AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782266192316
64 pages
Éditeur : Pocket (04/06/2009)
  Existe en édition audio
4.14/5   196 notes
Résumé :
A son existence maudite de voyant, de voyou, de météore, Une saison en enfer semblait lancer un dernier adieu. La fête était finie. Avec les Illuminations, Rimbaud, à vingt ans, écrit le dernier acte de son " opéra fabuleux ", le plus énigmatique. En fixant ses délires et ses vertiges, il ouvre les portes de l'inconscient et de l'inconnaissable, il transfigure ses visions, invente le surréalisme, les villes du futur, prophétise l'ère atomique. Les dernières lueurs ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
4,14

sur 196 notes
5
7 avis
4
3 avis
3
3 avis
2
1 avis
1
1 avis

Nastasia-B
  21 octobre 2018
Ce recueil de poésies en prose — l'un des plus célèbres de l'un des plus célèbres représentants de la poésie française — est-il une gigantesque mystification (à tout le moins un gros, gros, gros malentendu) ? Et si tout ça c'était du flan ? Que devrions-nous en penser ?
Question : Les illuminations ont-elles été écrites par Arthur Rimbaud ? Certains poèmes (plutôt minoritaires en nombre) semblent effectivement de lui mais d'autres (la majorité en fait) semblent avoir été écrits par quelqu'un d'autre. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Eddie Breuil dans son étude troublante (et remarquable) publiée chez Honoré Champion ayant pour titre " du Nouveau chez Rimbaud ".
Le jeu de mot, certes, était facile mais ce qui me paraît intéressant, c'est qu'il semble bien que le véritable auteur principal des Illuminations soit plutôt Germain Nouveau, auteur considéré comme " mineur ". Quel effroi ! Si la légende est fausse, cela brise beaucoup de nos rêves de lecteurs ! Si l'on apprend ensuite que la sélection de poèmes et l'attribution des titres sont le fait principalement de Paul Verlaine et de l'éditeur, cela casse encore un peu plus le mythe Rimbaud. (Mais ce n'est pas la seule fois que l'histoire recolorie les vérités à sa façon, que ce soit en art comme en beaucoup d'autres disciplines…)
Les éléments qu'apporte Eddie Breuil sont selon moi très convaincants et donnent également un côté plus " prosaïque " aux poèmes (telle inspiration factuelle chez Germain Nouveau qui, assortie d'une coquille de copie ou d'un titre ad hoc de Verlaine, décuple le " pouvoir " poétique des textes.)
Bon, Ok ! D'accord ! me direz-vous, mais de tout cela on s'en fiche, le principal est que la poésie nous transporte, nous fleurisse, nous surprenne et nous rajeunisse, n'est-il pas ? Eh bien, là encore, mes pauvres amis, quel ennui pour moi, quel ennui ! Si la poésie consiste à aligner des choses absconses les unes derrière les autres, alors, oui, indubitablement, on a affaire ici à un expert. À ce compte-là, Nostradamus doit d'urgence être réhabilité comme l'un de nos plus grands poètes de tous les temps.
Or, voyez-vous, pour moi, la poésie ce n'est pas cela. Certes, qu'il y ait une part de mystère, d'indétermination, de polysémie, de message à caractère double ou triple, que sais-je, cela fait partie du contrat poétique et je l'accepte, et je l'exige même. Mais la poésie, c'est aussi, c'est surtout une musique, un agencement particulier des mots qui fait vibrer leurs sonorités les uns avec les autres, tels les instruments d'un orchestre symphonique. Et par delà la musique, c'est l'émotion suscitée qui m'intéresse dans la poésie.
C'est cette musique, cette partition que j'aime chez Corneille, chez Racine — chez Bossuet, même ! — et bien entendu chez les anciens tel Malherbe, tel Du Bellay ou chez les frais devanciers de Rimbaud : les Lamartine, les Hugo, les Baudelaire, les Verlaine. C'est encore vrai chez les suiveurs, Valéry, Apollinaire, Éluard et… (Oui, c'est bon, c'est bon, arrête ton Char !)
Or, de cette musique, ici, à mes oreilles, point. (J'ai le même problème avec Stéphane Mallarmé.) du mystère, oui, à la pelle, mais de la musique, néant, de l'émotion, néant, du plaisir, néant. Et quant au sens, des exégètes pompeux nous expliquent, conjectures et tuyaux de poêle à l'appui, que sans doute Rimbaud à voulu dire ceci, en référence à cela, par le truchement de truc et selon l'interprétation de Machin, expert en branlettes furtives les soirs de déprimes dans les sombres locaux de son université. (J'ai lu les notes de l'édition de Louis Forestier, ç'en est presque comique tellement on peut dire tout et son contraire.)
Oui, car, j'incline à me laisser convaincre par la démonstration d'Eddie Breuil. Et s'il est plus que probable qu'Arthur Rimbaud soit effectivement l'auteur d'un poème comme Vagabonds, il semble également très probable que celui qui vient juste après, à savoir le 2ème poème intitulé (par qui ?) Villes, soit du pur Germain Nouveau. Et quand lesdits exégètes vous affirment que tel et tel mot ou situation fait écho sous la plume de Rimbaud à un poème d'Une Saison en enfer, cela me fait (intérieurement) doucement rigoler.
Le titre même du recueil, qui est l'oeuvre de Verlaine et qui possède une puissance poétique phénoménale, quand on l'interprète au niveau de l'individu, perd de sa superbe si on comprend qu'il est bêtement matériel et que sa raison d'être est livrée dans le poème Phrases : « Une matinée couverte, en Juillet. Un goût de cendres vole dans l'air […] J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaines d'or d'étoile à étoile, et je danse. […] Pendant que les fonds publics s'écoulent en fêtes de fraternité, il sonne une cloche de feu rose dans les nuages. » (Et pour le coup, celui-ci pourrait bien être de Germain Nouveau…)
Toutefois, gardez bien à l'esprit que ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire pas grand-chose et que cela ne me semble pas une raison suffisante pour bouder ce recueil si vous vous sentez des appétences pour ce type d'expression poétique. Peut-être même que certaines et certains ne l'aimeront que mieux sachant qu'il s'agit d'une sorte de grand fatras, d'un ouvrage à 6 mains (au moins, 8 si l'on rajoute l'éditeur qui n'a sûrement pas compté pour rien dans la forme définitive que nous lui connaissons !). À lire, à relire ou à éviter, avec ou sans cet éclairage " Nouveau ".
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          8623
AgatheDumaurier
  26 octobre 2018
Je m'étais juré de ne pas écrire la moindre critique sur Rimbaud, mais le billet de Nastasia me fait revenir sur ma décision. J'ai ajouté des commentaires, peut-être trop et je m'en excuse, mais sans révéler la vérité vraie : comment serait-ce possible ? Il faudrait aller trop loin en Rimbaldie pour me faire comprendre, et faire comprendre les secrets que partagent les rimbaldiens.
Accéder à Rimbaud est une initiation, un voyage de toute une vie. On le commence tôt. L'adolescente littéraire est attirée par le parfum de liberté et de rébellion qui se dégage du magnifique visage immortalisé par Carjat. Puis on grandit, on relit, on étudie, on entre dans un immense univers aux couleurs bleu, vert et or, et feu et noir de l'enfer. On entend une voix, de plus en plus reconnaissable entre toutes, une voix nue et unique. Un être se matérialise, d'une présence quasi hallucinatoire. Un grand maître, un génie dont la parole se répand jusqu'aux confins de l'esprit. Rimbaud n'est pas un auteur comme les autres, c'est un compagnon de route, un ami, un confident, un amant. Il vous soutient dans les moments de souffrance, sa voix est là, à votre oreille, murmure ou cri, pour aller à l'essentiel. Il a fait toutes les expériences, il a connu toute la douleur du monde, il a cherché une langue universelle pour que l'humanité partage son cri et son murmure. Il a compris, à seize ans, l'enfermement des esprits dans la norme, la religion, la morale. Il a compris que les mots étaient les geôliers et que, pour être libre, il fallait détruire les anciens pour en réinventer de nouveaux. Il a voulu aller au-delà des perceptions normées, libérer les sens et les corps, pour concevoir un monde plus vaste, un univers immense à la mesure des possibilités de l'intelligence humaine. Il a cru avoir échoué : c'est une Saison en Enfer. En réalité, il a réussi. Ce sont les Illuminations, cette éblouissante série de visions dont le but est de faire emprunter à l'esprit des chemins de traverse, vers un horizon infini. Il faut plonger dans l'inconcevable mélange des couleurs et des sensations, des idées folles et révoltées, comme dans un bain purificateur, pour décrasser son cerveau de la grammaire habituelle du langage et du sens ordinaire des mots. C'est l'accomplissement du projet de voyance et de l'alchimie du verbe élaboré antérieurement. Dans les Illuminations, la voix de Rimbaud est la plus pure, d'une beauté surnaturelle, et elle résonne et elle danse dans mon esprit comme un autre moi-même, plus intelligente, plus lucide et plus libre.
Comment un tel miracle est-il possible ? Rimbaud est extrêmement jeune, il est extrême en tous points. Il y a cru. Il a cru qu'il changerait la vie et que le monde s'éveillerait au son de sa voix, et il a tout donné, sa santé physique, mentale. Lui, l'exceptionnel élève du lycée de Charleville, il a sacrifié son avenir, toutes ses chances d'une vie normale, d'une brillante réussite, pour son ambition poétique, métaphysique. Et il a déchanté. le monde ne s'est pas incliné devant son pouvoir et sa sagesse. le monde est indécrottable. Rimbaud a tout laissé tomber et il est parti, définitivement.
Enfin presque. Car voilà le grand secret du génie de Rimbaud. Pour nous, les rimbaldiens, Rimbaud est vivant. Comme je l'ai dit, il a tout sacrifié, et cette voix totalement authentique, sincère, libre, sans aucune possibilité de compromis ou de retraite, sans filet, sans issue, est une voix unique en littérature, douée du pouvoir d'être plus vivante qu'aucune autre-pour ceux qui parviennent à l'entendre. Ils sont assez nombreux, les rimbaldiens. Certains sont de célèbres auteurs constamment hantés (Verlaine, Claudel, les surréalistes), d'autres n'ont rien écrit mais connaissent parfaitement sa voix. Je peux placer ici cette magnifique phrase d'Yves Bonnefoy, dans son essai sur Rimbaud, et qui résume parfaitement le sentiment du rimbaldien : " c'est même lui, ce génie violent, insensé, qui pour beaucoup de ceux qui l'approchent est debout devant eux et parle."
Tel est le secret de la poésie rimbaldienne : c'est qu'elle est Rimbaud lui-même. Et nous l'aimons, lui, comme s'il était présent avec nous. Je n'éprouve cela pour aucun autre auteur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          5628
Nowowak
  07 mars 2020
D'un bleu céruléen, le ciel s'apprête à lancer ses poings vers les étoiles mais on doit livrer une nouvelle lune alors il hésite. le poète feuillette sa vie et se sent comme ces paysages capables de se taire mais aussi de s'ouvrir doucement pour qui a les mains douces et le cœur tendre. Les heures nonchalantes s'étirent comme des fêlures de bombardiers et traversent le ciel en vastes enclos. L'insignifiant gonfle l'être et rend invisible ce qui est visible.
Le poète aime quand les mots n'attendent rien et finissent par fondre dans la bouche et éclater en mille flocons. L'extase prend alors son élan pour atteindre le paroxysme de l'effervescence des sphères vespérales. Les anges en crue débordent d'émotions torrentielles dont on a perdu la clef. Emmêlée au soleil la mer range ses verbes pour plus tard. Aucun cérémonial pour fixer les vertiges et effleurer la pudeur gantée de blanc qui vient de mettre le couvert. L'imaginaire secoue sa tête blonde et brune parfois rousse comme ces petites boules remplies de fausse neige. C'est frais et malicieux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          556
Arimbo
  23 janvier 2021
Les illuminations
Les Illuminations sont devenues au fil du temps mon oeuvre préférée de Rimbaud et sans nul doute, de toute la poésie.
Et pourtant, quand j'étais adolescent ce sont, comme pour beaucoup, je crois, les premiers poèmes pleins de cette extraordinaire fraicheur juvénile : Sensation, Première soirée, Roman, Ma bohème, Au Cabaret Vert, ...et les saisissants Ophélie, le Dormeur du Val, qui m'ont d'abord attiré. Puis ce fut la révélation de ce texte halluciné et plein de feu qu'est Une Saison en Enfer.
Le recueil Les illuminations me paraissait alors plus difficile, plus obscur, sauf quelques poèmes comme le merveilleux texte Aube.
Mais, avec le temps, j'ai apprivoisé ce monde magique et ses énigmes. Maintenant, il m'accompagne quasi quotidiennement. Et donc, chère lectrice ou lecteur de ma petite critique, si tu n'as pas lu ce recueil, ou si tu as été rebuté par une première lecture, mon but est de te dire: il faut que tu t'accroches, une merveille t'attend, mais elle se mérite.
Dans ce cheminement vers la beauté, la lecture des ouvrages de références, ceux de Bruno Claisse, Pierre Brunel, Antoine Fongaro, Michel Murat, celle du site internet remarquable d'Alain Bardel, m'ont beaucoup aidé et accompagné.
Mais c'est surtout la mémorisation de la quasi totalité de ces poèmes, appris par coeur un par un, et leur déclamation à haute voix, qui m'a fait saisir le miracle de leur construction, pour certains, leur puissance évocatrice, et pour d'autres leur profondeur philosophique.
Apprendre un poème des Illuminations et le déclamer, c'est gravir progressivement une montagne. Au début du chemin, vous n'êtes qu'enfermé entre quelques arbres, et puis bientôt voilà que des petites rivières, des prairies semées d'animaux, des villages s'offrent à votre vue, Et puis, chemin faisant, de plus en plus de beaux points de vue apparaissent. Et enfin, arrivé au sommet, c'est un immense paysage avec son infinité de beautés que vous contemplez, et vous ne vous lassez pas de toutes ces vues.
Et chaque fois que vous récitez ce poème, ces vues changeront selon votre humeur et le temps qui aura passé. Et vous pourrez dire comme ce cher Arthur : « Je sais aujourd'hui saluer la beauté. »
Quelle étrange histoire que celle de ce recueil. En 1875, Rimbaud remet à Verlaine un ensemble de feuilles numérotées de 1 à 24, et quelques unes non paginées. Puis, bien plus tard, en 1895, on retrouvera 5 autres poèmes. En 1886, c'est à l'initiative de Verlaine que sont publiés, avec les dernières oeuvres en vers du poète, 41 des 48 poèmes, avec un titre donné par Verlaine, et un sous-titre « Painted Plates »(Gravures Colorées). On ne sait pas si c'était l'idée du titre était de Rimbaud, celui-ci s'étant volontairement retiré de l'activité poétique depuis 1875. D'ailleurs, les poèmes furent publiés sans lui avoir demandé son avis!
Une des grandes originalités de l'écriture poétique des Illuminations, si elle est comparée aux Poèmes en Prose du Maître Baudelaire, c'est la grande diversité des formes employées, et la construction résolument « moderne », fondatrice de ce que sera la poésie du 20ème siècle. Alors que chez Baudelaire, c'est le récit poétique qui prédomine largement, Rimbaud va déployer de multiples formes : le récit en prose de Vagabonds, Ouvriers, tous ceux des Villes, par exemple, la description poétique de Ponts, Fleurs, Mystique, Ornières, mais surtout les poèmes alinéaires, avec des reprises et des parallélismes, comme Métropolitain, Barbare, Conte, Génie, Soir historique, Nocturne, Aube etc.., ceux utilisant systématiquement l'anaphore comme Dévotion, Enfance III et IV, Solde,…aussi des ruptures du discours, utilisant l'asyndète, dont Angoisse est le plus bel exemple.
Et enfin, le vers libre dont Rimbaud est le créateur, dans les deux poèmes Marine et Mouvement.
Il y a aussi chez Rimbaud, des essais formels très remarquables tel celui de créer des poèmes très courts, dans le merveilleux Phrases, comme celui-ci, « J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, des guirlandes de fenêtre à fenêtre, des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse » avec une scansion extraordinaire et surtout les deux derniers mots lancés comme un cri. Un poème magnifiquement mis en musique par Britten, et les deux derniers mots chantés dans un suraigu vertigineux.
Une autre caractéristique de ces poèmes, c'est leur variations de rythme, tantôt doux et calme comme dans Antique, Fleurs, Les Ponts, Mystique, tantôt et c'est très souvent le cas, leur rythme ardent, énergique, quasi explosif, impérieux, impulsif, leur caractère scandé, si caractéristique du tempérament de Rimbaud, et souligné par Aragon, Char, Eluard, Valéry et tant d'autres.
Et puis il y a leur musicalité que l'on apprécie en déclamant à haute voix, dont un exemple emblématique est le poème Antique et ses incroyables sonorités, allitérations, mais on retrouve cela dans bien d'autres… .
Mais surtout, il faut le dire haut et fort, Rimbaud forge ici de la façon la plus complète et la plus aboutie ce nouveau langage poétique qu'il théorisait déjà alors qu'il avait à peine 17 ans dans sa célèbre lettre à Paul Demeny.
C'est-à-dire une poétique dans lequel le langage ne soit pas un langage de communication, mais soit centré sur le message esthétique, joue sur son propre code, en quelque sorte soit à l'état pur la 6ème fonction du langage de Jakobson, la fonction poétique.
Cette approche qui diffère complètement de l'approche des poètes romantiques ou parnassiens, est celle que l'on trouve chez Lautréamont, Mallarmé, et presque tous les poètes du 20 ème siècle.
Cela implique que le sens ne s'offre pas de façon immédiate, mais que les mots soient employés pour les sons qu'ils provoquent, les images qu'ils évoquent, leurs correspondances, leurs multiple sens etc..
Et donc, bien entendu, ce n'est pas accessible au lecteur ou à la lectrice distrait(e), ou à ceux qui recherchent les mots doux, les belles images,.
Mais cependant, chez Rimbaud, à la différence de Mallarmé, et c'est en quelque sorte pour lui une contradiction insoluble, une impasse, cet hermétisme du langage va de pair avec une volonté de changer la vie, une lutte contre le conformisme, qui transparait, pour peu que l'on prenne le temps de bien les lire, dans de nombreux poèmes : Après le Déluge, Départ, Génie, Barbare, Soir historique, pour n'en citer que quelque uns.
Classer ces poèmes et dégager une structure à ce recueil n'est pas simple.
Les plus simples à définir sont :
- d'une part les merveilleuses descriptions quasi picturales, impressionnistes, qui méritent le qualificatif de « painted plates » donné par Verlaine : le merveilleux poème Les Ponts, un paysage où Rimbaud va glisser des connotations colorées et musicales, les poèmes Fleurs, Mystique, Marine, Ornières
- d'autre part les récits à connotation autobiographique plus ou moins explicite, dont les poèmes d'Enfance, Vagabonds, Ouvriers, Vies, le magnifique Départ, qui donne en quelques phrases cet impérieux appel vers l'aventure, Angoisse, encore un superbe poème, cette fois de la lutte contre « cette chienne de vie », et aussi certains avec une signification érotique cryptée tels Bottom, Dévotion.
Pour le reste, je tente ici un classement personnel, bien critiquable sans doute.
D'abord les poèmes dans lesquels Rimbaud évoque à nouveau son projet poétique et sa recherche de l'absolu, certains désabusés, avouant l'échec de l'entreprise, tels Conte, poème d'une incroyable beauté formelle, et rempli d'un jeu d'oxymores, et sur le temps des verbes absolument époustouflant, ou le magnifique Solde, qui est considéré actuellement comme le dernier du recueil. Mais il y en a toujours d'autres proposant à nouveau le but « prométhéen », tels Soir Historique ou Jeunesse. Chez Rimbaud, cet impulsif toujours en mouvement, on trouve, depuis le Bateau Ivre, la volonté impérieuse d'aller vers le large, et le retour désabusé au port.
Il y a ceux d''orientation philosophique, ou politique, celui qui est le prologue du recueil : , Après le déluge, qui évoque l'échec de la Commune mais l'espoir d‘un printemps, révolutionnaire, et un des derniers, Génie qui célèbre le génie de l'humanité débarrassée des vieilles croyances. Mais ce sont aussi tous les textes très critiques de la modernité, la fièvre des explorations dans Mouvement, et tous ces poèmes qui mettent en avant la misère des villes. (Ville, Villes, Métropolitain).
Enfin, et ce sont peut-être les plus beaux, les poèmes oniriques voire apocalyptiques : le célébrissime Aube, Antique, avec sa fin à la signification érotique, Being Beautous, dont le sens érotique n'échappe pas non plus à un lecteur un peu attentif, aussi Nocturne Vulgaire, Matinée d'ivresse, et enfin, Barbare, pour moi le plus beau par sa construction et sa puissance évocatrice.
En conclusion, ce (trop) long commentaire n'atteindra sans doute pas son but, mais tant pis, j'aurais essayé.
Chère lectrice, cher lecteur, retenez au moins cette invite du grand poète Yves Bonnefoy : « il faut absolument lire Arthur Rimbaud », et j'espère que vous y trouverez, comme moi, grâce à lui, un émerveillement de chaque jour.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          206
CorinneCo
  26 novembre 2013
Que ce soit pour ce recueil comme pour l'ensemble de son oeuvre, que dire sur Rimbaud ? Que dire de cette vie qui semble flamber sans retour... Toutes les études, les livres, les thèses et autres pourront-ils un jour l'approcher au plus près de l'homme, du poète, de l'écrivain, du fantasme qu'il représenta et représente sûrement encore pour certains...
René Char a écrit un très beau texte sur lui. le voici :
"Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !
Tes dix-huit ans réfractaires à l'amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu'au ronronnement d'abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d'abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l'enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.
Cet élan absurde du corps et de l'âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c'est bien là la vie d'un homme! On ne peut pas, au sortir de l'enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.
Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          243


critiques presse (1)
LeMonde   25 juin 2021
L'auteur des « Illuminations » continue de fasciner, pour le meilleur comme pour le pire.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (98) Voir plus Ajouter une citation
ArimboArimbo   04 septembre 2020
Génie

Il est l'affection et le présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été — lui qui a purifié les boissons et les aliments — lui qui est le charme des lieux fuyant et le délice surhumain des stations. — Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase.
Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l'éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l'épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, — lui qui nous aime pour sa vie infinie...
Et nous nous le rappelons et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa Promesse, sonne : "Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C'est cette époque-ci qui a sombré !"
Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce pêché : car c'est fait, lui étant, et étant aimé.
Ô ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l'action.
Ô fécondité de l'esprit et immensité de l'univers !
Son corps ! Le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle !
Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite.
Son jour ! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.
Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.
Ô Lui et nous ! l'orgueil plus bienveillant que les charités perdues.
Ô monde ! — et le chant clair des malheurs nouveaux !
Il nous a connus tous et nous a tous aimés, sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, — ses souffles — son corps, — son jour.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          46
michfredmichfred   17 avril 2015
Les Ponts
Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics ? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. - Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
ArimboArimbo   04 septembre 2020
Conte

Un Prince était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels. Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain.
Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage du jardin de la beauté! Sous le sabre, elles le bénirent. Il n'en commanda point de nouvelles. − Les femmes réapparurent.
Il tua tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. − Tous le suivaient.
Il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pièces. − La foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore.
Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruauté! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.
Un soir il galopait fièrement. Un Génie apparut, d'une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe! d'un bonheur indicible, insupportable même! Le Prince et le Génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir? Ensemble donc ils moururent.
Mais ce Prince décéda, dans son palais, à un âge ordinaire. Le prince était le Génie. Le Génie était le Prince.
La musique savante manque à notre désir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
ArimboArimbo   13 février 2021
Ô les énormes avenues du pays saint, les terrasses du temple ! Qu'a-t-on fait du brahmane qui m'expliqua les Proverbes ? D'alors, de là-bas, je vois encore même les vieilles ! Je me souviens des heures d'argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon épaule, et de nos caresses debout dans les plaines poivrées. — Un envol de pigeons écarlates tonne autour de ma pensée — Exilé ici, j'ai eu une scène où jouer les chefs-d'œuvre dramatiques de toutes les littératures. Je vous indiquerais les richesses inouïes. J'observe l'histoire des trésors que vous trouvâtes. Je vois la suite ! Ma sagesse est aussi dédaignée que le chaos. Qu'est mon néant, auprès de la stupeur qui vous attend ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
ArimboArimbo   23 janvier 2021
Aussitôt que l'idée du Déluge se fut rassise,
Un lièvre s'arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes et dit sa prière à l'arc-en-ciel à travers la toile de l'araignée.
Oh ! les pierres précieuses qui se cachaient, − les fleurs qui regardaient déjà.
Dans la grande rue sale les étals se dressèrent, et l'on tira les barques vers la mer étagée là-haut comme sur les gravures.
Le sang coula, chez Barbe-Bleue, − aux abattoirs, − dans les cirques, où le sceau de Dieu blêmit les fenêtres. Le sang et le lait coulèrent.
Les castors bâtirent. Les "mazagrans" fumèrent dans les estaminets.
Dans la grande maison de vitres encore ruisselante les enfants en deuil regardèrent les merveilleuses images.
Une porte claqua, et sur la place du hameau, l'enfant tourna ses bras, compris des girouettes et des coqs des clochers de partout, sous l'éclatante giboulée.
Madame*** établit un piano dans les Alpes. La messe et les premières communions se célébrèrent aux cent mille autels de la cathédrale.
Les caravanes partirent. Et le Splendide-Hôtel fut bâti dans le chaos de glaces et de nuit du pôle.
Depuis lors, la Lune entendit les chacals piaulant par les déserts de thym, − et les églogues en sabots grognant dans le verger. Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c'était le printemps.
− Sourds, étang, − Écume, roule sur le pont, et par dessus les bois; − draps noirs et orgues, − éclairs et tonnerres − montez et roulez; − Eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges.
Car depuis qu'ils se sont dissipés, − oh les pierres précieuses s'enfouissant, et les fleurs ouvertes ! − c'est un ennui ! et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu'elle sait, et que nous ignorons.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Arthur Rimbaud (149) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Arthur Rimbaud
Alors que vient de sortir son dix-huitième album, “Géographie du vide”, et avant d'entamer en janvier une tournée qui durera deux ans, le poète-rockeur nous a accordé une longue interview. Dans laquelle il donne, avec pudeur et retenue, les clés de son art et de son parcours.
On le sait depuis L'ascenseur de 22h43 (1978) et Alligators 427 (1979) ou encore Défloration 13 (2001) : ses chansons et titres d'albums sont aussi une affaire de chiffres . « Ce nouvel album est le dix-huitième. Ça aurait été bien que, par élégance, je m'arrête au dix-septième puisque je chantais sur mon premier disque : “Le fou a chanté dix-sept fois” », s'amuse-t-il.
À 73 ans, Hubert-Félix Thiéfaine vient de publier en octobre Géographie du vide. Et s'apprête, à partir de janvier, à célébrer sur scène ses cinquante années de carrière par une tournée « unplugged » des petites salles, en formation réduite, qui le mènera à travers toute la France. En attendant 2023 et une tournée « replugged » dans les Zénith, entouré de huit musiciens…
Qu'est-ce qui fait chanter le timide et discret poète-rockeur de Dole (Jura) ? Toujours traversé par le doute et le rêve, il se livre dans le long entretien qu'il nous a accordé. Parmi les sujets abordés, à chaque fois avec pudeur et retenue mais qui en disent long sur son parcours et son art : l'influence de son fils guitariste Lucas, la mélancolie, son enfance dans un milieu ouvrier catholique pratiquant, l'école où il s'ennuyait, la poésie de Rimbaud et de François Villon, le rock de Johnny Hallyday et la new wave, la lumière filtrant dans un vitrail au petit matin…
Retrouvez l'intégralité de l'entretien ici : https://www.telerama.fr/musique/hubert-felix-thiefaine-je-voulais-devenir-pape-et-puis-j-ai-decouvert-les-yeyes-7004886.php
Vous avez aimé cette vidéo ? Abonnez-vous à notre chaîne YouTube : https://www.youtube.com/channel/¤££¤29De Rimbaud15¤££¤4fHZHvJdM38HA?sub_confirmation=1
Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux ! Facebook : https://www.facebook.com/Telerama Instagram : https://www.instagram.com/telerama Twitter : https://twitter.com/Telerama
+ Lire la suite
autres livres classés : poésieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Rimbaud

Quel est son prénom ?

Charles
Arthur
Paul
Alphonse

10 questions
347 lecteurs ont répondu
Thème : Arthur RimbaudCréer un quiz sur ce livre

.. ..