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Guy Durand (Traducteur)
EAN : 9782267046823
72 pages
Christian Bourgois Editeur (06/10/2022)
3.58/5   13 notes
Résumé :
Qu’est-ce que le « Camp » ?
Une façon de voir le monde autant qu’une manière d’être, selon Sontag. Cet art de valoriser l’artifice pourrait avoir pris corps pour la première fois dans Les Fourberies de Scapin de Molière, en 1671, autour de la figure de Louis XIV. Mozart, Greta Garbo et sa beauté androgyne, le film King Kong de 1933… tous incarnent la sensibilité Camp – un mélange d’extravagance, de ludisme et de sérieux. Le Camp, en tant que... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Dans un entretien en 1994, Sontag a avoué : « Écrire des essais a toujours été laborieux. Ils passent par de nombreux brouillons et le résultat final peut avoir peu de rapport avec le premier brouillon; souvent je change complètement d'avis au cours de la rédaction d'un essai. La fiction vient beaucoup plus facilement, dans le sens où le premier brouillon contient l'essentiel - le ton, le lexique, la vélocité, les passions - de ce à quoi je me retrouve finalement.
Les premiers essais de Sontag, néanmoins, ont une originalité capiteuse et confiante. Ce recueil contient par exemple deux classiques modernes, Contre l'interprétation et Notes sur le camp, ainsi que des discussions sur Lévi-Strauss, Sartre, Camus, Beckett, Godard, une démolition mémorable d'Ionesco, ainsi que de la psychanalyse et du cinéma de science-fiction. Sontag, qui est venue influencer des générations de lecteurs à travers le monde et s'est vue en guerre contre le philistinisme, n'était rien sinon transgressive. Et toujours intensément diverse.
Les notes sur un Camp, a fait sensation et a propulsé Sontag vers une notoriété instantanée dans les cercles intellectuels américains. Résumant la réputation de Sontag, le magazine Time a déclaré qu '"elle en est venue à symboliser l'écrivain et le penseur sous de nombreuses variantes: en tant qu'analyste, rhapsode et oeil itinérant, en tant que réprimande publique et conscience portable".
"J'étais venue à New York au début des années 1960", écrira-t-elle plus tard, "désireuse de mettre au travail l'écrivain que je m'étais engagée à devenir". Son esthétique était, et restera, omnivore. "Mon idée d'un écrivain: quelqu'un qui s'intéresse à tout ... La seule surprise était qu'il n'y avait pas plus de gens comme moi."
Mais bien sûr, il n'y en avait pas. Sontag était inimitable, dans la vie comme dans le travail. Son écriture est rapidement devenue le commentaire par excellence des années 1960, rudes, parfois violentes, autour d'elle à New York.
"Ce n'était pas les années 60 à l'époque. Pour moi, c'était principalement l'époque où j'écrivais mes premiers romans et où je commençais à décharger une partie de la cargaison d'idées sur l'art et la culture et les bonnes affaires de la conscience qui m'avaient distrait de l'écriture de fiction. J'étais pleine d'un zèle de type évangélique.
Susan Sontag, en plus de commenter les années 60, en est venu à les incarner. « Comme on souhaite, écrira-t-elle plus tard, qu'une partie de son audace, de son optimisme, de son dédain pour le commerce ait survécu. Les deux pôles du sentiment résolument moderne sont la nostalgie et l'utopie. La caractéristique peut-être la plus intéressante de l'époque désormais qualifiée de années 60 était qu'il y avait si peu de nostalgie. En ce sens, c'était bien un moment utopique. le monde dans lequel ces essais ont été écrits n'existe plus.
le travail de Sontag, cependant, lui survit sans équivoque. L'essai du titre, qui porte même une épigraphe De Wilde ("Il n'y a que des gens superficiels qui ne jugent pas sur les apparences. le mystère du monde est le visible, pas l'invisible") sonne un appel passionné pour "un érotisme de l'art" .
L'argument de Sontag, exprimé avec beaucoup plus d'éclat et de subtilité que n'importe quelle simplification ne peut l'exprimer, est que l'interprétation critique, qui s'inspire de Platon et d'Aristote, est devenue réactionnaire et étouffante. "Comme les émanations de l'automobile et de l'industrie lourde qui encrassent l'atmosphère urbaine, l'effusion des interprétations de l'art empoisonne aujourd'hui nos sensibilités." Ceci, dit Sontag, "est la revanche de l'intellect sur le monde".
Les provocations sauvages de Sontag ont atteint leur apogée dans son célèbre essai de 1964, Notes on camp, également rassemblées ici.
Je précise que ce mot camp n'est qu'un concept abstrait,  le camp, c'est le triomphe du style épicène, applicable à tout, et totalement incompréhensible... 
Remarquablement, Sontag tient bon avec brio. « L'essence du camp », commence-t-elle, « est son amour du contre-nature : de l'artifice et de l'exagération. Et camp est ésotérique - quelque chose d'un code privé, un badge d'identité, même, parmi les petites cliques urbaines. Reconnaissant astucieusement que "c'est embarrassant d'être solennel et digne d'un traité à propos de camp" et de courir le risque d'avoir perpétré "un morceau de Camp très inférieur", Sontag procède à l'élaboration de 58 "notes" numérotées pleines d'esprit et coruscantes, aboutissant à l'ultime déclaration du camp : "C'est bien, parce que c'est affreux."
C'est de cet esprit dont nous avons besoin maintenant, plus que jamais : ce genre d'originalité et de risque.
Lien : http://holophernes.over-blog..
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Mais qu'est-ce que le "Camp"? C'est la question à laquelle Susan Sontag a tenté de répondre à travers cet essai de 68 pages. Écrit dans les années 60, il n'a de "vieillot" que les références et exemples cités car la réflexion posée garde quant à elle toute sa pertinence.

J'ai trouvé ma lecture très intéressante , se questionnant à la fois sur le "camp" en tant que tel mais également sur l'art, le snobisme et les différentes formes de sensibilités. J'ai été impressionnée par l'approche du "camp" dont il est presque impossible de donner une définition. Car le "camp" évolue au fil du temps et se trouve avant tout dans l'oeil de celui qui regarde. Et pourtant, l'autrice s'en est superbement sortie, détaillant point par point ce style et fournissant toute une série d'exemple afin de mieux en saisir les subtilités.

La seconde partie de l'essai s'interroge quant à lui sur le monde de l'art, son évolution et son accessibilité et n'hésite pas à en briser les frontières, décortiquant l'art contemporain et son approche moderne. Ma seule réserve est la suivante : j'en voulais un peu plus ! J'ai vraiment été prise de court par la "conclusion" qui à mon sens n'en est pas vraiment une. Malgré cette fin abrupte, j'ai vraiment apprécié ma lecture et les questionnements qu'elle a soulevé en moi. C'était une chouette intro sur le sujet et je ne regrette pas du tout de l'avoir découvert !

Je remercie par ailleurs Babelio et les éditions Christian Bourgois de m'avoir envoyé cet essai, qui m'a permis de sortir des sentiers battus et d'explorer une littérature différente de celle à laquelle je suis habituée.
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Quelle bonne idée ont eu les éditions Belfond de rééditer plusieurs titres culte de Susan Sontag dans sa collection de poche « TITRES » ! L'occasion pour (re)découvrir l'oeuvre de cette essayiste et romancière marquante des années 60.
Parmi ceux-ci on retrouve donc « le style camp » (suivi de « culture et sensibilités d'aujourd'hui »), petit texte d'une trentaine de pages au style très abordable qui tente de nous décrire ce mouvement en nous expliquant par petits chapitres ce que peut être, ou ne pas être, le « camp » que l'on retrouve dans différents domaines artistiques et que l'on peut définir comme un ensemble de critères, une sensibilité particulière, plutôt qu'un style bien précis.
L'auteure nous prévient d'emblée qu'il ne s'agit pas d'un essai mais d'une série de notes sur le style camp. En 58 points de réflexions, de précisions et exemples, Susan Sontag nous amène à nous faire notre propre idée du style camp. Elle pose ses différences avec la « grande » culture, ses préoccupations esthétiques, son côté libérateur (trouver du beau dans le laid).
Le style camp appelle à la défense du goût, entendez la liberté personnelle du goût, sortir du dictat du bon goût prédéfini, et surtout garder une certaine naïveté, prendre la frivolité au sérieux, un peu de légèreté quoi !

À la lecture de cet ouvrage, on en est à chercher du camp partout ! (J'étais surpris de pouvoir enfin mettre un nom sur le style des décorations que je réalise, je faisais du camp sans le savoir, c'est aussi ce qui le définit !)
En regardant le paysage culturel actuel (le livre datant des années 60, il ne faut pas oublier que la scène artistique a fortement évoluée depuis), je ne retrouve que peu de camp, beaucoup de copie et d'inspiration camp mais sans la naïveté et l'ironie nécessaire pour en être réellement…mais je continue à chercher, il doit bien se cacher sous une nouvelle forme (sur TikTok, Insta ou autre pateforme ?), ayant sûrement évolué avec notre société.

En complément de ce texte, on retrouve un court essai de Sontag intitulé « sensibilité et culture d'aujourd'hui », lui aussi daté de 1966. Sous une forme plus conventionnelle, elle s'intéresse à l'évolution de l'art depuis le XIXe siècle. À partir de cette époque apparait une opposition entre culture artistique et culture scientifique. Cette scission entre les deux cultures ayant finie par disparaitre pour évoluer, se mélanger. On ne peut plus séparer technique et science de l'art (tout comme l'art de la société), ces deux domaines étant à leur façon ouverts au changement et à la nouveauté, ils s'influencent pour créer ainsi de nouvelles formes de beauté.
Là aussi, 60 ans se sont écoulés depuis l'écriture de ce texte mais il reste très éclairant sur la société actuelle et notre conception de la culture. Depuis, l'interaction entre technologie et art s'est multipliée, Susan Sontag avant bien perçu l'importance de ce phénomène, ce qui fait que ce texte est toujours d'actualité et nous apporte des bases pour mieux comprendre l'art contemporain et d'où il vient.

Si vous aimez les petits textes qui vous apportent un peu de culture et de réflexion sans prise de tête, alors lisez les essais Susan Sontag, ils n'ont pas pris une ride, sans doute aussi ce qui les rend culte !
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A travers de petits chapitres, Susan Sontag nous sensibilise au "style camp" par son évolution dans le temps.

Tous les éléments du décor visuel (vêtement, décor, mobilier,...) prennent un grande importance au détriment du contenu.
C'est une façon de voir le monde comme un phénomène esthétique.
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60 petites pages qui tentent de définir le camp.

C'est un essai sans prise de tête qui enfonce un peu des portes ouvertes mais reste divertissant.

Pas mal de références instructives si on s'intéresse à l'art en général.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Les canons du Camp ne sont pas immuables. Le temps change beaucoup de choses. Le temps peut donner du relief à ce qui nous paraît simplement plat et borné parce que nous en sommes trop proches, parce que cela ressemble trop bien au produit de notre imagination quotidienne, dont la nature fantastique nous échappe. Nous trouvons plus e goût à la fantaisie quand cette fantaisie nous est étrangère.
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Le Camp à l'état pur est involontaire: d'un sérieux total. L'artisan qui, dans l'Art nouveau, forge un serpent autour d'un pied de lampe, n'est pas d'humeur à plaisanter, et il n'a pas non plus l'intention de faire un objet charmant. Il est là, en train de se dire, avec le plus grand sérieux: « Voilà l'Orient ! »
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L'élément essentiel du Camp, naïf ou pur, c'est le sérieux, un sérieux qui n'atteint pas son but. Il ne suffit pas évidemment que le sérieux manque son but pour recevoir la consécration du Camp. Seul peut y prétendre un mélange approprié d'outrance, de passion, de fantastique et de naïveté.
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Le Camp: une vision du monde à travers un style - une forme de style très particulière. Le goût de l'exagéré, la note de fausseté des choses qui ne sont plus ce qu'elles sont.
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L'art "camp" est, le plus souvent, un art décoratif qui met plus particulièrement en relief la forme, la surface sensible, le style, au détriment du contenu.
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Videos de Susan Sontag (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Susan Sontag
Nous sommes au printemps 1976. Sigrid Nunez, 25 ans, sonne à la porte de Susan Sontag, 43 ans, pour l'aider à répondre à la pile monumentale de courrier reçu du monde entier pendant son hospitalisation. Sigrid découvre un vaste penthouse lumineux, aux murs blancs et nus. Peu de meubles, un chien, et une pièce stratégique, la chambre bureau de Susan, où trône une énorme machine à écrire IBM Selectric. L'une réfléchit et dicte, l'autre tape et capte.
Trente ans plus tard, Sigrid Nunez, devenue à son tour une grande écrivaine, livre son témoignage. Elle raconte l'extraordinaire vitalité de Susan, sa curiosité, son énergie inépuisable. Amie et modèle à la fois, Susan est le mentor dont rêve tout apprenti écrivain. Un portrait fin et inattendu, dans l'intimité de l'une des plus audacieuses intellectuelles américaines du XXe siècle.
Sempre Susan » de Sigrid Nunez Traduit de l'anglais (États-Unis) par Ariane Bataille
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