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Daniel Beauvois (Éditeur scientifique)Il'â Gal'perin-Kaminskij (Traducteur)
ISBN : 208071225X
Éditeur : Flammarion (07/02/2005)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 254 notes)
Résumé :
" Je songe à une grande épopée chrétienne où je voudrais introduire saint Pierre, saint Paul et Néron, la première persécution, et donner une série de tableaux tellement universels et magnifiques que l'on serait obligé de les traduire du polonais dans toutes les langues " : telle était l'ambition de Henryk Sienkiewicz lorsqu'il entreprit, en 1895, la rédaction de Quo Vadis ?. Pari gagné : l'année suivante, le roman est traduit en Europe et aux États-Unis - les Franç... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
Marple
  11 juin 2016
A la question du titre, 'Quo vadis?' autrement dit 'Où vas-tu?', la réponse est indéniablement : à Rome, et s'il vous plait au temps de l'empereur fou Néron et des premiers chrétiens... Ce sont ces deux aspects, Rome Antique et religion, qui m'ont marquée et séduite dans le livre, bien plus que l'improbable intrigue autour de cette brute de soldat qui serait devenu un homme bon en 3 sermons et 2 regards de sa belle.
Quo vadis ? est un grand roman historique romain, qui déroule sous nos yeux les jeux du cirque, la vie quotidienne, l'organisation de la société, des esclaves aux patriciens en passant par les vestales, mais aussi les délires, les excès et les fêtes des puissants. Si l'histoire est fictive, on y côtoie des personnages réels, Pétrone, Néron, les Apôtres Pierre et Paul de Tarse... La philosophie et l'esprit du temps m'ont semblé extrêmement bien rendus. Sans oublier cette ironie douce de Pétrone et de l'auteur, si agréable à lire.
Je n'ai pas réussi à déterminer si le livre prônait réellement le christianisme, mais il est en tout cas un magnifique hymne à la bienveillance, à la tolérance, à l'amour et au pardon. Les conditions de vie des premiers chrétiens et l'évangélisation de la société m'ont intéressée. Plus encore, les valeurs et l'humanisme de Pierre ont résonné fortement en moi, comme un rappel qu'il y a des choses bien plus fondamentales que les apparences, le bien-être immédiat ou les richesses.
Pour terminer sur une note plus légère, c'est encore mieux qu'au Scrabble, car ce livre compte pour moi dans 4 challenges ! Challenge PAL, challenge Pavés 20/xx, challenge Atout Prix 8/xx et challenge XIXè siècle 4/xx
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gill
  06 février 2013
C'est en mars 1895 que parut "Quo Vadis" sous forme de feuilleton dans le journal "Gazeta Polska". Dix ans plus tard, cet ouvrage valut à son auteur le prix Nobel de Littérature.
Son auteur, Henryk Sienkiewicz est un écrivain polonais qui laissera à la postérité un autre chef d'oeuvre, "Les chevaliers Teutoniques", un récit sombre de vengeance plein de fracas et de fureur des batailles et teinté du désir de la Pologne à devenir libre.
"Quo Vadis" eût d'abord en France un très mauvais accueil, provoqué par une campagne menée par la presse et quelques écrivains. La mauvaise qualité des éditions et des traductions offertes, alors, au public, n'aidant pas à rehausser le prestige d'une oeuvre méprisée par nombre d'intellectuels.
Pourtant "Quo Vadis" est un ouvrage puissant et dense, où les descriptions, tellement vivantes, laissent à penser que l'auteur a assisté lui-même aux événements qu'il peint. L'incendie de Rome est dessiné avec tant de force et de détails que les flammes semblent s'animer sous nos yeux.
Il nous présente deux grands personnages païens : Néron et Pétrone, il donne à l'un la séduction derrière laquelle se cache le monstre vulgaire et à l'autre la nonchalance qui le mènera au suicide par peur du tracas.
Ce livre est une grande fresque, presque archéologique et la force de son récit lui fait traverser le temps sans lui infliger son outrage.
Longtemps, on a dit de "Quo Vadis" qu'il était un ouvrage teinté de religion, il s'avère qu'en traversant le siècle, il aura fini par être compris comme ce qu'il est : un roman historique fort plein d'humanisme.
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Gwen21
  03 octobre 2012
J'avais essayé de le lire trop jeune et j'avais abandonné. La visite du Muséoparc Alésia, en Côte d'Or, m'a soudain donné envie de m'intéresser d'un peu plus près à l'Antiquité et particulièrement à l'époque romaine (avec laquelle j'étais fâchée depuis la fac d'Histoire). C'est donc assez naturellement que j'ai choisi de redonner une chance à l'oeuvre.
Quelle vanité ! C'est l'oeuvre qui m'a redonné ma chance !
C'est un roman superbe qui n'a pas volé sa place au Panthéon des Grands Classiques. J'ai littéralement été transportée au Ier siècle, j'ai écouté les discours plein de sagesse et de poésie de Pétrone, j'ai vécu le terrifiant incendie de Rome aux côtés de ses habitants, j'ai marché dans les pas des apôtres Pierre et Paul, j'ai accompagné les martyrs chrétiens jusque dans l'arène... Bien sûr, je me suis émue de la très belle histoire d'amour qui naît entre Vinicius et Lygie mais j'ai été encore plus troublée par la conversion de Vinicius, par sa quête spirituelle, par l'incroyable transformation que subit son être au fur et à mesure de ses épreuves.
Dans le même temps, c'est avec plaisir cette fois (contrairement à mes cours de fac) que j'ai découvert l'univers de la vie quotidienne des patriciens romains et de la plèbe et que j'ai ouvert mon esprit aux divinités domestiques, aux banquets, aux jeux, aux délires impériaux...
J'ai lu "Quo Vadis" alors que je m'offrais une parenthèse (ou une bouffée d'oxygène, c'est égal) dans la lecture des "Bienveillantes", ce qui peut aussi expliquer mon enthousiasme pour une oeuvre qui bien qu'étant assez noire m'est apparue définitivement lumineuse.
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Woland
  29 septembre 2017
Quo vadis. Powieść z czasów Neron
Traduction : Bronislaw Kozakiewicz & Jean-Luc de Janasz, revue par Maria Zurowska & Yves Avril
Responsables de Publication : Michel Zink & Michel Jarrety
Introduction & Notes : Yves Avril
ISBN : 9782253160779
Cet ouvrage, j'ai dû le lire pour la première fois il y a quarante-deux ans , dans la version, alors expurgée à l'intention de la jeunesse, qu'en donnait "La Revue Blanche." J'avoue avoir de beaucoup préféré cette traduction, désormais revue et ici donnée dans son texte intégral. J'ajouterai que je regrette par contre d'avoir relu ce merveilleux roman dans la sinistre époque que nous traversons. Mais peut-être ai-je tort : telle quelle, cette édition du "Livre de Poche" conforte, raffermit le désir de retrouver une religion que ne pratiquent plus depuis longtemps les successeurs de Pierre et aussi de se battre pour elle, fût-on, comme je le suis et tiens à le rester, un petit mouton noir sarcastique et mal-pensant par essence. ;o)
"Quo Vadis ?" est un livre catho," me disait récemment, avec un incommensurable mépris, quelqu'un qui ne l'avait jamais lu. Dans la mesure où ce roman traite effectivement des tout débuts du christianisme et des persécutions entreprises par Rome contre cette nouvelle religion qui ne voulait pas s'incliner devant les autres dieux (rappelons que, sur ce plan, les Romains étaient plutôt tolérants, au point d'emprunter des idoles aux peuples conquis et de les placer dans leurs propres temples après les avoir "romanisées"), cette définition est exacte, en tous cas sur le fond. Mais cela s'arrête là. Si propagande chrétienne il y eut de la part de l'auteur (après tout, Sienkiewicz était polonais, c'est-à-dire fils de cette nation qui, après tant de partages entre tant de grands pays - rappelez-vous la honteuse trahison des Européens envers elle dans les années trente - vient de rappeler M. Macron à la raison sur la question de la nécessité des frontières et du souverainisme), elle a au moins le mérite, dans cette version fluide et rajeunie par les soins de Maria Zurowska et Yves Avril, de ne sombrer ni dans l'excès, ni dans le gnan-gantisme, deux phénomènes que j'abhorre quand il est question de littérature et de discours. ;o(
Ergo, si vous prenez la peine de lire ou de relire "Quo Vadis ?" en faisant un effort pour garder la tête libre des critiques négatives d'autrui ainsi que de vos a-priori personnels, vous constaterez qu'il s'agit là tout d'abord d'un extraordinaire roman historique. Si Sienkiewicz donne la victoire finale au Christianisme (victoire inscrite d'ailleurs dans L Histoire), il n'en admire pas moins la grandeur et les fastes de la civilisation romaine et expose, sans aucune haine, avec logique, un fait qu'on reproche souvent aux "païens" : la morale qu'ils suivaient (ou tentaient de suivre) ne croyait plus depuis belle lurette à la puissance de leurs propres dieux, s'était rejetée vers les grands philosophes grecs et, impressionnée par la civilisation héllène, effectivement l'une des plus prestigieuse de notre héritage , manifestait un faible marqué pour la beauté et la force. Pareilles tendances ne pouvaient amener les hommes de cette époque qu'à laisser éclater l'amour du sang qui sommeille en nous et faisaient la part belle aux psychopathes et aux sadiques.
Notons d'ailleurs au passage que, par la suite, si le Christianisme a évolué, et pas toujours en bien, ni les psychopathes, ni les sadiques n'ont disparu de l'univers. Cela, bien sûr, Sienkiewicz, qui obtint le Prix Nobel en 1905, ne se permet pas de l'écrire. Mais reconnaissons-lui quant à nous l'excuse que, né en 1846, il allait mourir en pleine Grande guerre et rater un nombre de choses très intéressantes sur le Mal se déchaînant au XXème siècle - et en ce début du XXIème.
L'étincelante distribution de "Quo Vadis ?" recèle d'ailleurs un certain nombre de grands rôles qui démontrent l'ambiguïté de la pensée de l'auteur. Disons les choses telles qu'elles sont, on ne se désintéresse pas vraiment de Vinicius et de ses amours contrariées pour Lygie la Chrétienne tant que le tribun romain conserve quelque chose de sauvage et de martial. Cette force de caractère, on l'admire encore quand on la voit se heurter tout d'abord à sa Foi montante et même quand, l'ayant enfin acceptée, il demeure convaincu que le Christ sauvera des arènes et Lygie et Ursus. Entre ce "mouton noir" (ma foi, oui, j'y tiens car c'est un révolté !) et le Dieu qui s'intéresse à sa révolte, il existe une puissance dont le fond est similaire. Pour s'imposer, c'est d'hommes et de femmes comme Vinicius dont la nouvelle religion a besoin. Leur caractère guerrier (même si le Christ a prêché la douceur), leur esprit stratégique, leur bravoure aussi, leur fierté qui, dès lors que le combat est achevé, admet de s'humilier devant la Divinité, les rend précieux car, en parallèle, tout cela s'accompagne d'un sens inné des responsabilités. Humains imparfaits, certes, ils le sont, mais ils savent le reconnaître et ne demandent pas mieux de s'améliorer. Néanmoins, des personnages comme Vinicius font penser à cet Hindou né guerrier, c'est-à-dire appartenant à la caste des Kshatriya ; un jour, non par lâcheté mais par inquiétude sur son devenir spirituel, il va consulter un brahmane car il se demande s'il accomplit vraiment son devoir en tuant l'ennemi ; et le brahmane de lui répondre avec sagesse : "Si tu le fais sans haine personnelle, uniquement parce que tu accomplis ton devoir de Kshatriya, tu n'as rien à redouter des dieux. Fais ton devoir et agis selon ta conscience : être un guerrier n'empêche pas d'éprouver de la pitié."
Toutefois, quand Vinicius, Lygie et Ursus sont saufs et prêts à répandre la Bonne parole en Sicile, il est vrai que le lecteur se sent un peu las.
Non, les véritables "héros", si l'on peut dire, ce sont tout d'abord Pétrone et Néron (oui, Néron, qui est loin, tant dans la réalité que dans les romans, d'être un personnage simple) et, immédiatement après eux, Crispus, Chrétien et martyr certes mais qui symbolise ce que le Christianisme, en se mêlant du temporel, deviendra pour certains (et l'est encore de nos jours, y compris et avant tout, d'ailleurs, dans la Ville Eternelle) et Chélon, le Grec traître et délateur qui finira éclairé par la Grâce. Tous tant qu'ils sont, ces personnages vont subir eux aussi une mutation, liée plus ou moins directement à la montée en puissance de la religion nouvelle.
Au début, Petrone, "Elegantiarum Arbiter" ("L'Arbitre des Elégances") et auteur du "Satyricon" qu'il vient tout juste de publier plus ou moins anonymement dans les premières pages, apparaît comme un partisan absolu du fameux "Carpe Diem." D'une intelligence aiguë, extrêmement cultivé, le ton volontiers incisif et le sens de l'ironie (une ironie qui ne rate jamais sa cible) toujours en éveil, il privilégie le culte de la Beauté dans tout ce qu'il fait, dit et achète. On notera cependant que, toutes les fois qu'il a occupé une charge importante, cet homme qui se définit comme un paresseux-né s'est montré excellent gestionnaire et guerrier. Raffiné oui mais en rien efféminé, il aime par-dessus tout les joutes verbales. Oncle de Vinicius, il porte au jeune homme une affection sincère mais dans laquelle certains dénoteront à coup sûr une pointe d'homosexualité. Aussi convient-il de rappeler que Pétrone aimait tendrement sa soeur, mère justement de Vinicius.
Il est amusant de voir combien le Christ l'agace alors que, finalement, entre "Carpe Diem" et "A chaque jour suffit sa peine", il n'y a pas grande différence. La morale de Pétrone étant de vivre et de laisser vivre, il respecte l'évolution de son neveu (même si elle lui porte parfois sur les nerfs en lui rappelant la gravité de l'existence) et, en sa qualité de favori de Néron, il fait tout son possible pour aider le jeune homme à contrer les plans diaboliques de l'Empereur envers les Chrétiens. Sa fin, aux côtés d'Eunice, "qui l'aura vraiment aimé", comme il l'admet, est digne de l'élégance, du courage et de la fierté de ce patricien qui, jamais, ne trembla ni ne s'humilia devant César. Simplement, il sait que le temps est venu, pour lui comme pour l'époque, de "passer à autre chose" et cette "autre chose" ne l'intéresse pas. Admirablement interprété au cinéma par un James Mason quasi impérial, Pétrone, même dans la coulisse, est peut-être le seul véritable héros de "Quoi Vadis ?"
Au fils d'Agrippine la Jeune, qui se proposa, dit-on, à lui, pour conserver le pouvoir, à l'Empereur déjà étouffé de graisse et qui, après la mort de Sénèque et de Pétrone, ne se retiendra plus du tout sur la pente savonneuse du Mal, revient, semble-t-il à jamais et dans L Histoire, le rôle d'anti-héros. Fils de Lucius Domitius Ahenobarbus et d'Agrippine, il doit à la parenté de celle-ci avec Caligula (dont elle était la soeur et fut probablement la maîtresse) ainsi qu'au remariage de sa mère avec son oncle, Claude, qu'elle fit empoisonner après avoir évincé (par un autre assassinat) l'héritier légitime, Britannicus, d'avoir pu coiffer la couronne impériale. Solidement éduqué par le grand Sénèque, Néron était loin d'être sot. On le dit fou mais Sienkiewicz ne l'affirme pas. Que Néron ait mis sa folie en scène est une autre histoire. Quoi qu'il en soit, avec l'enfance chaotique qui fut la sienne, ses ancêtres maternels, la violence innée de son père, et les menées d'Agrippine elle-même, mère abusive sur tous les plans, Néron, qu'on le veuille ou non, avait de quoi "mal tourner." Divinisé comme tous les Empereurs de son vivant même, il ne semble avoir eu que trois passions vraiment sincères : la poésie, la musique et le théâtre. Si, selon ce fin connaisseur qu'était Pétrone, nombre de ses vers étaient loin d'être mauvais, il était par contre tout aussi loin de prétendre au génie qu'il espérait. Seulement, comme il était César et Dieu sur terre, les flagorneurs ne cessaient de lui répéter qu'il était le meilleur ... Y croyait-il ? Cela est une autre histoire qu'il emporta avec lui dans la Mort. Mort qu'il n'eut pas le courage de se donner et que lui infligea Phaon, l'un de ses affranchis, qui, lui-même, se suicida sur le corps de son empereur.
Dans le roman de Sienkiewicz, il est bon de lire et de relire les échanges avec Néron et les avis qu'il donne parfois et qui sont "bruts de décoffrage", c'est-à-dire quand il ne joue pas son rôle d'Empereur - ce qui est rare. On y découvre une finesse et un mépris des "augustans" (ses courtisans) qui incitent à se pencher sur cette énigme de l'Histoire bien qu'on ne puisse s'empêcher de faire la grimace devant son sadisme indéniable. Rappelons toutefois qu'on ne prête qu'aux riches et que les histoires colportées sur la cruauté de Néron ne sont peut-être pas toutes véridiques ...
Crispus, Chrétien chez lequel se réfugie Lygie au début de l'ouvrage, est d'abord assez sympathique avant de laisser percer ces traits de fanatique qui valent bien, dans le camp adverse, ceux d'un Tigellin. Jusque dans l'arène, il invite ses coreligionnaires à redouter la justice de Dieu. On sait ce que cela donnera plus tard dans notre religion : tout d'abord justement, même si l'on n'en est pas sûr, ceux qui prêtèrent à Néron des actes qu'il n'avait peut-être pas commis, puis, bien plus tard, l'Inquisition et ses tortures, sans oublier le calvinisme froid et implacable ... En dépit de la douceur que l'auteur lui accorde dans ses dernières paroles, Crispus reste antipathique. (Enfin, c'est mon avis. ;o) )
Quant à Chélon, il aurait pu être un traître sans éclat, un délateur sans prestige. Mais ce Grec qui a passé sa vie entre pauvreté et filouteries diverses, point sot et qui connaît bien des choses, possède une âme tourmentée qu'il s'évertue d'ignorer depuis des années et des années. Par vengeance contre Vinicius, il dénonce les Chrétiens comme incendiaires de Rome mais, devant l'horreur des supplices infligés et bien que devenu "augustans", il se révolte, pointe en public Néron comme le seul responsable et confesse appartenir désormais à la foi suppliciée. Ira-t-on trop loin en croyant voir en ce Chélon Chélonidès intelligent, cultivé et doué une sorte de "double" de Néron, chargé de nous rappeler que, aux yeux du Christ, le Pardon est toujours possible ? En d'autres termes, et bien que l'auteur se garde soigneusement de poser la question qui en fâcherait plus d'un, Dieu a-t-Il pardonné à Néron ? Et, au-delà de Néron, a-t-Il pardonné à Judas sans qui le Christ n'eût pu accomplir Son destin ? ...
Oui, "Quoi Vadis ?" est un roman subtil, bien plus subtil que certains ont voulu le présenter. Et sans doute est-il bon de le lire dans cette traduction corrigée et intégrale, qui rend au texte toute sa puissance initiale A notre époque et pour les néophytes, cela permet de revenir en douceur aux valeurs du Christianisme primitif qui prêche évidemment la Bonté et l'Amour du Prochain mais qui n'empêche pas Ursus de combattre et de tuer pour défendre Lygie. Une oeuvre complexe à plus d'un titre, qui se déroule dans un monde complexe, qui parut à une époque déjà très complexe et qui nous revient aujourd'hui, alors que nous avons l'impression, un peu comme sous Néron, que le monde marche sur la tête. Un livre à lire parce que, au-delà de toute religion, il jaillit, éblouissant, comme un hymne d'espoir en l'Homme. ;o)
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Aline1102
  21 septembre 2013
Blessé durant les guerres romaines, Marcus Vinicius est accueilli, une fois de retour à Rome, dans la demeure d'Aulus et de Pomponia durant sa convalescence. Là, il rencontre Callina, que tous appellent Lygie. Cette toute jeune fille est une otage de Rome, remise aux légions par son père, le roi du peuple lygien. Vinicius en tombe follement amoureux mais, vite remis de sa blessure, il doit quitter la maison de ses hôtes.
Le jeune guerrier, ne pensant qu'à Lygie décide d'en faire sa concubine. Mais, pour cela, il faudrait que la jeune fille quitte la demeure d'Aulus et s'installe dans celle de Vinicius. Celle Lygie est otage de Rome, il faut l'accord De César pour ce changement de demeure.
Vinicius décide donc de demander de l'aide à Pétrone, son oncle. Ce dernier est un proche de Néron et parvient en général à obtenir de l'empereur les faveurs qu'il lui réclame.
Ce que ne savent pas Vinicius et Pétrone, c'est que, sous l'influence de Pomponia Graecina, Lygie est devenue chrétienne. Or, cette nouvelle religion n'accepte pas les coutumes romaines, jugées barbares. L'idée de vivre en concubinage avec Vinicus choque Lygie qui décide de s'enfuir avec Ursus, son fidèle serviteur.
Quo Vadis fait partie de ces ouvrages intimidants qui ont passé quelques année dans ma bibliothèque avant d'être ouverts. Monument de la littérature, écrit pas un lauréat du Prix Nobel, il semblait inaccessible, trop compliqué pour être apprécié à sa juste valeur.
Il aura donc fallu que Gwen21 m'invite à participer au Challenge 15 Nobel pour que j'ose me lancer. Et là, bonne surprise : Quo Vadis est très accessible. Illustrant des vertus universelles, il contient des éléments qui peuvent parler à tous les lecteurs, quels que soient l'époque et le lieu de la lecture. Ou la confession du lecteur, puisqu'il est surtout question ici de la religion chrétienne.
Sienkiewicz nous parle, en effet, par le biais de l'histoire d'amour entre Vinicius et Lygie, de l'émergence du catholicisme quelques trente années après la crucifixion du Christ. C'est toute un changement de civilisation qui s'opère dans Quo Vadis et l'auteur l'illustre avec brio grâce à l'opposition entre Néron et ses partisans, d'une part, et les chrétiens, d'autre part.
Les fêtes organisées par Néron et ses Augustiens reflètent parfaitement la décadence de l'Empire romain de l'époque. Les orgies sont fréquentes et choquantes. La cruauté du couple Néron-Poppée montre à quel point il était dangereux de simplement déplaire à ces deux personnages particulièrement mauvais.
Les moeurs dissolues des Augustiens, si elles plaisent à Néron, choquent les pratiquants de cette nouvelle religion catholique, qualifiée de secte par les Romains. Les chrétiens ont mauvaise réputation et doivent se cacher afin de pouvoir pratiquer leur culte : on dit qu'ils utilisent le sang de jeunes enfants durant leurs célébrations, qu'ils détestent Rome... Alors que les chrétiens que l'on rencontre au cours du récit sont tout simplement désespérés par la débauche générale régnant à Rome sous le règne de Néron. A aucun moment il n'est question de haine, bien au contraire, puisque Sienkiewicz loue plus d'une fois, au cours du récit, les vertus de ces adeptes du Christ : patience, tolérance, amour du prochain...
Quo Vadis est donc un roman intéressant du point de vue historique. Même pour un lecteur qui n'est pas spécialement intéressé par la religion, ce récit peut se révéler instructif, puisqu'il illustre l'émergence d'une des religions qui possède bon nombre d'adeptes à travers le monde. C'est donc un véritable phénomène humain qui est à l'origine de Quo Vadis : la découverte d'une nouvelle philosophie et d'un nouveau mode de vie, les origines du Vatican, la propagation de l'enseignement du Christ...
Quo Vadis est une histoire universelle et éternelle à lire au moins une fois dans sa vie.
Challenge 15 Nobel : 7/15
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Citations & extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
basilic92basilic92   07 décembre 2012
"Je venais à peine de quitter la robe prétexte quand on m’envoya aux légions d’Asie. Ainsi je n’ai pu connaître ni la ville, ni la vie, ni l’amour. Je sais de mémoire quelque peu d’Anacréon et d’Horace, mais je ne pourrais, comme Pétrone, réciter des vers, surtout quand l’admiration, paralysant mon esprit, l’empêche de trouver des mots pour exprimer ce qu’il conçoit. Enfant, je fréquentais l’école de Musonius, lequel nous enseignait que le bonheur, consistant à vouloir ce que veulent les dieux, dépend donc de notre volonté. Moi, je pense, au contraire, qu’il en est un autre plus grand, plus précieux, et indépendant de la volonté, car l’amour seul peut le donner. Les dieux eux-mêmes en sont à chercher ce bonheur ; et moi, ô Lygie, qui jusqu’alors n’ai rien su de l’amour, je fais comme eux et je cherche celle qui voudra me donner le bonheur…"
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WolandWoland   30 septembre 2017
[...] ... [Petrone] prit sous le coussin de pourpre une lettre et lut :

- "Je sais, divin César, que tu m'attends avec impatience et que, dans la fidélité de ton cœur, tu languis après moi jour et nuit. Je sais que tu me couvrirais de tes faveurs, que tu m'offrirais d'être préfet de ta garde et que tu nommerais Tigellin gardien de mulets dans celles de tes terres dont, après l'empoisonnement de Domitia (= tante paternelle de Néron), tu héritas, office pour lequel il semble avoir été créé par les dieux.

"Mais, hélas ! il faudra m'excuser. Par l'Hadès, et en particulier par les mânes de ta mère, de ta femme, de ton frère et de Sénèque, je jure qu'il m'est impossible de me rendre auprès de toi. La vie est un trésor, mon ami, et je me flatte d'avoir su extraire de ce trésor les bijoux les plus précieux. Mais dans la vie, il est des choses que je m'avoue incapable de supporter plus longtemps.

"Ne va pas penser, je t'en conjure, que m'a rebuté l'assassinat de ta mère, de ta femme, de ton frère, que je suis indigné de l'incendie de Rome, que je suis outré du procédé consistant à envoyer dans l'Erèbe tous les honnêtes gens de ton Empire ...

"Eh bien, non, très cher petit-fils de Chronos ! La Mort est le lot du bétail humain et l'on ne pouvait, du reste, s'attendre à te voir agir autrement.

"Mais, de longues années encore, me laisser écorcher les oreilles par ton chant, voir tes grêles jambes domitiennes s'agiter dans la pyrrhique, t'entendre jouer, t'entendre déclamer, t'entendre dire tes poèmes, pauvre poète des faubourgs, tout cela dépassait mes forces et eveillait en moi le désir de mourir. Rome se bouche les oreilles, l'Univers te couvre de risée. Et moi, je ne veux plus rougir pour toi. Je ne veux plus, je ne peux plus ! Le hululement de Cerbère, même semblable à ton chant, mon ami, serait moins affligeant pour moi car je n'ai jamais été son ami et n'ai point le devoir d'avoir honte de sa voix.

"Porte-toi bien, mais laisse là le chant ; tue, mais ne fais plus de vers ; empoisonne, mais cesse de danser ; incendie des villes, mais abandonne la cithare. Tel est le dernier souhait et le très amical conseil que t'envoie l'Elegantiarum Arbiter." ... [...]
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NMTBNMTB   10 décembre 2015
Mais ton prophète de Tarse, qui appliquait ses arguments à mon cas, n’avait pas réfléchi, vois-tu, que pour moi l’incertitude est tout l’attrait de la vie. Celui qui ne joue pas aux osselets ne perdra pas sa fortune : ce qui n’empêche pas de jouer aux osselets. On y trouve de la volupté et de l’oubli. J’ai connu des fils de chevaliers et de sénateurs qui, volontairement, s’étaient faits gladiateurs. Tu prétends que je joue ma vie et c’est vrai, mais parce que cela m’amuse, tandis que vos vertus chrétiennes m’ennuieraient dès le premier jour autant que les dissertations de Sénèque. C’est pourquoi l’éloquence de Paul n’a servi à rien. Il devrait comprendre que des hommes de ma sorte n’admettront jamais sa doctrine. Toi, c’est autre chose. Avec ton tempérament, ou bien tu devais haïr comme la peste le seul nom de chrétien, ou bien devenir chrétien toi-même. Moi, je bâille en leur donnant raison. Nous délirons, nous marchons vers l’abîme ; l’avenir nous réserve quelque chose d’inconnu, tandis que sous nos pas, à côté de nous, quelque chose craque et meurt, d’accord ! Mais nous saurons mourir, et, en attendant, nous ne voulons pas alourdir notre existence, servir la mort avant qu’elle vienne nous prendre. La vie vaut par elle-même et non en prévision de la mort.
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NMTBNMTB   09 décembre 2015
De braves gens, ces chrétiens, et on en dit tant de mal ! Ô dieux ! voilà donc la justice sur la terre ! Vraiment, elle me plaît, cette religion, une religion qui ne permet pas de tuer. Mais, si elle défend le meurtre, il est probable, en revanche, qu’elle n’autorise pas davantage le vol, la tromperie, le faux témoignage. Aussi, on ne saurait dire qu’elle est facile à suivre. À coup sûr elle enseigne, non seulement de mourir honnêtement, ainsi que le conseillent les stoïciens, mais aussi de vivre honnêtement. Si jamais j’amasse assez d’argent pour m’acheter une maison comme celle-ci, avec autant d’esclaves, peut-être me ferai-je chrétien pour aussi longtemps qu’il me conviendra. Le riche peut tout se permettre, même la vertu… Oui ! c’est une religion pour les riches, et je ne parviens pas à comprendre pourquoi tant de ses fidèles sont pauvres. Quels avantages y trouvent-ils ? Et pourquoi tolèrent-ils que la vertu leur lie les mains ? Il faudra que j’y réfléchisse un jour.
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NuageuseNuageuse   14 mars 2016
Une religion qui lui commandait d'aimer les Parthes [...], de pardonner à ses ennemis, de leur rendre le bien pour le mal et de les aimer, lui semblait être une folie, mais, en même temps, il avait le sentiment que cette folie recelait quelque chose de plus fort que ce qui se trouvait dans toutes les philosophies connues jusqu'alors.
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