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EAN : 9782080116208
279 pages
Flammarion (28/09/2007)
3.78/5   51 notes
Résumé :
Quand on sonde le fond de son coeur dans le silence de la nuit on a honte de l'indigence des images que nous nous sommes formées sur la joie.
Je n'étais pas là la nuit où j'ai été conçu. Une image manque dans l'âme. On appelle cette image qui manque " l'origine ". Nous cherchons cette image inexistante derrière tout ce qu'on voit. Je cherche à faire un pas de plus vers la source de l'effroi que les hommes ressentent quand ils songent à ce qu'ils furent avant ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique

Quand on sonde le fond de son coeur dans le silence de la nuit on a honte de l'indigence des images que nous nous sommes formées sur la joie.

Je n'étais pas là la nuit où j'ai été conçu. Une image manque dans l'âme. On appelle cette image qui manque « l'origine ». Nous cherchons cette image inexistante derrière tout ce qu'on voit.

Je cherche à faire un pas de plus vers la source de l'effroi que les hommes ressentent quand ils songent à ce qu'ils furent avant que leur corps projette une ombre dans ce monde.

Si derrière la fascination, il y a l'image qui manque, derrière l'image qui manque, il y a encore quelque chose : la nuit.

Il y a trois nuits.

Avant la naissance ce fut la nuit. C'est la nuit utérine.

Une fois nés, au terme de chaque jour, c'est la nuit terrestre. Nous tombons de sommeil au sein d'elle. Comme le trou de la fascination absorbe, l'obscurité astrale engloutit et nous rêvons en elle. Et si c'est par la nuit qui est en nous, interne, que nous nous parlons, c'est dans la nuit externe, quotidienne, qui semble à nos yeux venir du ciel, que nous nous touchons.

Enfin, après la mort, l'âme se décompose dans une troisième sorte de nuit. La nuit qui régnait à l'intérieur du corps se décompose à son tour dans un effacement que nous ne pouvons anticiper. Cette nuit n'a plus aucun sens pour s'aborder. C'est la nuit infernale.

Ainsi y a-t-il une nuit totalement sensorielle qui précède l'opposition astrale du jour et de la nuit. Nous procédons de cette poche d'ombre. L'humanité transporta cette poche d'ombre avec elle, où elle se reproduisit, où elle rêva, où elle peignit. Elle pénétra irrésistiblement dans les grottes obscures où elle tourna son visage vers des écrans blancs de calcite sur lesquels des images involontaires surgissaient et se mouvaient par la projection de la flamme d'un flambeau. Des millénaires passent. Elles continuent de défiler dans des salles étranges, édifiées dans le sous-sol des villes, où la ténèbre n'est plus divine mais produite artificiellement.

Je ne le fais pas souvent, mais j'ai remis la 4e de couverture qui est elle-même issue de l'avant-propos de Pascal Quignard.

Parce qu'elle dit avec assez de justesse l'ambition de l'ouvrage, et qu'elle donne à voir l'écriture de Pascal Quignard. Une écriture dense mais pas inaccessible, une écriture complexe qui nécessite de prendre le temps, celui de se laisser imprégner par un texte aux ramifications conceptuelles foisonnantes. Chaque phrase semble retourner le sens commun et implique de réécouter chacun des mots et de réenvisager lentement les idées posées sur le papier.

Le format s'y prête d'autant plus que les textes sont courts. Ils permettent des pauses que, de toute façon, l'exploration des chaque image impose, et le vertige qui va avec.

De ce tête-à-tête avec ces images sexuelles, c'est à une introspection que nous sommes invités, à regarder notre propre intimité mentale, de découvrir la puissance agissante de mécanismes qui nous habitent. Que voyons nous lorsque nous regardons ces images ? Qu'y voyons nous ? Qui voyons nous ?

Nous sommes conviés à un véritable dévoilement de nous même, in fine. Ces images comme autant de miroirs, de l'inregardable constamment recherché, de ce manque silencieux qui nous hante. de cette incomplétude inconsolable. de territoires intimes insoupçonnés.

Un ouvrage vertigineux et passionnant.

Bon allez un petit défaut, tout de même : le papier couché est vraiment trop sensible au gras des doigts, même les plus propres.


Lien : http://leslecturesdecyril.bl..
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Illustrés de tableaux et de documents iconographiques choisis allant de la préhistoire jusqu'à nos jours, en passant par le moyen-âge et les estampes japonaises, ces petits essais de Pascal Quignard revisitent les mythes littéraires et picturaux concernant le désir et le fantasme, la lumière et la nuit, l'homme et la femme, la vie avant et après la naissance. On se réfère surtout à la mythologie grecque et latine à travers Ovide notamment mais aussi au théâtre d'Eschyle , à la Bible, bref aux textes fondateurs à chaque fois illustrés par une peinture, une gravure, un dessin ancien ou moderne alludant directement ou indirectement au sexe, au coït et tout ce qui entoure ce mystère de la naissance au moment de l'acte, de la vie intra-utérine et des désirs fantasmés plus ou moins conscients. Il est aussi fait référence à la psychanalyse mais aussi donc, à la fameuse nuit, cette ombre, obsession et quête quasi-mystique de l'auteur.

"Une narration arrêtée, tel était le propre de la peinture paléolithique.

Le récit menace la paroi nocturne de la même façon que l'orage menace dans le ciel noir."

"Le Jour du Jugement a tous les traits de la haine sans fin. C'est le Jour de Colère le journal télévisé est lui-même un Dies irae qui tourne en rond sur lui-même comme un rapace sempiternel au sein de chaque jour."

"Le puritanisme définit ceux qui ne supportent pas la scène inmontrable et incessante. La plupart des sociétés sont puritaines, détestant que leur soit rappelée aussi bien l'origine sexuelle du lien social que le fondement primaire de toutes les valeurs. le puritanisme est l'immaculée conception du social, la femme voilée, le Cantique des cantiques, l'enfant mort sur les genoux d'une mère qui pleure plutôt que les amants qui se dénudent et qui s'approchent dans la joie."

Des essais à déguster comme quelques gouttes de nectar.

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Livre d'art, livre de littérature, livre total et magnifique.

Des reproductions de Picasso, Rembrandt, le Tintoret, Magritte, Bellini, Bosh ou Hokusai sur beau papier noir en regard avec le texte de Quignard, comme toujours érudit et vibrant.

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Eu égard à la réputation de Pascal Quignard, j'ai entrepris la lecture de "La nuit sexuelle". Beaucoup de tableaux et gravures en illustration mais les commentaires et envolées lyriques m'ont vraiment dépassée et laissée très perplexe. Nombreuses citations latines ou grecques qui ne m'ont guère impressionnée. J'ai eu la sensation de beaucoup de verbiage superficiel et pseudo intellectuel. Bon, je n'ai peut-être pas été à la hauteur. Je publie une citation que j'ai eu beau lire plusieurs fois, je ne la comprends pas. Quelqu'un peut-il m'éclairer?

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Il y a trois nuits.

Avant la naissance ce fut la nuit.

C'est la nuit utérine.

Une fois nés, au terme de chaque jour, c'est la nuit terrestre.

Nous tombons de sommeil au sein d'elle.

Comme le trou de la fascination absorbe, l'obscurité astrale engloutit et nous rêvons en elle.

Et si c'est par la nuit qui est en nous, interne, que nous nous parlons, c'est dans la nuit externe, quotidienne, qui semble à nos yeux venir du ciel, que nous nous touchons.

Enfin, après la mort, l'âme se décompose dans une troisième sorte de nuit.

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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
La reine observe son amant qui dort le nez dans son bras; il a joui; elle le contemple heureux. Son plaisir se poursuit en le voyant heureux.
La reine écoute le prince respirer. Il s'éveille, il bouge sa cuisse immense. Elle a tant de joie en entendant sa voix qu’elle lui demande de raconter n'importe quoi, sa vie, ses exploits au combat, ses guerres, ses deuils, ses voyages.
Énée commence par se taire.
Soudain il dit tout bas :
— Reine, je ne peux pas ! Trop de douleur borne nos corps.
— Infandum regina jubes renovare dolorem !
Toujours un interdit s'impose à l'âme qui s'apprête à évoquer les jours qui furent.
Toujours un infans précède le locutor. Il rappelle l'obstacle de la langue que, naissant, il ignore. Il y a un Infandum à la source du monde.
Toujours indicible, ô ma reine, la douleur que m'ordonne de ressusciter.
En amont de toute chose dite dans les sociétés du monde : Toujours infante, l'enfance.
Seul le sexe ressuscite et se dresse, contemporain de chaque rêve, devant la nouvelle image qui s'impose, venue d'on ne sait où, loin en amont de notre espèce elle-même, dans la nuit interne.
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Une image manque dans l'âme. Nous dépendons d'une posture qui a eu lieu de façon nécessaire mais qui ne se révélera jamais à nos yeux. On appelle cette image qui manque "l'origine". nous la cherchons derrière tout ce que nous voyons. Et on appelle ce manque qui traîne dans les jours "le destin". Nous le cherchons derrière tout ce que nous vivons. C'est là que vont se perdre les gestes qu'on refait sans y prendre garde, les mêmes mots qui défaillent.
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Les vraies images sont toujours celles des songes parce que les érections les plus impérieuses ont lieu au cours des rêves.
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Il n' y a pas une différence sexuelle. Il y a deux sexes. Il y a donc deux différences sexuelles même si pour toutes l'humanité possible iln'y a qu'une différence sexuelle quel que soit son sexe.. Cela fait quatre différences inassumables par personne au monde
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Le désir est une chose beaucoup plus -noire, beaucoup plus atroce que les sociétés modernes ne le représente. Le fond du désir est un rayon de ténèbres le désir est la libido de voir quelqu'un qui n'est pas là. La désidératio est la joie de voir l'absent.
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Videos de Pascal Quignard (53) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pascal Quignard
Dans le cadre d'"Un Après-midi à Bordeaux : « À quoi sert d'écrire ? À ne pas vivre mort. » rencontre musicale avec Pascal Quignard. Animation par Jean-Michel Devésa.
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0:00 Jean-Michel Devésa 10:16 Pascal Quignard
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