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EAN : 9782246823599
Éditeur : Grasset (26/08/2020)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 105 notes)
Résumé :
Dans un petit village des fjords de l’ouest, les étés sont courts. Les habitants se croisent au bureau de poste, à la coopérative agricole, lors des bals. Chacun essaie de bien vivre, certains essaient même de bien mourir. Même s’il n’y a ni église ni cimetière dans la com-mune, la vie avance, le temps réclame son dû.

Pourtant, ce quotidien si ordonné se dérègle parfois : le retour d’un ancien amant qu’on croyait parti pour toujours, l’attraction des ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
Fandol
  05 avril 2021
Je termine Lumière d'été, puis vient la nuit, de Jón Kalman Stefánsson, cette chronique villageoise qui aurait pu durer encore longtemps mais que j'ai trouvée un peu longue, par moments.
C'est un habitant de ce village islandais de quatre cents âmes qui raconte. L'auteur lui-même ? Sûrement. Ici, loin de Reykjavik, la capitale, il n'y a rien pour distinguer le village, même pas d'église ni de cimetière. Par contre, on y vit très vieux et les abattoirs, la laiterie, la Coopérative et l'Atelier de tricot sont très actifs.
Au cours de ma lecture, j'ai croisé beaucoup de personnages, me suis perdu un peu avec tous ces noms islandais auxquels je ne suis pas habitué. Alors, je me suis laissé bercer par ces histoires racontées en huit chapitres divisés en plusieurs mouvements. S'il y a un petit port avec quelques cinq cents habitants répartis dans les fermes alentour.
Ces hommes et ces femmes partagent une vie rude et le moindre événement attire attention et commérages comme Águsta, la postière si indiscrète sait bien lancer.
Tout comme avec le Directeur de l'Atelier de tricot devenu soudain passionné pour le latin et l'astronomie. On l'appelle alors l'Astronome et il se met même à donner régulièrement des conférences. Hélas, L Atelier qui fabriquait chaussettes, chandails, bonnets, moufles, gants, ferme subitement. Sur l'ensemble du personnel, cinq femmes ne retrouvent pas de travail et vont tenter de se venger.
Les femmes, justement, tiennent un rôle important. L'auteur sait les décrire de manière très sensuelle tout en étant parfois cruel pour certains détails physiques. Elles attisent les sens des hommes et cela peut déclencher des catastrophes, même si, ici, on sait tout remettre dans l'ordre afin que la vie continue tout de même.
L'auteur que j'avais déjà apprécié dans Ásta, ne se contente pas de conter ces destinées à la fois ordinaires et extraordinaires, il saupoudre très judicieusement des réflexions sur notre monde, sur nos modes de consommations, sur nos façons de vivre et de passer le temps.
Ce sont ces réflexions que j'ai le plus appréciées au fil de ma lecture regrettant parfois d'abandonner certains personnages alors que leur histoire ne semble pas terminée.
Qu'elles s'appellent Helga, Elísabet, Báva, Harpa, Sigriður, Asdís, Kristin ou encore Þuriður, leur sort est émouvant, leur recherche d'amour pas toujours récompensée.
De leur côté, les hommes, jeunes ou vieux, heureux ou pas en amour, se mettent souvent à boire mais Jonas se révèle peintre de talent, Davið est un bon violoniste alors que je croise Hannes, Finnur, Þorgrímur, Kjartan, Matthías, Jakob et Benedikt. Tous m'ont fait partager un peu de leur vie dans ce climat islandais si rude où les nuits d'hiver sont interminables mais où l'été fait surgir fleurs et fruits en abondance.
Quand, dans les locaux abandonnés de l'Atelier de tricot, Elísabet crée le Tekla, le premier restaurant jamais inauguré au village, les habitudes changent, la vie devient plus gaie. Mais celles que l'auteur nomme « les dix mains », veillent, remuent le maire, portent plainte. C'est l'occasion de voir débarquer Áki, un enquêteur dont l'aventure finit de façon bien savoureuse.
Lumière d'été, puis vient la nuit, sélectionné par le Prix des Lecteurs des 2 Rives 2021 est donc un livre foisonnant d'histoires différentes, d'histoires gaies ou tragiques, une bonne lecture pour s'imprégner d'un mode de vie bien différent du nôtre et pourtant relativement proche.

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Cancie
  02 avril 2021
L'histoire se déroule dans un petit village des fjords de l'ouest, un village sans église et sans cimetière où la proportion d'octogénaires est plus élevée que nulle part ailleurs en Islande, autre particularité du village.
En huit chapitres, c'est l'histoire des habitants à travers quelques-unes des figures des villageois qui nous est contée. Ces vies à la part parfois irréelle seront reliées entre elles par le narrateur.
Le premier portrait est celui du directeur de l'Atelier de tricot, dont la femme est si belle, qui roule en Range Rover et qui se met à rêver dans une langue qu'il ne connaît pas, le latin, lui dira le médecin. Ce rêve va métamorphoser sa vie… Il plaque tout et n'aura de cesse de scruter les étoiles. le directeur devient l'Astronome !
Il y a Jonas, ce jeune garçon timide et fragile, hypersensible, passionné par le monde des oiseaux, fils de Hannes, colosse et policier du village.
Il y a également Kjartan et David, le fils de l'Astronome, tous deux employés à l'Entrepôt qui vont avoir à faire aux fantômes…
Il ne faut pas oublier Ágústa, la postière extrêmement fouineuse qui n'hésite pas à ouvrir les lettres des villageois, devenant ainsi « le principal organe de presse du village » et d'autres encore.
Il ne faut pas croire que Jón Kalman Stefánsson s'est contenté de dresser une série de portraits. Ses personnages, il les fait évoluer, se métamorphoser, partir, revenir, rêver, fantasmer, au gré des saisons et des rudesses du climat. Il plonge véritablement dans le coeur de leurs âmes.
La force du roman tient au fait que le narrateur, en l'occurrence, l'auteur nous amène à réfléchir, tout au long de notre lecture à la difficulté de connaître son semblable, à se connaître soi-même, à la place que nous occupons sur terre et plus largement dans le cosmos, et sur le sens de la vie. Ne nous pose-t-il pas, par exemple, et ceci dès les premières pages, cette question : « Avez-vous jamais réfléchi au nombre de choses qui tiennent au hasard, toute la vie peut-être ? »
En cela Lumière d'été, puis vient la nuit est un vrai roman philosophique.
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Cannetille
  12 mars 2021
Dans ce petit village d'Islande où les saisons se succèdent en ne se différenciant que par la longueur de jour laissée par la nuit, le quotidien est si morne que les plus petits détails font figure d'évènements et ne passent inaperçus de personne. Un rien suffit parfois à susciter la tempête, dans un tourbillon irrationnel de désirs, de ressentiments ou de craintes…

Tel le coryphée d'une tragédie grecque observant et commentant les actions aveugles des personnages, l'auteur se poste en témoin extérieur d'une série de saynètes, mettant en scène les menus incidents qui font figure de cataclysmes dans la vie monotone de villageois ordinaires. Toutes ces petites histoires gravitent autour de pulsions et de désirs plus ou moins licites et assouvis, de rancunes et de frustrations, de peurs irraisonnées toujours prêtes à surgir. Si elles emplissent la vie de leurs protagonistes, elles prennent une coloration bien dérisoire sous l'oeil critique et les commentaires caustiques de leur scrutateur.

Elles deviennent alors l'occasion de quelques réflexions critiques sur l'ineptie de nos existences contemporaines qui, choyées comme jamais par le confort et la facilité, n'en rendent pas les humains plus heureux. Prisonniers d'une immédiateté égoïste qui les isole les uns des autres, efface ceux qui les ont précédés et ne laissera rien aux générations futures, les hommes n'ont tiré aucune sagesse de leurs nouveaux savoirs. La science a remplacé croyances et spiritualité sans répondre à leurs questionnements fondamentaux et sans éradiquer leur peur du noir et de la mort. Les comportements les plus irrationnels ne demandent qu'à resurgir chez des êtres qui, par ailleurs, n'ont jamais mis le progrès à profit pour réfléchir et donner la priorité aux valeurs essentielles de la vie.

Aussi bien écrit et pétri d'humour qu'il soit, ce livre m'a profondément ennuyée. Les épisodes s'accumulent sans grand lien les uns entre les autres, et surtout sans vraiment illustrer un propos certes intéressant mais somme toute peu creusé. Leur succession m'a d'autant plus découragée, qu'en plus de ne s'y passer pas grand-chose, leur narration froide et distanciée m'a interdit toute émotion et tout attachement aux personnages. Surnage chez moi une impression persistante d'absurde non-sens, sans doute recherchée par l'auteur, mais qui m'a plus durablement assommée qu'intéressée.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Merik
  06 septembre 2020
Introduire le village sur lequel l'auteur s'apprête à parler au long de trois cents pages presque en s'excusant, le présenter comme étant plutôt banal, sans aucune extravagance si ce n'est l'absence de cimetière ou d'église, si ce n'est peut-être aussi les quelques centenaires rigolards ou la recrudescence d'octogénaires qui le composent, il fallait oser. On pourra toujours y déceler une marque de confiance en soi, une assurance tout risque dans son propre talent de conteur. Toujours est-il, introduction par défaut d'intérêt réel ou simple ruse narrative, l'accroche est bel et bien là, originale et culottée. Jon Kalman Stefansson nous la joue à l'envers et ça fonctionne déjà, on a envie de savoir, et surtout de faire connaissance avec la population du village. le faisceau narratif qu'il dirige alors sur huit habitants pour autant de chapitres se révèlera à la fois caustique et pittoresque, lyrique et poétique.
Il y a le directeur de l'Atelier de tricot qui subitement se met à rêver en latin, il ne lui en faudra pas plus pour poursuivre sa destinée vers la maîtrise de l'idiome et tout plaquer pour scruter les étoiles.
Il y a Jonas le frêle adolescent rougissant au moindre frémissement féminin, hypersensible connecté au monde des oiseaux.
Il y a David fils de l'Astronome, en proie à la vie des fantômes au sein de l'Entrepôt.
Il y a aussi Kjartan son collègue à l'Entrepôt, réfractaire aux idées sur l'au-delà, plus ancré dans la terre et l'appel de sa chair.
Et il y a tous les autres, que le focus soit porté sur eux ou pas. Car le lecteur ne tient pas entre les mains un chapelet de destinées égrenées sur le tempo régulier d'un recueil de nouvelles, ça serait sans compter sur la maîtrise constructive de l'auteur. Celui-ci déroule au contraire une prose inspirée et libre sans paraître digressive, encline à suivre le fil d'une anecdote, d'une rencontre ou d'un événement pour façonner peu à peu une galerie de personnages et tisser l'écheveau d'une communauté de quatre cents âmes.
L'être humain reste ainsi placé au centre, comme toujours avec cet auteur. Non seulement de son village mais aussi d'un univers incommensurable parsemé d'astres, de présences spectrales ou de trous noirs, où le cosmos et l'au-delà ne manquent pas de le remettre à sa juste place métaphysique, en quête d'un sens qui lui échappe, « […] c'est la quête qui nous enseigne les mots pour décrire le scintillement des étoiles, le silence des poissons, les sourires et les tristesses, les apocalypses et la lumière d'été. » L'humain paraît à la fois grand ou envahissant, on ne parle que de lui et de ses tracasseries quotidiennes, son caractère et sa vie, mais il est aussi infinitésimal, replacé dans le contexte abyssal de l'univers et du mystère de la vie. Une question de point de vue. Il ressort aussi de ce roman une teinte de dérision et d'ironie, le rire rivalisant parfois avec le lyrisme, « […] un rire sincère est un étrange mélange de volupté et d'oubli de soi, nous nous désagrégeons en lui, nous tourbillonnons en surplomb du personnage que nous incarnons au quotidien, il fait de nous des êtres humains. »
Écrit en 2005 et publié maintenant en France, il m'a semblé plus mordant que ses précédents traduits en français. En tout les cas reconnaissable, les aficionados ne manqueront pas de replonger avec délice dans le style singulier de cet auteur, envoutant et aérien, en relation étroite avec le travail remarquable de son passeur, Eric Boury.
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Eve-Yeshe
  19 septembre 2020
L'histoire s'ouvre sur un petit village, comme tant d'autres, perdu dans les fjords, avec sa poste (surtout sa postière en fait !) sa coopérative agricole mais qui a cependant une particularité : il n'y a ni église ni cimetière.
« Il semble cependant qu'il y ait un point par lequel notre village se distingue des autres – nous n'avons pas d'église. Non plus que de cimetière. On a pourtant maintes fois tenté de remédier à ce manque, une église donnerait indéniablement de l'allure à notre environnement, le doux tintement des cloches rejoint les âmes en peine ; le glas porte avec lui des nouvelles de l'éternité. »
On fait ainsi la connaissance d'un homme particulier, le directeur de l'Atelier du Tricot, qui tout à coup se met à rêver en latin. Alors que tout un chacun ne ferait que s'en étonner moire s'en amuser, il décide d'apprendre le latin, et donc de lire des ouvrages en latin pour ensuite s'intéresser aux grands textes et notamment à l'astronomie. Il va ainsi renoncer à son travail, faire des conférences, rencontrer d'autres personnes dans le monde qui ont la même passion. Ces voisins vont le surnommer « l'astronome ». Son épouse en profitera pour faire ses valises…
Au départ, on pense que l'auteur va raconter son histoire, alors qu'en fait, d'autres personnes vont entrer en scène et une interdépendance va ainsi s'installer entre les personnages, aussi bien que les thèmes.
On fait ainsi la connaissance de David le fils de l'astronome qui travaille à l'entrepôt, qui est persuadé de l'existence des fantômes ce qui lui permet de trouver des explications à certains évènements étranges, malgré le scepticisme de son collègue Kjartan, ou encore Jonas, si pâle et évanescent qu'il risque de se dissoudre dans l'espace, ou encore Benedikt. Mais n'allez surtout pas croire que les femmes sont absentes : nous avons Agusta postière qui lit tous les courriers qui arrivent à la poste et n'hésite pas à en instruire ses concitoyens, ou encore ma préférée Elizabet, au caractère bien trempée qui n'hésite pas à se frotter aux autres, hommes ou femmes). J'allais oublier Jacob qui parcourt le pays à v bord de son camion ou Matthias qui rentre au pays après des années passées à l'étranger.

Ce roman me rappelle dans sa construction, le roman précédent « Asta », lequel variait les époques dans sa narration, alors qu'ici on reste dans l'ensemble dans la période actuelle, mais les chapitres s'étoffaient et s'enrichissaient les uns les autres.
Je n'ai toujours pas lu la trilogie de Jon Kalman Stefansson : « entre ciel et terre », « La tristesse des anges » et « le coeur de l'homme » qui me narguent depuis un certain temps dans ma PAL… « ô temps suspends ton vol et vous heures propices suspendez votre cours » comme le disait si bien mon ami Alphonse de Lamartine
Un immense merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui ont bien voulu me permettre de découvrir ce roman et de retrouver son auteur ainsi que l'Islande, ce pays qui me fascine (tout comme sa littérature)
#Lumièredétépuisvientlanuit #NetGalleyFrance
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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critiques presse (4)
Actualitte   21 octobre 2020
Ce roman envoûtant qui vous happe doucement et ne vous lâche plus fait partie de la première sélection du Médicis étranger.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaCroix   12 octobre 2020
Enchevêtrer l’humour et une beauté déchirante est l’un des talents de Jón Kalman Stefánsson. Lumière d’été, puis vient la nuit, paru en 2005, est une merveille dont on ne comprend guère pourquoi elle a mis tant de temps à nous parvenir en français, dans la belle traduction d’Éric Boury.

Lire la critique sur le site : LaCroix
LesInrocks   18 août 2020
Après Asta, l'Islandais creuse un peu plus le sillon de son indéfectible mélancolie avec Lumière d'été, puis vient la nuit.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Liberation   27 juillet 2020
Le roman de Jón Kalman Stefánsson semble d’abord une simple chronique villageoise, puis il entre dans les familles, débusque des comédies et des drames, nous surprend, nous fend le cœur.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (98) Voir plus Ajouter une citation
SeriallectriceSVSeriallectriceSV   09 mai 2021
Nous avons tous besoin d'aller chez le médecin, à la pharmacie, sinon pour nous-mêmes, du moins pour accompagner nos enfants, à la consultation des nourrissons, ils sont pesés, ils sont mesurés, on entreprend immédiatement de nous classer, de nous situer, de nous transformer en points sur des graphiques, nous sommes évalués par rapport à la moyenne, vaccinés contre presque tout sauf la tristesse, les déceptions, la mort.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   09 mai 2021
Le village est plus ou moins au centre de la province. Au nord, au sud et à l'est, il y a la campagne, et à l'ouest, l'océan. C'est agréable de promener son regard sur le fjord bien qu'il n'ait jamais été poissonneux. Au printemps, il attire des oiseaux des tourbières joyeux et optimistes, ses rives regorgent de toutes sortes de coquillages, au loin, des milliers d'îles et d'écueils surgissent de l'eau comme une denture aléatoire - et le soir, le soleil répand son sang à la surface de l'océan, alors, nous méditons sur la mort. Vous faites peut-être partie de ceux qui trouvent ça malsain, qui se disent que ces pensées alourdissent l'être humain, qu'elles l'emplissent de désespoir, qu'elles endommagent ses veines et ses artères, mais nous affirmons qu'il faut littéralement être défunt pour ne pas penser à la mort. Avez-vous jamais réfléchi au nombre de choses qui tiennent au hasard, toute la vie peut-être ? C'est une pensée rudement déplaisante, le hasard est souvent aveugle, ce qui réduit notre existence à un ensemble de tâtonnements, cette vie qui semble aller dans toutes les directions et s'achève le plus souvent au beau milieu d'une phrase - peut-être est-ce justement pour cette raison que nous allons vous raconter les histoires de notre village et des campagnes environnantes.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   09 mai 2021
INCIPIT
[Nous nous apprêtions à écrire que la particularité du village consistait précisément à n'en avoir aucune, or cette affirmation n'est pas tout à fait juste. Certes, il existe d'autres lieux où la plupart des bâtiments ont moins de quatre-vingt-dix ans, des ports de pêche qui ne peuvent s'enorgueillir d'être le berceau de quelque célébrité, d'aucun individu qui se serait illustré en sport, en politique, en littérature ou dans le domaine du crime. Il semble cependant qu'il y ait un point par lequel notre village se distingue des autres - nous n'avons pas d'église. Non plus que de cimetière. On a pourtant maintes fois tenté de remédier à ce manque, une église donnerait indéniablement de l'allure à notre environnement, le doux tintement des cloches réjouit les âmes en peine ; le glas porte avec lui des nouvelles de l'éternité. Les cimetières sont peuplés d'arbres qui se peuplent à leur tour d'oiseaux qui gazouillent. Sólrún, la directrice de l'école primaire, a tenté par deux fois de lancer une pétition demandant une église, un cimetière et un pasteur. Elle a tout au plus rassemblé treize signatures, ce qui ne suffit pas à obtenir un pasteur, et moins encore une église ou un cimetière. Nous mourons évidemment comme tout le monde, mais beaucoup d'entre nous atteignent un âge plus que respectable. La proportion d'octogénaires est plus élevée que nulle part ailleurs en Islande, ce qui est sans doute la seconde particularité de notre village. Une dizaine d'habitants sont presque centenaires, on dirait que la mort les a oubliés et nous les entendons rire le soir quand ils jouent au mini-golf sur la pelouse derrière la maison de retraite. Personne n'a jamais réussi à découvrir le secret de cette longévité, mais peu importe, qu'il tienne au régime alimentaire, à la conception de la vie ou à l'orientation des montagnes, nous soupçonnons qu'elle s'explique justement par la distance qui nous sépare du cimetière le plus proche. Voilà pourquoi nous rechignons à signer la pétition de Sólrún, intimement convaincus que celui qui y apposerait son paraphe signerait son arrêt de mort et que, tout simplement, il appellerait sur lui la camarde. Ce sont sans doute là des divagations, mais les élucubrations semblent parfois convaincantes dès qu'il s'agit de la mort.
À part ça, il n'y a rien d'extraordinaire à dire de nous. … ]
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   09 mai 2021
Il est fort probable qu'une chose se brise en vous, peut-être même la corde du coeur, lorsque celui que vous pensez connaître de fond en comble, qui vous a séduite, que vous avez épousé et avec qui vous avez des enfants, une maison et des souvenirs, devient un beau jour un parfait inconnu. Certes, il est stupide d'imaginer connaître quelqu'un de fond en comble, chacun abrite toujours en lui des recoins sombres parfois aussi vastes que des palais, mais tout de même, elle avait épousé un homme plutôt jeune en prise avec la société, un des piliers du village, un homme qui influait sur notre existence, une entreprise en sommeil avait prospéré sous sa direction et engrangé des bénéfices, il avait été un exemple, une espérance, un ancrage, puis une nuit, il avait rêvé en latin, langue qu'il était parti apprendre à la capitale et il était rentré au village avec ses nouveaux yeux.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   09 mai 2021
Pourquoi ai-je vécu, s'est interrogée notre tante sur son lit de mort, nous avons ouvert la bouche pour lui donner une réponse bien que n'en ayant aucune, puis elle a rendu l'âme, parce que la mort nous devance toujours d'une bonne distance.
Nous avons vu la nuit venir sur les montagnes, nous étions dehors, l'air a vibré d'un léger frémissement puis une boule de feu s'est levée à l'est. Pourquoi vivons-nous, existe-t-il un réponse à cette question ? Certains soirs, avant que le sommeil nous gagne, quand le jour et son agitation ont pris fin, allongés dans nos lits, nous écoutons les battements de notre sang, la nuit entre par les fenêtres, et tout à coup s'éveille le soupçon insistant et désagréable que nous n'avons pas mis la journée à profit comme il se doit, qu'il y a une chose que nous aurions dû faire, mais dont nous avons oublié jusqu'à la nature. Ne vous est-il jamais arrivé de vous dire que jamais dans l'Histoire nous n'avons vécu dans un tel confort, que l'individu n'a jamais eu à ce point la possibilité d'influer sur son environnement, qu'il n'a jamais été aussi simple de s'engager, mais que la volonté de le faire n'a jamais été aussi rare - comment se fait-il ? Se pourrait-il que la réponse se trouve dans une autre question : quels sont ceux qui tirent profit d'une telle situation ?
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Videos de Jón Kalman Stefánsson (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jón Kalman Stefánsson
Jón Kalman Stefánsson : Entre ciel et terre (France Culture). Diffusion sur France Culture les 19, 20, 21, 22 et 23 octobre 2020. Photographie : Jon Kalman Stefensson © Photo Roberto Frankenberg. Adaptation : Gabriel Dufay. Traduction : Éric Boury. Réalisation : Laurence Courtois. Conseillère littéraire : Emmanuelle Chevrière. « Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts. » Parfois les mots font que l’on meurt de froid. Cela arrive à Bárður, pêcheur à la morue parti en mer sans sa vareuse. Trop occupé à retenir les vers du "Paradis perdu", du grand poète anglais Milton, il n’a pensé ni aux préparatifs de son équipage ni à se protéger du mauvais temps. Quand, de retour sur la terre ferme, ses camarades sortent du bateau le cadavre gelé de Bárður, son meilleur ami, qui n’est pas parvenu à le sauver, entame un périlleux voyage à travers l’île pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, ce livre dans lequel Bárður… Présentation du site Gallimard
Avec : Grégoire Monsaingeon (Narration), Pierre Rochefort (Bárður), Tom Boyaval (Le Gamin), Jean-Pierre Becker (Pétur), Laurent Mothe (Gvendur), Frédéric Rose (Einar), Emmanuel Lemire (Arni), Diana Sakalauskaité (Andréa), Pauline Lorillard (La mère), Blanche Cluzet (Helga), Clara Noël (Ragnheiður), François Chattot (Kolbeinn) et Myriam Ajar (Geirþrúður)
Musique originale : Quentin Sirjacq. Interprétation : le Quatuor Daphnis et Quentin Sirjacq Eva Zavaro : violon Yaoré Talibart : violon Violaine Despeyroux : alto Alexis Derouin : violoncelle
Bruitage : Sophie Bissantz. Prise de son, montage et mixage : Claude Niort, Étienne Colin. Assistante à la réalisation : Claire Chaineaux.
"Entre ciel et terre" est publié aux éditions Gallimard.
00:00 Épisode 1 : Nous sommes presque uniquement constitué de ténèbres - Autour de 1900, en Islande, Bárður et un garçon quittent au cours d'une nuit polaire leur fjord pour pêcher en haute mer le cabillaud.
25:10 Épisode 2 : "Le Paradis perdu" de John Milton - Ce matin, le vent souffle, et il va falloir ramer profond pour attraper des poissons et gagner de quoi vivre. Pour se donner du courage, le gamin a avalé un peu d’élixir de vie, et Bárður, lui, a relu quelques vers du Paradis perdu de John Milton.
49:44 Épisode 3 : Mon amour pour une vareuse - L’averse de neige se rapproche et réduit le monde, ils ne voient qu’à quelques mètres devant eux et tout ce qu’ils distinguent, ce sont des vagues qui grandissent, des creux qui s’approfondissent. La barque se soulève et redescend...!
01:14:17 Épisode 4 : L’enfer, c’est ne pas savoir si l’on est vivant ou mort - Le gamin ne s’est pas endormi au creux de ce trou dans la neige. Ce furent sa conscience et ses scrupules qui maintinrent le sommeil et la mort à distance.
01:38:33 Épisode 5 : Le gamin - En Islande, entre ciel et terre, il n’y a pas si longtemps, le gamin a perdu son meilleur ami Bárður, pêcheur à la morue mort de froid en mer, à cause de la poésie, à cause du "Paradis perdu" de John Milton.
Source : France Culture
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