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EAN : 9782021465075
112 pages
Éditeur : Seuil (21/01/2021)
4.25/5   6 notes
Résumé :
Emmanuel Macron avait invité les chômeurs à " traverser la rue " pour trouver un travail. Comme si l'individu était un acteur rationnel, calculateur, seul responsable de ses actes et de leurs conséquences. Or, cet individu n'existe pas, personne n'est le coach de soi-même, et la nation n'est pas une " start up ", sinon dans un certain discours managérial et comptable qui est au coeur de la rationalité politique d'Emmanuel Macron et qui induit au mirage d'un " nouvea... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
BrichdeNice
  01 avril 2021
Je viens de lire le petit mais dense ouvrage de Myriam Revault d'Allonnes, L'Esprit du macronisme ou l'art de dévoyer les concepts*. Vivifiant, c'est petit mais c'est du lourd ! Enfin quelqu'une qui regarde ce qui fonctionne conceptuellement sous le capot Macron, ce qui le soutient le "macronisme" question idéologie, question agencement de concepts de philosophie politique voire d'anthropologie politique ! Je me permets d'en proposer en fin d'article l'index nominum, au cas où, cher lecteur, tu souhaiterais voyager en biais dans l'ouvrage...
Mais tout d'abord, voici ce que dit la quatrième de couverture, très éclairante.
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J'ai aimé lire ce livre pour sa structure précise et clarifiante : l'auteure, pour chacune des trois notions-clés qu'elle travaille (Autonomie, Responsabilité, Capacité), propose d'abord une sorte de doxographie faisant le point sur la problématique notionnelle, histoire de partager avec le lecteur de quoi elle parle exactement (sans quoi aucun dialogue ne serait possible, comme aimait à dire Paul Ricoeur). Après quoi seulement, elle analyse la situation macronienne de la problématique en question.
Les trois notions-clés font chacune l'objet d'un chapitre et ces trois chapitres sont précédés d'une grande mise au point intitulée "La coexistence des hommes : les moeurs et les lois". Cette mise au point part de ce que peut vouloir dire "faire société", sollicitant les témoignages de Montesquieu, Rousseau, Mauss, Jonas, Arendt, Ricoeur... C'est dans ce "faire société" qu'Autonomie, Responsabilité et Capacité prennent tout leur sens et se fortifient de tous leurs enjeux.
J'ai dévoré ce livre pour ce qu'il risquait d'apporter comme réponse à ma question d'il y a quatre-cinq ans : Mais pourquoi cet homme revendique-t-il le parrainage de Paul Ricoeur ?
Quand j'ai vu arriver Emmanuel Macron sur la scène politique et se porter candidat à la Présidence de la République, je n'y ai pas vraiment porté attention, me disant qu'un clone mis à jour de Giscard d'Estaing faisait irruption au milieu d'un monde passablement enlisé et pour tout dire ennuyeux à force d'exhiber des impasses sociales et politiques. C'est quand il a parlé de Paul Ricoeur qu'il a commencé de m'intéresser. J'avais lu jadis ce philosophe pour ses travaux passionnants sur la métaphore et sur l'herméneutique, notamment, et je ne voyais pas comment l'énarque banquier postulant à la Présidence pouvait ainsi se réclamer du philosophe. Il l'avait aidé pour l'édition (et non l'écriture !) d'un ouvrage. Bon, OK. Mais encore ?
Emmanuel Macron affirme que Paul Ricoeur l'a "rééduqué sur le plan philosophique"**. Car il avait déjà été éduqué question philosophie. Lectures de Marcel Conche (dont l'accent corrézien rocailleux sonne encore à mon oreille tant il tranchait avec les façons professorales de parler en Sorbonne au début des années 70 !), Kant, Aristore, Descartes, Hegel. C'est Machiavel qui lui fit "abondonn[er] la métaphysique pour la philosophie politique"**. Puis c'est la rencontre avec Ricoeur avec qui il a "lu et relu de la philosophie antique"** et surtout avec lequel il a, dit-il, bien dialogué... tellement dialogué que le philosophe l'aurait "poussé à faire de la politique, parce que lui-même n'en avait pas fait"**(?). de fait, certains trouveront dans sa démarche "le dialogue, la bienveillance, autant de notions ricoeuriennes qu'il a fait siennes pendant son ascension vers l'Élysée"***, d'autre verront dans "sa proximité avec le philosophe Paul Ricoeur, avec la revue Esprit, son intérêt pour la chose intellectuelle" une authentique "disruption"**** par rapport à l'air ambiant... On dirait bien que, faisant le récit de son compagnonnage avec Paul Ricoeur, Emmanuel Macron s'octroie son titre de créance philosophique", comme disait Marc Lambron*****.
Donc, qu'une personnalité philosophique, qui plus est membre du conseil scientifique du Fonds Ricoeur et fine connaisseuse du philosophe (elle a par exemple dirigé avec François Azouvi le Cahier de l'Herne Paul Ricoeur de 2004, réédité au Seuil trois ans plus tard dans la coll. Points Essais), qu'une telle personnalité philosophique donc travaille l'idéologie macronienne, cela ne pouvait me laisser indifférent !
Ceci dit, le parrainage Ricoeur qu'exhibe Emmanuel Macron a été largement contesté par les intellectuels proches de Paul Ricoeur. Plusieurs articles publiés par le Monde et un communiqué de presse du Fonds Ricoeur atteste d'une polémique à ce sujet... En tous cas, tout cela "marque la distance prise par les intellectuels ricoeuriens avec celui qui fut, entre 1999 et 2000, assistant éditorial de Paul Ricoeur" (Le Monde le 3 décembre 2019). C'est dit ! Mais Myriam Revault d'Allonnes permet de comprendre comment le discours néolibéral du Président tord les concepts sur lesquels il prétend fonder son action politique, finissant par ne plus duper personne.
Dans cet ouvrage, largement salué dans les médias, je sens comme une rigueur philosophique imparable, produisant un discours sans ambiguïté, à la Ricoeur ! Et cela ne grandit pas l'image philosophique du Président. C'est qu'il y a quand même une différence entre faire de la philosophie et faire le philosophe, comme disait Kant.
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Heval
  04 mars 2021
"Les mirages du Président philosophe". D'où vient ce titre qu'on lui attribue? Il suffit donc de citer Paul Ricoeur et d'avoir un peu étudié la philosophie pour y prétendre? Ne serait-ce pas plutôt une propagande médiatique qui veut donner à l'homme une profondeur et une contenance qu'il n'a pas? Je ne suis donc pas d'accord avec le bandeau qui établit, même pour des raisons commerciales, une égalité entre l'auteure et le Président de la République, tous deux présentés comme philosophes. le but est, bien sûre, de confronter le travail de l'une au vide abyssal de l'autre mais tout de même; présenter Macron comme philosophe est un manquement intellectuel qui ne se pardonne pas. Y'a-t-il une ironie que je n'ai pas su percevoir?
Ici, l'auteure remonte gentillement les bretelles de notre Président dont toute la politique néolibérale consiste à vider de leurs sens des concepts philosophiques et politiques pour les appauvrir, les malmener et les tordre dans l'objectif de servir une idéologie qui ne donne à l'être humain qu'une vision bien terne de la vie sur terre: chacun doit être le plus efficace et le plus performant pour nourrir la productivité donc la croissance, gagner sa vie pour la dépenser à consommer.
Dans la "pensée" néolibérale, l'Etat, gestionnaire, se désengage pour se mettre uniquement au service d'une économie. Il se déploie simplement pour faire du citoyen un outils, une main d'oeuvre corvéable, au service d'une croissance que l'on espère à deux chiffres. L'Homme y est un être rationnel, calculateur et individualiste qui doit construire son parcours en pensant toujours en coûts et risques. Il est premier de cordée quand il réussit, "rien" quand il "échoue" et l'échec est bien sûre de sa faute. Il n'a qu'à traverser le trottoir pour trouver un travail afin de se payer un costard et une rollex avant ses 50 ans.
Dans la pensée néolibérale, l'utilité donne LE sens. Ce qui n'est guère utile au productivisme est tout simplement dénuée d'intérêt. Voilà ce que rappelle cet essai qui franchement n'apporte rien de nouveau au débat. La critique est abordée philosophiquement mais peu importe le bout par lequel on prend le néolibéralisme la conclusion est la même.
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lapetitefadette
  09 mars 2021
Lecture un peu ardue car l'auteure, professeure de philosophie use, abuse, de termes propres à son enseignement et dont le sens est parfois obscure pour les profanes dont je suis. Néanmoins, avec un peu d'effort, ce petit livre, sans apporter grand chose de très nouveau dans le débat actuel sur la conception qu'a Monsieur Macron de sa fonction, de son rôle, de ses missions et de son pouvoir, a le mérite de poser de façon synthétique comment le président de la république inscrit son mandat dans le prolongement d'une mouvance néo-libérale d'inspiration thachérienne initiée il y a une trentaine d'année, période durant laquelle le quinquennat de Français Hollande n'a été qu'une brève parenthèse. le chapitre sur les dérives de la responsabilité m'a paru des plus intéressants! Toutefois, par rapport aux interviews données par l'auteure entre autre sur France Inter et France culture, ce livre est davantage une analyse des fondements du néo-libéralisme émaillée de quelques exemples puisés dans les déclarations d' Emmanuel Macron qu'une vraie étude des propos de ce dernier.
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Tyshamila
  23 mars 2021
J'ai été assez déçue par ce livre. Au vu du titre, je pensais mieux cerner l'esprit de notre Président et avoir peut-être des révélations sur ses aspirations mais ce livre donne surtout les concepts de la politique néolibérale en nous perdant dans des notions très philosophiques.
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critiques presse (1)
LeMonde   23 février 2021
Dans son essai, la philosophe se livre à la déconstruction des concepts, appauvris, selon elle par le macronisme, grattant le vernis théorique qui recouvre ses formules-clés.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
HevalHeval   03 mars 2021
Renoncer à sa liberté, écrit Rousseau, c'est renoncer à sa qualité d'homme mais pour donner à la liberté son sens plein (celui d'un exercice et pas seulement d'une garantie formelle), il faut l'instituer. D'où - et c'est l'une des significations que l'on peut donner à la conversion existentielle requise par la conquête de la liberté civile - la critique et la démystification d'une indépendance d'autant plus factice qu'elle passe pour "naturelle" alors qu'en réalité elle est l'effet d'une imprégnation sociale et de l'intériorisation de normes extérieures. Il faut donc se défaire d'une conception faussée, illusoire, de la liberté comme satisfaction liée aux désirs et aux intérêts individuels pour accéder à sa représentation adéquate comme autonomie, soustraite à l'arbitraire des subjectivités parce qu'elle ne peut être que pensée dans son rapport à la loi.
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HevalHeval   03 mars 2021
Or c'est une pensée politique bien pauvre que celle qui, s'appuyant sur cette représentation unidirectionnelle (ascensionnelle), ignore que la dynamique démocratique est habitée par le conflit, qu'elle est vouée à l'accueillir et à l'institutionnaliser de manière interminable. Ce qui fait la vie des sociétés démocratiques, ce qui nourrit leur dynamique et leur inventivité, c'est la pluralité sans cesse renouvelée, réinventée, des débats et des oppositions, c'est l'expérience de la division par laquelle la communauté se rend sensible à elle-même. L'objectif d'une véritable démocratie n'est pas de viser la disparition des antagonismes mais de les mettre en forme et en sens, afin que puisse véritablement s'exercer la souveraineté du peuple. La démocratie est le régime où les conflits sont institutionnalisés. Faute de cette dynamique structurante, la démocratie est vidée de son sens et de sa substance. A ce titre, l'imaginaire social de la cordée qui vide la démocratie de sa substance est plus conforme à la représentation de l'entreprise qu'à celle de la société politique.
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HevalHeval   02 mars 2021
Contrairement au discours aujourd'hui dominant sur l'Etat providence (qui serait devenu obsolète et inadéquat aux nouvelles conditions économiques et politiques et à la mondialisation), celui-ci ne répondait pas à une logique de l'assistanat mais incarnait une certaine représentation du lien social et une visée de justice sociale dont il était le garant. Il était en quelque sorte "endetté" à l'égard de la communauté des citoyens, redevable de la réalisation du principe de justice sociale. Car celle-ci était un principe, un fondement et non une conséquence de la prospérité économique, comme feint de le croire l'absurde théorie (ou plutôt le mythe) du ruissellement.
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DLNDLN   31 janvier 2021
Être responsable, c'est être le coach de soi-même, être à soi-même son propre coach. "Coache toi toi-même" : tel est le nouveau mot d'ordre ...
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HevalHeval   01 mars 2021
Le pouvoir est une relation qui ne se réduit pas au strict rapport commandement/obéissance: il se joue dans un réseau de relations réciproques qui engagent la liberté des sujets ou, si l'on préfère, l'entrelacs qu'est le jeu commun des libertés.
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