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ISBN : 2246157935
Éditeur : Grasset (13/11/2003)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 78 notes)
Résumé :
Antoine n'est pas revenu du pâturage de Derborence où il avait accompagné le troupeau, car la montagne s'est mise en colère...
Pourtant un soir, Thérèse, sa jeune épouse, croit reconnaître sa voix et sa silhouette amaigrie et pâlie. Est-ce une vision ou un miracle ? Un survivant ou un spectre ? Si Antoine n'est pas son propre fantôme, il faudra qu'il le prouve... Avec cette chronique villageoise, où le ton vire du pathétique au cocasse aussi imprévisiblement ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Annette55
  17 août 2014
Attention! Très belle oeuvre! Magnifique chronique villageoise montagnarde,le pâturage de Derborence: "Derborence...le mot chante doux...il vous chante et un peu triste dans la tête...."a été enseveli sous un éboulement, hommes et bêtes compris.
Sept semaines plus tard, Antoine, le Berger, jeune époux de Thérèse, émerge de
l'amoncellement des pierres et prend la route du village.
Les villageois et son amoureuse, Thérèse hésitent à le reconnaître...une silhouette pâle,est ce une vision ou un miracle?est ce un fantôme ou un survivant?
Est- ce vraiment Antoine ou son spectre, descendu au village pour y apporter la mort et la désolation?
Et Antoine, poursuivi par les ombres de ses camarades ensevelis, choisira t- il finalement de rejoindre les vivants ou les morts?
Derborence est l'histoire de l'étrange retour à la vie d'un jeune homme , qui doit convaincre qu'il n'est pas un spectre....doublé d'une magnifique histoire d'amour...
Derborence est surtout dotée d'une écriture splendide,où les phrases rudes sont taillées à la serpe,dans une nature grandiose!
Le style de Ramuz est brut, primitif, rugueux, fait de très longues descriptions riches d'adjectifs et d'adverbes qui enrichissent la poésie minérale de son texte au lieu de l'alourdir, une écriture enchanteresse faite d'émotions sourdes et contenues où" les petites fleurs de la montagne, leur extraordinaire pureté, leurs extraordinaires couleurs......faisaient de loin...entre les taches grises de la neige....des taches éclatantes" contrastant pour notre plus grand bonheur avec la minéralité, la froideur, la grandeur de la roche, de la pierre, des parois qui tombent à pic de tous les côtés," le soleil jaune, comme le raisin mûr ou qui est rose comme la rose, où rien ne bouge".
La montagne, belle et grandiose ne fait aucun cadeau aux hommes qui tentent de lui arracher de quoi subsister mais Derborence est traversé par une lueur d'espoir où la beauté côtoie l'angoisse,où la tragédie côtoie le cocasse: " C'est la montagne qui est tombée", "La montagne s'est mise à rire de nouveau"...
Ce n'est pas facile de décrire une oeuvre tellement belle que l'on voudrait citer
des passages entiers .....mais ce n'est que mon avis.
J'ai acheté cet ouvrage grâce à un commentaire très court et élogieux de quelqu'un de Babelio, j'avais été intriguée, elle se reconnaîtra peut- être.....
En tout cas, je l'en remercie!
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colimasson
  23 septembre 2014
Dans le canton du Valais, Derborence fait jouer les charmes de ses sonorités printanières pour attirer l'homme éphémère et le fasciner par sa nature montagneuse. Derborence, pourtant, n'a pas oublié l'éboulement des Diablerets qui survint en 1714. Un dictionnaire géographique nous rappelle :

« Un pâtre, qui avait disparu et qu'on croyait mort, avait passé plusieurs mois enseveli dans un chalet, se nourrissant de pain et de fromage… »

On imagine Charles-Ferdinand Ramuz, captant cette anecdote et rêvant aux possibilités folkloriques, tragiques et poétiques dissimulées derrière cet accident. Son écriture n'est pas éloignée de celle de Jean Giono dans Les Grands troupeaux : les hommes vivent dans un temps mythique, contenus dans l'univers d'une montagne merveilleuse et colérique comme une déesse antique. le dépaysement est brutal pour le citadin du siècle moderne, plutôt habitué à se considérer comme le contenant d'un monde raisonnablement dissécable, réductible à des lois et à des propriétés rationnelles.

Charles-Ferdinand Ramuz a la réputation d'être l'écrivain qui a voulu établir une langue-geste du parler paysan, utilisant celui-ci comme matière poétique à la transmutation du langage. Il me semble pourtant que le ton employé dans Derborence reste classique. La poésie se faufile discrètement dans les descriptions merveilleuses ou terrifiantes des falaises, du cours d'eau, des plantes et de l'horizon, mais n'empêche jamais la simplicité et la concision d'un langage brut. Ce mélange presque insignifiant progresse sans bruit, retient à peine l'attention, et plonge parfois dans un ennui molletonneux de rêvasserie. Pas convaincue, j'ai poursuivi cette courte lecture jusqu'à son terme pour comprendre que cette modestie de forme devait servir à donner au récit toute la puissance nécessaire à sa conclusion. Ses horizons sont ceux d'un conte ou d'une légende transmise sous la cape, de génération en génération. Nostalgie d'être soumis à un univers, de ne pas pouvoir aller au-delà, de ne pas le vouloir… et ceux qui s'en échappent malgré tout sont les damnés du Diableret –un nom que Derborence tente aussi d'élucider à sa manière fantasmagorique.
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dourvach
  27 septembre 2014
"Derborence", 1934... Récit bâti sur un "faits divers" valaisian du XVIIIème siècle (*).
La lente montée aux pâturages. La pluie nocturne - d'abord si musicale - de ces petit cailloux sur le toit de tuiles d'une cabane de bergers. Puis un grondement inquiétant...
Nous y sommes.
Antoine se retrouve brutalement plongé dans les Limbes. Enfermé. Longtemps. Les mois passent.
Thérèse reverra un jour reparaître un mari fantômatique que la montagne avait gardé en son sein...
Magie étrange de la langue ramuzienne (Ramuz fut "contesté de son vivant en raison de ses audaces stylistiques" : et cela continue curieusement... Ce Purgatoire dans lequel le tient le "grand public"... )
Quelque chose d'intemporel, d'archaïque dans sa langue, avec notamment sa belle "discordance des temps".
Poésie.
Sensorialité.
Attention aux humbles.
Attention à leurs plus humbles gestes.
"Langue-geste"...
Chant de la montagne.
Grandiose.
Une histoire immortelle.
PS : merci aux 7 Amis ci-dessus pour leur beau travail & vivent les ouvrages (intemporels) de C.-F. RAMUZ !
(*) "L'alpage au pied des Diablerets qui donne son nom au roman fut victime, en 1714 et 1749, d'éboulements catastrophiques. Pour le lecteur suisse qui découvre le roman en 1934, le titre suffit sans aucun doute à évoquer les légendes qui entourent ce massif. D'autant que Ramuz, fait exceptionnel, ajoute une épigraphe au premier chapitre : " [...] Un pâtre, qui avait disparu et qu'on croyait mort, vaiat passé plusieurs mois enseveli dans un chalet, se nourrisssant de pain et de fromage. [...] "
(Jean-Louis PIERRE, Notice pour "Derborence" dans l'Intégrale des Romans de C.-F. Ramuz, collection"La Pléiade", Gallimard, 2005, tome 2, page 1660)
Lien : http://www.regardsfeeriques...
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GrandGousierGuerin
  14 octobre 2013
Ce roman peut se résumer en quelques mots. Derborence, vallée enclavée des Alpes, est un lieu de transhumance privilégié des vallées environnantes : tout l'été on y retrouve les hommes et leurs troupeaux. Une nuit, la montagne s'écroule, ensevelissant Derborence sous un chaos minéral. Quelque temps plus tard reparaît un homme que tout le monde croyait mort et disparu à jamais. Est-ce un spectre ? Comment les habitants de son village et sa femme vont réagir à ce retour inopiné ?
Un tel résumé ne m'aurait certainement pas convaincu de lire Derborence si le style de Ramuz, que je découvre, n'en donnait en réalité toute son âme. On pourrait le qualifier de brut, primitif … mais en tout cas en totale adéquation avec son sujet : des gens simples à la vie rude dans un univers qui ne laisse guère la place à la rêverie et encore moins à la fioriture. La force de ce roman est d'avoir un style à l'image de l'histoire : les deux se soutiennent mutuellement et se mettent en résonance pour un grand plaisir de lecture.
Que demander de plus ?
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ileana
  11 avril 2017
C'est doux de découvrir un pays à travers cette légende. Ramuz, grand conteur, doux rêveur ! La montagne, le village au-dessus du Rhône et l'homme revenu d'entre les morts …
Je découvre avec horreur sur la page web du site Quille du Diable – Diablerets (c'est juste au-dessus de l'endroit où se passe notre histoire) : « Une télécabine moderne et spacieuse vous emmène à près de 3000 m jusqu'à une station futuriste et sur le glacier vous attend un petit parc d'attractions ».
Grâce à Ramuz, c'est tout le contraire. C'est une civilisation ancestrale, proche de la terre, des bêtes et du rythme des saisons.
Extrait :
« Et, à ce moment-là, Séraphin s'étant tu également, on avait senti grandir autour de soi une chose tout à fait inhumaine et à la longue insupportable : le silence. le silence de la haute montagne, le silence de ces déserts d'hommes, où l'homme n'apparaît que temporairement [ ] on a beau prêter l'oreille, on entend seulement qu'on n'entend rien. C'était comme si aucune chose n'existait plus nulle part, de nous à l'autre bout du monde, de nous jusqu'au fond du ciel. Rien, le néant, le vide, la perfection du vide; une cessation totale de l'être, comme si le monde n'était pas créé encore, ou ne l'était plus, comme si on était avant le commencement du monde ou bien après la fin du monde.
Heureusement que le feu recommence à pétiller ou c'est une goutte d'eau qui tombe, ou c'est un peu de vent qui traîne sur le toit. Et le moindre petit bruit est comme un grand bruit. La goutte tombe en retentissant. La branche mordue par la flamme claque comme un coup de fusil ! le frottement du vent remplit à lui seul la capacité de l'espace. »
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
ChristwChristw   06 septembre 2013
Ce fut tout; il s'était tu. Et, à ce moment-là, Séraphin s'étant tu également, on avait senti grandir autour de soi une chose tout à fait inhumaine et à la longue insupportable: le silence. Le silence de la haute montagne, le silence de ces déserts d'hommes, où l'homme n'apparaît que temporairement : alors, pour peu que par hasard il soit silencieux lui-même, on a beau prêter l'oreille, on entend seulement qu'on n'entend rien. C'était comme si aucune chose n'existait plus nulle part, de nous à l'autre bout du monde, de nous jusqu'au fond du ciel. Rien, le néant, le vide, la perfection du vide; une cessation totale de l'être, comme si le monde n'était pas créé encore, ou ne l'était plus, comme si on était avant le commencement du monde ou bien après la fin du monde. Et l'angoisse se loge dans votre poitrine où il y a comme une main qui se referme autour du cœur.

[...]

S'étant habitués maintenant à peu près au manque d'air, bien que toussant encore part moments, ils se tenaient là, ayant commencé une conversation à voix basse; et ça grondait sourdement sous eux pendant ce temps; et, comme ils avaient le ventre appliqué contre la montagne, ils entendaient avec le ventre les bruits de la montagne qui montaient à travers leur corps jusqu'à leur entendement.
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dourvachdourvach   30 septembre 2014
Et quelque chose, là, éclairait doucement : une frange lumineuse, vaguement transparente, avec des reflets verts et bleus et une lueur comme le phosphore : c'était la cassure là-haut de la glace, mais elle était à cette heure, elle aussi, pleine d'un grand silence et d'une grande paix. Rien ne bougeait plus nulle part sous une cendre impalpable qui était la lumière de la lune ; on la voyait flotter mollement dans les airs ou être déposée en mince couche sur les choses, partout où elle avait trouvé à s'accrocher.
-- Là-haut...
Séraphin tenait toujours le bras levé. Il a dit :
-- Oui, là où ça surplombe. Mais il semble bien que, pour ce soir, ça soit fini.
Il avait une grande voix dans le silence.
-- Oh ! a-t-il repris, c'est que ça est toujours tombé, d'aussi loin qu'on se souvienne.
Il avait rabaissé le bras :
-- Les vieux chez nous en parlaient de leur temps. Et ils étaient tout petits encore qu'ils entendaient déjà les vieux en parler... Seulement, voilà, c'est capricieux... Dommage...
On entendait de temps en temps le tintement d'une clochette au cou d'une chèvre quelque part dans les environs. Les chalets étaient de-ci de là répandus. C'est des cabanes en pierre sèche. Une des pentes de leur toit était tout enneigée de lune (...)

C.-F. RAMUZ, "Derborence", 1934 : chapitre I (pages 23-24 de l'édition de poche -- coll. "Les Cahiers Rouges", Grasset, 1936)
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colimassoncolimasson   21 octobre 2014
Là-haut (on dit "là-haut ") quand on vient du Valais, mais quand on vient d'Anzeindaz on dit "là en bas" ou "là au fond"), la neige, en se retirant, faisait de gros bourrelets ; ils découvraient sur leurs bords, dans l'humidité noire que la vieille herbe recouvrait mal d'une espèce de feutre terne, toute espèce de petites fleurs s'ouvrant à l'extrême limite d'une frange de glace plus mince que du verre à vitre. Toute espèce de petites fleurs de la montagne avec leur extraordinaire éclat, leur extraordinaire pureté, leurs extraordinaires couleurs : plus blanches que la neige, plus bleues que le ciel, ou orange vif, ou violettes : les crocus, les anémones, les primevères des pharmaciens. Elles faisaient de loin, entre les taches grises de la neige qui allaient se rétrécissant, des taches éclatantes. Comme sur un foulard de soie, un de ces foulards que les filles achètent en ville, quand elles y descendent pour la foire, à la Saint-Pierre ou à la Saint-Joseph. Puis c'est le fond même de l'étoffe qui change ; le gris et le blanc s'en allaient ; le vert éclatait de partout : c'est la sève qui repart, c'est l'herbe qui se montre à nouveau ; c'est comme si le peintre avait d'abord laissé tomber de son pinceau des gouttes de couleur verte, puis elles se rejoignaient."
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JunieJunie   06 octobre 2014
"Une voix d'homme, une voix de femme.
Et c'était elle et c'était lui; maintenant on voyait que l'homme aidait la femme dans les passages difficiles; là où la roche faisait mur, il sautait en bas le premier, il la prenait dans ses bras.
Et, au fin sommet de la paroi, la tranche du glacier ruisselait de lumière comme un rayon de miel; mais derrière ceux qui venaient et à mesure qu'ils venaient, tout le fond de la combe entrait définitivement dans la nuit et dans le silence, dans le froid et dans la mort."
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colimassoncolimasson   09 octobre 2014
Il y a maintenant huit veuves et trente-cinq orphelins au village, mais elles vivent, et eux aussi ; c’est comme ça. L’arbre qu’on fend par le milieu se cicatrise. Le cerisier qui est blessé élabore une gomme blanche dont il recouvre sa blessure.
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Videos de Charles Ferdinand Ramuz (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charles Ferdinand Ramuz
Lecture d'un extrait du roman poétique Passage du poète (1923) de Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947).
Après avoir apporté une nouvelle manière de vivre ensemble, une osmose entre l'homme et le monde, Besson, le vannier, quitte le lieu qu'il venait de rejoindre, et s'efface dans la nuit.
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