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EAN : 9782072867507
496 pages
Éditeur : Gallimard (07/11/2019)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 1502 notes)
Résumé :
À la veille de la retraite, un professeur de lettres classiques, accusé d'avoir tenu des propos racistes envers ses étudiants, préfère démissionner plutôt que de livrer le secret qui pourrait l'innocenter.
Tandis que l'affaire Lewinski défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière la vie très rangée de l'ancien doyen un passé inouï. celui d'un homme qui s'est littéralement réinventé, e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (127) Voir plus Ajouter une critique
michemuche
  11 octobre 2014
L'année 1998 restera dans les annales de la bêtise, le niveau zéro du ridicule.
Rappelez vous Bill et Monica, lui président des Etats-Unis elle stagiaire à la maison blanche. la fameuse tache sur la robe de Monica, le parjure qui faillit mettre fin au mandat présidentiel de Bill Clinton.
Le parcours de Coleman Silk, doyen de l'université d'Athéna, enseignant les lettres classiques, proche de la retraite et qui pour un malheureux mot sorti de son contexte va être accusé de racisme.
Devant la honte et le peu de soutien de ces collègues Coleman va démissionner et s'enfermer dans la solitude et l'affirmation que sa femme Iris morte au moment du scandale a été assassinée par la rumeur.
Sa liaison avec Faunia, plus jeune de trente ans va aggravé le scandale.
Le narrateur Nathan Zuckerman, écrivain et nouvel ami de Coleman va à sa demande écrire un livre sur l'affaire.
les nombreux flash-back nous font découvrir la jeunesse de Coleman ses passions mais aussi son secret, secret inavouable qui même après sa mort sera une bombe à retardement pour ses enfants.
Ce roman, dernier opus de la trilogie, véritable brulot de la société américaine où la rumeur la jalousie et la pudibonderie mènent la danse.
cet excellent roman prix Médicis étranger 2002 m'a fait découvrir un écrivain de grand talent mon premier roman de Philip Roth et pas le dernier.
Un cinq étoile n'est pas exagéré.
Je dédie cette critique à Onee qui doit attendre mon résumé pour pouvoir se lancer dans l'aventure Philip Roth
.
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aleatoire
  15 août 2019
Genèse d'une rencontre rothienne.
Mardi 9 juillet, je m'apprête à aller assister à la dernière de La force du destin à l'opéra Bastille lorsqu'un appel téléphonique vient tempérer mon exaltation :" Suite au résultat de vos analyses, ce serait bien qu'on vous hospitalise sans tarder afin de faire quelques investigations, nous avons un service de médecine interne très réactif. On vous attend avant 17.30 h..." Je tergiverse, "je préférerais demain." On insiste. Cette injonction inopportune, qu'en faire ? La force du destin verdiene n'allait-elle pas se heurter à la fragilité du mien ?
Même pas le temps pour ce premier séjour en résidence hospitalière d'interroger l'ami Krout (Pierre pour les initiés) un habitué (hélas) de ce genre de villégiature, pour m'informer du viatique à emporter. A l'arrache, je m'empare de brosse à dents, lunettes, portable (et son chargeur), dans la PAL, (pile à lire) le choix est vaste, le temps compté qui me fait me saisir de La tache de Philip Roth, auteur jamais lu.
D'examens abondants en analyses multiples, (on a les vacances estivales que l'on peut), je compris vite qu'en dépit d'un rythme hôtelier similaire, le room-service de la résidence ne saurait souffrir la comparaison avec celui de certains établissements cinq étoiles (nouvelle norme) expérimentés en d'autres temps et d'autres lieux. Personnel affable bien que fort sollicité (n'ai pas osé m'enquérir de l'emplacement de la piscine).
Finalement je fis fi du contexte, qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait "livresse" qui convoque l'imaginaire et ses ailleurs lointains :
Le tragique des destinées de quatre personnages, deux universitaires, une femme de ménage, un vétéran du Vietnam, en quête de leur auteur, le narrateur qui, dans une sorte de mise en abyme, témoin et investigateur, est partie prenante de ce drame à l'antique, de ces parcours imbriqués, désespérément pathétiques ; pléonasme ? tant le sont souvent nos exercices de vie.
Profonde réflexion sur l'identité, le libre-arbitre, jusqu'au mensonge, au reniement d'une communauté d'appartenance, une trahison familiale pour le choix d'une liberté revendiquée et assumée (nulle tension entre "mêmeté" et "ipséité"), jusqu'au malentendu d'une sorte d'injonction paradoxale figée dans une double contrainte, la tache impure.
Nègres blancs, portons-nous, aussi, virtuelle, cette tache ? est-elle une impureté ontologique , une espèce de péché originel que nul Messie ne saurait racheter ou pire, participe-t-elle de nos travestissements, de nos reniements, de nos trahisons, de nos arrangements ?
A la question quelle est "la couleur du mensonge" ? répond peut-être le bleu d'un tatouage délibérément choisi par le personnage principal :
"Dans ce tatouage bleu, il pouvait voir une image vraie, intégrale de lui-même. Sa biographie ineffaçable s'y lisait, de même que le prototype de l'ineffaçable, puisqu'un tatouage est l'emblème de ce qui ne part pas. On y lisait de même la colossale entreprise, les forces du monde extérieur, toute la chaîne de l'imprévu, les dangers de la révélation, ceux de la dissimulation, l'absurdité même de la vie se lisait dans ce stupide petit tatouage bleu."
Par égard pour le personnel soignant, c'est sans cynisme aucun que je plagie Tolstoï :
"En dépit des soins prodigués, il guérit".
Don Alvaro
"Tu me condamnes à vivre,
et tu m'abandonnes, pourtant !"
Giuseppe Verdi - La forza del destino

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Woland
  26 décembre 2007
The Human Stain
Traduction : Josée Kamoun
A mes yeux - mais ce n'est qu'un avis probablement orienté par ma passion toute proustienne pour les histoires aux mille et un méandres - un bon romancier se reconnaît au naturel avec lequel il parvient à imposer une histoire extrêmement complexe (et surtout plus complexe qu'elle ne veut le bien paraître) et truffée de personnages si possibles ambigus à un lecteur fasciné.
Et Philip Roth, qui me paraît entre parenthèses un chantre de la phrase à point-virgule, Philip Roth est un grand romancier qui n'a pas usurpé la réputation qui est la sienne.
"La Tache" - en anglais, "La tache, la souillure humaine" - débute sur un incident si banal que l'auteur, auquel son héros, Coleman Silk, vient le rapporter afin qu'il en rédige un ouvrage vengeur, n'est même pas enthousiasmé par cette histoire d'un doyen d'université américaine que l'utilisation d'un mot bien précis (mais doté de deux acceptions) pour désigner deux élèves de sa classe éternellement absentéistes a fait basculer sans autre sommation dans le camp des "racistes."
De ces deux étudiants, Silk ne savait rien : il ne les avait même jamais vus. du coup, un jour, il demande aux élèves présents quelque chose comme : "Quelqu'un sait à quoi ils ressemblent ou sont-ce des zombies ?"
Ah ! Malheur ! Voilà que les absentéistes sont Noirs (pardon ! de couleur !) et que le mot "spook", traduit par "zombi" dans notre langue, désigne en anglais :
1) tout d'abord un ectoplasme, un fantôme - songez au Spooky des "Casper"
2) et puis un Noir mais de manière péjorative.
Et évidemment, bien qu'il ait été le premier à embaucher un professeur noir à l'université d'Athena, il est clair que le doyen Silk ne peut avoir utilisé le terme que dans son sens second.
Eh ! oui ! Il n'y a pas qu'en France qu'on ne peut plus utiliser certains mots sans se voir traité de raciste et autres billevesées charmantes : aux USA aussi.
Silk a beau se défendre, en appeler à ses collègues (qui ne bougent pas), rien n'y fait : il finit par démissionner. Il perd aussi sa femme que la maladie ratrappe à ce moment-là. Bref, il perd tout. Sauf sa rage.
Le narrateur-auteur Nathan Zukermann ayant poliment mais fermement refusé d'écrire le livre vengeur que Silk entend titrer "Zombies", ce dernier s'y attèle. Et puis, un jour, il arrête tout. Au début, Zukermann pense que cela est dû au nouveau scandale que vient de provoquer l'ex-doyen de l'université d'Athena.
En effet, cet incorrigible anti-conformiste de 71 ans, aidé par le Viagra, prend pour maîtresse une femme de ménage de l'université qui s'affirme complètement illettrée, Faunia Farley, presque traquée en permanence par son ex-époux, un vétéran du Viêt-Nam complètement frappé.
Avec cet instinct propre à l'écrivain et, de façon générale, à l'artiste, Zukermann, que Silk a pris en amitié, finit par s'intéresser à l'affaire qu'il flaire plus compliquée qu'elle ne lui avait semblé à première vue : il se pose donc des questions, il cherche, il fouille et même s'il n'apprend le secret de l'ancien doyen qu'à l'enterrement de celui-ci, à la fin du roman, ce secret est d'emblée présenté en long et en large dès le chapitre 2, amenant le lecteur à reconsidérer sa vision du racisme - ou plutôt des racismes.
Mais dans ce livre envoûtant, il n'y a pas que cela que Roth nous contraint à remettre en question. Avec une habileté magistrale, il entremêle tous les fils de ses marionnettes par ailleurs si terriblement humaines de façon telle que tantôt elles nous font pitié, tantôt au contraire elles ne nous inspirent plus que du dégoût. Il n'est pas jusqu'au "dingue" de service, Les Farley, responsable de l'accident où Faunia et Coleman ont perdu la vie tous les deux, qui ne nous apparaisse, dans la scène finale, perdu dans la solitude gelée au milieu de laquelle il pêche, sa perceuse à ses côtés et assis sur un sot en plastique jaune retourné dont la description a quelque chose de grotesque, qui ne se dresse brusquement devant Zukermann-Roth - et donc devant nous, lecteurs - comme bien moins fou et pourtant beaucoup plus dangereux qu'il n'en avait donné jusqu'ici l'impression.
Ouvrez "La Tache", commencez à lire lentement, à haute voix si vous pouvez, ne tombez surtout pas dans le piège apparent de cette rivalité sournoise et typique du milieu universitaire qui conspire à éjecter le doyen Silk après avoir pressé celui-ci comme un citron - ce n'est qu'un leurre lancé par Roth pour jauger son lecteur - et continuez.
Oubliez les longueurs des paysages, si vous n'aimez pas. Lisez,
laissez-vous imprégner, laissez-vous envoûter, acceptez de regarder tous les personnages sous les différents prismes que vous tend obligeamment Philip Roth, indignez-vous contre ce "Silky Silk" qui, par ambition et "pour vivre libre", décide de renier sa propre mère dont il fut l'enfant préféré et qui n'a pourtant pas le courage de protéger ses enfants à lui du risque qui les guette et qui guettera leurs propres enfants dans les générations à venir, applaudissez aussi à sa rage de vivre, à son tempérament de "teigneux" irrésistiblement séduisant, jugez et ne jugez pas Fiauna, mère indigne ou pas, fermez un instant les yeux et rappelez-vous toutes les actualités sur les horreurs du Viêt-nam, "Voyage au bout de l'Enfer" de Cimino ou encore le gigantesque et inégalé "Apocalypse Now", absorbez toutes les souffrances, tous les excès, tous les mensonges, toutes les demi-vérités, toutes les erreurs des personnages de Roth ...
... et vivez "La Tache" qui prouve une fois de plus que, s'il a existé ou s'il existe encore aux USA des Malcom X, des Bush, des politicards irresponsables et des Juifs assez stupidement orthodoxes pour chanter sur une tombe non pas : "Un homme est mort aujourd'hui ..." mais bel et bien "Un Juif est mort", tentant ainsi de faire entrer dans l'Au-delà l'âme même du Ghetto (la scène est d'autant plus grinçante que, si le fils orthodoxe de Silk ignore la vérité, nous, nous la connaissons), leurs contraires absolus existent eux aussi.
Cinq ans après le 11 septembre 2001 et ses conséquences au Proche-Orient, ce qui a une fâcheuse tendance à nous le faire oublier à l'un ou l'autre moment, ça fait du bien de le savoir.
Merci, Philip Roth. ;o)
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isabelleisapure
  14 octobre 2018
Convoqué pour répondre à une accusation de racisme, le professeur et ancien doyen Coleman Silk, éminent spécialiste des auteurs de l'antiquité, se voit contraint de mettre un terme brutal à ses fonctions.
Etrange ironie du sort pour celui qui a toujours refusé de se laisser guider son destin par une société hostile et ségrégationniste.
Philip Roth décrit l'effritement inévitable d'un individu dont toute l'existence repose sur un mensonge.
Spécialiste de l'âme humaine, il interroge la condition des Noirs aux Etats-Unis, fouille la conscience morale d'une Amérique sinistrée et donne à cet impressionnant voyage au bout de la nuit une atmosphère d'impuissance, d'échec et de frustration.
La violence crue de cette histoire en fait à mon sens son roman le plus fascinant.
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1967fleurs
  20 septembre 2018
Après avoir lu «un homme », je ne m'attendais pas à une écriture aussi dense de la part de Philippe Roth, alors je me suis attelée à la tâche pour aller jusqu'au bout.
D'emblée, l'auteur nous plonge dans l'affaire Bill Clinton-Monica Lewinski et sa tâche ! mais ce n'est pas le sujet principal de ce livre…
Ph. Roth nous tient en haleine dans un autre registre du scandale, celui de la vie de Colman Silk et de sa profonde mélancolie, se transformant en une blessure de l'âme. Et cela va s'accroître au fil des pages.
Nathan Zuckerman, narrateur et ami intime de Colman va s'engager à écrire un livre sur cette brèche.
Enseignant à l'Université d'Athéna, la vie de ce doyen est jalonnée de flash-back autour de cette douleur et elle nous révèle son isolement dans la solitude. Sa liaison avec Faunia, leur importante différence d'âge, vont embraser les esprits.
Au final, Nathan Zuckerman nous le fera bien comprendre, ceci ne sera pas sans dommages collatéraux pour son ami.
Et puis il y a ce secret, marque du destin, qui s'incarnera jusque dans sa disparition.
Son retentissement impactera fortement ses enfants.
J'ai aimé cette lecture mais l'auteur fait beaucoup usage de circonvolutions dans la construction de ce roman.
Philippe Roth reste pour autant un grand écrivain.
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Citations et extraits (167) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   20 mars 2012
Ce fut l’été du marathon de la tartuferie : le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute ; un président des États-Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt-un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l’Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l’indignation hypocrite.
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HarioutzHarioutz   08 juin 2018
Ce que je veux dire, c'est qu'en m'installant ici je m'étais délibérément retiré de la sarabande du sexe, et cela, non pas parce que mes pulsions ni même mes érections auraient faibli de manière significative, mais parce que je n'arrivais plus à faire face aux exigences exorbitantes du sexe, à trouver l'esprit, la force, la patience, l'illusion, l'ironie, l'ardeur, l'égoïsme, la résistance - ou bien la solidité, l'astuce, la malhonnêteté, la dissimulation, la duplicité, le professionnalisme érotique nécessaires pour vivre avec ses implications déroutantes et contradictoires.
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fredhofredho   25 août 2015
En Amérique, cet été-là a vu le retour de la nausée ; ce furent des plaisanteries incessantes, des spéculations, des théories, une outrance incessantes ; l’obligation morale d’expliquer les réalités de la vie d’adulte aux enfants fut abrogée au profit d’une politique de maintien de toutes les illusions sur la vie adulte ; la petitesse des gens fut accablante au-delà de tout ; un démon venait de rompre ses chaînes, et, dans les deux camps, les gens se demandaient : « Mais quelle folie nous saisit ? » ; le matin, au réveil, les femmes comme les hommes découvraient que pendant la nuit, le sommeil les ayant affranchis de l’envie et du dégoût, ils avaient rêvé de l’effronterie de Bill Clinton. J’avais rêvé moi-même d’une banderole géante, tendue d’un bout à l’autre de la Maison-Blanche comme un de ces emballages dadaïstes à la Christo, et qui proclamait « ICI DEMEURE UN ETRE HUMAIN ». Ce fut l’été où, pour la millionième fois, la pagaille, le chaos, le vandalisme moral prirent le pas sur l’idéologie d’untel et la moralité de tel autre. Cet été-là, chacun ne pensait plus qu’au sexe du président : la vie, dans toute son impureté impudente, confondait une fois de plus l’Amérique.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   06 avril 2020
"Alors, racontez-moi ce qui s'est passé", ils lui disent, les petits assistants sociaux, les petits psychologues avec leurs diplômes. "Vous avez tué un homme, au Vietnam ?" Y a un homme qu'il a pas tué, au Vietnam ? Tuer, c'était pas ça qu'il était censé faire, là-bas ? C'était pas pour ça qu'on l'envoyait ? Pour buter les bridés, merde ! On a dit tous les coups sont permis, O.K., tous les coups il les a faits. Tout tourne autour du mot tuer. Tuer des bridés ! Comme si cette question suffisait pas dans la connerie, faut qu'ils lui filent un psychiatre chinetoque, un bridé, merde ; il a servi son pays, et on est pas foutu de lui trouver un toubib qui parle anglais, merde !...
Et puis voilà l'autre, le prof de fac, maintenant. Tu veux que je te dise où il était, celui-là, quand le gouvernement nous a envoyés là-bas avec un bras attaché dans le dos ? C'était lui qui menait ces saloperies de manifs contre la guerre. Quand ils vont en fac, on les paie pour qu'ils fassent cours, qu'ils fassent cours à nos gosses, pas pour qu'ils protestent contre la guerre au Vietnam. On nous a pas laissé une chance, merde ! Ils disent qu'on a perdu la guerre, c'est pas nous qui l'avons perdue, c'est le gouvernement. Seulement ces profs chicos, quand ça leur chantait, au lieu de faire cours, ils allaient défiler contre la guerre ; et lui qui a servi son pays, voilà le remerciement. Pour toute la merde qu'il a connue là-bas. Impossible de dormir une nuit complète. Y a vingt-six ans qu'il a pas fait une bonne nuit. Résultat, résultat de tout ça, sa femme s'en va sucer un prof de fac de rien, un youpin ? Y en avait pas des masses de youpins au Vietnam, s'il se souvient bien. Ils avaient pas le temps, ils passaient leurs diplômes. salaud de Juif !
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   11 avril 2020
Comme elle le note dans son essai autobiographique, elle est l'une des deux seules candidatures françaises acceptées. "je suis arrivée à Yale très cartésienne, et là-bas, le paysage est bien plus pluraliste, polyphonique." Ses jeunes étudiants l'amusent. Elle cherche encore leur côté intellectuel. Elle est sidérée par la façon dont ils s'amusent. Leur façon de penser, de vivre, hors de toute idéologie, dans le chaos. Ils n'ont jamais vu un film de Kurosawa - même ça, ils l'ignorent. Elle, à leur âge, elle avait vu tout Kurosawa, tout Tarkovski, tout Fellini, tout Antonioni, tout Fassbinder, tout Wertmuller, tout Satyajit Ray, tout René Clair, tout Wim Wenders, tous les Truffaut, les Godard, les Chabrol, les Resnais, les Rohmer et les Renoir. Eux, ils n'avaient vu que Star Wars...
Elle pensait qu'en arrivant en Amérique, elle allait déchaîner des : "Oh la la, une normalienne !" mais en Amérique, personne n'est à même d'apprécier l'itinéraire très spécifique qui est le sien, et son prestige considérable. Elle n'obtient pas le type de reconnaissance auquel elle est accoutumée, en temps que membre en herbe de l'élite intellectuelle française...
Elle écrit son doctorat. Elle le soutient. La voilà docteur... Elle avait fait tant d'études, s'y était si entièrement consacrée qu'elle était désormais prête à avoir un poste de prestige dans une université de prestige - Princeton, Columbia, Cornell, Chicago - mais voilà qu'elle n'obtient rien du tout. Consternation. Quoi, un poste de professeur temporaire à l'université d'Athena ? Elle fait la fine bouche. Jusqu'à ce que son directeur de thèse lui dise : "Delphine, ici, sur le marché, on décroche un beau poste après en avoir eu un petit..." Ses camarades d'études américains, qui tueraient père et mère pour trouver un boulot de prof à la chaufferie du supermarché, jugent son dédain caractéristique.
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