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EAN : 9791091750066
152 pages
Cours Toujours (22/03/2022)
4.08/5   6 notes
Résumé :
Jean-Baptiste Rivière a profondément aimé Claire, disparue trop jeune, et les années qui passent le laissent inconsolable. Les souvenirs de cet amour, durant l'âge d'or des années 1970 pétries de contre-culture, de rock et d'aventures humaines, envahissent son quotidien désenchanté. Et Claire n'est pas une morte tranquille : elle prend régulièrement la parole pour protester contre la perte de l'âme-soeur, la dissolution des sensations et du corps. Sans compter la rh... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
"Rivière trop tôt partie, d'une traite, sans compagnon,
Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion.

Rivière où l'éclair finit et où commence ma maison,
Qui roule aux marches d'oubli la rocaille de ma raison.

Rivière, en toi terre est frisson, soleil anxiété.
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.

Rivière souvent punie, rivière à l'abandon.

Rivière des apprentis à la calleuse condition,
Il n'est vent qui ne fléchisse à la crête de tes sillons.

Rivière de l'âme vide, de la guenille et du soupçon,
Du vieux malheur qui se dévide, de l'ormeau, de la compassion.

Rivière des farfelus, des fiévreux, des équarisseurs,
Du soleil lâchant sa charrue pour s'acoquiner au menteur.

Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos,
De la lampe qui désaltère l'angoisse autour de son chapeau.

Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu'elle refuse à la mer.

Rivière des pouvoirs transmis et du cri embouquant les eaux,
De l'ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l'horizon.

René Char, "La Sorgue" dans le recueil ​​​​​​​Fureur et mystère.

Je n'ai pas résisté! Lucien Suel est un poète, il a beaucoup de cordes à son arc et nous donne à lire ici son quatrième roman.
Ici, il s'agit de Jean-Baptiste Rivière qui préfère la marche au vélo, la lenteur à la rapidité. En 1970, l'histoire commence par le mariage avec Claire. En 2 CV, ils traversent la France du Nord au Sud jusqu'en Lozère où ils festoient avec Paul et Brigitte, leurs amis.
Bref retour sur l'enfance de JB: il lit, d'abord le Larousse, seul ouvrage présent dans la maison , les livres de la bibliothèque de classe et ceux d'une gentille dame qui étale des livres dans son salon.
En 2009, il est sauvé de la noyade dans une bâche de la côte d'Opale par un champion de natation; il n'oubliera pas ce 23 août! c'est à cela qu'il pense en regardant sur internet les naufrages, notamment ceux des migrants.
La suite est l'évocation d'un amour sublime pour Claire; elle et lui regrettent seulement que leur désir d'enfant ne se soit pas réalisé. Evocation de leurs jours heureux, nuit sous tente, beuveries entre amis...
Vient bien trop tôt la maladie de Claire (cancer du pancréas) l'hôpital puis les soins palliatifs. JB toujours auprès d'elle.
Claire n'est pas une morte muette: (née en 52, morte en 2001). "Je suis morte. Je suis présente absente, âme flottante..."Elle lui rappelle son amour.
Tout devient indifférent à JB enfermé dans son chagrin; grande solitude si ce n'est son chien et le jardinage. Finie la musique, fini le cinéma. Un peu d'internet, de twitter car la contrainte des cent-quarante signes oblige à être bref; un moment d'échanges avec Darkdada pas vraiment intéressant. JB jardine avec frénésie...il finit par briser sa sauvagerie en offrant ses légumes aux voisins puis en rendant visite à des amis auxquels il n'a pas appris la maladie et le décès de son épouse. le jardin de ses amis est à l'abandon, il va s'y mettre et peu à peu il va renouer avec la vie par ses travaux.
Des chapitres courts, une lecture facile et agréable, un style poétique, émergence de souvenirs heureux jusqu'au drame. Parfois un peu d'humour mais surtout de la mélancolie. Que d'émotion!

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Rivière. Jean-Baptiste Rivière.
En quatrième de couverture, lorsque je lis ce nom, immédiatement le flot du Jourdain me vient à l'idée.
Sans savoir le moindre mot de la prose poétique que contient le roman.
A la lecture, je serai heureux un peu plus tard d'en trouver une évocation.

Dans le roman Rivière, le deuil est omniprésent.
Complexité, le deuil cela ne se partage pas vraiment.
Claire, l'amour de Jean-Baptiste, l'âme-soeur, est décédée brutalement avant ses 50 ans.
Nous revivons les débuts.
En 1970, l'histoire commence par le mariage de Jean-Baptiste avec Claire. Ils se déplacent en 2 CV, Nord, Sud, Ardèche, Artois et même l'Italie. Ils visitent leurs amis, les aident à construire leur maison.
Il y a la culture, l'art, les livres (j'ai bien aimé leur système décalé pour lire les auteurs de polars suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö qui ont créé Martin Beck) et …la musique.

Et quelle musique.
Ah, quelle jubilation à la lecture de certains noms des groupes de musique qui ont pavé en partie mon propre parcours musical, pour la plupart des artistes rencontrés, génération oblige, après coup.
C'est le sujet d'un chapitre magique sur le festival d'Amougies, près de Tournai.
« Les hippies d'Europe » affluent par milliers, Claire et Jean-Baptiste sont de la partie. Côté groupes français, Ame Son est le seul nom connu pour moi, voisinant avec Moving Gelatine Plates, Blossom Toes, Chaos Rampant. La douce folie de ces noms qui marquent l'époque m'évoque van der Graaf Generator.
A l'affiche du festival, aussi, les anglo-saxons, et je connais un peu mieux, jesuis plus « à l'aise », avec Archie Shepp, Don Cherry, l'Art Ensemble of Chicago, Franck Zappa, Pink Floyd, Pretty Things, Keith Emerson et surtout Captain Beefheart.
Ce sont des noms qui sonnent à mes oreilles, et si certains sont présents dans mes étagères, hélas ils ne sont pas parmi les 33 tours survivants. Mais ils ont bien là.
Grâce à Jean-Baptiste et Claire, je me replonge avec délice dans la fin des années 60, début 70, ce moment prodigieux pour la musique. Même si je ne me tiens jamais très loin de ces plages, de ces rives.

Claire est toujours là.
Même si Claire est décédée brutalement avant ses 50 ans.
Car Rivière c'est aussi, en quatorze passages, peut-être quatorze écluses (je n'ose dire stations), quatorze textes d'elle, Claire, qui s'intercalent régulièrement et qui rythment le récit au point qu'on se surprend à les attendre, telles des lettres qui font partie du fil, qui sont le fil.
C'est du temps qui ne compte pas, c'est une mémoire qu'on n'efface pas.
Diverses, profondes, surplombant l'espace-temps, ces pages forment une possible carte de vie qu'on pourrait rassembler dans un cahier à consulter pour savoir où aller. Viatique pour ne pas se perdre et, ultimement, ne pas perdre l'amour. A Love Supreme, bien sûr.

Les épisodes "twitter" un peu décalés avec un mystérieux correspondant D4rkD4d4 illustrent la pratique des réseaux sociaux par Jean-Baptiste, elle apparaît surtout ludique, dérivative, à coups de perche et d'astuces tendues (bons mots, double-sens, références). Et quand l'épisode en miroir se termine, c'est presque étrangement, et il semble bien que le retour à l'essentiel ait pris le pas.
Au fil de Rivière, on se réjouit aussi de retrouver certaines références, des clins d'oeil parfois malicieux,ce sont comme des correspondances, presque des lettres à l'encre sympathique qui scellent la complicité entre auteur et lecteur. Les voisins s'appellent Poirier.

Dans Rivière, s'il y a quelques légères touches d'humour, le ton est à la mélancolie, sans qu'elle enferme et assèche.Non, elle appelle à la vie, c'est ce que fait Jean-Baptiste qui jardine, avec son chien Alpha, qui aide ses voisins avec lesquels il se lie peu à peu et de plus en plus. Dans ces moments-là, on mesure combien Jean-Baptiste est un personnage attachant.
Et il y a l'écriture, ce sens de l'observation, fine, aiguisée qui sait dire au plus près.
On voit et sent les paysages, les plantes aquatiques, les arbres, le jardin.
Et que dire de ce « lyrisme contenu » (cité en 4e de couverture) : il y a une intensité, une émotion peu communes. Simple. Juste. Sobre.

J'y apprécie une fois de plus au plus haut point l'absence d'effets de manche, l'épure où me semble-t-il l'émotion qui nous touche naît des mots posés et ajustés avec un soin patient et de ce qu'ils nous décrivent et nous racontent.

Rivière, on s'y baigne, le flot en est étonnamment paisible, d'une sagesse fluide et mélancolique, ode à une vie simple, d'humanité au quotidien.

Je remonterai à bord pour lire Rivière, c'est sûr, un peu comme on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve. J'ai même déjà commencé !

Et rien ne dit que je ne planterai pas un jour un gingko biloba.
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Une lecture tout en suspension pour ce doux roman de LUCIEN SUEL. RIVIERE nous emporte dans un flot d'émotion, de souvenirs, de petite madeleine, avec une histoire d'amour fou, celle d'un homme, Jean Baptiste, qui doit se reconstruire après la disparition brutale de sa femme de notre monde réel. Une maladie soudaine et dévastatrice, qui emporte le corps de Claire sans que celle-ci n'abandonne son homme, l'accompagnant avec poésie depuis ses nuages, guidant ses pas, le ramenant à l'essentiel, la relecture de ses plus beaux souvenirs avec elle, la quête d'une relation saine avec notre monde, avec la nature, avec les choses simples de la vie.

En parallèle de la vie poétisée du héros Jean Baptiste et de son amour Claire, l'auteur tente une incursion dans le monde fantasmé des réseaux sociaux, sans doute pour avertir le lecteur de sa vacuité, sans que cela n'apporte quelque chose au roman, sinon un peu d'humour.

Je retiens de ce roman le personnage de Jean Baptiste, sincère, émouvant, entier, dont la bienveillance, nourrie sans limite par sa chérie Claire, se retrouve jusque dans sa relation avec son chien Alpha, que, comme lui, j'aurais plaisir à caresser tous les jours.
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"Comment vivre encore quand les clartés de l'amour, de la connaissance, de la foi et de la raison s'éteignent brusquement, quand ce qui faisait le sel de la vie disparaît ? " Claire est décédée trop tôt, laissant son compagnon, Jean-Baptiste Rivière inconsolable. Accompagné de son chien, Jean-Baptiste se laisse envahir par les flots de souvenirs de leur jeunesse , de cet amour vécu dans les années 70. Mais le sentiment de révolte s'est émoussé et c'est quasi indifférent que le vieil homme assiste en spectateur à la victoire d'un capitalisme débridé qui saccage la nature et méprise l'humain.
Pourtant, mine de rien, c'est en se tournant vers les autres, en appréciant de nouveau le spectacle de la nature que notre héros va reprendre pied...
Rivière est aussi le récit d'un amour par delà la mort, Claire continuant à prendre la parole, sans que Jean-Baptiste en soit conscient, un roman lumineux porté par l'écriture maîtrisée et poétique de Lucien Suel. Une éclaircie dans la morosité.







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Lorsque Jean-Baptiste Rivière perd sa femme, Claire, c'est un flot de souvenirs qui l'envahit. Décennie psychédélique, utopie hippie, rock. Nous sommes littéralement plongés dans tout ça. Une histoire à plusieurs voix dans laquelle Claire s'exprime en tant qu'âme errante. Des paroles spirituelles.
J-B se balade entre la pureté de la nature et de son jardin, et le numérique des réseaux sociaux. Il parle avec son chien Alpha toujours à ses côtés, et ce mystérieux DarkDada sur Twitter. Un étrange internaute que l'on ne voit qu'à travers ses publications. Et je me suis demandé quelle utilité avait ce personnage. Qu'allait-il apporter au deuil de JB ? C'est en lisant que je me suis prise une forte vague en plein visage. Celle qui nous a tous déjà englouti à la plage et que nous n'attendions pas, qui nous surprend, qui nous chamboule.
C'est ainsi que je pourrais décrire ce livre, c'est une Rivière qui chamboule.
Impossible de retourner à la surface tout de suite, nous sommes obnubilés par cette lueur des profondeurs qui fait briller nos yeux et nous hypnotise.
Un vrai jardinier poète qu'est Lucien Suel, c'est un titre qui lui va à merveille.
Il n'y a pas d'âge pour se jeter dans cette rivière. C'est un roman magnifique d'une typographie bleutée que je conseille de lire.
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critiques presse (2)
LeMonde
30 avril 2022
Le nouveau roman de l'écrivain est le récit d'un deuil sans fin, de confidences faites aux oiseaux du jardin.
Lire la critique sur le site : LeMonde
SudOuestPresse
26 avril 2022
Le nouveau roman de Lucien Suel suit un homme qui se penche sur son passé avec mélancolie et continue à vivre malgré l’absence de l’être aimé
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
L'émotion qui le saisit quand elle lui demande de l'aider à plier les draps. Ce qu'il faisait enfant, avec sa mère. Une répétition de ballet, danse contemporaine et prosaique. Se faisant face, les partenaires manipulent le tissu, le tendent à quatre mains. Avec un bel ensemble, on fait tourner le drap dans le même sens, l'amenant d'une main dans l'autre, tout en plaçant soigneusement les deux côtés bord à bord. On recommence le mouvement deux fois. Puis vient le plus beau passage du duo. On tend à bout de bras une dernière fois l'ensemble convenablement plié et on s'avance l'un vers l'autre en se regardant et en levant le drap, bras tendus. Un moment d'immobilité, puis Claire saisit adroitement ce qui se trouve dans les mains de son mari et s'éloigne en terminant le pliage. Jean-Baptiste ne sait pas si Pina Bausch ou Carolyn Carlson ont déjà utilisé cette séquence de gestes dans une de leurs chorégraphies. Il imagine que oui.
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Je suis un Travailleur d'Unité Collective, une Contractuel Plein d'Empathie, un Moine Ouvrier d'Intimité, un Bénévole Terrien de Proximité, bref un homme à tout faire. Tout cela sans me retirer de l'amour.
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