un monde qui m’apparaît obscurément meilleur, connaître un nouveau départ. Je voulais un supplément de vie, j’attendais plus de l’existence que je m’étais choisie.
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CrazynathCrazynath   15 août 2015
Âgé d'une cinquantaine d'années, je suis venu ici recouvrer ma santé à marche forcée. Perdre à pas cadencés la graisse qui s'est installée, m'éloigner à pied de la guerre, marcher encore et toujours malgré un héritage de tension et de cholestérol élevés, pénétrer dans un monde qui m'apparait obscurément meilleur, connaitre un nouveau départ. Je voulais un supplément de vie, j'attendais plus de l'existence que je m'étais choisie.
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cardabellecardabelle   27 avril 2016
A la fin de l'année 1968, si j'étais prêt à accomplir quelque chose d'aussi extrême et dangereux que la guerre, c'était au service de la vie.

Mes valeurs étaient intactes,mais la tuerie avait drainé le reste.

Blessé mais engagé, j'étais un fou furieux prêt à en découdre, un fanatique sur le départ, un guerrier qui ne voyait pas l'intérêt de massacrer des étrangers.

Je cherchais une cause digne de combattre.

Abbey, lui, avait déjà trouvé son champ de bataille: les déserts de l'Ouest américain...il identifia mes points forts -- mon entraînement de soldat, toujours utile, et cette grande colère qui tournait à vide -- et leur trouva un usage...
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   17 septembre 2016
Pour moi aussi, il était important de savoir que l'on pouvait mettre fin à ses jours : j'avais écrit un livre sur les grizzlis en partie pour expliquer pourquoi j'avais, quant à moi, renoncé à sortir discrètement par la porte de derrière. Depuis le Vietnam, je portais le suicide avec moi comme une gourde de rechange. Après la naissance de ma fille, j'avais su que je ne pourrais pas y boire. Pour y puiser du courage, je suggérais sur un ton désinvolte que l'idéal était de partir en emmenant un sale type avec soi. Si on se sait condamné, si la vie devient telle qu'on veut tout arrêter, autant commettre un acte splendide, héroïque, audacieux, comme de tuer le dictateur, le bourreau ou le nazi de son choix. Ed Abbey appelait de ses voeux le jour où "quelqu'un affligé d'une maladie terminale (la vie, par exemple) s'attachera une ceinture bardée de TNT et descendra tout au fond du barrage de Glen Canyon pour réduire en miettes cette saloperie. Ce serait une belle fin".
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