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EAN : 9782070782901
288 pages
Gallimard (31/01/2008)
3.65/5   244 notes
Résumé :
Médecin des hôpitaux, pionnier de l'humanitaire "sans frontières" , écrivain, prix Goncourt 2001, aujourd'hui ambassadeur de France au Sénégal, Jean-Christophe Rufin mène sa vie au grand galop. Selon une image tirée d'un poème de Senghor. il semble aller comme un cheval qu'un léopard aurait saisi au garrot. Pourtant, sous l'apparente diversité de cette existence, on distingue une unité profonde, née de la fidélité à une seule passion : la médecine, vécue comme un en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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Confession d'un enfant du siècle, j'emprunte volontiers cette expression à la chronique de SergePlennevaux. C'est le principal intérêt que j'ai trouvé à ce livre.
Rufin décrit son parcours depuis Bourges où son grand-père est médecin. Un médecin de campagne bien qu'il exerce en ville. Une notabilité à une époque où l'examen clinique domine la pratique de la médecine. Pas d'examens techniques, peu de structures hospitalières de pointe. Une médecine à visage humain même si elle se résigne parfois devant la mort.
De ses études en médecine Rufin nous dit "les études de médecine sont longues mais faciles" ; il décrit l'examen d'entrée comme "le débarquement de Normandie" ; "Des vagues d'étudiants hagards sont lâchés, à découvert sous une impitoyable mitraille qui en éliminera les deux tiers."
Lui s'en sort et parvient jusqu'à l'internat. Ce "qui m'attirait dans l'internat était que ce concours fondé par Napoléon était le gardien de cette médecine humainiste et littéraire à laquelle j'avais voulu me destiner" ; "à la plèbe des étudiants s'opposait l'élite issue de l'internat" rajoute-t-il. Là encore il va déchanter et chercher des alternatives qu'il trouvera dans la coopération en Tunisie notamment.
Le récit montre la dérive d'une médecine humaine vers une discipline technique où le médecin est poussé à "refuser la fatalité de la maladie et même de la mort"
"(...) ce qui me poussait vers la médecine était aussi ce qui devait finalement m'en détourner."
Rufin pressent l'évolution de l'hôpital "hors du monde" et choisit de se consacrer à l'action humanitaire "plutôt au coeur du monde".
Il connait les premiers pas de Médecins Sans frontières, l'éviction de Kouchner, la montée en puissance de Claude Malhuret qu'il surnomme Lénine, le côté méthodique et pragmatique de Rony Brauman. Il se tournera alors vers Action Contre la Faim...
Il décrit de façon pertinente l'engagement humanitaire de cette époque où, dit-il "le mouvement humanitaire français était une étape sur le chemin qui menait de l'engagement communiste au combat antitotalitaire."
Un livre d'histoire vu par l'un des acteurs qui présente avec justesse les espoirs et les désillusion d'une époque.
Un petit bemol sur la tonalité générale du récit, on a parfois l'impression que l'auteur est extérieur aux événements tant il insiste sur le hasard qui lui a présenté des opportunités qu'il n'a jamais cherché à provoquer.
"Les rencontres donc le hasard, ont été déterminantes pour y parvenir"
"besoin de sentir que le hasard se met de la partie pour décider de ma vie, en tout cas, je ne pris aucune inititaive active."
"Jusque-là, c'était un peu par hasard que je m'étais approché de ce monde."
Un livre témoignage sur le parcours de l'auteur mais surtout et avant tout un témoignage précieux sur l'évolution de la pratique médicale et sur les liens entre l'humanitaire et le politique.
Une phrase qui ne manque pas de résonner dans le contexte actuel :
"L'urgence tue l'urgence. Il suffit de voir ce que sont devenus les services d'urgence dans les hôpitaux."
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Je suis un peu genée de passer avec ce concert de louanges mais je n'ai pas vraiment apprécié ce livre. Ca n'était peut-être pas le bon moment... Après une cinquantaine de pages un peu encourageantes, j'ai senti mon enthousiasme retombé bien vite. J'étais bien intéressée par sa vie de médecin et celle d'écrivain mais les passages sur la politique m'ont profondément ennuyés. Je trouve qu'il manquait une dimension personnelle, il parle très peu de sa vie privée. Je comprends qu'il n'ait pas envie d'étaler sa vie dans ce livre qui parle surtout de ses envies et ambitions mais ça me l'a rendu moins intéressant. Au moins, je connais sa bibliographie dans son contexte et je me dis que je lirai bien un de ses romans - je ne considère pas celui-ci comme roman - prochainement. Globalia ou Rouge brésil m'attirent bien, d'après ce qu'il en dit.
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Ambassadeur au Sénégal, Jean-Christophe Rufin prend la plume pour raconter par quels chemins de traverse il est parvenu à ce poste. Petit garçon impressionné par son grand-père médecin qui incarne une sorte d'idéal, il devient à son tour docteur en médecine. Mais cela ne lui suffit pas, il veut "toucher le monde" et s'engage dans la toute nouvelle organisation humanitaire "Médecins sans frontière". Eternel étudiant, il fait "Science Po", devient attaché culturel et de coopération, et, pour finir, ambassadeur, poste duquel il entreprend de raconter son histoire, car notre homme se plait aussi à être romancier.

Mon avis
Je désirais lire cette biographie depuis sa sortie, et puis...vous savez ce que c'est : le choix, son embarras, le temps passe. Et le livre sort en "poche", ou plutôt en Folio, et hop, on l'empoche. C'est étrange, dans ce livre, le docteur Rufin parle des lecteurs qui se souviennent de ses livres, et pas de son nom. Pour ma part, j'ai le souvenir de son nom avec ce bouquin, je n'avais rien lu d'autre, et pourtant, j'ai dans ma bibliothèque "le parfum d'Adam", que je n'ai pas encore lu.

Le livre est pour moi en deux parties à peu près égales : le début évoque sa carrière médicale, c'est celle que j'ai trouvé passionnante, la seconde moitié du livre témoigne de son engagement humanitaire, que j'ai eu plus de mal à suivre, ayant souvent l'impression de répétitions. Peut-être parce que le récit n'est pas entièrement chronologique. de plus, les querelles intestines des associations humanitaires sont vraiment lassantes, trop d'égo, pas assez d'aptitude à parvenir à un but. Un peu comme la politique au fond.

Rufin se sent prisonnier de la médecine et désire aller au-delà, dans cet endroit secret, le futur, simplement être "dans la vie" et témoigner, au travers d'essais, de chroniques, de fictions. Rufin est une sorte de navigateur, toujours à chercher un nouveau port.


Dans cette biographie, j'ai trouvé le style assez facile à lire (Rufin a reçu le prix Goncourt en 2001 pour son roman Rouge Brésil), pas de mots compliqués ou de principes complexes, j'ai noté de belles formules :
Sur son grand-père
Je n'ai pas adressé dix phrases dans toute mon enfance à ce personnage hiératique. Cela ne m'importe guère. On peut consacrer sa vie à un dieu dont on n'a jamais entendu la voix.
...
Il a fallu plusieurs morts dont la sienne, des héritages, le dépouillement solitaire de vieux papiers et de photos pour que se construise l'image sinon complète du moins précise que j'ai du personnage désormais.
J'ai également noté un travail amusant car Rufin compare à plusieurs reprises la médecine et la religion :
Quand j'arrivais dans la maison de mes grands-parents, les lustres de la médecine étaient presque éteints. Ne restaient plus que des instruments morts et la petite lumière du bureau pour indiquer que le lieu était toujours consacré. (p.36)

Les patients m'écoutaient et, quoique ma compétence n'eût pas progressé, bien au contraire, ils étaient prêts à accepter sans murmurer tous mes oracles...(p.65)

Les internes, peu nombreux et choisis, pouvaient, eux, prétendre au titre enviable de disciple. (p.73)

...apaiser les douleurs et les angoisses comme un faiseur de miracles qui impose les mains, tout cela ne laisse pas d'être grisant. (p.80)

Face à un problème, les réponses sortent automatiquement, comme la voix d'un oracle qui serait désormais enfoui en vous et dont vous seriez devenu la bouche d'or. (p.83)

Tout jeune et inexpérimenté que je fusse, je ressentais en moi et autour de moi les signes troublants de ce sacerdoce. (p.102)

...le médecin a d'autres rendez-vous avec la mort.
D'abord, c'est lui qui la déclare. Ce pouvoir est le coeur de sa fonction, la part sacerdotale et mystérieuse de ce métier. (p.108)

Trente ans plus tard, je sens encore sur mes doigts le contact gélatineux de ces yeux sans vie. Il est comme la marque d'un mystérieux chrême dont j'aurai été baptisé. Cette onction a fait de moi, quoi que je devienne jamais, un desservant de ce culte étrange, plus proche des grandes terreurs de la préhistoire que des récentes conquêtes de la science, et qui a pour nom médecine. (p.111)
Rufin a de l'humour :
Les traditions s'imposent à tout "collègue" (ainsi les internes se nomment ils entre eux, par opposition aux médecins non internes qui sont seulement des "confrères" et aux anciens internes plus âgés, qui sont désignés sous le vocable flatteur de "fossile"). (p.84)
Pour achever ce billet, je dirai que j'ai bien aimé la partie consacrée à la médecine, moins celle expliquant sa quête d'humanitaire, que je trouve plus édulcorée. Rufin passe très rapidement sur sa vie privée, tout en évoquant quelques fois ses mariages ou ses enfants, mais tout cela reste secondaire dans le récit, alors que la famille est le premier témoin et le premier catalyseur de nos actes et de nos choix. Tout cela laisse un sentiment bancal : il en dit trop et parfois pas assez pour comprendre son cheminement intellectuel. J'ai également trouvé un peu soudain et forcé le trait de son appétence pour l'écriture qui est mis en scène vers la fin avec le défilé de toute sa production, là encore, on a une impression trop rapide de sa carrière littéraire.

Un livre qui m'a donné très envie de découvrir Rufin romancier :
La fiction est un mode d'expression qui s'offre à moi comme un collecteur naturel d'expériences et de sensations. Tout est matière à nourrir ma production romanesque par un processus d'enfouissement et de résurgence, d'oubli et de remémoration. Je n'éprouve plus cette tension douloureuse qui, autrefois, me donnait, quand j'écrivais, l'impression de ne pas vivre et quand je vivais de négliger l'écriture. En somme je suis capable de perdre mon temps. Je sais que ce temps perdu rejaillira quand il sera convoqué par l'imaginaire. Il prendra une réalité dans des fictions à venir. Il trouvera sa vérité dans le mensonge d'une intrigue. (p.306)
Je suis tout à fait d'accord avec cela.

Un mot sur le titre qui, avouons le, reste énigmatique (et c'est ce qui m'a attirée dès le début). Il emprunte une image à Léopold Sédar Senghor, celle d'un cheval fou attrapé au garrot par un léopard, un être ruant dans les brancards (j'ose l'image...), une créature inapaisée, affamée de tout et de tous, et peut-être aussi, de ses propres désirs.
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Comme l'indique le sous-titre, il s'agit d'une autobiographie et d'un voyage. Récit(s) d'une vie dans le monde, inscrite dans son époque; celui d'un parcours atypique et pourtant guidé par une aspiration : retrouver l'humanisme dans la pratique de la médecine; retrouver le regard, le lien avec la société humaine malgré la médecine scientifique, technologique et spécialisée.

Jean-Christophe Rufin est connu pour ses engagements dans des ONG humanitaires, sa présidence d'Action contre la faim, ses postes ministériels et diplomatiques, ses romans et son Goncourt ( puis son élection à l'Académie Française non mentionnée dans ce livre ). Il revient sur toutes ses expériences – intéressantes s'il en est – dans cet ouvrage. C'est la première partie de cette lecture retraçant sa jeunesse, ses études de médecine, puis son rôle, sa pratique lors des missions humanitaires avec Médecins Sans Frontières ou Action contre la faim qui m'ont le plus passionnée. Ces aspects techniques.

Si j'ai lu avec grand intérêt les passages qu'il consacre à son désir d'écriture, à cette naissance ( ou plutôt à cet accouchement ) de l'auteur, à ses sources d'inspiration – les lieux, les rencontres, les images marquantes – ainsi qu'à sa vision du roman, de l'écrivain et du monde littéraire ( lectorat, librairie, édition, auteur, média, prix ), ce sont ses réflexions sur la médecine et sur la gestion de l'urgence sanitaire qui me restent. Je précise toutefois que cet ouvrage n'est pas un essai sur l'humanitaire. Et j'en profite pour saluer les dernières pages qui s'intéressent à la complémentarité des regards du médecin et du romancier. Parce que lorsque j'ai refermé ce livre, bien que le sachant romancier, je ne pouvais penser cet homme autrement que médecin. Et c'était bien lui que je voulais lire, ce fondamentalement médecin alors même qu'il va s'y consacrer tout en cherchant par tous les moyens à pratiquer autrement. Les paradoxes de sa vocation expliquent les détours de son parcours professionnel. Ce n'est qu'avec le recul du temps que l'on peut percevoir qu'il s'agissait d'un chemin.
Héritier par la figure tutélaire de son grand-père d'une médecine humaniste, Jean-Christophe Rufin reçut sans conviction, plutôt avec déception et frustration, sa formation. » Un malentendu fondamental « : les chapitres sur ses études de médecine relatent son attente d'une autre définition, sa passion intacte mais insatisfaite et décrivent, en les resituant bien dans leur contexte – la fin des années soixante – les méthodes, l'ordre mandarinal, les relations au médecin, aux malades et à la maladie – ce qui fait une sérieuse différence – , l'accueil, l'accompagnement des patients.

Sous l'autobiographie, la biographie de la pratique médicale. Jean-Christophe Rufin manie avec finesse l'humour et l'art du portrait. Il ne se dispense pas d'autodérision ni de sens critique. S'il pointe un système qui lui paraît bien peu humain, il sait y reconnaître ses propres erreurs.

Un premier voyage de hasard en Afrique apporte une réponse à cette prise de conscience du malentendu sans le détourner de sa voie, de la voix qui l'appelle, l'interpelle. Ce seront des routes qui chacune laisseront leurs empreintes autant vers l'humanitaire que vers la littérature.
Les obligations du service militaire complètent la réponse. Jean-Christophe Rufin part en coopération en Tunisie : » A Paris, pendant que j'exerçais dans le cadre immuable et rassurant de mon hôpital, il me semblait que tous les êtres humains étaient semblables et que seules leurs maladies étaient distinctes et variées. En Tunisie, je compris qu'au contraire les maladies sont universelles : exactement semblables sous toutes les latitudes. Ce sont les humains qui diffèrent. L'épisode tunisien eut un autre mérite, plus inattendu encore. Pour la première fois en effet, je découvris directement l'existence de la politique. «

Ce passionné d'histoire rejoint le contemporain. Et Médecins Sans Frontières à ses premières heures. le praticien nostalgique de l'examen clinique, du regard sur le patient, ouvre les yeux sur son siècle où » tout est politique « . Et ce seront les tours et contours de l'aventure humanitaire ( selon le titre du Découverte Gallimard Jeunesse que Jean-Christophe Rufin a signé, retraçant l'humanitaire dans sa perspective historique et politique, en présentant les formes ), les lignes et les pics, les mouvements, les manoeuvres, les développements, les progressions. Rivalités en interne, désastres en externe. le médiatique, la manipulation aussi, et les difficultés décisionnelles et concrètes de » l'action en temps réel » lorsque l'information est partielle, lorsque les évènements ne portent pas encore de nom historique, lorsqu'il faut traiter ces évènements » avec toute l'incertitude de l'inachevé » et » apprendre à se repérer dans la géographie très particulière des temps bouleversés « , qu'il faut les qualifier pour pouvoir agir à bon escient ( notamment lors des crises alimentaires pour lesquelles il est essentiel, au-delà du secours d'urgence, d'agir sur les causes ) ainsi que pour gérer la mesure de l'intervention ( et les réseaux de distributions )
Lien : http://www.lire-et-merveille..
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Ce roman autobiographique de Jean-Christophe Rufin nous permet de profiter de ses dons de conteur et de découvrir une partie de sa vie si étonnante et variée. J'ai beaucoup apprécié le début de ce livre et son entrée dans le monde médical moins la partie plus politique au sein des ONG ou des ministères. JC.Rufin n'a pas son pareil pour montrer que rien n'est totalement blanc ou noir. La médecine n'est ni réservée à des personnes dont c'est la vocation ni à des personnes qui veulent s'enrichir, elle n'est ni purement humaine ni purement technique, les membres des ONG ne sont ni des rêveurs ne voulant que le bien de l'humanité, ni des calculateurs ayant des buts très personnels, on n'est pas scientifique ou littéraire… Bien sûr ces extrêmes existent mais bien souvent les personnalités sont beaucoup plus équilibrées et je trouve que JC.Rufin nous incite à aimer les qualités de chacun plutôt qu'à dénigrer les défauts que nous avons tous (sans les ignorer … pour pouvoir s'améliorer …).
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
"Si tu veux mon avis, me dit le collègue en frottant ses yeux fatigués par une nuit de veille, ne t'habille pas trop vite quand on t'appelle. Traverse la cour doucement, sans te presser. Ceux qui doivent mourir seront morts. Il sera toujours temps de t'occuper des autres."
Nous vivions les derniers moments d'une époque : une sagesse, venue du fond des âges, était encore transmise et exprimable sans susciter l'indignation. Comme le faisait avec naturel mon vieux collègue, elle nous disait simplement qu'il fallait respecter la mort. Une des noblesses des médecins était d'évaluer les combats perdus et de ne pas les livrer. Faluner fut un des derniers à décrire avec tendresse un vieux toubib que chacun appréciait dans son comté parce qu'il savait, avec tact, arriver trop tard, quand il n'y avait plus rien à faire.
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Et, confusément encore, je compris que je voulais, moi aussi, avoir affaire à tout l'homme. Jamais je ne pourrais consacrer ma vie à de simples morceaux de la mécanique humaine. L'être humain qui m'intéressait était celui qui vivait en société, interagissait avec les autres, capable, certes, de maladie mais aussi de génie créateur, de révolte, de courage, de foi, de partage et d'affrontement. Je ne savais pas encore vers quoi cette révélation me mènerait : en tout cas, j'étais sûr de ne pas accepter d'aller dans la voie qu'ouvrait de plus en plus à cette époque la médecine spécialisée. Je ne serais pas le médecin d'un organe ou d'une maladie. Je serais le médecin du tout.
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Ces consultants se sont adressés a moi non pas en tant que personne mais par intérêt pour mon “profil” .Il semble que ce terme soit réservé a des gens que, malgré leurs efforts personne n’a jamais regarde de face. Faute d’avoir un visage, une âme, une conscience, une substance ,une vérité, on doit se contenter d’être un profil….Ils ressemblent a ces fresques égyptiennes sur lesquelles chacun avance de travers, en ne donnant jamais a voir qu’un cote de lui.
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Claude Malhuret était devenu ministre d'un gouvernement Chirac. Il y était préposé à la défense des droits de l'homme. Privé d'administration et de budget, lié par la solidarité gouvernementale à un Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, qui entendait terroriser les terroristes et renvoyer les immigrés par charter, la tâche de Malhuret n'était pas facile. Enfermé dans un bureau de belles dimensions, agréable quoiqu'un peu humide, il était coupé de la réalité par un directeur de cabinet qui veillait sur lui jalousement et contrôlait toutes ses communications avec le monde extérieur...

J'étais pour la première fois de ma vie, mais hélas pas la dernière, dans une situation de quasi-chômage...Îl m'offrit un poste à son cabinet...
Mon rôle dans l'équipe n'était pas clairement défini. Je compris vite qu'il tenait en ma seule présence. Par ma familiarité avec le ministre, je brisais le blocus que son directeur de cabinet avait installé. J'entrais et sortais librement de son bureau ; je recrutais pour lui des collaborateurs indépendants qui formèrent bientôt un cabinet bis. Malgré la haine et le mépris qu'un groupuscule d'énarques dirigea contre nous, nous parvînmes à survivre et même à monter quelques opérations couronnées de succès...
Ce fut pour moi une époque passionnante, pendant laquelle je pris contact pour la première fois , fût-ce de façon subalterne, avec l'univers du pouvoir, les hautes sphères de l'Etat, les circuits de la décision publique. J'y glanai une nouvelle série de décors et de portraits qui me seraient très utiles dans ma vie future de romancier.
C'était une période excitante intellectuellement mais beaucoup plus calme au quotidien que je ne l'avais supposé. Du fait de sa position modeste dans le gouvernement et de son absence de responsabilités, le secrétaire d'Etat dont j'étais le conseiller passait le plus clair de son temps à ne rien faire. Il était surtout occupé, et moi avec, à se demander à quoi il pourrait bien consacrer son énergie. Je me souviens ainsi d'un long printemps pendant lequel nous regardions fleurir, dans la cour de l'annexe de Matignon où nous étions installés, un cerisier du Japon qui faisait éclore d'énormes pompons roses. Les pieds posés sur le rebord de la fenêtre, un verre à la main, nous contemplions les belles fleurs et les écoutions pousser. On se serait volontiers cru dans un roman de Faulkner, au coeur du grand sud américain, plutôt que dans les parages trépidants du pouvoir, rue de Varenne, à Paris...
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Ce qui s'acquiert dans les morgues, c'est une vision complète des corps, de son dedans comme de son dehors, de son état inerte comme de état palpitant. Les médecins, à cause de ces moments de familiarité avec le cadavre, savent que le corps n'est pas seulement la disposition souple et chaude d'organes, de fonctions et de sens. Ils savent que la vie est un état fragile et rare, l'improbable mise en mouvement d'une molle horlogerie de chair, si désespérante à contempler quand elle est jetée en tas au fond d'un bassin d'émail.
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Vidéo de Jean-Christophe Rufin
Rencontre avec Jean-Christophe Rufin à l'occasion de la parution de son roman D'or et de jungle aux éditions Calmann Lévy


Jean-Christophe Rufin est médecin. Il fut l'un des pionniers du mouvement humanitaire et, à ce titre, a parcouru de nombreux pays en crise. Il a exercé des fonctions diplomatiques (attaché de coopération au Brésil, ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie). Romancier, il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages qui ont tous conquis un large public en France et à l'étranger: Rouge Brésil (prix Goncourt 2001), Immortelle randonnée, le Tour du monde du roi Zibeline, ainsi que la série des aventures d'Aurel le consul… Il est membre de l'Académie française depuis 2008.
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