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Henri Robillot (Autre)
EAN : 9782070374229
320 pages
Gallimard (17/11/1982)
3.55/5   120 notes
Résumé :
David Kepesh, jeune professeur (très doué) de littérature comparée, est resté un étudiant (tout aussi doué) en érotisme comparé. Sa devise est celle de Byron : « Studieux le jour et la nuit licencieux. » Son étude approfondie du désir passe d'abord par des jeux scabreux avev Bettan et Birgitta, jeunes Suédoises aventureuses, puis le plonge dans l'exotisme et la passion avec Helen, belle, mystérieuse, insaisissable. Il épouse son héroïne mais se retrouve perdu dans l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Après le sein, c'est le second de ses trois romans du « cycle David Kepesh », dont j'ai déjà commenté le dernier, La bête qui meurt.

Dans ce roman, Roth nous montre cette facette de sa création romanesque où les relations sentimentales ainsi que le sexe jouent beaucoup d'importance; ainsi en est il aussi, dans ce que j'ai lu, de la bête qui meurt ou de la complainte de Portnoy.

J'y retrouve un David Kepesh différent de celui que que j'avais suivi dans La bête qui meurt, qui était un universitaire new-yorkais, sexagénaire et célibataire endurci après un mariage raté, adepte des liaisons éphémères avec des jeunes filles, le plus souvent ses élèves, jusqu'à ce qu'il rencontre la voluptueuse Consuela qui le fera chavirer.
Ici, ce David Kepesh est aussi un universitaire, professeur de littérature comparée, mais plus jeune, environ trente-cinq ans, qui nous raconte, après son enfance avec des parents juifs tenant avec énergie (surtout sa mère) les rênes d'un hôtel de montagne, le Hungarian Royale, le fil de ses aventures sentimentales et sexuelles.

On va le trouver d'abord en étudiant en stage d'une année à Londres, où il mène une vie de recherche effrénée de toutes les options du « plaisir charnel » avec deux ravissantes étudiantes suédoises, Elisabeth la blonde et surtout la plus que délurée brune Brigitta qui le plaque quand il lui annonce qu'il retourne aux États-Unis après son année d'études.

Puis c'est la liaison avec Helen, une femme très belle mais étrange et insaisissable, obsédée par le souvenir de son aventure passée à Hong-Kong avec un homme marié, avec laquelle la relation est faite de conflits et qui le fera souffrir, avec laquelle il fera la bêtise de se marier, pour divorcer trois ans après.

Après une traversée du désert, marquée par la perte du désir et l'impuissance, et malgré une thérapie psychanalytique avec l'inénarrable Docteur Klinger, David renaît enfin avec Claire, une jeune femme de vingt-cinq ans, belle, intelligente, sensuelle et surtout pas compliquée du tout.
Mais David est il fait pour un bonheur tranquille, …et avec cette fois l'assentiment de son vieux père? Rien n'est moins sûr, car le roman se termine sur un David qui ne croit pas en lui, qui s'imagine incapable de vivre plus d'un an avec Claire, qui est tiraillé entre la perpective d'un bonheur conjugal tout simple et celle de nouvelles aventures, et qui nous abandonne avec cette question ouverte.

Cette histoire de ce Professeur de désir inassouvi, pourrait paraître bien banale, mais elle est formidablement racontée et agrémentée de toute une série d'épisodes, parfois profonds et émouvants tels la visite à Prague dans les pas de Franz Kafka, ou encore le récit de la vie concentrationnaire fait par l'ami de son père, et parfois loufoques comme son intention de consacrer son premier trimestre d'enseignement à l'analyse du récit de sa vie sentimentale et sexuelle, ou plus encore le rêve de la rencontre avec la putain de Kafka, ou la thérapie avec le psychanalyste perpétuellement interrompue par des coups de fils, ou enfin les dons d'imitation de l'animateur de l'Hôtel de ses parents, capable d'imiter tous les bruits que produit la clientèle dans les WC!

Et puis le désarroi, les hésitations, l'intranquillité de ce David Kepesh, brillant professeur mais affectivement immature, sont plutôt touchants et je me suis demandé quelle part autobiographique l'auteur y avait mis.

En conclusion, un roman de Philip Roth qui n'est pas, bien entendu au niveau de ses chefs-d'oeuvre, comme le sont par exemple La tâche, le complot contre l'Amérique, La contrevie ou encore Némésis, son dernier roman, mais que j'ai trouvé néanmoins surprenant et original
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David Kepesh, qu'on connaît dès son enfance au début du livre, nous raconte ses amours et désirs, de ses années d'étudiant à celles où il devient professeur de littérature comparée. Lecteur de Tchékhov, de Kafka, de Colette, il mène ses recherches universitaires et littéraires sans les dissocier de sa vie amoureuse : parti pour vivre une histoire avec Elisabeth Elverskog, une Suédoise, il rencontre une de ses amies, Birgitta, la délurée, la perverse, jeune femme très portée sur le sexe là où Elisabeth est plutôt chaste. Il les abandonne toutes deux, l'une ayant tenté de se suicider et l'autre étant prête à le suivre aux USA où il doit retourner. L'aventure sexuelle n'est pas l'amour...

Après ces aventures, il va rencontrer sa première femme, Helen, et il sait dès le départ que leur caractère les oppose, mais ils se marient quand même et, dès cet instant, c'est la descente aux enfers, les disputes incessantes, les désaccords pour des toasts, des lettres non postée, le quotidien usant et terne : Helen met en avant le fait qu'elle aurait pu vivre une autre vie avec un homme riche, Jimmy, qu'elle a quitté quand il proposait de se débarrasser de son épouse. Culpabilité, reproches... Ils se séparent enfin, David est en miettes, privé de son désir, dans une dépression qu'il tente de soigner sur le divan.

Beaucoup plus lucide sur l'amour et le désir, il rencontre finalement Claire, de dix ans sa cadette. Son recul lui fait voir dès le début que cette passion mourra un jour, très vite, bientôt, et chaque instant vécu porte le poids de cette fatalité contre laquelle il lutte pourtant. David sait, il l'a appris, que son désir est volatile, qu'une fois posé, il cherche ailleurs... Pourtant, Claire est la femme parfaite : toutes ses qualités ne vont-elles pas devenir des fardeaux pour lui?

L'angoisse, l'anticipation gâchent déjà le présent,elles bannissent aussi les instants de bonheur.

Et puis, il y a cette famille juive dont il est issu, la peur de la mort des parents, la perte inévitable qu'il éprouve déjà à la mort de sa mère. Les dernières lignes sont très belles, parce qu'on comprend que ce désir auquel il s'attache comme un fou est une manière de repousser l'angoisse de la disparition de ceux qu'il aime.


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"Studieux le jour et la nuit dissolu", c'est en mettant en pratique ce dicton de Byron que le jeune David Kepesh fait ses premiers pas à l'école du désir et à celle de la littérature.
Etudiant, il se fourvoie joyeusement dans les bras de deux suédoises avant de devenir professeur de littérature et de connaître la désillusion amoureuse avec l'insaisissable Helen.
La douce Claire le fera renaître à la vie mais n'est-elle pas trop propre, trop droite ou innocente pour maintenir le désir de l'indécis professeur Kepesh?

Dans ce roman licencieux mettant en scène le professeur David Kepesh, personnage récurrent, sorte de double de l'auteur, homme qui oscille entre le confort d'une douce existence et les plaisirs frénétiques et aventureux de la chair, Philip Roth s'interroge sur le désir et sa manifestation.
Ce n'est peut-être pas le meilleur de ses romans mais la puissance du style, le ton très oral, la brillante analyse, la gravité, l'humour et la provocation sont toujours bien au rendez-vous.
Un esprit volontairement provocateur, subversif et sulfureux qui camoufle toujours une profonde interrogation sur l'homme et son désir.
Et au coeur de cet écrit souvent licencieux, émerge la question d'identité.
Alors même quand Roth fait moins bien, c'est toujours un régal et d'un très haut niveau !
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Une nouvelle fois nous retrouvons Philip Roth, le célèbre écrivain américain né en 1933 à Newark et maintes fois primé pour de nombreux livres. Ce roman, Professeur de désir, date de 1977.
Comme souvent dans les romans de Roth, le héros est assez porté sur « la chose » et cette fois encore, David Kepesh un autre double ou alias du romancier, va devoir endurer le tourment du désir. Très vite le jeune étudiant Kepesh va découvrir qu'il est « un libertin parmi les érudits, un érudit parmi les libertins ». Parti pour Londres afin de préparer sa licence de lettres, l'étudiant va rencontrer deux Suédoises, Bettan et surtout Birgitta, comme on les fantasmait dans les années soixante-dix, jeunes, belles et dépourvues de complexes, prêtes à toutes les expériences prônées par la toute nouvelle liberté sexuelle qui submergeait l'occident. Inutile de vous dire que notre Kepesh ne se fera pas prier pour participer à une fête qui dépasse ses espérances « peut-être n'ai-je jamais, jusqu'ici, connu de fille de mon âge pour laquelle ce genre d'excès n'aurait été considéré que comme un outrage. »
Quelques années plus tard tandis qu'il achève sa dernière année de littérature comparée, David Kepesh rencontre Helen. Helen Baird est une aventurière très classe, intrépide, partie vivre sur un coup de tête, à HongKong avec un homme ayant le double de son âge, elle connu le luxe et les séjour en Asie du sud-est, « la bonne vie coloniale ». Face à cette femme aussi belle que mystérieuse, David décide d'épouser Helen « quand le poids de l'expérience requis pour atteindre la décision monumentale de l'abandonner à jamais se révèle si monstrueux, si bouleversant que la vie sans elle me paraît inimaginable ». le mariage va être éprouvant, leurs relations houleuses et conflictuelles se détériorer et finalement ils divorcent.
Une autre femme va entrer dans la vie de Kepesh devenu jeune professeur de littérature d'une trentaine d'années, Claire Ovington. Après les excès de sexe avec les nordiques, les relations tourmentées avec Helen, Claire semble le bout de la (qué)-quête de notre héros. Elle est jeune, belle et par-dessus tout pas compliquée. Terminées les séances de psychanalyse, la vie de David Kepesh va-t-elle enfin trouver la stabilité et la sérénité qui lui font tant défaut ? Parfois lui reviennent en mémoire les fantômes des Suédoises, même Helen depuis remariée vient lui rendre une ultime visite avec son mari. David pourra-t-il trouver la paix de l'âme auprès De Claire qui lui est toute dévouée. Rien n'est moins sûr, « impossible de le dire, pas ce soir, mais dans un an ma passion sera morte. Elle a déjà commencé de mourir… »
Philip Roth autopsie les états d'âme de David Kepesh et reconnaissons-le, ce Kepesh est pénible, jamais satisfait toujours à la recherche d'autre chose, cramponné à un idéal de désir qui n'existe pas – du moins sur la durée – ce qui bien évidemment le tourmente au plus haut point. Plusieurs fois j'ai failli abandonner le bouquin, exaspéré, mais le style de l'écrivain est là et de très belles scènes sauvent le roman, quand il évoque ses parents, le décès de sa mère, son père âgé qui vient lui rendre visite, ou encore des digressions passionnantes sur Kafka quand il se rend à Prague pour un court voyage d'étude.
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"Bon Dieu, comme la vie est facile quand elle est facile et qu'elle est ardue quand elle est ardue !"

David Kepesh, brillant professeur de littérature comparée que l'on retrouvera quelques années plus tard dans le Sein, dresse le bilan de sa vie amoureuse (et érotique) et c'est formidable sur ce que cela dit de nous, de nos désirs et de nos rêves.

Trois histoires semblent avoir compté pour ce Casanova au petit pied. Sa rencontre inattendue avec deux jeunes suédoises délurées lui ont permis de placer son curseur personnel entre les bornes qui limitent son éros : d'un côté la maman, la soumise Elisabeth qui accepte tout par amour, de l'autre la putain, la rebelle Birgitta qui se vautre dans le stupre avec délectation. Ni aussi immoral qu'il se souhaiterait, pas encore rangé comme le désireraient ses parents, Kepesh ne saura se prononcer entre ces Juliette et Justine d'occasion.

Son mariage avec la séduisante Helen est une catastrophe (le mariage est souvent synonyme de désastre pour Roth) : à écouter son seul désir, Kepesh s'est fort mal apparié en épousant une petite créature creuse et instable, qui ne répond en rien à ses aspirations intellectuelles. le miroir aux alouettes !

Suit une longue période d'impuissance dépressive pour notre enseignant qui remonte doucement la pente grâce aux bons soins du docteur Klinger. Grâce à la sage Claire - "Claire comme le jour. Claire comme de l'eau de roche" susurrerait Arletty- il reprend goût à la vie et apprend enfin, la trentaine installée, ce qu'est le bonheur à deux. Mais pour combien de temps ? L'amour et le désir sont-ils longtemps conciliables ?

Hanté par le doute, tiraillé par des aspirations contradictoires, Kepesh se réfère en permanence à ses modèles littéraires, ses "professeurs de désir" : Tchékhov, Kafka, Melville ou Flaubert... mais son bovarysme reste navrant qui l'empêche de se laisser porter par la vie (ne va-t-il pas jusqu'à se prendre pour sujet d'étude dans son cours de littérature ?) .

Ce roman passionnant, qui alterne épisodes hilarants (les exploits d'imitateur du piteux Herbie Bratasky, une séance d'analyse sans cesse interrompue, une visite improbable à la putain de Kafka...) et profondément bouleversants (la mort d'une mère, la vieillesse d'un père, le témoignage d'un rescapé de la Shoah, les regrets ou les peurs de femmes brisées...) avec une aisance indiscutable. Philip Roth nous titille, interroge nos chemins de vie et la fin ouverte -et assez déprimante- de son "Professeur de désir" nous renvoie à nos propres errances. "Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. le bonheur est dans le pré. (...) Cours-y vite, Il a filé!"
Lien : http://lavieerrante.over-blo..
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
[Préparant une introduction à son cours universitaire annuel, dans laquelle il a décidé de révéler à ses étudiants ses frasques sexuelles.]
Tout ce préambule ne vise pas à vous cacher que je suis fait de chair et de sang, ni à vous dire que je sais que vous l'êtes également. A la fin de l'année, vous vous serez peut-être même lassés de mon insistance à souligner les liens existant entre les romans que vous lisez, même les plus excentriques et les plus déroutants, et ce que vous savez de la vie. Vous découvrirez (sans tous approuver) que je ne suis pas d'accord avec certains de mes collègues qui nous affirment que la littérature, dans ses moments les plus valables et les plus singuliers, est "fondamentalement non référentielle". [...] Je vous fais ces suggestions dans l'espoir que si vous parlez de "Madame Bovary" plus ou moins sur le même ton que vous employez avec votre épicier ou vos proches, vous accédiez à une relation plus intime, plus intéressante, plus "référentielle" pourrait-on même dire avec Flaubert et son héroïne.
En vérité, si les romans qui vont être étudiés pendant le premier semestre traitent tous à un degré plus ou moins obsessionnel du désir érotique, c'est que j'ai pensé que les lectures axées sur un sujet qui vous est à tous relativement familier pouvaient vous aider à mieux situer ces livres dans le domaine de l'expérience et, en outre, à vous dissuader de les enfermer dans un monde inerte et artificiel de procédés narratifs, de motifs métaphoriques et d'archétypes mythiques. Par dessus-tout j'espère que la lecture de ces livres enrichira votre connaissance de la vie sous ses aspects les plus étonnants et les plus scandaleux. J'espère moi-même en retirer beaucoup. (p. 220-221, Folio, 1998)
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Faire comprendre à ces gens que ce qu’ils sont, d’où ils viennent, ce qu’ils portent est intéressant. En un certain sens, capital. Voilà la vraie compassion. Et je t’en prie, pas d’étalage d’ironie. Ton problème, c’est que tu les effarouches avec ta merveilleuse prédilection pour la complexité des choses. D’après mon expérience, la femme de la rue, la femme ordinaire, n’apprécie pas l’ironie. En fait, c’est l’ironie qui la braque. Elle veut qu’on lui soit attentif ; elle veut être appréciée. Elle n’a sûrement aucune envie de faire assaut d’esprit avec toi. Réserve donc toute cette subtilité pour tes articles de critique ; quand tu sors dans la rue, pratique l’ouverture – les rues, voilà à quoi ça sert.
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Je suis là dehors depuis le déjeuner (…) en train de lire Colette (…). Feuilletant une pile de ses livres, je me suis demandé s’il avait jamais existé en Amérique une romancière avec une optique du plaisir pris et donné comparable même de loin à celle de Colette, un écrivain américain homme ou femme aussi profondément sensible qu’elle aux parfums, à la chaleur, à la couleur, un être aussi réceptif aux besoins du corps, aussi en accord avec tout le sensualisme du monde, connaisseur des plus fines nuances du sentiment amoureux, inaccessible, cependant, à tout fanatisme si ce n’est, dans le cas de Colette, animé par une farouche détermination de sauvegarder l’intégrité de son moi. (…) On l’imagine égotiste au sens le plus précis, le plus acéré du mot, la plus pragmatique des sensualistes, des facultés d’introspection parfaitement équilibrées par ses facultés d’enthousiasme.

Philip Roth
(p. 241-242)
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Comment suis-je jamais arrivé à me débarrasser de mon honteux secret ? Le dois-je à la chance pure, à l’optimiste et bouillonnant Klinger ou bien dois-je tout ce que je possède aujourd’hui aux seins de cette fille dans son maillot de bain. Oh, si c’est le cas, que chacun de ces seins soit mille fois béni ! Car maintenant, maintenant, émerveillé, transporté, j’exulte — je rends grâce à tout ce qu’elle représente, à la précision efficace avec laquelle elle organise son existence comme à la patience qu’elle déploie quand nous faisons l’amour, cette sagacité qui me permet, apparemment, d’équilibrer exactement les doses de sensualité pure et de tendre sollicitude nécessaires à la neutralisation de mon anxiété rebelle et au renouvellement de ma confiance dans la vie à deux, et tout ce dont il peut s’accompagner. (…) Et ces seins, ces seins — amples, doux, et vulnérables, aussi pesant chacun qu’une outre contre mon visage, aussi chauds et lourds dans ma main qu’un petit animal endormi.

(p. 184-185)
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Nivellement. Frénésie torride se muant en paisible affection physique. Voilà comment je choisis de décrire l'évolution de notre passion durant cet été béni. Puis-je penser autrement, l'idée pourrait-elle m'effleurer que, plutôt que d'atteindre une sorte de chaud palier d'intimité douillette, je dévale le long d'une pente abrupte au bas de laquelle m'attend une caverne froide et solitaire ? A coup sûr, un certain élément de violence s'est fait la paire : fini l'assaisonnement de brutalité et de tendresse, finies les ébauches d'asservissement pur marqué par des meurtrissures bleuâtres, finies la salacité qui s'exhale en mots orduriers à la pointe de la jouissance. Nous ne "succombons" plus au désir, nous ne passons plus notre temps à nous toucher partout, à nous caresser, à nous pétrir, nous palper avec cette soif inextinguible, si étrangère à ce que nous sommes autrement. C'est vrai, je ne suis plus une sorte de bête en chaleur, elle n'est plus une sorte de fille de joie ; nous ne sommes plus, l'un et l'autre, l'obsédé avide, l'enfant dépravée, le violeur infaillible, "l'empalée" malgré elle. Nos dents, naguère lames et pinces, dents féroces de petits chats ou chiens, ne sont plus que des dents normales, nos langues, des langues, nos membres, des membres. Ce qui, nous le savons tous, était inévitable. (p. 239, Folio, 1998)
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