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Josée Kamoun (Traducteur)
EAN : 9782070315932
496 pages
Gallimard (28/05/2004)
3.97/5   2447 notes
Résumé :
À la veille de la retraite, un professeur de lettres classiques, accusé d'avoir tenu des propos racistes envers ses étudiants, préfère démissionner plutôt que de livrer le secret qui pourrait l'innocenter.

Tandis que l'affaire Lewinski défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière la vie très rangée de l'ancien doyen un passé inouï. celui d'un homme qui s'est littéralement réin... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (196) Voir plus Ajouter une critique
3,97

sur 2447 notes
L'année 1998 restera dans les annales de la bêtise, le niveau zéro du ridicule.
Rappelez vous Bill et Monica, lui président des Etats-Unis elle stagiaire à la maison blanche. la fameuse tache sur la robe de Monica, le parjure qui faillit mettre fin au mandat présidentiel de Bill Clinton.
Le parcours de Coleman Silk, doyen de l'université d'Athéna, enseignant les lettres classiques, proche de la retraite et qui pour un malheureux mot sorti de son contexte va être accusé de racisme.
Devant la honte et le peu de soutien de ces collègues Coleman va démissionner et s'enfermer dans la solitude et l'affirmation que sa femme Iris morte au moment du scandale a été assassinée par la rumeur.
Sa liaison avec Faunia, plus jeune de trente ans va aggravé le scandale.
Le narrateur Nathan Zuckerman, écrivain et nouvel ami de Coleman va à sa demande écrire un livre sur l'affaire.
les nombreux flash-back nous font découvrir la jeunesse de Coleman ses passions mais aussi son secret, secret inavouable qui même après sa mort sera une bombe à retardement pour ses enfants.
Ce roman, dernier opus de la trilogie, véritable brulot de la société américaine où la rumeur la jalousie et la pudibonderie mènent la danse.
cet excellent roman prix Médicis étranger 2002 m'a fait découvrir un écrivain de grand talent mon premier roman de Philip Roth et pas le dernier.
Un cinq étoile n'est pas exagéré.
Je dédie cette critique à Onee qui doit attendre mon résumé pour pouvoir se lancer dans l'aventure Philip Roth
.
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Genèse d'une rencontre rothienne.

Mardi 9 juillet, je m'apprête à aller assister à la dernière de La force du destin à l'opéra Bastille lorsqu'un appel téléphonique vient tempérer mon exaltation :" Suite au résultat de vos analyses, ce serait bien qu'on vous hospitalise sans tarder afin de faire quelques investigations, nous avons un service de médecine interne très réactif. On vous attend avant 17.30 h..." Je tergiverse, "je préférerais demain." On insiste. Cette injonction inopportune, qu'en faire ? La force du destin verdiene n'allait-elle pas se heurter à la fragilité du mien ?
Même pas le temps pour ce premier séjour en résidence hospitalière d'interroger l'ami Krout (Pierre pour les initiés) un habitué (hélas) de ce genre de villégiature, pour m'informer du viatique à emporter. A l'arrache, je m'empare de brosse à dents, lunettes, portable (et son chargeur), dans la PAL, (pile à lire) le choix est vaste, le temps compté qui me fait me saisir de La tache de Philip Roth, auteur jamais lu.

D'examens abondants en analyses multiples, (on a les vacances estivales que l'on peut), je compris vite qu'en dépit d'un rythme hôtelier similaire, le room-service de la résidence ne saurait souffrir la comparaison avec celui de certains établissements cinq étoiles (nouvelle norme) expérimentés en d'autres temps et d'autres lieux. Personnel affable bien que fort sollicité (n'ai pas osé m'enquérir de l'emplacement de la piscine).

Finalement je fis fi du contexte, qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait "livresse" qui convoque l'imaginaire et ses ailleurs lointains :
Le tragique des destinées de quatre personnages, deux universitaires, une femme de ménage, un vétéran du Vietnam, en quête de leur auteur, le narrateur qui, dans une sorte de mise en abyme, témoin et investigateur, est partie prenante de ce drame à l'antique, de ces parcours imbriqués, désespérément pathétiques ; pléonasme ? tant le sont souvent nos exercices de vie.

Profonde réflexion sur l'identité, le libre-arbitre, jusqu'au mensonge, au reniement d'une communauté d'appartenance, une trahison familiale pour le choix d'une liberté revendiquée et assumée (nulle tension entre "mêmeté" et "ipséité"), jusqu'au malentendu d'une sorte d'injonction paradoxale figée dans une double contrainte, la tache impure.

Nègres blancs, portons-nous, aussi, virtuelle, cette tache ? est-elle une impureté ontologique , une espèce de péché originel que nul Messie ne saurait racheter ou pire, participe-t-elle de nos travestissements, de nos reniements, de nos trahisons, de nos arrangements ?

A la question quelle est "la couleur du mensonge" ? répond peut-être le bleu d'un tatouage délibérément choisi par le personnage principal :
"Dans ce tatouage bleu, il pouvait voir une image vraie, intégrale de lui-même. Sa biographie ineffaçable s'y lisait, de même que le prototype de l'ineffaçable, puisqu'un tatouage est l'emblème de ce qui ne part pas. On y lisait de même la colossale entreprise, les forces du monde extérieur, toute la chaîne de l'imprévu, les dangers de la révélation, ceux de la dissimulation, l'absurdité même de la vie se lisait dans ce stupide petit tatouage bleu."

Par égard pour le personnel soignant, c'est sans cynisme aucun que je plagie Tolstoï :
"En dépit des soins prodigués, il guérit".

Don Alvaro
"Tu me condamnes à vivre,
et tu m'abandonnes, pourtant !"

Giuseppe Verdi - La forza del destino



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The Human Stain
Traduction : Josée Kamoun

A mes yeux - mais ce n'est qu'un avis probablement orienté par ma passion toute proustienne pour les histoires aux mille et un méandres - un bon romancier se reconnaît au naturel avec lequel il parvient à imposer une histoire extrêmement complexe (et surtout plus complexe qu'elle ne veut le bien paraître) et truffée de personnages si possibles ambigus à un lecteur fasciné.
Et Philip Roth, qui me paraît entre parenthèses un chantre de la phrase à point-virgule, Philip Roth est un grand romancier qui n'a pas usurpé la réputation qui est la sienne.
"La Tache" - en anglais, "La tache, la souillure humaine" - débute sur un incident si banal que l'auteur, auquel son héros, Coleman Silk, vient le rapporter afin qu'il en rédige un ouvrage vengeur, n'est même pas enthousiasmé par cette histoire d'un doyen d'université américaine que l'utilisation d'un mot bien précis (mais doté de deux acceptions) pour désigner deux élèves de sa classe éternellement absentéistes a fait basculer sans autre sommation dans le camp des "racistes."
De ces deux étudiants, Silk ne savait rien : il ne les avait même jamais vus. du coup, un jour, il demande aux élèves présents quelque chose comme : "Quelqu'un sait à quoi ils ressemblent ou sont-ce des zombies ?"
Ah ! Malheur ! Voilà que les absentéistes sont Noirs (pardon ! de couleur !) et que le mot "spook", traduit par "zombi" dans notre langue, désigne en anglais :
1) tout d'abord un ectoplasme, un fantôme - songez au Spooky des "Casper"
2) et puis un Noir mais de manière péjorative.
Et évidemment, bien qu'il ait été le premier à embaucher un professeur noir à l'université d'Athena, il est clair que le doyen Silk ne peut avoir utilisé le terme que dans son sens second.
Eh ! oui ! Il n'y a pas qu'en France qu'on ne peut plus utiliser certains mots sans se voir traité de raciste et autres billevesées charmantes : aux USA aussi.
Silk a beau se défendre, en appeler à ses collègues (qui ne bougent pas), rien n'y fait : il finit par démissionner. Il perd aussi sa femme que la maladie ratrappe à ce moment-là. Bref, il perd tout. Sauf sa rage.
Le narrateur-auteur Nathan Zukermann ayant poliment mais fermement refusé d'écrire le livre vengeur que Silk entend titrer "Zombies", ce dernier s'y attèle. Et puis, un jour, il arrête tout. Au début, Zukermann pense que cela est dû au nouveau scandale que vient de provoquer l'ex-doyen de l'université d'Athena.
En effet, cet incorrigible anti-conformiste de 71 ans, aidé par le Viagra, prend pour maîtresse une femme de ménage de l'université qui s'affirme complètement illettrée, Faunia Farley, presque traquée en permanence par son ex-époux, un vétéran du Viêt-Nam complètement frappé.
Avec cet instinct propre à l'écrivain et, de façon générale, à l'artiste, Zukermann, que Silk a pris en amitié, finit par s'intéresser à l'affaire qu'il flaire plus compliquée qu'elle ne lui avait semblé à première vue : il se pose donc des questions, il cherche, il fouille et même s'il n'apprend le secret de l'ancien doyen qu'à l'enterrement de celui-ci, à la fin du roman, ce secret est d'emblée présenté en long et en large dès le chapitre 2, amenant le lecteur à reconsidérer sa vision du racisme - ou plutôt des racismes.
Mais dans ce livre envoûtant, il n'y a pas que cela que Roth nous contraint à remettre en question. Avec une habileté magistrale, il entremêle tous les fils de ses marionnettes par ailleurs si terriblement humaines de façon telle que tantôt elles nous font pitié, tantôt au contraire elles ne nous inspirent plus que du dégoût. Il n'est pas jusqu'au "dingue" de service, Les Farley, responsable de l'accident où Faunia et Coleman ont perdu la vie tous les deux, qui ne nous apparaisse, dans la scène finale, perdu dans la solitude gelée au milieu de laquelle il pêche, sa perceuse à ses côtés et assis sur un sot en plastique jaune retourné dont la description a quelque chose de grotesque, qui ne se dresse brusquement devant Zukermann-Roth - et donc devant nous, lecteurs - comme bien moins fou et pourtant beaucoup plus dangereux qu'il n'en avait donné jusqu'ici l'impression.
Ouvrez "La Tache", commencez à lire lentement, à haute voix si vous pouvez, ne tombez surtout pas dans le piège apparent de cette rivalité sournoise et typique du milieu universitaire qui conspire à éjecter le doyen Silk après avoir pressé celui-ci comme un citron - ce n'est qu'un leurre lancé par Roth pour jauger son lecteur - et continuez.
Oubliez les longueurs des paysages, si vous n'aimez pas. Lisez,
laissez-vous imprégner, laissez-vous envoûter, acceptez de regarder tous les personnages sous les différents prismes que vous tend obligeamment Philip Roth, indignez-vous contre ce "Silky Silk" qui, par ambition et "pour vivre libre", décide de renier sa propre mère dont il fut l'enfant préféré et qui n'a pourtant pas le courage de protéger ses enfants à lui du risque qui les guette et qui guettera leurs propres enfants dans les générations à venir, applaudissez aussi à sa rage de vivre, à son tempérament de "teigneux" irrésistiblement séduisant, jugez et ne jugez pas Fiauna, mère indigne ou pas, fermez un instant les yeux et rappelez-vous toutes les actualités sur les horreurs du Viêt-nam, "Voyage au bout de l'Enfer" de Cimino ou encore le gigantesque et inégalé "Apocalypse Now", absorbez toutes les souffrances, tous les excès, tous les mensonges, toutes les demi-vérités, toutes les erreurs des personnages de Roth ...
... et vivez "La Tache" qui prouve une fois de plus que, s'il a existé ou s'il existe encore aux USA des Malcom X, des Bush, des politicards irresponsables et des Juifs assez stupidement orthodoxes pour chanter sur une tombe non pas : "Un homme est mort aujourd'hui ..." mais bel et bien "Un Juif est mort", tentant ainsi de faire entrer dans l'Au-delà l'âme même du Ghetto (la scène est d'autant plus grinçante que, si le fils orthodoxe de Silk ignore la vérité, nous, nous la connaissons), leurs contraires absolus existent eux aussi.
Cinq ans après le 11 septembre 2001 et ses conséquences au Proche-Orient, ce qui a une fâcheuse tendance à nous le faire oublier à l'un ou l'autre moment, ça fait du bien de le savoir.
Merci, Philip Roth. ;o)
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Il est assez étrange que la personne qui accuse le doyen de la fac d'Athena de racisme, puis de sexisme, qui s'acharne à défendre les droits bafoués de plusieurs étudiantes, soit française. Philip Roth , en 2000, savait fort bien et le dit vers la fin de son livre « la Tache » que les mouvements des droits de l'homme, même s'ils ont mis du temps, sont tout de même nés aux Etats Unis. Et Delphine le reconnaît aussi elle-même, elle est petite joueuse devant les féministes américaines.

Cela ne l'empêche pas d'accuser de racisme, donc, Coleman Silk, le doyen aux qualités exceptionnelles, pour avoir qualifié de zombies deux étudiants. Manque de bol, ils sont noirs, ce qu'il ne pouvait savoir, puisqu'ils n'étaient jamais venus en cours.
Delphine Roux a brandi le drapeau racisme, sachant que personne n'allait dire c'est pas grave, ou prendre le parti de Coleman.
Qui démissionne.
Dont la femme , sous le choc, meurt subitement.
En tant que boxeur, KO.

Delphine Roux la française, qui s'est glorifiée toute sa vie d'être la meilleure, la plus sexy et la plus extrêmement intelligente, qui met bon ordre apparemment dans cette université qu'elle juge au dessous de ses capacités, qui prend sous son aile les défavorisées, qui abhorre les injustices, est en fait un parangon de puritanisme totalitaire. Une petite fille terrorisée qui veut s'intégrer, malgré son accent. Elle envoie une lettre anonyme à l'intéressé, pour ajouter à son accusation de racisme celle de l'exploitation abjecte d'une femme opprimée et illettrée. (Question de Coleman : est-ce une pratique française ? voir le Rouge et le Noir ? chez Balzac ? chez Stendhal ?)En cela, elle copie « les enfoirés à la vertu majuscule » que l'Amérique tout entière découvre en pataugeant durant l'été 1998 avec les ébats de Clinton.

Le spectre du terrorisme a remplacé celui du communisme, et est remplacé par le « spectre de la turlute », dit Roth, avec la soif d'accuser, de censurer et de punir, jusqu'à la nausée. Et Delphine qui veut surtout se sentir portée par l'air du temps, reproche à son supérieur, lui qui enseigne la littérature hellénique et latine avec splendeur, d'enseigner Hippolyte et Alceste, « qui dégradent l'image de la femme », au nom d'un prétendu humanisme. Aborder la tragédie grecque avec l'optique du new féminisme ne se ferait pas à l'ENS, rétorque-t-il, où personne ne prendrait ces balivernes au sérieux.

Le génie de Philip Roth ne réside pas seulement dans son acuité toujours actuelle , dans les descriptions détaillées ( la boxe pour Coleman, la traite des vaches pour le dernier amour de sa vie Faunia, les restaurants chinois, vus par Les Farley-« ces bridés, » les hélicos, les morts, le devoir de tuer au Vietnam - puis la pêche à travers la glace comme rite de purification)dans sa dénonciation d'un monde qu'il juge stupide, haïssable, exaspérant.
Il présente les personnages, puis revient, analyse, creuse encore, ré-analyse, revient sur le passé de chacun, et revient encore, jusqu'à nous donner une idée des caractères et de l'ambiance de l'époque. Et son passé.

Le passé ? page 114, j'ai cru avoir manqué d'attention. Coleman et sa famille noire, note innocemment l'auteur. Lui qui est accusé de racisme, Noir ? Aux Etats Unis, une seule goutte de sang noir ( one drop rule) suffit à les ranger d'un côté et à leur interdire certains restaurants, écoles, universités réservées aux seuls blancs, cela jusqu'en 1947 dans le New-jersey.
Coleman a choisi de mentir à tous et de se déclarer blanc.

Chef d'oeuvre absolu par sa prose lyrique, ses longues études de caractère, la présence au bout du compte de la solitude et de la mort, ses idées résolument non-conformistes, son analyse du puritanisme intolérant, au nom des grands combats pour l'égalité, le monde de l'Amérique entremêlant la difficulté de se créer un espace, la révolte compréhensible des ex du Vietnam, qui ont tué , comme Les Farley, avec une rage comparable à celle d'Achille, le rejet progressif des enfants de Coleman, et, sur fond de ségrégation à laquelle beaucoup de « Noirs »voulaient et devaient échapper, pour survivre, pour s'élever dans l'échelle sociale, comme Coleman, l'évolution des moeurs.
Deux ambitions, celle de Delphine ravagée dans un combat douteux, celle de Coleman pris à son propre piège et qui, miracle, vit l'émoi comparable à celui du héros de Mort à Venise, « l'aventure tardive des sentiments ».
Deux destins ratés, celui de Les Farley, aux prises avec ses démons retour du Vietnam, celui de Faunia, son ex-femme, femme de ménage qui a perdu 2 enfants.

Sur une île déserte ? Oui.
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Convoqué pour répondre à une accusation de racisme, le professeur et ancien doyen Coleman Silk, éminent spécialiste des auteurs de l'antiquité, se voit contraint de mettre un terme brutal à ses fonctions.
Etrange ironie du sort pour celui qui a toujours refusé de se laisser guider son destin par une société hostile et ségrégationniste.

Philip Roth décrit l'effritement inévitable d'un individu dont toute l'existence repose sur un mensonge.
Spécialiste de l'âme humaine, il interroge la condition des Noirs aux Etats-Unis, fouille la conscience morale d'une Amérique sinistrée et donne à cet impressionnant voyage au bout de la nuit une atmosphère d'impuissance, d'échec et de frustration.
La violence crue de cette histoire en fait à mon sens son roman le plus fascinant.
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Citations et extraits (239) Voir plus Ajouter une citation
Ce fut l’été du marathon de la tartuferie : le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute ; un président des États-Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt-un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l’Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l’indignation hypocrite.
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En Amérique, cet été-là a vu le retour de la nausée ; ce furent des plaisanteries incessantes, des spéculations, des théories, une outrance incessantes ; l’obligation morale d’expliquer les réalités de la vie d’adulte aux enfants fut abrogée au profit d’une politique de maintien de toutes les illusions sur la vie adulte ; la petitesse des gens fut accablante au-delà de tout ; un démon venait de rompre ses chaînes, et, dans les deux camps, les gens se demandaient : « Mais quelle folie nous saisit ? » ; le matin, au réveil, les femmes comme les hommes découvraient que pendant la nuit, le sommeil les ayant affranchis de l’envie et du dégoût, ils avaient rêvé de l’effronterie de Bill Clinton. J’avais rêvé moi-même d’une banderole géante, tendue d’un bout à l’autre de la Maison-Blanche comme un de ces emballages dadaïstes à la Christo, et qui proclamait « ICI DEMEURE UN ETRE HUMAIN ». Ce fut l’été où, pour la millionième fois, la pagaille, le chaos, le vandalisme moral prirent le pas sur l’idéologie d’untel et la moralité de tel autre. Cet été-là, chacun ne pensait plus qu’au sexe du président : la vie, dans toute son impureté impudente, confondait une fois de plus l’Amérique.
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Comme elle le note dans son essai autobiographique, elle est l'une des deux seules candidatures françaises acceptées. "je suis arrivée à Yale très cartésienne, et là-bas, le paysage est bien plus pluraliste, polyphonique." Ses jeunes étudiants l'amusent. Elle cherche encore leur côté intellectuel. Elle est sidérée par la façon dont ils s'amusent. Leur façon de penser, de vivre, hors de toute idéologie, dans le chaos. Ils n'ont jamais vu un film de Kurosawa - même ça, ils l'ignorent. Elle, à leur âge, elle avait vu tout Kurosawa, tout Tarkovski, tout Fellini, tout Antonioni, tout Fassbinder, tout Wertmuller, tout Satyajit Ray, tout René Clair, tout Wim Wenders, tous les Truffaut, les Godard, les Chabrol, les Resnais, les Rohmer et les Renoir. Eux, ils n'avaient vu que Star Wars...
Elle pensait qu'en arrivant en Amérique, elle allait déchaîner des : "Oh la la, une normalienne !" mais en Amérique, personne n'est à même d'apprécier l'itinéraire très spécifique qui est le sien, et son prestige considérable. Elle n'obtient pas le type de reconnaissance auquel elle est accoutumée, en temps que membre en herbe de l'élite intellectuelle française...
Elle écrit son doctorat. Elle le soutient. La voilà docteur... Elle avait fait tant d'études, s'y était si entièrement consacrée qu'elle était désormais prête à avoir un poste de prestige dans une université de prestige - Princeton, Columbia, Cornell, Chicago - mais voilà qu'elle n'obtient rien du tout. Consternation. Quoi, un poste de professeur temporaire à l'université d'Athena ? Elle fait la fine bouche. Jusqu'à ce que son directeur de thèse lui dise : "Delphine, ici, sur le marché, on décroche un beau poste après en avoir eu un petit..." Ses camarades d'études américains, qui tueraient père et mère pour trouver un boulot de prof à la chaufferie du supermarché, jugent son dédain caractéristique.
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"Alors, racontez-moi ce qui s'est passé", ils lui disent, les petits assistants sociaux, les petits psychologues avec leurs diplômes. "Vous avez tué un homme, au Vietnam ?" Y a un homme qu'il a pas tué, au Vietnam ? Tuer, c'était pas ça qu'il était censé faire, là-bas ? C'était pas pour ça qu'on l'envoyait ? Pour buter les bridés, merde ! On a dit tous les coups sont permis, O.K., tous les coups il les a faits. Tout tourne autour du mot tuer. Tuer des bridés ! Comme si cette question suffisait pas dans la connerie, faut qu'ils lui filent un psychiatre chinetoque, un bridé, merde ; il a servi son pays, et on est pas foutu de lui trouver un toubib qui parle anglais, merde !...
Et puis voilà l'autre, le prof de fac, maintenant. Tu veux que je te dise où il était, celui-là, quand le gouvernement nous a envoyés là-bas avec un bras attaché dans le dos ? C'était lui qui menait ces saloperies de manifs contre la guerre. Quand ils vont en fac, on les paie pour qu'ils fassent cours, qu'ils fassent cours à nos gosses, pas pour qu'ils protestent contre la guerre au Vietnam. On nous a pas laissé une chance, merde ! Ils disent qu'on a perdu la guerre, c'est pas nous qui l'avons perdue, c'est le gouvernement. Seulement ces profs chicos, quand ça leur chantait, au lieu de faire cours, ils allaient défiler contre la guerre ; et lui qui a servi son pays, voilà le remerciement. Pour toute la merde qu'il a connue là-bas. Impossible de dormir une nuit complète. Y a vingt-six ans qu'il a pas fait une bonne nuit. Résultat, résultat de tout ça, sa femme s'en va sucer un prof de fac de rien, un youpin ? Y en avait pas des masses de youpins au Vietnam, s'il se souvient bien. Ils avaient pas le temps, ils passaient leurs diplômes. salaud de Juif !
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« Mais combien de temps l'homme peut-il passer à se rappeler le meilleur de l'enfance ? Et s'il profitait du meilleur de la vieillesse ? A moins que le meilleur de la vieillesse ne soit justement cette nostalgie du meilleur de l'enfance »

. Traduit de l’américain par Josée Kamoun
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