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EAN : 9782266192316
64 pages
Éditeur : Pocket (04/06/2009)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.14/5 (sur 193 notes)
Résumé :
A son existence maudite de voyant, de voyou, de météore, Une saison en enfer semblait lancer un dernier adieu. La fête était finie. Avec les Illuminations, Rimbaud, à vingt ans, écrit le dernier acte de son " opéra fabuleux ", le plus énigmatique. En fixant ses délires et ses vertiges, il ouvre les portes de l'inconscient et de l'inconnaissable, il transfigure ses visions, invente le surréalisme, les villes du futur, prophétise l'ère atomique. Les dernières lueurs ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  21 octobre 2018
Ce recueil de poésies en prose — l'un des plus célèbres de l'un des plus célèbres représentants de la poésie française — est-il une gigantesque mystification (à tout le moins un gros, gros, gros malentendu) ? Et si tout ça c'était du flan ? Que devrions-nous en penser ?
Question : Les illuminations ont-elles été écrites par Arthur Rimbaud ? Certains poèmes (plutôt minoritaires en nombre) semblent effectivement de lui mais d'autres (la majorité en fait) semblent avoir été écrits par quelqu'un d'autre. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Eddie Breuil dans son étude troublante (et remarquable) publiée chez Honoré Champion ayant pour titre " du Nouveau chez Rimbaud ".
Le jeu de mot, certes, était facile mais ce qui me paraît intéressant, c'est qu'il semble bien que le véritable auteur principal des Illuminations soit plutôt Germain Nouveau, auteur considéré comme " mineur ". Quel effroi ! Si la légende est fausse, cela brise beaucoup de nos rêves de lecteurs ! Si l'on apprend ensuite que la sélection de poèmes et l'attribution des titres sont le fait principalement de Paul Verlaine et de l'éditeur, cela casse encore un peu plus le mythe Rimbaud. (Mais ce n'est pas la seule fois que l'histoire recolorie les vérités à sa façon, que ce soit en art comme en beaucoup d'autres disciplines…)
Les éléments qu'apporte Eddie Breuil sont selon moi très convaincants et donnent également un côté plus " prosaïque " aux poèmes (telle inspiration factuelle chez Germain Nouveau qui, assortie d'une coquille de copie ou d'un titre ad hoc de Verlaine, décuple le " pouvoir " poétique des textes.)
Bon, Ok ! D'accord ! me direz-vous, mais de tout cela on s'en fiche, le principal est que la poésie nous transporte, nous fleurisse, nous surprenne et nous rajeunisse, n'est-il pas ? Eh bien, là encore, mes pauvres amis, quel ennui pour moi, quel ennui ! Si la poésie consiste à aligner des choses absconses les unes derrière les autres, alors, oui, indubitablement, on a affaire ici à un expert. À ce compte-là, Nostradamus doit d'urgence être réhabilité comme l'un de nos plus grands poètes de tous les temps.
Or, voyez-vous, pour moi, la poésie ce n'est pas cela. Certes, qu'il y ait une part de mystère, d'indétermination, de polysémie, de message à caractère double ou triple, que sais-je, cela fait partie du contrat poétique et je l'accepte, et je l'exige même. Mais la poésie, c'est aussi, c'est surtout une musique, un agencement particulier des mots qui fait vibrer leurs sonorités les uns avec les autres, tels les instruments d'un orchestre symphonique. Et par delà la musique, c'est l'émotion suscitée qui m'intéresse dans la poésie.
C'est cette musique, cette partition que j'aime chez Corneille, chez Racine — chez Bossuet, même ! — et bien entendu chez les anciens tel Malherbe, tel Du Bellay ou chez les frais devanciers de Rimbaud : les Lamartine, les Hugo, les Baudelaire, les Verlaine. C'est encore vrai chez les suiveurs, Valéry, Apollinaire, Éluard et… (Oui, c'est bon, c'est bon, arrête ton Char !)
Or, de cette musique, ici, à mes oreilles, point. (J'ai le même problème avec Stéphane Mallarmé.) du mystère, oui, à la pelle, mais de la musique, néant, de l'émotion, néant, du plaisir, néant. Et quant au sens, des exégètes pompeux nous expliquent, conjectures et tuyaux de poêle à l'appui, que sans doute Rimbaud à voulu dire ceci, en référence à cela, par le truchement de truc et selon l'interprétation de Machin, expert en branlettes furtives les soirs de déprimes dans les sombres locaux de son université. (J'ai lu les notes de l'édition de Louis Forestier, ç'en est presque comique tellement on peut dire tout et son contraire.)
Oui, car, j'incline à me laisser convaincre par la démonstration d'Eddie Breuil. Et s'il est plus que probable qu'Arthur Rimbaud soit effectivement l'auteur d'un poème comme Vagabonds, il semble également très probable que celui qui vient juste après, à savoir le 2ème poème intitulé (par qui ?) Villes, soit du pur Germain Nouveau. Et quand lesdits exégètes vous affirment que tel et tel mot ou situation fait écho sous la plume de Rimbaud à un poème d'Une Saison en enfer, cela me fait (intérieurement) doucement rigoler.
Le titre même du recueil, qui est l'oeuvre de Verlaine et qui possède une puissance poétique phénoménale, quand on l'interprète au niveau de l'individu, perd de sa superbe si on comprend qu'il est bêtement matériel et que sa raison d'être est livrée dans le poème Phrases : « Une matinée couverte, en Juillet. Un goût de cendres vole dans l'air […] J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaines d'or d'étoile à étoile, et je danse. […] Pendant que les fonds publics s'écoulent en fêtes de fraternité, il sonne une cloche de feu rose dans les nuages. » (Et pour le coup, celui-ci pourrait bien être de Germain Nouveau…)
Toutefois, gardez bien à l'esprit que ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire pas grand-chose et que cela ne me semble pas une raison suffisante pour bouder ce recueil si vous vous sentez des appétences pour ce type d'expression poétique. Peut-être même que certaines et certains ne l'aimeront que mieux sachant qu'il s'agit d'une sorte de grand fatras, d'un ouvrage à 6 mains (au moins, 8 si l'on rajoute l'éditeur qui n'a sûrement pas compté pour rien dans la forme définitive que nous lui connaissons !). À lire, à relire ou à éviter, avec ou sans cet éclairage " Nouveau ".
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AgatheDumaurier
  26 octobre 2018
Je m'étais juré de ne pas écrire la moindre critique sur Rimbaud, mais le billet de Nastasia me fait revenir sur ma décision. J'ai ajouté des commentaires, peut-être trop et je m'en excuse, mais sans révéler la vérité vraie : comment serait-ce possible ? Il faudrait aller trop loin en Rimbaldie pour me faire comprendre, et faire comprendre les secrets que partagent les rimbaldiens.
Accéder à Rimbaud est une initiation, un voyage de toute une vie. On le commence tôt. L'adolescente littéraire est attirée par le parfum de liberté et de rébellion qui se dégage du magnifique visage immortalisé par Carjat. Puis on grandit, on relit, on étudie, on entre dans un immense univers aux couleurs bleu, vert et or, et feu et noir de l'enfer. On entend une voix, de plus en plus reconnaissable entre toutes, une voix nue et unique. Un être se matérialise, d'une présence quasi hallucinatoire. Un grand maître, un génie dont la parole se répand jusqu'aux confins de l'esprit. Rimbaud n'est pas un auteur comme les autres, c'est un compagnon de route, un ami, un confident, un amant. Il vous soutient dans les moments de souffrance, sa voix est là, à votre oreille, murmure ou cri, pour aller à l'essentiel. Il a fait toutes les expériences, il a connu toute la douleur du monde, il a cherché une langue universelle pour que l'humanité partage son cri et son murmure. Il a compris, à seize ans, l'enfermement des esprits dans la norme, la religion, la morale. Il a compris que les mots étaient les geôliers et que, pour être libre, il fallait détruire les anciens pour en réinventer de nouveaux. Il a voulu aller au-delà des perceptions normées, libérer les sens et les corps, pour concevoir un monde plus vaste, un univers immense à la mesure des possibilités de l'intelligence humaine. Il a cru avoir échoué : c'est une Saison en Enfer. En réalité, il a réussi. Ce sont les Illuminations, cette éblouissante série de visions dont le but est de faire emprunter à l'esprit des chemins de traverse, vers un horizon infini. Il faut plonger dans l'inconcevable mélange des couleurs et des sensations, des idées folles et révoltées, comme dans un bain purificateur, pour décrasser son cerveau de la grammaire habituelle du langage et du sens ordinaire des mots. C'est l'accomplissement du projet de voyance et de l'alchimie du verbe élaboré antérieurement. Dans les Illuminations, la voix de Rimbaud est la plus pure, d'une beauté surnaturelle, et elle résonne et elle danse dans mon esprit comme un autre moi-même, plus intelligente, plus lucide et plus libre.
Comment un tel miracle est-il possible ? Rimbaud est extrêmement jeune, il est extrême en tous points. Il y a cru. Il a cru qu'il changerait la vie et que le monde s'éveillerait au son de sa voix, et il a tout donné, sa santé physique, mentale. Lui, l'exceptionnel élève du lycée de Charleville, il a sacrifié son avenir, toutes ses chances d'une vie normale, d'une brillante réussite, pour son ambition poétique, métaphysique. Et il a déchanté. le monde ne s'est pas incliné devant son pouvoir et sa sagesse. le monde est indécrottable. Rimbaud a tout laissé tomber et il est parti, définitivement.
Enfin presque. Car voilà le grand secret du génie de Rimbaud. Pour nous, les rimbaldiens, Rimbaud est vivant. Comme je l'ai dit, il a tout sacrifié, et cette voix totalement authentique, sincère, libre, sans aucune possibilité de compromis ou de retraite, sans filet, sans issue, est une voix unique en littérature, douée du pouvoir d'être plus vivante qu'aucune autre-pour ceux qui parviennent à l'entendre. Ils sont assez nombreux, les rimbaldiens. Certains sont de célèbres auteurs constamment hantés (Verlaine, Claudel, les surréalistes), d'autres n'ont rien écrit mais connaissent parfaitement sa voix. Je peux placer ici cette magnifique phrase d'Yves Bonnefoy, dans son essai sur Rimbaud, et qui résume parfaitement le sentiment du rimbaldien : " c'est même lui, ce génie violent, insensé, qui pour beaucoup de ceux qui l'approchent est debout devant eux et parle."
Tel est le secret de la poésie rimbaldienne : c'est qu'elle est Rimbaud lui-même. Et nous l'aimons, lui, comme s'il était présent avec nous. Je n'éprouve cela pour aucun autre auteur.
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Nowowak
  07 mars 2020
D'un bleu céruléen, le ciel s'apprête à lancer ses poings vers les étoiles mais on doit livrer une nouvelle lune alors il hésite. le poète feuillette sa vie et se sent comme ces paysages capables de se taire mais aussi de s'ouvrir doucement pour qui a les mains douces et le cœur tendre. Les heures nonchalantes s'étirent comme des fêlures de bombardiers et traversent le ciel en vastes enclos. L'insignifiant gonfle l'être et rend invisible ce qui est visible.
Le poète aime quand les mots n'attendent rien et finissent par fondre dans la bouche et éclater en mille flocons. L'extase prend alors son élan pour atteindre le paroxysme de l'effervescence des sphères vespérales. Les anges en crue débordent d'émotions torrentielles dont on a perdu la clef. Emmêlée au soleil la mer range ses verbes pour plus tard. Aucun cérémonial pour fixer les vertiges et effleurer la pudeur gantée de blanc qui vient de mettre le couvert. L'imaginaire secoue sa tête blonde et brune parfois rousse comme ces petites boules remplies de fausse neige. C'est frais et malicieux.
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CorinneCo
  26 novembre 2013
Que ce soit pour ce recueil comme pour l'ensemble de son oeuvre, que dire sur Rimbaud ? Que dire de cette vie qui semble flamber sans retour... Toutes les études, les livres, les thèses et autres pourront-ils un jour l'approcher au plus près de l'homme, du poète, de l'écrivain, du fantasme qu'il représenta et représente sûrement encore pour certains...
René Char a écrit un très beau texte sur lui. le voici :
"Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !
Tes dix-huit ans réfractaires à l'amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu'au ronronnement d'abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d'abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l'enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.
Cet élan absurde du corps et de l'âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c'est bien là la vie d'un homme! On ne peut pas, au sortir de l'enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.
Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi."
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brigittelascombe
  30 août 2011
Lorsque je tiens ce vieux recueil écorné entre les mains ce sont des tableautins résolument modernes qui défilent sous mes yeux.
Ces historiettes en prose, hallucinatoires,sont de courts puzzles de photons imaginaires issus de l'inconscient obscur d'un Arthur enfant étouffé par sa mère qui de fugue en fugue écrit sa propre musique.
Porte ouverte au surréalisme.Rimbaud en était-il le précurseur?
En tous cas, l'insolite de Magritte joue du pinceau avec brio.
L'empire des lumières (René Magritte 1954), maison surnaturelle, aux volets presque tous clos, éclairée intérieurement de sa veillée mais plongée dans l'obscurité nocturne sous un ciel clair diurne est-il celui d'un Arthur Rimbaud qui tire sa lumière du vide crée par l'enfance effacée?
L'empire des lumières(1967 René Magritte) repris mais non achevé car laissé en suspens par la mort, resté clos sur quelque secrète parabole peint-il le monde d'un Rimbaud qui vagabonde, blesse Verlaine son amant d'un coup de révolver(Les Illuminations publiées en 1886 ont sans doute été écrites vers cet épisode là de 1873) ?
Le salon de Dieu(René Magritte 1948) avec son inversion jour est nuit tend-il des cordes à ses fenêtres pour danser d'étoile en étoile?
Le retour de flamme (René Magritte 1943) avec son Fantomas mystérieux géant surgi de la nuit qui plane au dessus de la ville est-il le circus de Rimbaud dont "les boutiques doivent contenir des drames sombres"?
Stop le délire,me voici prise d'hallucinations, c'est dire la puissance évocatrice de ces récits, ras de marées,contes,rêveries,parades,rencontres de décadants,beautés,vies paisibles,départs,châteaux,ivresses,visionsphrases,fictions,ponts qui s'effacent,ornières entre vie et mort,villes idéales,veillées-bonheur,mystiques,fêtes,angoisses....mondes inassouvis qui brillent dans la nuit aux portes de l'irréel.
Arthur Rimbaud poète français(1854 1891) après avoir écrit des poésies de forme régulière,suite aux évènements de la Commune en 1871, a crié sa propre révolte et est passé à une forme plus nouvelle et inventive dont Une saison en enfer et Illuminations font partie qui ont fait de lui, dira Mallarmé "ce passant considérable".
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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
ArimboArimbo   04 septembre 2020
Génie

Il est l'affection et le présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été — lui qui a purifié les boissons et les aliments — lui qui est le charme des lieux fuyant et le délice surhumain des stations. — Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase.
Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l'éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l'épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, — lui qui nous aime pour sa vie infinie...
Et nous nous le rappelons et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa Promesse, sonne : "Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C'est cette époque-ci qui a sombré !"
Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce pêché : car c'est fait, lui étant, et étant aimé.
Ô ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l'action.
Ô fécondité de l'esprit et immensité de l'univers !
Son corps ! Le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle !
Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite.
Son jour ! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.
Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.
Ô Lui et nous ! l'orgueil plus bienveillant que les charités perdues.
Ô monde ! — et le chant clair des malheurs nouveaux !
Il nous a connus tous et nous a tous aimés, sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, — ses souffles — son corps, — son jour.
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ArimboArimbo   04 septembre 2020
Conte

Un Prince était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels. Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain.
Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage du jardin de la beauté! Sous le sabre, elles le bénirent. Il n'en commanda point de nouvelles. − Les femmes réapparurent.
Il tua tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. − Tous le suivaient.
Il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pièces. − La foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore.
Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruauté! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.
Un soir il galopait fièrement. Un Génie apparut, d'une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe! d'un bonheur indicible, insupportable même! Le Prince et le Génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir? Ensemble donc ils moururent.
Mais ce Prince décéda, dans son palais, à un âge ordinaire. Le prince était le Génie. Le Génie était le Prince.
La musique savante manque à notre désir.
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michfredmichfred   17 avril 2015
Les Ponts
Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics ? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. - Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.
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frandjfrandj   25 août 2020
ENFANCE
Cette idole, yeux noirs et crin jaune, sans parents ni cour, plus noble que la fable, mexicaine ou flamande; son domaine, azur et verdure insolents, court sur des plages nommées, par les vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques.
A la lisière de la forêt - les fleurs de rêve tintent, éclatent, éclairent - la fille à lèvre d’orange, les genoux croisés dans le clair déluge qui sourd des prés, nudité qu’ombrent, traversent et habillent les arcs-en-ciel, la flore, la mer.

MATINEE D’IVRESSE
Ô mon Bien ! Ô mon Beau ! Fanfare atroce où je ne trébuche point ! Chevalet féerique ! Hourra pour l’œuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois !

MYSTIQUE
Sur la pente du talus, les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d’acier et d’émeraude.
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ArnaudPArnaudP   25 septembre 2011
D'un gradin d'or, - parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme bronze au soleil, - je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures.
Des pièces d'or jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme d'émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau.
Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de mabre la foule des jeunes et de fortes roses.

- Fleurs -
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