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Josée Kamoun (Traducteur)
ISBN : 2070315932
Éditeur : Gallimard (28/05/2004)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 1234 notes)
Résumé :
4° de couverture :
(Edition source : Gallimard, Du monde entier - 09/2002)


À la veille de la retraite, un professeur de lettres classiques, accusé d'avoir tenu des propos racistes envers ses étudiants, préfère démissionner plutôt que de livrer le secret qui pourrait l'innocenter.
Tandis que l'affaire Lewinski défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (110) Voir plus Ajouter une critique
michemuche
  11 octobre 2014
L'année 1998 restera dans les annales de la bêtise, le niveau zéro du ridicule.
Rappelez vous Bill et Monica, lui président des Etats-Unis elle stagiaire à la maison blanche. la fameuse tache sur la robe de Monica, le parjure qui faillit mettre fin au mandat présidentiel de Bill Clinton.
Le parcours de Coleman Silk, doyen de l'université d'Athéna, enseignant les lettres classiques, proche de la retraite et qui pour un malheureux mot sorti de son contexte va être accusé de racisme.
Devant la honte et le peu de soutien de ces collègues Coleman va démissionner et s'enfermer dans la solitude et l'affirmation que sa femme Iris morte au moment du scandale a été assassinée par la rumeur.
Sa liaison avec Faunia, plus jeune de trente ans va aggravé le scandale.
Le narrateur Nathan Zuckerman, écrivain et nouvel ami de Coleman va à sa demande écrire un livre sur l'affaire.
les nombreux flash-back nous font découvrir la jeunesse de Coleman ses passions mais aussi son secret, secret inavouable qui même après sa mort sera une bombe à retardement pour ses enfants.
Ce roman, dernier opus de la trilogie, véritable brulot de la société américaine où la rumeur la jalousie et la pudibonderie mènent la danse.
cet excellent roman prix Médicis étranger 2002 m'a fait découvrir un écrivain de grand talent mon premier roman de Philip Roth et pas le dernier.
Un cinq étoile n'est pas exagéré.
Je dédie cette critique à Onee qui doit attendre mon résumé pour pouvoir se lancer dans l'aventure Philip Roth
.
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Woland
  26 décembre 2007
The Human Stain
Traduction : Josée Kamoun
A mes yeux - mais ce n'est qu'un avis probablement orienté par ma passion toute proustienne pour les histoires aux mille et un méandres - un bon romancier se reconnaît au naturel avec lequel il parvient à imposer une histoire extrêmement complexe (et surtout plus complexe qu'elle ne veut le bien paraître) et truffée de personnages si possibles ambigus à un lecteur fasciné.
Et Philip Roth, qui me paraît entre parenthèses un chantre de la phrase à point-virgule, Philip Roth est un grand romancier qui n'a pas usurpé la réputation qui est la sienne.
"La Tache" - en anglais, "La tache, la souillure humaine" - débute sur un incident si banal que l'auteur, auquel son héros, Coleman Silk, vient le rapporter afin qu'il en rédige un ouvrage vengeur, n'est même pas enthousiasmé par cette histoire d'un doyen d'université américaine que l'utilisation d'un mot bien précis (mais doté de deux acceptions) pour désigner deux élèves de sa classe éternellement absentéistes a fait basculer sans autre sommation dans le camp des "racistes."
De ces deux étudiants, Silk ne savait rien : il ne les avait même jamais vus. du coup, un jour, il demande aux élèves présents quelque chose comme : "Quelqu'un sait à quoi ils ressemblent ou sont-ce des zombies ?"
Ah ! Malheur ! Voilà que les absentéistes sont Noirs (pardon ! de couleur !) et que le mot "spook", traduit par "zombi" dans notre langue, désigne en anglais :
1) tout d'abord un ectoplasme, un fantôme - songez au Spooky des "Casper"
2) et puis un Noir mais de manière péjorative.
Et évidemment, bien qu'il ait été le premier à embaucher un professeur noir à l'université d'Athena, il est clair que le doyen Silk ne peut avoir utilisé le terme que dans son sens second.
Eh ! oui ! Il n'y a pas qu'en France qu'on ne peut plus utiliser certains mots sans se voir traité de raciste et autres billevesées charmantes : aux USA aussi.
Silk a beau se défendre, en appeler à ses collègues (qui ne bougent pas), rien n'y fait : il finit par démissionner. Il perd aussi sa femme que la maladie ratrappe à ce moment-là. Bref, il perd tout. Sauf sa rage.
Le narrateur-auteur Nathan Zukermann ayant poliment mais fermement refusé d'écrire le livre vengeur que Silk entend titrer "Zombies", ce dernier s'y attèle. Et puis, un jour, il arrête tout. Au début, Zukermann pense que cela est dû au nouveau scandale que vient de provoquer l'ex-doyen de l'université d'Athena.
En effet, cet incorrigible anti-conformiste de 71 ans, aidé par le Viagra, prend pour maîtresse une femme de ménage de l'université qui s'affirme complètement illettrée, Faunia Farley, presque traquée en permanence par son ex-époux, un vétéran du Viêt-Nam complètement frappé.
Avec cet instinct propre à l'écrivain et, de façon générale, à l'artiste, Zukermann, que Silk a pris en amitié, finit par s'intéresser à l'affaire qu'il flaire plus compliquée qu'elle ne lui avait semblé à première vue : il se pose donc des questions, il cherche, il fouille et même s'il n'apprend le secret de l'ancien doyen qu'à l'enterrement de celui-ci, à la fin du roman, ce secret est d'emblée présenté en long et en large dès le chapitre 2, amenant le lecteur à reconsidérer sa vision du racisme - ou plutôt des racismes.
Mais dans ce livre envoûtant, il n'y a pas que cela que Roth nous contraint à remettre en question. Avec une habileté magistrale, il entremêle tous les fils de ses marionnettes par ailleurs si terriblement humaines de façon telle que tantôt elles nous font pitié, tantôt au contraire elles ne nous inspirent plus que du dégoût. Il n'est pas jusqu'au "dingue" de service, Les Farley, responsable de l'accident où Faunia et Coleman ont perdu la vie tous les deux, qui ne nous apparaisse, dans la scène finale, perdu dans la solitude gelée au milieu de laquelle il pêche, sa perceuse à ses côtés et assis sur un sot en plastique jaune retourné dont la description a quelque chose de grotesque, qui ne se dresse brusquement devant Zukermann-Roth - et donc devant nous, lecteurs - comme bien moins fou et pourtant beaucoup plus dangereux qu'il n'en avait donné jusqu'ici l'impression.
Ouvrez "La Tache", commencez à lire lentement, à haute voix si vous pouvez, ne tombez surtout pas dans le piège apparent de cette rivalité sournoise et typique du milieu universitaire qui conspire à éjecter le doyen Silk après avoir pressé celui-ci comme un citron - ce n'est qu'un leurre lancé par Roth pour jauger son lecteur - et continuez.
Oubliez les longueurs des paysages, si vous n'aimez pas. Lisez,
laissez-vous imprégner, laissez-vous envoûter, acceptez de regarder tous les personnages sous les différents prismes que vous tend obligeamment Philip Roth, indignez-vous contre ce "Silky Silk" qui, par ambition et "pour vivre libre", décide de renier sa propre mère dont il fut l'enfant préféré et qui n'a pourtant pas le courage de protéger ses enfants à lui du risque qui les guette et qui guettera leurs propres enfants dans les générations à venir, applaudissez aussi à sa rage de vivre, à son tempérament de "teigneux" irrésistiblement séduisant, jugez et ne jugez pas Fiauna, mère indigne ou pas, fermez un instant les yeux et rappelez-vous toutes les actualités sur les horreurs du Viêt-nam, "Voyage au bout de l'Enfer" de Cimino ou encore le gigantesque et inégalé "Apocalypse Now", absorbez toutes les souffrances, tous les excès, tous les mensonges, toutes les demi-vérités, toutes les erreurs des personnages de Roth ...
... et vivez "La Tache" qui prouve une fois de plus que, s'il a existé ou s'il existe encore aux USA des Malcom X, des Bush, des politicards irresponsables et des Juifs assez stupidement orthodoxes pour chanter sur une tombe non pas : "Un homme est mort aujourd'hui ..." mais bel et bien "Un Juif est mort", tentant ainsi de faire entrer dans l'Au-delà l'âme même du Ghetto (la scène est d'autant plus grinçante que, si le fils orthodoxe de Silk ignore la vérité, nous, nous la connaissons), leurs contraires absolus existent eux aussi.
Cinq ans après le 11 septembre 2001 et ses conséquences au Proche-Orient, ce qui a une fâcheuse tendance à nous le faire oublier à l'un ou l'autre moment, ça fait du bien de le savoir.
Merci, Philip Roth. ;o)
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isabelleisapure
  14 octobre 2018
Convoqué pour répondre à une accusation de racisme, le professeur et ancien doyen Coleman Silk, éminent spécialiste des auteurs de l'antiquité, se voit contraint de mettre un terme brutal à ses fonctions.
Etrange ironie du sort pour celui qui a toujours refusé de se laisser guider son destin par une société hostile et ségrégationniste.
Philip Roth décrit l'effritement inévitable d'un individu dont toute l'existence repose sur un mensonge.
Spécialiste de l'âme humaine, il interroge la condition des Noirs aux Etats-Unis, fouille la conscience morale d'une Amérique sinistrée et donne à cet impressionnant voyage au bout de la nuit une atmosphère d'impuissance, d'échec et de frustration.
La violence crue de cette histoire en fait à mon sens son roman le plus fascinant.
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Archie
  27 août 2018
La tache est à mon sens le livre de Philip Roth qui marquera le plus sa mémoire. Son synopsis est étonnant d'intelligence et d'originalité. Je l'avais lu avec plaisir lors de sa parution, en 2002. A la relecture, je le trouve foisonnant, plus complexe que dans mon souvenir, définitivement passionnant.
En première approche, le roman est l'histoire extraordinaire d'un Américain de fiction né en 1926. Au prix d'une incroyable mystification qu'il avait gardé secrète, Coleman Silk s'était construit un destin différent de celui qui lui avait été attribué à la naissance. Un destin choisi qui, selon toute vraisemblance, était meilleur. Comme le dira sa soeur à la fin du livre, « il n'a pas pu attendre les droits civiques pour jouir des siens, alors il a sauté une marche ».
Mais tous les destins sont tragiques. L'homme, à la fois coupable et innocent, n'échappe pas à la fatalité. Il est même parfois puni par où il a péché. A l'automne de sa vie, Coleman se retrouve accusé à tort de racisme dans un contexte de « politiquement correct » exacerbé. Ça le détruit.
Après sa transgression originelle, Coleman Silk avait réussi tout ce qu'il avait entrepris, parce qu'il continuait à transgresser, parce qu'il bousculait les codes. Doyen d'une université américaine en déclin, il l'avait redressée en réorganisant, en restructurant, en transformant – tel un dirigeant macronien ! Une réussite qu'il n'avait su mener sans une forme d'arrogance, suscitant du ressentiment chez ceux qui avaient perdu au change ou qui étaient restés fascinés par des actes qui les dépassaient. Il avait alors suffi pour eux de saisir l'opportunité d'un malentendu orchestré : l'utilisation d'un mot au sens double que, dès lors que certains sonnaient la charge, les autres feignaient d'interpréter comme les y incitait leur veulerie, leur intérêt ou leur jalousie.
Mortifié, enragé, révolté par la tache, la souillure, dont on l'a marqué injustement, Coleman transgresse de plus belle. Il noue une relation sexuelle avec une femme de ménage illettrée ayant la moitié de son âge. Imaginez les réactions dans son entourage, alors que l'Amérique de 1998 est en pleine affaire Clinton Lewinsky – une autre histoire de tache ! Philip Roth s'en donne à coeur joie… le roman prend fin tragiquement au moment où le Sénat refuse la destitution du président Clinton. Moments de réhabilitations !
La construction narrative est complexe. Comme souvent, Philip Roth met en scène son double, Nathan Zuckerman, un vieux romancier solitaire à son image. A la différence de Pastorale américaine, où il introduit l'histoire puis disparaît, Zuckerman joue un rôle actif dans la narration de la tâche, en entremêlant dès le début ce que Coleman Silk lui dévoile lors de plusieurs rencontres amicales, et ce qu'il apprendra plus tard en enquêtant après sa mort, découvrant alors par hasard son secret. Bien sûr, le narrateur fait ensuite son travail de romancier et reconstitue à sa manière les pièces manquantes du puzzle.
Dans La tache, Philip Roth alterne les passages narratifs classiques et les digressions, où il fait place longuement – parfois trop ! – aux élucubrations et vociférations des personnages essentiels. Des tourmentés, des névrosés, des gens qui savent ou ne savent pas lire, mais dont les cerveaux sont malades !... Comme peut-être les nôtres !...
Philip Roth adapte son écriture à leur personnalité, n'hésitant pas à leur laisser la parole. A côté de Coleman Silk, il y a Faunia, sa maîtresse, femme de ménage de trente-quatre ans prétendument illettrée, une femme qui s'assume avec dignité dans un rôle de femme perdue, après avoir subi tous les malheurs et commis toutes les fautes imaginables. En face d'eux, Lester, l'ex-mari de Faunia, un ancien du Vietnam, revenu fou furieux au pays, un homme fruste resté haineux, violent et psychopathe malgré les années. Sans oublier la jeune et jolie directrice du département littérature de l'université, Delphine Roux, une française de grande famille, surdiplômée, écartelée entre ambition professionnelle et recherche d'un conjoint idéal, grotesque dans sa fascination pour Coleman, ce qui la conduit à chercher à le détruire.
En affichant, par l'intermédiaire de Zuckerman, sa sympathie et sa compassion pour le personnage de Coleman Silk, Philip Roth n'hésite pas à dévoiler sa vision critique d'une société américaine en quête d'une pureté introuvable. Un panorama d'une actualité particulièrement vibrante aux Etats-Unis comme dans la plupart de nos sociétés occidentales !

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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PiertyM
  27 avril 2015
On y va avec un rythme lent, paisible, puis après on se rend compte que les mots résonnent parfois comme des coups de poing, ça cogne, ça cogne cogne, on se dit l'auteur ne cesse d'y revenir là, pour que ça cogne mieux peut-être, et quand l'horizon de l'histoire de dessine, on comprend pourquoi l'auteur veut que ça cogne, parce que l'histoire cogne fort qu'à un moment on voudrait arrêter de lire, est-ce un témoignage vrai de l'auteur, est-ce qu'il a vraiment connu cette espèce de Coleman Silk, est-ce une simple fiction, parce que avec ça, l'Amérique sait nous faire rêver, pourvu qu'au nom de l'Amérique, que l'Amérique sache se vendre,on se demande...
D'un côté,Bill Clinton est traqué par les médiats pour affaire Monica, de l'autre côté Coleman Silk, un professeur de l'université retraité âgé de 70 ans est traqué pour avoir entretenu une relation intime avec une femme de 34 ans, une ménagère de l'université de surcroît. Entre temps Coleman s'était vu contraint de démissionner à l'université suite à un scandale qui le fait passer pour un raciste, parce qu'il avait traité de Zombies deux élèves absents, touchés, ces deux élèves noirs le traite d'un blanc raciste...
Coleman démissionne, Coleman démissionne, Coleman démissionne...
L'affaire fait tabac dans son sillage, l'affaire le dépouille de tout son être, l'affaire fait remonter le passé à la surface de son être, son histoire est singulière, il ne peut pas vivre avec cette accusation sur le dos, il veut écrire son histoire...
Coleman démissionne parce qu'il a un secret, et que cette accusation lui vole son secret, et ça commence cogner fort au dedans de lui, ça cogne, cogne cogne et l'auteur nous cogne dans nos méninges l'histoire de Coleman Silk parce qu'il est noir, Coleman Silk est noir comme ces deux élèves qui le traitent de raciste mais personne ne le sait...
Il a renié toute sa famille parce qu'elle est noire que lui, sa mère, son frère, sa soeur, parce qu'il va épouser une blanche qui ne doit jamais savoir qu'il est noir, ça cogne fort..
Ç'a marché parce qu'il a eu quatre enfants avec sa femme, ni celle-ci, ni ses enfants, personne n'avais jamais su que lui, Coleman Silk était noir...l'histoire ça cogne fort...
Mais être de traiter de raciste publiquement, et être noir au fond de soi et qu'on soit seul à le savoir, ça doit cogner très très fort!!!
Le livre m'a cogné fort!!!

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Citations et extraits (132) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   20 mars 2012
Ce fut l’été du marathon de la tartuferie : le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute ; un président des États-Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt-un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l’Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l’indignation hypocrite.
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fredhofredho   25 août 2015
En Amérique, cet été-là a vu le retour de la nausée ; ce furent des plaisanteries incessantes, des spéculations, des théories, une outrance incessantes ; l’obligation morale d’expliquer les réalités de la vie d’adulte aux enfants fut abrogée au profit d’une politique de maintien de toutes les illusions sur la vie adulte ; la petitesse des gens fut accablante au-delà de tout ; un démon venait de rompre ses chaînes, et, dans les deux camps, les gens se demandaient : « Mais quelle folie nous saisit ? » ; le matin, au réveil, les femmes comme les hommes découvraient que pendant la nuit, le sommeil les ayant affranchis de l’envie et du dégoût, ils avaient rêvé de l’effronterie de Bill Clinton. J’avais rêvé moi-même d’une banderole géante, tendue d’un bout à l’autre de la Maison-Blanche comme un de ces emballages dadaïstes à la Christo, et qui proclamait « ICI DEMEURE UN ETRE HUMAIN ». Ce fut l’été où, pour la millionième fois, la pagaille, le chaos, le vandalisme moral prirent le pas sur l’idéologie d’untel et la moralité de tel autre. Cet été-là, chacun ne pensait plus qu’au sexe du président : la vie, dans toute son impureté impudente, confondait une fois de plus l’Amérique.
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HarioutzHarioutz   08 juin 2018
Ce que je veux dire, c'est qu'en m'installant ici je m'étais délibérément retiré de la sarabande du sexe, et cela, non pas parce que mes pulsions ni même mes érections auraient faibli de manière significative, mais parce que je n'arrivais plus à faire face aux exigences exorbitantes du sexe, à trouver l'esprit, la force, la patience, l'illusion, l'ironie, l'ardeur, l'égoïsme, la résistance - ou bien la solidité, l'astuce, la malhonnêteté, la dissimulation, la duplicité, le professionnalisme érotique nécessaires pour vivre avec ses implications déroutantes et contradictoires.
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Eve-YesheEve-Yeshe   20 mars 2015
« Mais combien de temps l'homme peut-il passer à se rappeler le meilleur de l'enfance ? Et s'il profitait du meilleur de la vieillesse ? A moins que le meilleur de la vieillesse ne soit justement cette nostalgie du meilleur de l'enfance »

. Traduit de l’américain par Josée Kamoun
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jmlire92jmlire92   30 octobre 2016
- Venez, on danse.

- D'accord, mais vous ne me chantez pas dans l'oreille.
- Allez, debout

On s'en fout, me disais-je, on sera bientôt morts tous les deux, de toute façon. Alors je me suis levé, et là, sur la terrasse, Coleman Silk et moi nous nous sommes mis à danser le fox-trot. Il conduisait et je le suivais de mon mieux. Je me rappelais le jour où il avait fait irruption dans mon studio après avoir réglé les obsèques d'Iris, fou de douleur, fou de rage, et où il m'avait dit qu'il fallait que je lui écrive ce livre sur toutes les incroyables absurdités de son histoire, dont le sommet avait été le meurtre de sa femme. On aurait cru que cet homme là ne retrouverait jamais le goût de la niaiserie de la vie, et que tout ce qu'il pouvait y avoir de ludique, de léger en lui, était perdu corps et biens, avec sa carrière, sa réputation, et sa redoutable épouse. S'il ne me vînt même pas à l'idée de lui rire au nez, et de le laisser danser sur sa terrasse puisque bon lui semblait, pour m'amuser du spectacle, si je lui tendis la main, et le laissai me passer un bras autour de la taille pour me pousser rêveusement sur le parterre d'ardoise, peut-être était-ce parce que je m'étais trouvé là ce fameux jour où le corps d'Iris était encore tiède, et où j'avais vu le visage de Coleman...

Nous avons continué à danser. Il n'y avait rien d'ouvertement charnel dans ce contact, mais du fait que Coleman portait un short en jean pour tout vêtement, et que ma main reposait aussi naturellement sur son dos tiède que sur celui d'un chien ou d'un cheval, c'était plus qu'une parodie. Il me guidait sur ce sol de pierre avec une sincérité à-demi sérieuse, sans parler du bonheur spontané d'être en vie, en vie par la bouffonnerie du hasard, en vie sans raison - le bonheur qu'on éprouve, enfant, lorsqu'on vient d'apprendre à faire de la musique avec un peigne et du papier hygiénique.

C'est seulement quand nous nous sommes rassis que Coleman m'a parlé de sa maîtresse. " J'ai une liaison, Nathan, j'ai une liaison avec une femme de trente-quatre ans. Je ne peux pas vous dire le bien que ça me fait.

- La danse est finie, vous n'êtes pas obligé.

- Je croyais être incapable d'éprouver quoi que ce soit. Mais quand ça vous revient, si tard dans la vie, du jour au lendemain, de façon totalement imprévue, et même indésirée, quand ça vous revient et qu'il n'y a rien qui dilue la chose, qu'on n'est pas en train de se battre sur vingt-deux fronts, qu'on n'est plus au fond du délire quotidien... quand on ne vit plus que ça...

- Et qu'elle a trente-quatre ans.

- Et inflammable, avec ça. C'est une femme de feu. Elle m'a fait retrouver le vice du sexe.

- " La Belle Dame sans Merci te tient sous son empire"

- Il faut croire. Je lui demande : " C'est comment, pour toi, avec un type de soixante et onze ans ?" et elle me répond : " C'est parfait, avec un type de soixante et onze ans. Il a des comportements bien établis, il va plus changer. On sait ce qu'il est, on est à l'abri des surprises.

- Qu'est-ce qui la rendue si sage ?

- Les surprises, justement. Trente-quatre ans de surprises sauvages l'ont amené à la sagesse. Mais c'est une sagesse très étroite, antisociale. Une sagesse sauvage, elle aussi. Celle de quelqu'un qui n'attend plus rien. C'est là sa sagesse, et sa dignité, mais c'est une sagesse négative, ce n'est pas celle qui vous fait avancer, jour après jour. Voilà une femme que la vie essaye de broyer à peu près depuis qu'elle est née. Tout ce qu'elle a appris vient de là...
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Cette semaine dans Livres&Vous, un immense écrivain est au « Centre » de notre émission ! Philippe Sollers romancier, essayiste et éditeur qui fait paraitre « Centre » chez Gallimard. Philippe Sollers fait fi depuis quelques décennies de la bienséance, promenant sa plume et son ?il du côté d'une littérature obscure, éloignée de la morale. Le Marquis de Sade, Louis-Ferdinand Céline, Michel Houellebecq et bien d'autres... Il se livrera généreusement sur tous ses auteurs fétiches et n'oubliera pas d'évoquer l'auteur américain Philip Roth disparu en mai dernier. Avec : Philippe SOLLERS : Écrivain.
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