AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782020859141
160 pages
Seuil (02/12/2005)
4.01/5   227 notes
Résumé :
Réfractaire au métier de pêcheur, Mario Jimenez trouve son bonheur grâce à une petite annonce du bureau de poste de l'île Noire. Facteur il sera, avec pour seul et unique client le célèbre poète Pablo Neruda. Leur relation, d'abord banale et quotidienne, se transforme, par la magie du verbe et de la métaphore, en une amitié profonde. Mais malgré leur isolement, l'Histoire les rattrape ...

"Au Chili, tout le monde est poète. Tu seras plus original en r... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
4,01

sur 227 notes
5
25 avis
4
18 avis
3
9 avis
2
0 avis
1
0 avis

Comme beaucoup d'intellectuels chiliens, Antonio Skármeta a connu l'exil.

Réfugié à Berlin-Ouest, il publie en 1987 “Une ardente patience”, un court roman où il rend hommage au poète Pablo Neruda disparu le 23 septembre 1973, douze jours seulement après le coup d'Etat fatal à Salvador Allende.

Les cinq dernières années de la vie de l'écrivain servent de fil conducteur au roman dans lequel faits réels et fictionnels se juxtaposent.

Lorsqu'il revient de temps à autre au pays, Neruda aime à séjourner à l'Ile Noire, un lieu-dit situé à quelques kilomètres du port de pêche de San Antonio. de sa maison en pierres donnant sur l'océan, Il aime observer les baleines dans leur migration vers les mers chaudes du Pacifique Sud. (*)

Pendant l'été 69, Mario Jimenez obtient un poste de facteur à San Antonio. Plusieurs fois par jour il enfourche sa bicyclette et va jusqu'à l'Ile Noire apporter lettres, colis et télégrammes à l'illustre poète et diplomate.

Une complicité naît peu à peu entre le jeune homme à l'humeur enjouée et le vieil écrivain attentif aux autres. L'inexpérimenté Mario ne tarde pas à solliciter l'aide de son nouvel ami pour conquérir le coeur de la jolie Beatriz dont il est éperdument amoureux.

La douceur des mots, la beauté du verbe, la profondeur des métaphores sauront-elles émouvoir la belle ?

Antonio Skármeta ne manque pas d'humour. “Une ardente patience” est un roman gorgé de soleil, écrit sur un ton jubilatoire : deux heures de lecture savoureuse en compagnie de petites gens à la bonne humeur communicative. La fête organisée par Mario à San Antonio, le jour où son idole Pablo reçoit à Stockholm le prix Nobel de littérature, est sans doute le moment le plus plaisant du livre, un temps de pur bonheur jusqu'à épuisement des convives.

Malheureusement la réalité tragique finit par occulter la fiction au caractère bon enfant. L'état de santé de Pablo Neruda se détériore alors même que la dictature militaire, telle une chape de plomb, s'abat sur le Chili.

Face à la marche chaotique de l'Histoire les rires progressivement s'éteignent, les larmes ne sont jamais bien loin !

(*) « J'avoue que j'ai vécu » – Pablo Neruda (ISBN 2070378225)

Commenter  J’apprécie          751

Chers amis,

Je vous écris de l'Île Noire où je suis arrivé depuis peu pour quelques jours de vacances. Non, l'Île Noire n'est ni en Écosse ni en Bretagne, mais bien aux confins du Chili, au sud de Valparaiso, d'ailleurs ce n'est pas une île, mais une petite ville côtière qui fait face à l'Océan Pacifique. Il est possible que cette lettre mette quelques temps à vous parvenir. Ici le seul facteur, un certain Mario Jimenez, n'est pas l'homme le plus courageux du coin. Qui plus est, il s'initie depuis quelques jours à la poésie et en particulier à l'art de la métaphore auprès du maître incontesté des lieux, Pablo Neruda. Voilà une amitié bien improbable, ici d'ailleurs les gens du village s'en étonnent avec ironie, comment ont-ils fait ces deux-là pour s'apprivoiser ? C'est un peu le mariage de la carpe et du lapin. Tiens ! À propos de mariage, comme un bonheur n'arrive jamais seul, Mario Jimenez est tombé amoureux de la jeune et pulpeuse Beatriz Gonzalez, la fille de la redoutable Madame Rosa, vous savez la veuve Gonzalez qui, elle, pratique plutôt avec sévérité l'aphorisme... Pour ce qui est du mariage, on en est bien loin encore, le jeune facteur devra faire preuve d'Une ardente patience...

Ah ! Mes amis, tout ici n'est qu'éveil des sens, floraisons, voyage intemporel. Aucun malheur ne semble pouvoir atteindre le rivage de ce paradis tranquille et bon enfant. Ici les jours sont gorgés de soleils et de désirs, comme les seins éloquents de la jeune Beatriz Gonzalez, engoncés dans une blouse de deux tailles plus petites que ne l'exigerait sa générosité affichée... Ça, ce n'est ni une métaphore, ni une vue de l'esprit !

Ici chaque effleurement, chaque mouvement du paysage est charnel, c'est un véritable hymne au plaisir... le bourdonnement des abeilles lubriques, le calice des marguerites marines en plein émoi, le cri d'un orgasme dans la nuit sidérale, tandis que le chant des baleines au loin ramène un peu de sérénité au paysage brûlant...

L'Île Noire a beau ne pas être une île, on se sent ici comme coupé du reste du monde...

Le rire joyeux des enfants des pêcheurs, le sel de la mer sur les paupières, les caprices du vent, même les pélicans ont des allures un peu anarchistes... Il souffle ici un vent de liberté comme sur le reste du Chili depuis que Salvador Allende a montré qu'un autre monde était possible...

À quoi tient ce bonheur ? Serait-ce la magie des mots ? La manière d'un poète ici de les faire chanter, d'avoir su transformer ce jeune facteur maladroit et naïf pour que celui-ci sache accueillir sur lui le regard d'une jeune femme aimée ?

Le vin parfois coule à flot, lorsque nous avons su ce jour-là que notre cher barde voisin venait de recevoir le prix Nobel de littérature...

Nous étions émus et un peu ivres, lorsque nous l'avions vu dans l'unique poste de télévision du village, au restaurant tenu d'une main de fer par Madame Rosa, vous savez la veuve Gonzalez... Nous étions émus lorsqu'il prononça ses mots :

« En conclusion, je veux dire aux hommes de bonne volonté, aux travailleurs, aux poètes, que l'avenir tout entier a été exprimé dans cette phrase de Rimbaud ; ce ne sera qu'avec une ardente patience que nous conquerrons la ville splendide qui donnera lumière, justice et dignité à tous les hommes.

« Et ainsi la poésie n'aura pas chanté en vain. »

Tout semble calme, pourtant ce soir en regardant l'astre solaire fondre dans le Pacifique, en observant au loin les feux de Valparaiso, j'ai comme un mauvais pressentiment... Il y a toujours une fausse note qui vient brusquement gripper la partition du bonheur, abîmer le paysage, comme si aimer et être libre étaient insupportables pour d'autres... Des oiseaux de malheur planent dans le ciel éthéré...

Plus tard, lorsque le pays sera à feu et à sang, je sais qu'il faudra Une ardente patience pour faire revenir la confiance, poser un peu de baume sur les cicatrices, bercer dans des bras encore trop fragiles les veuves inconsolables, les mères éplorées. Il faudra d'autres poètes pour réinventer les mots, la lumière, l'espoir, la liberté, des îles là-bas et encore et ailleurs, et toujours...

Post-scriptum : merci à toi Marie de m'avoir offert l'envie et la possibilité de lire ce court roman solaire et fulgurant d'Antonio Skármeta, auteur dont je fais la connaissance par la même occasion. Ce fut un moment de poésie pure, entre la joie simple et généreuse et la douleur d'un peuple martyrisé, j'ai ri et été ému... ce fut une rencontre inoubliable !

« Que no es guitarra de ricos

ni cosa que se parezca

mi canto es de los andamios

para alcanzar las estrellas,

que el canto tiene sentido

cuando palpita en las venas

del que morirá cantando

las verdades verdaderas,

no las lisonjas fugaces

ni las famas extranjeras

sino el canto de una lonja

hasta el fondo de la tierra. »

Víctor Jara

Commenter  J’apprécie          5117

Ce roman solaire d'une écriture tout en finesse, hommage au poète Pablo Neruda, raconte l 'histoire de l 'amitié entre un tout jeune facteur et un vieil écrivain : le barde Don Pablo, dans le chili des années 70.

Une "prose poétique " très courte de cent cinquante et quelques pages, lue d'un seul souffle, de peur de ne retrouver le goût du plaisir jubilatoire, du bonheur immédiat que procure ce nanan, cette sucrerie littéraire.

Un des livres que j'aimerais vous faire aimer.

Commenter  J’apprécie          625

Il est de ces petits bijoux qui se révèlent à nous de manière insoupçonnée, à coups de hasard ou de clins d'oeil de la vie.

A la recherche d'un auteur sud-américain pour un défi de lecture en 2022 - défi que, honteusement, je n'ai pas réussi - j'ai chiné dans les livres de poche de mon Emmaüs adoré pour finalement dégoter Une ardente patience dont je n'avais jamais entendu parler.

Vendredi dernier, pour occuper un voyage en train de quelques heures, j'ai laissé tomber mon pavé actuel pour un petit roman facile à glisser dans mon sac à main. le facteur de Antonio Skármeta a escaladé ma pile à lire par le chemin le plus court et a été élu à l'unanimité de mes bulletins de votes intérieurs - ça vous laisse deviner les difficultés légendaires de Croquignolle pour choisir une nouvelle lecture au coeur de sa méga-pile-à-lire.

Et voilà, le tour du sort était joué et mon week-end s'est retrouvé enchanté par cette lecture pétillante, poétique, riche d'un humour joliment tourné et empli d'émotions des plus émoustillantes.

Qui l'aurait cru ? Je venais de lire un livre ouvertement érotique (voire pire) sans en ressentir les frissons escomptés et voilà que sous les mots et métaphores de cet auteur du bout du monde, mon sourire, mon corps, mon âme ont entrepris de vibrer de toutes leurs sonorités, de toutes leurs colorations, de tous leurs souffles les plus palpitants.

Que c'est beau !!! Et quelles magnifiques rencontres j'y ai faites !

J'y ai rencontré un homme peu vaillant au travail, transformé en un facteur ailé, en un messager zélé au contact des métaphores savoureuses du grand poète Neruda.

J'y ai rencontré une femme ouverte à toutes les convoitises, séduite par l'âme pure (ou presque) de l'amoureux poète débutant, succombant au charme des mots et fondant de désir en attendant l'assaut.

J'y ai rencontré une belle-mère inquiète à la langue empâtée de tous les termes vulgaires dont elle a dû user pour se faire respecter sans un homme à ses côtés pour la protéger.

J'y ai rencontré la tranche d'histoire d'un pays empreint aux soifs de pouvoir, aux injustices, chamboulé dans un contexte de guerre froide et de crise politique.

J'y ai rencontré les plus belles descriptions du mélange des corps, des désirs, des chairs et des soifs donnant des ailes aux papillons endormis sur les visages - les lecteurs de ce roman me comprendront - et au creux des reins.

J'y ai rencontré Pablo Neruda dans l'intimité de son Île Noire, dans son tête-à-tête avec l'océan et la nature environnante, dans son envie de bout du monde, de solitude et d'isolement.

J'y ai rencontré Antonio Skármeta, écrivain et poète talentueux qui a su transformer ces quelques heures de lecture en un jardin luxurieux et luxuriant, en un arc-en-ciel coloré et merveilleux, en un vol d'oiseaux virevoltant, en une gerbe de délices savoureuses et odorantes, en un voyage infini au pays des sens.

Une ardente patience mérite une deuxième, une troisième lecture pour en capter toutes les richesses et toutes les émotions. Ce petit livre s'en ira émouvoir d'autres amis lecteurs avant de me retrouver pour de nouvelles aventures.

Commenter  J’apprécie          382

La réunion de deux êtres que tout oppose. Un cahot sur le chemin de la vie qui vous détourne de votre voie et vous bouleverse jusqu'au plus profond de votre âme. Ils n'avaient rien en commun si ce n'est un désir de s'abreuver de la vie jusqu'à plus soif.

Mais il est des rencontres qui ne peuvent s'oublier quand elles sont placées sous le signe du sublime et de la poésie. Lorsque au hasard de votre chemin un homme célébrissime se hisse vers vous et que ce monument se nomme Pablo Neruda comment rester de marbre ? Un homme comme il en existe peu, un vrai terrien, entier et passionné. Un homme amoureux de la vie et de ses semblables.

1969. le Chili, est un pays épris de liberté, de démocratie, charnel et marqué par les premières télévisions en couleurs. Mario, 17 ans, ne souhaite pas suivre la lignée des pêcheurs comme son père et la plupart des hommes du village. Mario est amoureux des mots, il rêve d'écriture de poésie, de littérature alors quand on lui propose de devenir facteur et d'avoir pour seul et unique client Pablo Neruda, Mario voit là une opportunité rêvée pour faire une des plus belles rencontres de sa vie. Il ne lâchera plus le poète. Il marchera dans ses pas en se nourrissant de chacune de leurs discussions. L'homme de lettres se sentira, au début, quelque peu agacé par son altruisme et son affront. Mais peu à peu tel le Petit Prince et le Renard, ils parviendront à s'apprivoiser et apprendront à se faire confiance mutuellement. Comment peut-on résister à ce jeune homme attendrissant, naïf et plein de surprise ? Cette rencontre pleine de verve, d'échange et de magie se transformera en une belle et forte amitié. Deux êtres que tout opposait parviennent à se trouver bien au-delà des différences. Et les barrières liées à leurs âges et à leurs milieux fondent sous l'effet des liens extraordinaires qui doucement se nouent.

Mario sera pendu à ses lèvres se nourrissant des paroles de son maître absolu. Il apprendra à ses côtés à faire chanter les mots tandis que Pablo Neruda y retrouvera la ferveur de sa jeunesse passée et un certain amusement. Echanges de bons procédés.

Mario lui demande de lui enseigner le verbe afin de courtiser la belle Béatriz. Il lui enseigne les rudiments de la poésie, des mots, des phrases. Mais tandis que Mario apprend à dire l'amour et se consumme pour Beatriz, le Chili, lui, brûle et se perd dans une tourmente politique sans précédents. Balayés les mots d'amour et le lyrisme, il ne reste plus que les cendres incandescentes d'une terre meurtrie...Et aussi l'exil.

Un face à face inoubliable, on rit, on pleure et on referme ce livre avec une certaine tristesse.

Une ardente patience un livre d'une poésie à couper le souffle !

Un livre sur une rencontre inoubliable, puissante et profonde. Au hasard des lignes, entre deux mots échangés, une rencontre de l'instant qui apaise le coeur et réconforte l'âme.

Commenter  J’apprécie          434

Citations et extraits (73) Voir plus Ajouter une citation

- C'est ridicule ! Parce qu'un homme m'a dit que mon sourire voltige sur mon visage comme un papillon, il faut que je parte à Santiago !

- Ne fais pas la dinde ! éclata à son tour la mère. Aujourd'hui, ton sourire est un papillon, mais demain tes tétons seront deux colombes qui veulent qu'on les fasse roucouler, tes mamelons deux framboises fondantes, ton cul le gréement d'un vaisseau et la chose qui fume en ce moment entre tes jambes le sombre brasier de jais où se forge le métal en érection de la race ! Bonsoir !

Commenter  J’apprécie          22

- Merde alors, comme j'aimerais être poète !

- Eh là ! Au Chili, tout le monde est poète. Tu seras plus original en restant facteur. Au moins tu marches beaucoup et tu n'engraisses pas. Au Chili, tous les poètes ont du ventre, moi comme les autres.

Commenter  J’apprécie          42

- Mais les mots ne peuvent pas faire de mal ! dit Beatriz en étreignant sa couverture.

- Il n'y a pas de pire drogue que le boniment. Il peut faire croire à une serveuse de village qu'elle est une princesse vénitienne. Et ensuite, quand vient l'heure de vérité, le retour à la réalité, tu te rends compte que les mots sont un chèque sans provision. Je préfère mille fois qu'un ivrogne te mette la main au cul dans le bar plutôt qu'on vienne te raconter que ton sourire vole plus haut qu'un papillon !

Commenter  J’apprécie          10

- Ma pauvre Beatriz se consume complètement pour ce facteur. Un homme dont le seul capital est constitué des champignons qu'il traîne entre ses doigts de pied.

Commenter  J’apprécie          50

- Don Pablo, vous ne pouvez pas me laisser tomber. Parlez à cette dame et dites-lui qu'elle est folle.

- Mon fils, je suis poète et ça me suffit. Je ne connais rien à l'art distingué d'étriper les belles-mères.

Commenter  J’apprécie          00

Video de Antonio Skármeta (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antonio Skármeta
Il Postino (1994), trailer
CONVERSATIONS et QUESTIONS sur ce livre Voir plus
autres livres classés : chiliVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus





Quiz Voir plus

As-tu bien lu "La rédaction"?

Quelle est la grande préoccupation de Pedro au début du livre?

rendre à temps sa rédaction
trouver comment avoir un ballon en cuir blanc et noir
être gentil avec ses parents
trouver comment avoir plus d'argent de poche

10 questions
63 lecteurs ont répondu
Thème : La rédaction de Antonio SkármetaCréer un quiz sur ce livre