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ISBN : 2253059501
Éditeur : Le Livre de Poche (01/04/1992)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 67 notes)
Résumé :

Qui est Fred Barthélemy, dont Michel Ragon nous fait une biographie si passionnante ? Qui est Flora, la petite fille de ses amours enfantines, devenue marchand de tableaux célèbre et richissime ? La Mémoire des vaincus mêle personnages réels et personnages inventés en une vaste fresque où l'histoire, le mythe, le romanesque et l'autobiographie se conjuguent.


Dans le cours du roman, communisme, anarchisme, fascisme apparaissent dans le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  12 novembre 2017
Dans cette vaste fresque libertaire et prolétarienne, Michel Ragon balaye un siècle d'histoire marginale, mettant en scène Fred Barthélemy, dont la destinée a tenu à un enchaînement de circonstances qui l'ont entraîné partout où l'histoire s'est écrite au XXème siècle, partout où le sang d'hommes et de femmes sacrifiés par le système, a coulé abondamment : première guerre mondiale, révolution russe, front populaire, guerre d'Espagne, jusqu'à mai 68, dernier combat en date.
Que d'événements incroyables analysés par un homme ordinaire, anonyme, isolé, pauvre, démuni, qui a rêvé d'arracher aux maîtres du monde leurs privilèges ! Michel Ragon rend hommage à tous ceux qui un jour, alors que leurs origines sociales ne les prédisposaient guère à l'accès à la culture, à la connaissance, ont lu par hasard, dans une obscure officine de bouquiniste, quelques pages de Victor Hugo et de ses Misérables, et qui à la suite de cette découverte fortuite et lumineuse, avec un appétit de crevard, ont volé ce qui leur était interdit : la beauté, la poésie, la vérité. L'utopie peut-être.
Je remercie un ami babéliote qui m'a fraternellement conseillé ce roman, en lui indiquant toutefois que mes lacunes historiques immenses m'ont empêchée d'apprécier tout le sel (de la terre) de cette lecture, car j'ai parfois été en difficulté pour distinguer les personnages réels des personnages romanesques. Cependant, cette première incursion dans l'histoire libertaire qui prône l'anti-militarisme, l'anti-stalinisme, la critique moderne du marxisme, l'avortement légal, l'amour libre, le naturisme, le nudisme, l'écologie, m'incite à approfondir cette découverte.
Un homme qui dit : «Je ne fais pas de politique, mais quand je vois un pauvre type dans la rue, je lui tends la main » (p. 307) éveille d'emblée ma curiosité et me donne envie de faire un bout de chemin en sa compagnie.
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DanD
  26 mars 2017
C'est avec beaucoup de respect et avec beaucoup d'empathie que Michel Ragon a ecrit cette biographie romancee d'un homme (fictif? Avatar de quelqu'un qui a reellement existe et dont il cahe le vrai nom?) qu'il nomme Fred Barthelemy et qui represente a lui tout seul la trajectoire des anarchistes au XXe siècle. Et il a reussi a m'inoculer cette empathie.
C'est une histoire de luttes populaires, de reves et d'ideaux qui ont marque la realite europeenne pendant pres d'un siècle. Des bombes de la Bande a Bonnot jusqu'a l'apres Mai 68, en passant par la revolution russe d'Octobre, la guerre civile espagnole, les emprisonnements et deportations de la deuxieme guerre mondiale, et les efforts pour publier une presse libertaire tout le long du siècle.
C'est la memoire de gens qui ont lutte pour une meilleure societe et qui ont ete vaincus par l'histoire. Vaincus? Ne sont vaincus que ceux qui luttent, et ces vaincus continuent peut-etre leur lutte par l'entremise du livre de Ragon: la lutte pour une memoire non diabolisee.
Autour de ce Fred Barthelemy fictif Ragon fait vivre nombre de personnages historiques reels. Des libertaires francais oublies comme Paul Delessalle, Rene Valet, Louis Lecoin (je les cite pour que leurs noms soient ecrits encore une fois, ils meritent bien ca) et des figures comme Lenine, Trotsky, Victor Serge, la feministe avant l'heure que fut Alexandra Kollontai, le meneur de paysans ukrainiens Makhno ou l'espagnol Durruti. Il raconte l'acharnement des communistes contre les libertaires, acharnement que nous comprenons aujourdh'ui quand nous savons que ce qui se targait d'etre une dictature du proletariat n'etait que la dictature d'un parti.
Ragon a ecrit un beau livre. Je me repete: il a reussi a me faire partager son empathie pour son (en fait ses) heros. Dans cet etat d'esprit je clos ce billet avec des mots de Leo Ferre:
Les anarchistes
Ils ont un drapeau noir
En berne sur l'Espoir
Et la mélancolie
Pour trainer dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l'Amitie
Et des armes rouillees
Pour ne pas oublier
Qu'y'en a pas un sur cent et qu' pourtant ils existent
Et qu'ils se tiennent bien bras dessus bras dessous
Joyeux et c'est pour ça qu'ils sont toujours debout
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Crazynath
  24 avril 2017
En cette période électorale, il est amusant que je lise un livre qui mette en scène un homme qualifié de libertaire et qui revendique son appartenance à l'anarchie.
Pour être honnête, j'avais une vison assez étriquée de ce qu'étais pour moi un anarchiste : pour moi cela se résumait à poseur de bombe ou assassin de personnes célèbres. Oui, la réalité est un peu plus compliquée que cela.
Michel Ragon nous entraine dans une sacrée page d'histoire en nous faisant découvrir un personnage assez incroyable et terriblement vivant : Fred Barthélemy. Ce dernier, jeune parisien , va côtoyer toute une brochette de personnages ayant fait l'histoire avec un grand H. de certains membres de la bande à Bonnot jusqu'à son séjour dans la toute jeune république soviétique où il rencontrera Lénine, Trotsky et bien d'autres, Fred est sur tous les fronts ( ou presque ) où souffle un vent de liberté ( quoique, quelquefois, ce n'est pas vraiment le cas, son séjour chez les soviets le prouvera parfaitement ) . Il continuera toute sa vie à défendre ses idées et ses convictions, même en risquant sa vie, son passage en Espagne pendant la guerre civile en est un bel exemple.
Homme entier, Fred est un personnage attachant qui traverse le vingtième siècle sans perdre son intégrité morale . Difficile pour moi de ne pas penser à nos politicards de tous bords qui sont eux aussi sur tous les fronts mais pas pour les mêmes raisons.....
Challenge ABC 2016/2017
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Hardiviller
  26 mai 2017
Avec Michel Ragon , les " vaincus " de l'histoire ont trouvé leur mémoire ( la formule n'est pas de moi ) . Le terme de vaincu me défrise ( " les trahis " est certes moins accrocheur mais " les perdants magnifiques " me conviendrait ) , il n'en reste pas moins que le texte nous met devant l'évidence qu'un parcours libertaire ne se résume pas comme le dit Crazinath à " poseur de bombe ou assassin de personnalités " .
La devise républicaine " liberté , égalité , fraternité " ainsi que le souligne paulotlet contient des idées qui ne sont pas contradictoires : peut-il y avoir liberté sans égalité , et sans fraternité , l'égalité et la liberté n'ont-elles pas de limites ?
Bien sur le personnage de Fred Barthélemy est une fiction mais non sans chair réelle ..... il se dit sur la toile en cherchant bien qu'il serait une sorte de mélange entre Henry Poulaille et surtout Marcel Body ( avec le B et le Y de Barthélemy ) .
Pas forcément objectif , le rédacteur de ces quelques lignes , vu les opinions affichées sur son profil , j'en conviens , mais ni Ragon , ni les libertaires ( en général ) , ne font de prosélytisme , ne cherchent à convertir à une doxa , ne se réclament de la perfection . Ragon le dit ainsi , dans ( La voie libertaire ) : la voie libertaire n'est pas confortable . Elle est , puisque minoritaire , la voie de la solitude et du doute ...... dés lors pourquoi aiguiller les autres sur ce chemin inconfortable ? Il est mieux de suivre sa voie et si d'autres ont de l'empathie avec votre démarche , accompagnons-les fraternellement en les laissant libres de se tromper en prenant les raccourcis ou les chemins buissonniers de leur choix . C'est un peu dans cette optique que Ragon nous relate la vision des " vaincus " ( décidément , j'ai du mal avec ce terme ) .
En début de livre Fred par sa faim de lecture copine avec un vieux bouquiniste , ce n'est pas à vous , babéliotes , qu'il faut expliquer ce que cela représente de chance et de bonheur ! ..... sur ses vieux jours Fred devient libraire , il transmet à ceux qui le fréquentent , ce que les livres lui ont donné .... un bon parcours d'autodidacte convaincu de l'acquisition des connaissances par ce biais .
Ayant moyennement apprécié " Un si bel espoir " de Ragon , c'est babélio qui m'a mis sur la piste de " La mémoire ... " , comme un juste retour des choses , je me trouve doucement contraint de vous inciter à lire ce livre et s'il vous convient , d'en faire autant . La lecture des 12 pages du prologue vous diront à peu de peine si le livre , entre vos mains , vaudra la peine que vous en poursuiviez la lecture . La première de couverture ( illustrée avec le tableau " il quarto stato " de Guiseppe Pelizza da Volpedo , s'il vous attire l’œil attisera votre appétence . Enfin , si le goût de l'histoire , la véritable , pas celle des " vainqueurs " vous tente , l'affaire est dite .
La citation de Péguy : " L'idéal c'est quand on peut mourir pour ses idées , la politique , c'est quand on peut en vivre " , illustre clairement l'engagement libertaire et donne raison à la critique de Crazynath . Il est tout de même , convenons-en , préférable de survivre à ses idées ..... ne serait-ce parce que se réalisera sans doute , l'utopie ou une de ses heureuses variantes , rêvons-en pour nous ou souhaitons-le pour les prochaines générations ..... " Nous aurons tout dans dix mille ans " disait dans un excès de pessimisme Ferré la mauvaise graine .
Les meilleurs livres ont quelques fois des imperfections et celles qui me viennent à l'esprit sont le peu de mots , voire les silences à propos de certains contemporains de l'histoire , tels qu'Emma Goldman , Louis Lecoin , et d'autres figures de l'anarchisme et de trop nombreuses lignes consacrées à des vauriens tels que Doriot et autres traîtres à la cause du communisme-libertaire ; Traîtres est le juste mot car si se tromper est permis , tromper les autres est moins glorieux . Ragon , relativise cela , il montre mais sans condamner , nous laissant juges de le faire ou pas et à l'instar d'Ivo Andric semble avoir semblable pitié envers ceux qui font le mal comme envers ceux qui le subissent .
Veuillez me pardonner d'une si longue critique ( dont je ne suis pas coutumier ) et si vous n'aimiez pas ce livre , je reçois volontiers les griefs , donc ne vous en privez-pas .
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paulotlet
  23 février 2011
Fred Barthélémy traverse le vingtième aux côtés des anarchistes. Et il en a de la chance le jeune ouvrier parisien qui croisera tout ce que le monde d'alors compte comme figures libertaires. de Raymond La Science, l'artificier de la Bande à Bonot au pacifiste Tolstoi en passant par Makhno et Durutti. Fred côtoie les acteurs de l'histoire, Lénine, Trotsky, Zinoviev, Largo Caballero. Il est à Moscou en 17, à Barcelone en 36, il vit les purges et les trahisons staliniennes. A travers cette fresque, Ragon nous dit pourquoi on est libertaire. Il nous raconte l'histoire de cette étrange tribu qui croit que la liberté et l'égalité ne sont pas contradictoires, qui refuse toutes les justes lignes, qui se méfie des ordres et de la discipline, qui crache sur la dictature, fût-elle du prolétariat en deux mot qui croit en un socialisme humain. Un livre touchant, à lire en écoutant Addio Lugano bella...
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
namelessnameless   11 novembre 2017
La révolution était comme ces auberges où chacun peut apporter son manger. Chacun y cherchait le moment d'échapper à sa propre aliénation. La révolution apportait la liberté, mais quelle liberté ? Liberté pour les paysans de s'approprier la terre. Liberté pour les ouvriers de s'approprier les usines. Pour Galina, la révolution donnait aux femmes la liberté de leur corps et l'égalité des sexes.
P. 157
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namelessnameless   10 novembre 2017
Toutes les autobiographies sont fausses. On est toujours trop complaisant avec soi-même.
P. 23
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paulotletpaulotlet   24 février 2011
Maintenant, tous les soirs, une fois Mariette couchée, Fred posait un cahier d'écolier sur un coin de la table de la cuisine et écrivait ; décrivait tout ce qu'il avait vécu en Russie, l'enthousiasme des premières années de la Révolution, le désenchantement qui suivit, la mise en place de l'appareillage habituel de l'État, la bureaucratisation, la militarisation, l'univers carcéral, les rivalités entre les chefs du Politburo, l'éviction de l'opposition. Il se souvenait que Vergniaud, le leader des Girondins, avait dit de la Révolution française lorsqu'elle devint Terreur : «Saturne dévorant ses enfants». Il voulait intituler ainsi son livre. La Révolution russe, c'était également Saturne dévorant ses fils. L'ogre bolchevik, après avoir avalé goulûment tous ses adversaires, dévorait maintenant ceux qui l'avaient fait ogre. L’ogre s'autodévorait.

Claudine, perplexe, regardait Fred qui écrivait. Il lui avait affirmé qu'il rédigeait une sorte de rapport qui servirait à prendre certaines décisions politiques. Claudine rétorqua qu’elle ne comprenait pas quel exposé il pouvait bien concevoir, lui qui ne frayait avec personne. Fred répliqua que, justement, il s'absenterait pendant quelques jours et qu'elle ne devrait pas s'inquiéter. Durruti et lui projetaient en effet de rencontrer en Allemagne Erich Mühsam.

Pourquoi cette Allemagne, qui devait être le pivot de la révolution mondiale ne bougeait-elle pas ? Durruti savait que Mühsam conservait la confiance des anarchistes allemands et il voulait établir une liaison avec eux. Comme Fred Barthélemy connaissait bien Mühsam, il était indispensable qu'il participe au voyage.

Durruti et Fred préparèrent leur escapade avec une grande exaltation. Fred trouvait en Durruti un camarade à peu près de son âge. Au contraire de Makhno, qu'ils admiraient d'ailleurs tous les deux, mais dont ils constataient l'inéluctable déclin, ils se sentaient sur un tremplin, prêts à bondir. Ni l'un ni l'autre ne savaient où, mais ils pressentaient qu'un jour ils feraient un grand saut.

Erich Mühsam jouissait en Allemagne d'un prestige exceptionnel dû à la fois à sa responsabilité de membre du Conseil central de la première République de Bavière, en 1919, et à son succès d'écrivain. Poète, essayiste, dramaturge, son style acerbe et son humour avaient rendu célèbre cet homme qui venait d'avoir cinquante ans, l'aîné donc de vingt ans de Barthélemy et de Durruti.

Mühsam comprenait bien que les bolcheviks l'avaient abusé. En même temps, il s'effrayait à l'idée de décrocher totalement du parti communiste allemand, demeuré très fort, qui lui paraissait le seul rempart sûr contre la montée d'une nouvelle Ligue prolétarienne qui l'inquiétait beaucoup plus que l'éviction, en Russie, de Trotski et de Zinoviev.

Ni Durruti, ni Alfred Barthélemy, n'avaient entendu parler de ce parti national-socialiste des ouvriers allemands, pas plus que de son chef, Adolf Hitler.

— Hitler, dit Mühsam, ne paye pas de mine avec son vieil imperméable et son chapeau cabossé. Mais qu'on ne s'y trompe pas, il porte l'uniforme des chômeurs. Hitler s'identifie à eux et eux croient qu'il les représente. Cet Hitler est un acteur et un metteur en scène qui ne laisse rien au hasard. Depuis dix ans, dans l'ombre, il prépare sa représentation. Il a déjà créé son drapeau (rouge, bien sûr) avec une croix gammée noire ; ses troupes de choc, les S.A., avec des chemises brunes qui singent les chemises noires de Mussolini.
— Trotski aussi était un grand metteur en scène et un prodigieux acteur, dit Fred. Il n'empêche que sa pièce a fait un four et que le rideau lui est tombé sur la tête.
— Mais non, sa pièce n'a pas fait un four, répliqua Mühsam. Staline la joue maintenant à bureaux fermés. Il récupère tout : l'armée rouge, la Tchéka devenue Guépéou, la bureaucratie, le parti unique. Staline couche avec ses bottes dans le lit que lui a borde Trotski.
— Staline, dit Durruti, c'est la victoire des bureaucrates sur les idéologues.
— Pas si simple, reprit Fred. Du temps de Lénine, Staline se moquait du bureaucrate Trotski. C'est Trotski et Zinoviev qui ont bureaucratisé le bolchevisme. Staline n'est qu'un héritier. Ton Hitler ne me paraît qu'une pâle imitation de Mussolini, lui-même pitoyable matamore. Le danger n'est pas là. Je suis bien placé pour savoir que la pieuvre Komintern étend ses tentacules sur toute l'Europe. Si nous ne réagissons pas, nous serons étranglés. Proclamons partout que l'avenir de la révolution n'est plus en Russie, que la Russie bafoue la révolution. L'avenir de la révolution se trouve en Espagne, avec Pestaña.
— Oui, appuya Durruti. Nous venons pour que tu comprennes bien ça, pour que tu abandonnes l'idée que la Russie représente encore un espoir. En Espagne, les anarchistes sont majoritaires et il n'y existe qu'un seul parti communiste important, adversaire de celui de Moscou et avec lequel nous pouvons donc travailler.

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HardivillerHardiviller   02 mai 2017
Cette foule recueillie , cette foule endeuillée , cette foule grave , venue rendre un dernier hommage à Kropotkine , ne savait pas qu'elle assistait aux obsèques de l'anarchie . Pas seulement aux obsèques du dernier des grands théoriciens libertaires , mais aux obsèques de l'anarchie elle-même . A partir du moment où Kropotkine fut enfoui dans la terre du cimetière Novodiévitchi , la répression contre les anarchistes , jusque-là non avouée en Russie , jusque-là presque clandestine , s'accéléra , devint pratiquement officielle . ( Les mêmes faits , avec la même analyse sont relatés par Emma Goldman dans " Épopée d'une anarchiste " ) . En réalité , l'anarchie fut tolérée par les bolchéviks tant qu'elle demeura théorique . Mais dès que le peuple russe , fatigué par les privations , déconcerté par la lenteur du processus révolutionnaire , exaspéré par une bureaucratie aussi corrompue et inefficace que celle de l'Ancien Régime , meurtri par la guerre civile , effrayé par l'omnipotence de la police politique , dès que ce peuple , que cette base , se mit en marche , derrière le cercueil de Kropotkine d'abord , puis dévala en flots menaçants dans les usines , dans les campagnes , décidant d'appliquer l'anarchie dans la vie quotidienne , la panique courut dans les bureaux du Kremlin . Le 1er mars 1921 , une nouvelle incroyable arriva sur la table de travail de Lénine : seize mille marins , soldats et ouvriers de Cronstadt déclaraient la guerre au gouvernement bolchevik et cela au nom de l'authenticité soviétique . Cronstadt , dont Trotski avait été le président du premier soviet en 1917 , Cronstadt dont les marins avaient bombardé le palais d'Hiver et assuré la victoire de l'insurrection d'Octobre , Cronstadt que Trotski appelait " l'honneur de la révolution " , voilà que cette île-forteresse du golfe de Finlande demandait des comptes à ceux qu'elle avait hissés au pouvoir ......
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HardivillerHardiviller   02 mai 2017
Lorsque Angel Pestaña demanda la parole au congrès de la 3eme Internationale , les choses se gâtèrent . Cet ouvrier horloger , représentant la très puissante CNT ( Confederacion Nacional del Trabajo ) déclara que les camarades espagnols adhéraient seulement provisoirement à la 3eme Internationale car ils insistaient pour souligner à tous les délégués réunis à Moscou que la CNT n'en demeurait pas moins liée aux principes défendus par Bakounine dans la 1ere Internationale . Ce préambule suscita quelques rumeurs ; rien comparé à ce qui suivit . Pestaña affirma en effet que le but de la CNT restait l'implantation du communisme LIBERTAIRE , que le principe de l'autonomie syndicale demeurait entier et que la CNT se montrait hostile à l'appropriation du pouvoir et à la dictature du prolétariat .
Dans un silence oppressant , Pestaña éleva la voix pour conclure : " La révolution n'est pas l'oeuvre d'un parti . Un parti , tout au plus , fomente un coup d’État . Mais un coup d’État n'est pas une révolution .
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