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EAN : 9782020859141
160 pages
Seuil (02/12/2005)
4.03/5   200 notes
Résumé :
Réfractaire au métier de pêcheur, Mario Jimenez trouve son bonheur grâce à une petite annonce du bureau de poste de l'île Noire. Facteur il sera, avec pour seul et unique client le célèbre poète Pablo Neruda. Leur relation, d'abord banale et quotidienne, se transforme, par la magie du verbe et de la métaphore, en une amitié profonde. Mais malgré leur isolement, l'Histoire les rattrape ...

"Au Chili, tout le monde est poète. Tu seras plus original en r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (52) Voir plus Ajouter une critique
4,03

sur 200 notes
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andman
  02 mars 2014
Comme beaucoup d'intellectuels chiliens, Antonio Skármeta a connu l'exil.
Réfugié à Berlin-Ouest, il publie en 1987 “Une ardente patience”, un court roman où il rend hommage au poète Pablo Neruda disparu le 23 septembre 1973, douze jours seulement après le coup d'Etat fatal à Salvador Allende.
Les cinq dernières années de la vie de l'écrivain servent de fil conducteur au roman dans lequel faits réels et fictionnels se juxtaposent.
Lorsqu'il revient de temps à autre au pays, Neruda aime à séjourner à l'Ile Noire, un lieu-dit situé à quelques kilomètres du port de pêche de San Antonio. de sa maison en pierres donnant sur l'océan, Il aime observer les baleines dans leur migration vers les mers chaudes du Pacifique Sud. (*)
Pendant l'été 69, Mario Jimenez obtient un poste de facteur à San Antonio. Plusieurs fois par jour il enfourche sa bicyclette et va jusqu'à l'Ile Noire apporter lettres, colis et télégrammes à l'illustre poète et diplomate.
Une complicité naît peu à peu entre le jeune homme à l'humeur enjouée et le vieil écrivain attentif aux autres. L'inexpérimenté Mario ne tarde pas à solliciter l'aide de son nouvel ami pour conquérir le coeur de la jolie Beatriz dont il est éperdument amoureux.
La douceur des mots, la beauté du verbe, la profondeur des métaphores sauront-elles émouvoir la belle ?
Antonio Skármeta ne manque pas d'humour. “Une ardente patience” est un roman gorgé de soleil, écrit sur un ton jubilatoire : deux heures de lecture savoureuse en compagnie de petites gens à la bonne humeur communicative. La fête organisée par Mario à San Antonio, le jour où son idole Pablo reçoit à Stockholm le prix Nobel de littérature, est sans doute le moment le plus plaisant du livre, un temps de pur bonheur jusqu'à épuisement des convives.
Malheureusement la réalité tragique finit par occulter la fiction au caractère bon enfant. L'état de santé de Pablo Neruda se détériore alors même que la dictature militaire, telle une chape de plomb, s'abat sur le Chili.
Face à la marche chaotique de l'Histoire les rires progressivement s'éteignent, les larmes ne sont jamais bien loin !

(*) « J'avoue que j'ai vécu » – Pablo Neruda (ISBN 2070378225)

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berni_29
  30 juillet 2021
Chers amis,
Je vous écris de l'Île Noire où je suis arrivé depuis peu pour quelques jours de vacances. Non, l'Île Noire n'est ni en Écosse ni en Bretagne, mais bien aux confins du Chili, au sud de Valparaiso, d'ailleurs ce n'est pas une île, mais une petite ville côtière qui fait face à l'Océan Pacifique. Il est possible que cette lettre mette quelques temps à vous parvenir. Ici le seul facteur, un certain Mario Jimenez, n'est pas l'homme le plus courageux du coin. Qui plus est, il s'initie depuis quelques jours à la poésie et en particulier à l'art de la métaphore auprès du maître incontesté des lieux, Pablo Neruda. Voilà une amitié bien improbable, ici d'ailleurs les gens du village s'en étonnent avec ironie, comment ont-ils fait ces deux-là pour s'apprivoiser ? C'est un peu le mariage de la carpe et du lapin. Tiens ! À propos de mariage, comme un bonheur n'arrive jamais seul, Mario Jimenez est tombé amoureux de la jeune et pulpeuse Beatriz Gonzalez, la fille de la redoutable Madame Rosa, vous savez la veuve Gonzalez qui, elle, pratique plutôt avec sévérité l'aphorisme... Pour ce qui est du mariage, on en est bien loin encore, le jeune facteur devra faire preuve d'Une ardente patience...
Ah ! Mes amis, tout ici n'est qu'éveil des sens, floraisons, voyage intemporel. Aucun malheur ne semble pouvoir atteindre le rivage de ce paradis tranquille et bon enfant. Ici les jours sont gorgés de soleils et de désirs, comme les seins éloquents de la jeune Beatriz Gonzalez, engoncés dans une blouse de deux tailles plus petites que ne l'exigerait sa générosité affichée... Ça, ce n'est ni une métaphore, ni une vue de l'esprit !
Ici chaque effleurement, chaque mouvement du paysage est charnel, c'est un véritable hymne au plaisir... le bourdonnement des abeilles lubriques, le calice des marguerites marines en plein émoi, le cri d'un orgasme dans la nuit sidérale, tandis que le chant des baleines au loin ramène un peu de sérénité au paysage brûlant...
L'Île Noire a beau ne pas être une île, on se sent ici comme coupé du reste du monde...
Le rire joyeux des enfants des pêcheurs, le sel de la mer sur les paupières, les caprices du vent, même les pélicans ont des allures un peu anarchistes... Il souffle ici un vent de liberté comme sur le reste du Chili depuis que Salvador Allende a montré qu'un autre monde était possible...
À quoi tient ce bonheur ? Serait-ce la magie des mots ? La manière d'un poète ici de les faire chanter, d'avoir su transformer ce jeune facteur maladroit et naïf pour que celui-ci sache accueillir sur lui le regard d'une jeune femme aimée ?
Le vin parfois coule à flot, lorsque nous avons su ce jour-là que notre cher barde voisin venait de recevoir le prix Nobel de littérature...
Nous étions émus et un peu ivres, lorsque nous l'avions vu dans l'unique poste de télévision du village, au restaurant tenu d'une main de fer par Madame Rosa, vous savez la veuve Gonzalez... Nous étions émus lorsqu'il prononça ses mots :
« En conclusion, je veux dire aux hommes de bonne volonté, aux travailleurs, aux poètes, que l'avenir tout entier a été exprimé dans cette phrase de Rimbaud ; ce ne sera qu'avec une ardente patience que nous conquerrons la ville splendide qui donnera lumière, justice et dignité à tous les hommes.
« Et ainsi la poésie n'aura pas chanté en vain. »
Tout semble calme, pourtant ce soir en regardant l'astre solaire fondre dans le Pacifique, en observant au loin les feux de Valparaiso, j'ai comme un mauvais pressentiment... Il y a toujours une fausse note qui vient brusquement gripper la partition du bonheur, abîmer le paysage, comme si aimer et être libre étaient insupportables pour d'autres... Des oiseaux de malheur planent dans le ciel éthéré...
Plus tard, lorsque le pays sera à feu et à sang, je sais qu'il faudra Une ardente patience pour faire revenir la confiance, poser un peu de baume sur les cicatrices, bercer dans des bras encore trop fragiles les veuves inconsolables, les mères éplorées. Il faudra d'autres poètes pour réinventer les mots, la lumière, l'espoir, la liberté, des îles là-bas et encore et ailleurs, et toujours...
Post-scriptum : merci à toi Marie de m'avoir offert l'envie et la possibilité de lire ce court roman solaire et fulgurant d'Antonio Skármeta, auteur dont je fais la connaissance par la même occasion. Ce fut un moment de poésie pure, entre la joie simple et généreuse et la douleur d'un peuple martyrisé, j'ai ri et été ému... ce fut une rencontre inoubliable !
« Que no es guitarra de ricos
ni cosa que se parezca
mi canto es de los andamios
para alcanzar las estrellas,
que el canto tiene sentido
cuando palpita en las venas
del que morirá cantando
las verdades verdaderas,
no las lisonjas fugaces
ni las famas extranjeras
sino el canto de una lonja
hasta el fondo de la tierra. »
Víctor Jara
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wellibus2
  04 octobre 2014
Ce roman solaire d'une écriture tout en finesse, hommage au poète Pablo Neruda, raconte l 'histoire de l 'amitié entre un tout jeune facteur et un vieil écrivain : le barde Don Pablo, dans le chili des années 70.
Une "prose poétique " très courte de cent cinquante et quelques pages, lue d'un seul souffle, de peur de ne retrouver le goût du plaisir jubilatoire, du bonheur immédiat que procure ce nanan, cette sucrerie littéraire.
Un des livres que j'aimerais vous faire aimer.
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Chrisdu26
  07 juin 2013
La réunion de deux êtres que tout oppose. Un cahot sur le chemin de la vie qui vous détourne de votre voie et vous bouleverse jusqu'au plus profond de votre âme. Ils n'avaient rien en commun si ce n'est un désir de s'abreuver de la vie jusqu'à plus soif.
Mais il est des rencontres qui ne peuvent s'oublier quand elles sont placées sous le signe du sublime et de la poésie. Lorsque au hasard de votre chemin un homme célébrissime se hisse vers vous et que ce monument se nomme Pablo Neruda comment rester de marbre ? Un homme comme il en existe peu, un vrai terrien, entier et passionné. Un homme amoureux de la vie et de ses semblables.
1969. le Chili, est un pays épris de liberté, de démocratie, charnel et marqué par les premières télévisions en couleurs. Mario, 17 ans, ne souhaite pas suivre la lignée des pêcheurs comme son père et la plupart des hommes du village. Mario est amoureux des mots, il rêve d'écriture de poésie, de littérature alors quand on lui propose de devenir facteur et d'avoir pour seul et unique client Pablo Neruda, Mario voit là une opportunité rêvée pour faire une des plus belles rencontres de sa vie. Il ne lâchera plus le poète. Il marchera dans ses pas en se nourrissant de chacune de leurs discussions. L'homme de lettres se sentira, au début, quelque peu agacé par son altruisme et son affront. Mais peu à peu tel le Petit Prince et le Renard, ils parviendront à s'apprivoiser et apprendront à se faire confiance mutuellement. Comment peut-on résister à ce jeune homme attendrissant, naïf et plein de surprise ? Cette rencontre pleine de verve, d'échange et de magie se transformera en une belle et forte amitié. Deux êtres que tout opposait parviennent à se trouver bien au-delà des différences. Et les barrières liées à leurs âges et à leurs milieux fondent sous l'effet des liens extraordinaires qui doucement se nouent.

Mario sera pendu à ses lèvres se nourrissant des paroles de son maître absolu. Il apprendra à ses côtés à faire chanter les mots tandis que Pablo Neruda y retrouvera la ferveur de sa jeunesse passée et un certain amusement. Echanges de bons procédés.
Mario lui demande de lui enseigner le verbe afin de courtiser la belle Béatriz. Il lui enseigne les rudiments de la poésie, des mots, des phrases. Mais tandis que Mario apprend à dire l'amour et se consumme pour Beatriz, le Chili, lui, brûle et se perd dans une tourmente politique sans précédents. Balayés les mots d'amour et le lyrisme, il ne reste plus que les cendres incandescentes d'une terre meurtrie...Et aussi l'exil.
Un face à face inoubliable, on rit, on pleure et on referme ce livre avec une certaine tristesse.
Une ardente patience un livre d'une poésie à couper le souffle !
Un livre sur une rencontre inoubliable, puissante et profonde. Au hasard des lignes, entre deux mots échangés, une rencontre de l'instant qui apaise le coeur et réconforte l'âme.
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le_Bison
  18 mai 2015
Cap sur l'île Noire. J'ai hésité entre le ciré ou le poncho. Pressentiment d'une rencontre déterminante. Tintin et Milou ? Ils sont partis sur d'autres aventures tout aussi pittoresque que la mienne. Non, j'ai pris mon poncho, un disque de Florent Pagny pour la couleur locale, une bicyclette bleue déglinguée. L'île Noir dans l'Antarctique Chilien, la Terre de Feu. Là-bas, la route s'arrête devant l'océan dans l'aube tiède du levant ; c'est l'ultime escale la fin de l'errance avant que j'ose le silence. Ici la vie est comme toutes les autres vies, même valeurs, couleur le ciel se mêle à la poussière je commence à comprendre…
Qu'y a-t-il à comprendre ? Que la vie est une métaphore.
Une méta-quoi ?
Fort, l'ami. Une métaphore. Attends, je t'explique. Tout d'abord, suis-moi à l'auberge. J'y ai enfin trouvé la paix que je cherchais, comme une sensation franche, cette lumière blanche. Ne fais pas attention, c'est juste la jeune et belle Béatriz, dans une blouse de deux tailles plus petites que ne l'exigeaient ses seins éloquents, qui m'amène une pinte bien fraiche pour épousseter la poussière de ces terres. Où en étions-nous l'ami ? Ah oui, la métaphore… Souviens-toi en. Il n'est question que de métaphore sur l'île Noir. de métaphore et de poésie.
Maintenant que j'ai fait le point sur les métaphores, je te présente Mario Jimenez. Jeune homme, facilement impressionnable par les métaphores, la poésie et l'amour. Qui ne le serait pas à cet âge-là. Déjà que moi, malgré mon grand âge, et cette immense sagesse qui me caractérise, je reste coi devant la belle Béatriz, prêt à la prendre en coït. Mario, le facteur en bicyclette avec pour seul « client », un type un peu rêche au début. Il fait le gars bourru, mais un vrai poète ce type quand on le connait. Pablo Neruda, qui a failli être président du Chili, mais qui a bien été Prix Nobel de littérature. Un sacré gars, bon poète, qui sait comment écrire à une dame et qui en quelques mots loués au jeune Mario, servira d'entremetteur à quelques belles parties de jambes écartées, d'orgasmes fracassant et de pénétrations intimes. Tout est dans la subtilité des hommes et la poésie de l'acte. Plus qu'une métaphore de l'amour, c'est un hymne au plaisir, à la délectation. La jubilation n'est pas loin, par conséquent l'éjaculation aussi. Autre métaphore de la vie, mais celle-ci n'est pas de Pablo Neruda.
Tout est donc dans la subtilité des mots choisis. Quand le vulgaire sperme se mêle à la coulée de la lave, cela devient une pornographie métaphorique. J'en jubile. du grand roman chilien. Pas à la Coloane, ni à la Sepulveda. Juste à la Skármeta que je découvre, ainsi. Un dernier mot pour finir, si tu le permets. Je te raconte la fin qui comme toutes les fins a son importance. Et ce n'est pas une métaphore, d'ailleurs. Les dernières pages s'arrêtent sur la mort de Neruda, sur la mort d'Allende, sur la mort de la démocratie chilienne… Parce que Antonio Skarmeta n'en est pas moins un militant et un exilé après le coup d'état de 1973.
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   18 octobre 2014
- Écoute ce poème : « Ici dans l’Île, la mer, et quelle mer. A chaque instant hors d’elle-même. Elle dit oui, et puis non, et encore non. Elle dit oui, en bleu, en écume, en galop. Elle dit non, et encore non. Elle ne peut se faire calme. Je me nomme mer, répète-t-elle en battant une pierre sans réussir à la convaincre. Alors, avec sept langues vertes de sept tigres verts, de sept chiens verts, de sept mers vertes, elle la couvre, la baise, la mouille et se frappe la poitrine en répétant son nom. »
Il observa une pose satisfaite.
- Comment le trouves-tu ?
- Bizarre.
- « Bizarre ». Quel critique sévère tu fais !
- Non, don Pablo. Ce n’est pas le poème qui est bizarre. Ce qui est bizarre, c’est ce que moi j’ai ressenti pendant que vous le récitiez.
- Mon cher Mario, il va falloir te dépêcher de mettre un peu d’ordre dans tes idées parce que je ne peux pas passer toute la matinée à jouir de ta conversation.
- Comment vous expliquer ? Pendant que vous disiez ce poème, les mots bougeaient, ils passaient d’un bord à l’autre.
- Comme la mer, bien sur !
- Oui, c’est vrai, ils allaient et venaient comme la mer.
- Ça, c’est le rythme.
- Et je me suis senti bizarre, parce que tout ce mouvement m’a chaloupé.
- Tu tanguais ?
- C’est ça. J’allais comme un bateau tremblant sur vos mots.
- « Comme un bateau tremblant sur mes mots » ?
- C’est ça !
- Sais-tu ce que tu viens de faire, Mario ?
- Quoi ?
- Une métaphore.
- Mais ça ne compte pas, elle m’est venue simplement par hasard.
- Il n’est pas d’autres images que celles qui sont dues au hasard, fils.
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le_Bisonle_Bison   01 mai 2015
- Et rappelle-toi que j’ai lu Neruda bien avant toi. Comme si je ne savais pas que quand ça leur chauffe le bas-ventre, tous les hommes font les poètes !
- Neruda est quelqu’un de sérieux. Il va être président !
- Quand il s’agit d’aller au lit, ils sont tous pareils, présidents, curés ou poètes communistes. Tu sais qui a écrit : « J’aime l’amour des marins qui donnent un baiser et s’en vont. Ils laissent une promesse et jamais ne reviennent » ?
- Neruda ?
- Bien sûr que c’est Neruda. Et toi, tu bois ça comme du petit lait.
- Je ne vois pas pourquoi tu fais un scandale pour une histoire de baiser.
- Pour un baiser, non, mais le baiser, c’est l’étincelle qui provoque l’incendie. Tiens, écoute encore ce vers de Neruda : « J’aime l’amour qui se partage entre les baisers, le lit et le pain ». En clair, fillette, ça veut dire que cette chose-là c’est petit déjeuner au lit compris.
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le_Bisonle_Bison   29 juillet 2014
Son premier mois de salaire, payé suivant les usages chiliens avec un mois et demi de retard, permit à Mario Jimenez de faire l’acquisition des biens suivants : une bouteille de vin Cousiño Macul « Vieille Réserve » pour son père, un billet de cinéma qui lui permit de savourer West Side Story, Natalie Wood comprise, un peigne de poche en acier allemand acheté au marché de San Antonio à un vendeur ambulant dont le slogan était : « L’Allemagne a perdu la guerre mais elle n’a pas perdu son industrie. Peignes inoxydables Solingen », et l’édition Losada des Odes élémentaires de son client et voisin, Pablo Neruda.
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le_Bisonle_Bison   24 avril 2015
A l’époque qui correspondait chronologiquement au début de cette histoire – laquelle, comme les hypothétiques lecteurs ne manqueront pas de s’en apercevoir, commence dans l’enthousiasme et s’achève sous le signe d’une profonde dépression -, le directeur remarqua que mes incursions dans la vie de bohème avaient dangereusement perfectionné la pâleur de mon teint et décida de m’envoyer faire un reportage au bord de la mer, ce qui me vaudrait une semaine de soleil, d’effluves salins, de fruits de mer, de poisson frais et, en même temps, de contact fructueux pour mon avenir. Il s’agissait d’aller troubler la paix maritime de Pablo Neruda et de dessiner, pour les lecteurs débauchés de notre feuille, quelque chose qui serait comme – je cite – « la géographie érotique du poète » : en clair et en bon chilien, cela signifiait le faire parler, sur le mode le plus primaire possible, des femmes qu’ils s’étaient envoyées.
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le_Bisonle_Bison   05 avril 2015
Les nouveaux venus s’installèrent sur deux sièges face au bar et virent s’avancer à leur rencontre, longeant l’autre coté du comptoir, une fille de dix-sept ans environ, la chevelure châtain emmêlée par la brise, des yeux marron tristes et assurés, ovales comme des prunes, un cou glissant vers des seins malicieusement comprimés dans la chemisette blanche trop petite de deux tailles, les deux pointes agressives cachées sous le tissu, avec une ceinture comme on en met pour danser le tango jusqu’à épuisement du vin et de la nuit. Il y eut un bref répit, juste le temps nécessaire pour que la petite sorte de derrière le bar et aborde le plancher de la salle, et ils eurent la révélation de la partie de son corps qui supportait ces attributs : le secteur au-dessous de la ceinture s’ouvrait par une paire de hanches étourdissantes moulées dans une mini-jupe appelant l’attention sur les jambes, se prolongeait par des genoux cuivrés et se terminait en une lente danse de pieds nus, agrestes et ronds ;
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