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EAN : 9782818045954
176 pages
Éditeur : P.O.L. (23/08/2018)
3.26/5   27 notes
Résumé :
Ce livre retrace l’histoire du premier grand kidnapping français qui agita le pays en 1960 avant de découvrir qu’il était calqué mot pour mot sur un roman américain de la Série noire ! Un jeune ouvrier, séducteur invétéré, revenu de la guerre d’Algérie et reconverti dans la vente d’électrophones, se jette dans les nuits parisiennes. Il rencontre une jeune reine de beauté danoise qui découvre Paris en traînant aux terrasses de Saint-Germain-des-Prés. Tout bascule lor... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
nameless
  14 février 2019
Le 12 avril 1960, Eric Peugeot, fils et petit-fils des magnats de l'industrie automobile est enlevé sous les yeux de sa nurse. Le garçonnet est retrouvé sain et sauf 48 heures plus tard. Cette affaire claque comme un coup de tonnerre dans le ciel serein de la Vème république encore jeune, car c'est la première fois qu'un enfant est kidnappé et rendu à sa famille contre le versement d'une rançon.

Après 11 mois d'une enquête complexe pourtant stimulée par la famille Peugeot, deux bras cassés, Larcher et Rolland, sont arrêtés et révèlent aux policiers qu'ils se sont servi pour réaliser leur coup, d'un roman paru en 1955 dans la Série noire, Rapt, de Lionel White, qui s'est lui-même inspiré de l'enlèvement du fils de Charles Lindbergh pour écrire son polar. Larcher et Rolland ont même recopié la lettre de demande de rançon imaginée par Lionel White pour l'envoyer au père d'Eric Peugeot rendant ainsi poreuse la frontière entre réalité et fiction.

Mais le travail de Bertrand Schefer ne s'arrête pas à ces révélations. Philosophe et cinéaste, il fournit une approche fascinante de l'affaire qui s'intègre dans une analyse sociologique d'une certaine vie mondaine et nocturne qu'il raconte comme s'il la filmait, où l'on peut croiser des vedettes du cinéma et de la chanson, des peintres, des malfrats, des bourgeois encanaillés, tous cités, tous vrais, tout un monde interlope avide de sensations fortes ou soucieux d'enrichir son carnet d'adresses. Rolland, l'un des kidnappeurs nage comme un piranha dans ces eaux troubles. Séducteur, il collectionne les femmes, de préférence de milieux aisés. Au moment des faits, il entretient une relation avec la future Miss Danemark, amie d'Anna Karina. Comment a-t-il pu obtenir des informations aussi précises sur l'emploi du temps du petit garçon et de sa famille ? Intéressante question.

Série noire s'ouvre sur le 13ème festival de Cannes, présidé par Georges Simenon, obligé d'assister à une représentation de Ben-Hur, avant d'annoncer un palmarès qui consacre l'Avventura et la Dolce Vita. Justement, la dolce vita, c'est le rêve des kidnappeurs qui s'empressent d'aller claquer l'énorme rançon extorquée à la famille Peugeot sur la Côte d'Azur. En 1965, Jean-Luc Godard puise lui aussi dans la bibliographie de Lionel White - Le démon de onze heures - pour réaliser Pierrot le Fou. Quand je vous dis que la Série noire est une mine !
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echoarmand
  05 septembre 2018
L'enlèvement d'Éric Peugeot, 4 ans, petit-fils du président de la firme automobile, en avril 1960, ne vous dit peut-être rien, ou vaguement quelque chose et pourtant le propos de Bertrand Schefer, dans ce texte, n'est pas tant de nous rafraichir la mémoire sur cet évènement, que de l'inscrire dans une sorte de mise en abime littéraire et sociologique.
Je m'explique : au départ il y a l'affaire du bébé Lindbergh, en 1932, largement médiatisée, qui donne au romancier américain, Lionel White, l'idée du livre « Rapt » publié dans la fameuse « Série Noire » chez Gallimard.
Ensuite, il y a le tourbillon mondain du Tout-Paris et la dérive d'une jeunesse américanisée qui brûle, à tout prix, de se faire un nom et accessoirement de l'argent.
C'est dans ce contexte et cette ferveur du début des années 60, que l'ouvrage devient source d'inspiration pour deux apprenti-malfrats (accompagnés d'une reine de beauté scandinave). Ils décident d'en appliquer « à la lettre » le modèle, voire d'en recopier (mot à mot) les détails, afin d'orchestrer le premier grand kidnapping français qui fera la une des journaux. Celui du petit Éric.
Troisième étape : le regard de Schefer sur cette « société du spectacle » en devenir qui met en évidence l'ambiguïté des relations entre fiction et réalité. Dorénavant littérature, cinéma et faits divers avancent main dans la main suivant un modèle américain précurseur.
La boucle est bouclée.
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YANCOU
  19 août 2018
Alors pour une fois ce n'étais pas un fait divers qui allait inspirer un livre, mais bien un livre qui était à l'origine du fait divers. Comme à son habitude, Bertrand Schefer donne à lire un récit d'une grande maitrise (le précédent, "Martin" était une merveille de concision), plein de rebondissements habiles, un récit qui se déroule dans les coulisses des années 50 et 60 et où le lecteur croisera Antonioni, Anna Karina, Kenneth Anger, Jean-Jacques Pauvert et quelques autres encore.
Série Noire est excellent livre qui revient sur une affaire célèbre et en profite pour réfléchir sur le fait divers en littérature tout en faisant des tours et détours par le cinéma.
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topocl
  02 mars 2019
C'est une sale petite frappe qui veut éblouir sa belle, une jeune danoise naïve, candidate au titre de Miss Danemark et qui s'efforce de fréquenter les lieux où il se passe quelque chose, les caves de St Germain des Prés, Courchevel, le festival de Cannes. Un copain fasciné par l'enlèvement du petit Lindberg, et qui a lu le roman Rapt de Lionel White, l'embarque pour sa perte dans l'enlèvement du petit Eric Peugeot, le premier rapt d'enfant contre rançon français.
C'est un rapport volontairement décalé de ce fait divers, qui se fiche des omissions si elles permettent des digression. Shefer veut sans doute montrer ce milieu très flou, artistique, dilettante, de l'après guerre, sa vague collusion avec des malfrats dans une même recherche de fric et d'identité.
Il s'intéresse aussi au rôle joué par le roman, qui en même temps raconte un fait divers et en génère un autre.
J'ai malheureusement assez souvent été noyée sous le name dropping, où il pouvait être sympa de retrouver Alain Cuny et Anna Karina, mais ceux-ci sont noyés dans une accumulation de seconds rôles, on n'est pas dans une série B pour rien.
C'est assez fouillis (même le style cherche à nous perdre), et inabouti dans son désir touche à tout. Assez frustrant pour tout dire ; on pense au bouquin vivifiant qu'auraient pu concocter Jaenada ou Carrères.
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tarceldesbois
  04 octobre 2018
J'ai beaucoup aimé le style mais beaucoup moins le déroulé. le premier tiers est confus car le lecteur n'ayant aucun repère se perd dans ce discours confus . La deuxième partie, explicative des faits est intéressante ainsi que les suites judiciaires de chacun des protagonistes
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critiques presse (1)
Liberation   18 septembre 2018
Encore un roman illuminé d’amour pour le cinéma.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
YANCOUYANCOU   19 août 2018
"Onze mois d'errances, des centaines de procès-verbaux, trois fois le tour d'Europe et un voyage à New York : on ne peut pas dire que l'affaire ait été rondement menée, mais le finish est fulgurant. La cadence va maintenant s'accélérer. Comme si, en attrapant un dossier en équilibre sur le rayonnage du haut, c'était toute l'étagère qui venait d'un coup et s'éparpillait au sol avec, au beau milieu, un volume de la Série noire que son titre suffit à transformer en preuve accablante : Rapt. Les policiers n'ont pas besoin d'aller bien loin dans leur lecture lorsqu'ils retrouvent le livre chez Larcher : c'est juste là, sur le rabat de la couverture, la lettre fictive des ravisseurs qui sert d'accroche au livre. C'est mot pour mot la lettre retrouvée u pied du toboggan de l'aire de jeux du golf de Saint-Cloud. Seuls les noms ont été changés. Ils la connaissent par cœur, c'est la pièce à conviction n° 1 et pour eux c'est maintenant la page qui se sépare en deux."
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rkhettaouirkhettaoui   29 août 2018
...les Américains savent raconter une histoire et ils savent aussi en fabriquer et quand il n’y a rien à dire ils s’arrangent pour que les circonstances deviennent ces histoires, les fabriquent, comme à Hollywood, qui a fabriqué des faits divers dans l’enceinte des studios et des villas pour faire vivre et nourrir le cinéma qui à peine né s’épuisait déjà. À la fin, c’est-à-dire très vite, il n’y eut plus d’écart, à Hollywood, entre la vie des stars déchues et le scénario des films. Ils avançaient main dans la main. Les Américains ont toujours su, dit-on, raconter et engendrer des histoires : horribles, choquantes, passionnantes, avec une signification haute. Ce n’était pas une enquête sur la grandeur, même au contraire. Peut-on dire pour autant une enquête sur la petitesse et la pauvreté, la pauvreté des âmes, des actes, de toute une époque qui cherchait quelque chose à mettre sous sa dent ?
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Cyrber69Cyrber69   23 avril 2019
l tente de la convaincre de rester, mais elle n’entend pas. Rolland veut la voir, il lui paye le billet, il a quelque chose de très important à lui dire, mais pas au téléphone, maintenant plus rien au téléphone, il faut se voir. Allongée sur le lit de la vaste chambre du Grand Hôtel de la rue Scribe, Lise pose sa tête sur les genoux de son amant et quelques jours plus tard, quand elle revient finalement du concours où elle s’est effondrée à la cinquième place, l’esprit ailleurs, littéralement grillé par le raccourci que sa vie vient de prendre, elle demande à Rolland si elle a bien fait et il répond, en jetant des liasses de billets sur le lit, que tout cela n’a plus grande importance maintenant.
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rkhettaouirkhettaoui   29 août 2018
Il a choisi cette voie, il sort avec un modèle, une mannequin, une fille belle à mourir qui sera peut-être élue Miss Monde, car Lise est très jeune et déjà en tête de liste pour le concours de beauté de son pays qui conduit naturellement au titre mondial, qui se déroule l’année prochaine à Londres, où elle ira, elle le sait déjà, et malgré les cours qu’elle continue de suivre et la formation très dure, des heures de marche, de maintien, de port de tête, de main sur les hanches, de face et de trois quarts, elle sait aussi qu’elle n’a pratiquement rien à faire lorsqu’elle sort et qu’il lui suffit juste d’être assise les jambes croisées et de sourire pour capter tous les regards.
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rkhettaouirkhettaoui   29 août 2018
Une jeune femme qui était modèle, à une époque où les mannequins étaient encore cantonnés à quelques sages défilés privés, à une réclame pour un savon ou un dentifrice, espérant au mieux une couverture de magazine, pouvait avoir aussi bien le destin de Grace Kelly, qui était elle-même présente cette année-là au bras du prince Régnier, si elle réussissait à pénétrer le monde du cinéma qui fabriquait exclusivement les vedettes. Et c’était déjà l’idée depuis les débuts de Hollywood, lorsque des trains entiers de jeunes aspirantes, lauréates de concours de beauté locaux, débarquaient dans la capitale du cinéma avec leur jeunesse, leur audace et leur pauvreté.
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Videos de Bertrand Schefer (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Bertrand Schefer
Le 4.02.2020, à la librairie Ombres blanches, Bertrand Schefer présentait le “Zibaldone” de Giacomo Leopardi. Rencontre organisée avec le soutien de l' Association Machiavelli Toulouse et de L'Italie à Toulouse.
https://podcasts.ombres-blanches.fr/?name=2020-05-15_20_02_04_ob_-_bertrand_schefer.mp3
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