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EAN : 9782021383041
144 pages
Seuil (11/10/2018)
3.56/5   8 notes
Résumé :
L’irruption de la notion de « post-vérité », désignée comme mot de l’année 2016 par le dictionnaire d’Oxford, a suscité beaucoup de commentaires journalistiques, notamment sur le phénomène des fake news, mais peu de réflexions de fond. Or, cette notion ne concerne pas seulement les liens entre politique et vérité, elle brouille la distinction essentielle du vrai et du faux, portant atteinte à notre capacité à vivre ensemble dans un monde commun.

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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Sous-titre : "Ce que la post-vérité fait à notre monde commun"

Le Larousse définit l'ère de la post-vérité comme la période où l'opinion personnelle, l'idéologie, l'émotion, la croyance l'emportent sur la réalité des faits.

La post-vérité a rendu certains riche et puissant (l'affreux Steve Bannon par exemple) et même un énergumène notoirement incompétent président de la plus grande démocratie du globe.
Les réseaux sociaux sur internet s'en servent comme d'une manne céleste, aussi bien que des journaux et magazines de qualité sont obligés de reproduire de plus en plus souvent un "fact-check" ou une vérification d'un fait passé comme un fait réel, mais en réalité bidon.

Les 2 événements majeurs dans cette regrettable évolution récente ont été le "fake news" pour influencer le résultat du référendum sur le Brexit du 23 juin 2016 et la campagne électorale agressive et mensongère, la même année, de Donald Trump.

Le lendemain du référendum, les partisans de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ont admis, par la voix de l'horrible Nigel Farage, que leur argument comme quoi la contribution britannique au budget de l'U.E. irait intégralement au service de santé publique ("National Health"), ne correspondait pas à la réalité !

Quant à Trump, au cours de sa présidence il s'est montré le champion absolu de ce nouvel art avec 30.573 mensonges et déclarations erronées ou approximatives selon un vérificateur de faits du "Washington Post".
Par une drôle ironie de sort, c'est maintenant le Donald qui s'agite depuis le 7 novembre 2020 comme la pauvre victime des menteurs qui lui ont volé sa victoire électorale.

Ce qui est grave, regrettable et inquiétant c'est que ces mauvais exemples trouvent de plus en plus de suiveurs. Il suffit de mentionner la masse de fausses informations qui ont circulé et continuent à circuler à propos du coronavirus (Covid-19).

Comme le note l'auteure : "La post-vérité laisse entrevoir la possibilité d'un régime d'indifférence à la vérité, et même l'abolition de sa valeur normative par l'effacement du partage entre vrai et faux."

La philosophe Myriam Revault d'Allonnes fait une analyse en profondeur de "l'histoire tourmentée" entre la vérité et la politique.
Une analyse largement inspirée par divers écrits de la géniale Hannah Arendt (1906-1975) et qui part de Platon, Aristote et Socrate en passant par Nicolas Machiavel et Kant à Paul Ricoeur, Michel Foucault et Maurice Merleau-Ponty.

Je présume qu'il soit inutile de préciser que cet approfondissement historico-philosophique demande de la part du lecteur une bonne dose de concentration.

L'auteure est persuadée que "lorsqu'un certain nombre d'individus en viennent à colporter des fictions comme s'il s'agissait de faits réels, la société est atteinte dans ses fondements."

La déroute actuelle du Parti républicain aux États-Unis, le "Grand Old Party" d'Abraham Lincoln (1809-1865), grâce à Trump et ses fans et leur "Big Lie" (grand mensonge) de vol électoral, illustre parfaitement cette conviction de Myriam Revault d'Allonnes.
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L'essai de M. Revault d'Allonnes promettait d'apporter une clarification décisive au sujet du régime de post-vérité qui caractérise notre situation politique contemporaine, et certes il apporte un éclairage très puissant sur ce qui arrive à la vérité depuis quelques temps, mais il laisse aussi le lecteur un peu sur sa faim quant à certains aspects du problème. Par exemple, M. Revault d'Allonnes insiste beaucoup sur l'idée qu'en régime de post-vérité, les vérités de fait sont systématiquement transformées en opinions. Or il me semble qu'il serait tout aussi important de se demander comment les opinions parviennent à devenir des faits, c'est-à-dire à se naturaliser, à passer pour des vérités, notamment grâce à la mise en oeuvre décomplexée d'une rhétorique de la vulgarité et d'une esthétique de la violence, inouïes jusqu'à une date assez récente, comme le rappelle l'auteure dans son ouvrage. Que les faits perdent de leur crédit et de leur autorité lorsqu'une idéologie parvient à les recouvrir d'un voile mensonger (exemple : le négationnisme), voilà évidemment quelque chose qui doit nous préoccuper, mais la question est aussi de savoir comment les "fake news" parviennent à se faire passer pour des vérités de fait, voire à s'institutionnaliser. TL
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Excellent essai sur la post-vérité, c'est-à-dire la primauté des affects sur la vérité dans le discours politique, la fabrication des fake new et la création d'un monde où le réel et l'imaginaire se confondent dans la formation de l'opinion. Cet ouvrage analyse les relations complexes entretenues entre la vérité et la réalité, qui ne désignent pas le même contenu. Il définit les faits réels, incontestables et pourtant déjà soumis à interprétation et apporte un éclairage sur des notions très répandues mais aux contours parfois flous, telles que l'adhésion et l'opinion. Il ne se contente pas de stigmatiser la falsification politique mais la relie à la faculté d'agir et de créer. Ainsi mensonge et capacité d'imaginer un monde meilleur seraient les deux faces, l'une toxique, l'autre bénéfique de notre imaginaire ; imaginaire tout aussi indispensable à la fonction politique et citoyenne que la capacité d'interpréter correctement les faits réels.
Cet essai facile d'accès et dynamique devrait être mis entre TOUTES les mains.
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critiques presse (1)
LaViedesIdees
30 novembre 2018
Le temps présent tend à brouiller la frontière entre le vrai et le faux. La démocratie s’en voit compromise, qui repose sur le conflit des opinions et par conséquent sur l’horizon d’une vérité commune. Mais la menace pèse tout autant, selon M. Revault d’Allones, sur l’imagination.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
L'ouvrage de Ralph Keyes (The Post-Truth Era, 2004) évoquait déjà l'apparition d'une région et d'un régime de fonctionnement imprécis, douteux, qu'il décrivait en substance de la manière suivante: autrefois, nous avions la vérité et le mensonge; maintenant nous avons la vérité, le mensonge et des énoncés qui peuvent n'être pas vrais mais dont nous estimons qu'ils sont trop insignifiants pour être qualifiés de faux. C'est ainsi qu'abondent un certain nombre d'euphémismes: nous "manions la vérité avec parcimonie", nous l'"édulcorons" ou bien nous l'"aménageons". La tromperie fait place à la pirouette. Au pire, nous admettons l'erreur ou l'exercice d'un "mauvais" jugement. Mais nous ne voulons plus accuser les autres de mensonges. Nous disons qu'ils sont dans le "déni". Le menteur a une éthique douteuse, c'est quelqu'un pour qui la vérité est momentanément "indisponible".
Voilà ce qu'est l'âge de la "post-vérité": le brouillage des frontières entre vrai et faux, honnêteté et malhonnêteté, fiction et non-fiction. D'où procède un édifice social fragile reposant sur la défiance. Lorsqu'un certain nombre d'individus en viennent à colporter des fictions comme s'il s'agissait de faits réels, la société est atteinte dans ses fondements. Et elle s'effondrerait complètement si nous présupposions à chaque instant qu'autrui est tout aussi susceptible de dire le faux que le vrai.
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Et comme rien de ce qui paraît ne se manifeste à un spectateur unique, susceptible de rassembler ou de totaliser tous les aspects du réel, la nature phénoménale de la politique interdit toute position de maîtrise et de surplomb. A cet égard, Machiavel pourrait bien être le grand éducateur: celui pour qui la "vérité effective" de la politique réside dans un entrecroisement, un entrelacs ou mieux encore une entre-appartenance qui déconstruit de facto la vision binaire de maître tout-puissant face à l'impuissance radicale des sujets. Le Prince n'est pas maître de la représentation qu'il veut offrir aux autres et que ceux-ci lui renvoient dans un jeu de miroirs nécessairement instable. Ses qualités - vraies ou supposées - sont vouée à une ambiguïté consubstantielle: offerte à la vue des hommes dans un espace d'apparition, elles sont celles que l'opinion reconnaît. C'est dire combien le pouvoir est labile et sa maîtrise instable: il requiert l'assentiment, la reconnaissance, le jugement porté sur l'image qu'il choisit de présenter. Un tel régime de vérité est irréductible aux termes de la condamnation morale. C'est face à des sujets que le Prince se constitue comme tel, c'est face au Prince que les sujets se donnent pour ce qu'ils sont. De cette relation procède, entre autres, la transformation - la transfiguration - des expériences propres à la vie publique: expériences où précisément nous sommes avec autrui (pour ou contre, peu importe) et où nous nous révélons les uns aux autres. Telle est la "vérité" du politique. A travers sa dimension phénoménale, elle reconduit à l'exercice du jugement et de l'opinion ainsi qu'aux conditions du monde commun.
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Si les sociétés démocratiques aujourd'hui (ou ce qu'il en reste) ne sont pas tant menacées par le caractère totalisant de la contrainte idéologique que par le risque d'une indifférenciation généralisée des croyances, des pratiques et des expériences, reste que le "monde" fictif qui se dessine avec l'émergence de la post-vérité travaille à la ruine de la faculté de juger, cette faculté qui nous permet à la fois de différencier et d'organiser le réel et de configurer le "commun" en partageant nos expériences sensibles.
La fiction, dans son caractère heuristique et productif, n'est pas la réalité alternative qui vient recouvrir le monde de son manteau de ténèbres instaurant, comme le disait Hegel, une nuit "où toutes les vaches sont grises". La post-vérité n'est que la figure émergente d'une pseudo-fiction impuissante, hors vérité. Loin de cette perte en monde qu'implique l’indifférence au vrai, l'imagination ne souffre pas la faiblesse du vrai et s’accommode encore moins de son abandon. Car la force du vrai, ce n'est pas seulement, comme le pensait Michel Foucault, la force des liens par lesquels les hommes s'enchaînent eux-même au pouvoir de la vérité, c'est d'abord le surplus de sens de l'expérience vive, la faculté de déranger le réel pour le rejoindre autrement. En d'autres termes, la condition que le monde soit habitable et qu'il ne se transforme pas en un désert auquel nous serions condamnés à nous adapter. Dans fragment posthume de 1888, Nietzsche écrivait: "Ce qu'il est possible de penser est sans aucun doute une fiction".
Certes, mais pas n'importe laquelle.
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La critique marxiste a souvent dénoncé les utopies comme des pathologies de la fuite en avant: loin de chercher à transformer par la praxis la réalité sociale existante, elles chercheraient à lui échapper, telles des "robinsonnades", en constituant des schémas ou des modèles irréels. Mais si l'on s'attache à leur créativité, à la pratique imaginative qui les soutient, l'essentiel n'est pas que les utopies soient ou non réalisables ni surtout de vouloir qu'elles soient réalisées. Ce ne sont pas des propositions alternatives qui voudraient se substituer à la réalité existante, au monde tel qu'il est. La fonction de l'imagination utopique consiste à ouvrir le champ des possibles non pas en opérant un saut vers l'ailleurs mais, à l'inverse, en procédant de cet excentrement pour éclairer la société existante. Le "nulle part" qui "dérange" le réel neutralise la réalité sociale pour la mettre momentanément à distance. La fonction "excentrique" de cet imaginaire social ne répond pas à l'idée d'une vérité adaequatio rei et intellectus, mais d'une vérité à faire: non pas, encore une fois, parce qu'elle doit être réalisée sous les traits projetés mais parce que la distance à l'égard de la référence de premier degré (la société telle qu'elle est) rend possible sa mise en cause et fait émerger une conscience critique.
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Videos de Myriam Revault d`Allonnes (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Myriam Revault d`Allonnes
Mazarine Pingeot vous présente l'ouvrage "Ainsi meurt la démocratie" de Chantal Delsol et Myriam Revault d'Allonnes aux éditions Mialet-Barrault dans la collection Disputatio. Entretien avec Pierre Coutelle.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2609543/chantal-delsol-ainsi-meurt-la-democratie
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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