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Lise Chapuis (Traducteur)
EAN : 9782267012262
188 pages
Christian Bourgois Editeur (18/03/1994)
3.55/5   40 notes
Résumé :
Piazza d'Italia, paru en 1975, est le premier roman d'Antonio Tabucchi. Un récit enlevé et brillant que le romancier aime à qualifier de " conte populaire " et qui retrace, à travers l'épopée tragi-comique d'une humble famille toscane suivie durant trois générations, une histoire de l'Italie, des Chemises rouges de Garibaldi à la défaite des chemises noires de Mussolini. On ose qualifier Piazza d'Italia d'ouvrage de jeunesse, tant sont déjà présentes, dans cette suc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
oblo
  02 mai 2019
La mort de Garibaldo, dès la première page du livre, célèbre aussi bien l'unité de l'Italie qu'elle signifie la fin d'une époque : celle des héros et de la résistance. C'est sur les morts que l'on pleure, mais aussi sur eux que l'on bâtit les empires et les nations : ainsi se lit la destinée de cette famille toscane qu'Antonio Tabucchi, pour son premier roman, nous invite à suivre dans cette épopée italienne. En fait d'épopée, ce serait plutôt une succession d'historiettes, dont la toile de fond serait la construction de cet état moderne qu'est l'Italie, qui représentent autant de moments, déterminants ou non, de vies passées à se dépêtrer de tyrannies aux visages multiples : pauvreté, amour, guerre, fascisme.
A la manière d'un Gabriel Garcia Marquez avec sa famille Buendia dans Cent ans de solitude, Antonio Tabucchi use de la famille comme d'un personnage unique, multiforme certes par les visages qui la composent, mais finalement objet unique. Ce n'est pas pour rien que les caractères des personnages se retrouvent de façon identique chez l'un ou chez l'autre, de même que les prénoms que l'on retrouve à chaque génération. Tout cela contribue à calquer le destin d'une famille - qui serait finalement un seul et même personnage - sur celui du pays. Ce pays, l'Italie, connaît donc, après les temps héroïques et garibaldiens de l'unification, celui de la guerre - la Grande - puis celui du fascisme, et enfin celui de la république libérale et démocratique : en quelque sorte, la fin de l'histoire. Comme indiqué sur la 4ème de couverture, l'Italie quitte sa chemise rouge pour une chemise noire avant de se jeter, en bleu de travail ou en costume élégant, dans la reconstruction matérielle et économique d'après-guerre. En attendant, l'unification ne fait pas tout et elle n'est pas une fin en soi : en témoigne la migration américaine de Garibaldo, symbole de la destinée individuelle subie et choisie en même temps, contrepoint de la conquête du quatrième rivage, fantasme colonialiste puis fasciste qui trouva pourtant sa concrétisation en Ethiopie puis, plus tard, en Libye. Tout cela sera bien vite évacué après 1945, lorsque architectes et maîtres d'oeuvres penseront l'Italie comme terre d'accueil : touristes, soyez les bienvenus.
Il serait pourtant réducteur de dire que le destin de cette famille anonyme ne serait que la matérialisation individuelle de celui de l'Italie. Ce serait oublier le portrait plus intimiste que dresse Tabucchi du pays au sens local, c'est-à-dire le village, Borgo, et ses alentours : ses marais emplis de roseaux que viennent couper les pauvres gens, ses reliefs alentours dans lesquels viennent se cacher les partisans et les prêtres, son église et son cinéma. Cette famille, d'ailleurs, n'est pas seule au village : amis, compagnons, ennemis connus et inconnus (comme les Allemands) sont aussi les acteurs de ces tableaux fugaces, de quelques pages à peine. A croire que, sur cette place italienne que décrit Tabucchi, chacun, vivant seulement sa vie, s'échine à jouer un rôle que L Histoire retiendra.
Ainsi se croisent frères et soeurs, amis et compagnons, ennemis de classe ou de patrie : les frères jumeaux Quarto et Volturno, dont l'un meurt en Ethiopie, les jumeaux Garibaldo et Anita, dite Atina, femme d'une grande beauté qui cachera sa vie dans un couvent ; Melchiorre, fils d'Anita et d'Ottorino, héritier de la fattoria locale, et qui adhère au fascisme pour "trouver des camarades" plus que par idéologie ; Volturno, dit Garibaldo (question de caractère), fils de Garibaldo, exilé comme son père en Amérique (l'un en Argentine, l'autre aux Etats-Unis), prisonnier littéral d'une tombe et d'un horoscope, anarchiste puis communiste ; Gavure, l'ami d'enfance de Volturno-Garibaldo, un bossu qui devient vendeur de journaux et distributeur de tracts politiques ; Don Milvio, le prêtre qui glisse parmi ses prêches des citations de manuels communistes, qui verra son église brûlée, et ses fidèles avec, par les Allemands et qui, après avoir révélé ses secrets, ira se perdre en forêt ; le gros Guido, force de la nature dont la carrière de lutteur sera mise à mal par un Japonais à grosse tête et qui, devenu Mangegravier à cause de sa façon sifflante de parler, survivra à la guerre mais pas à la nouvelle république libérale d'après-guerre.
Les femmes ne sont pas en reste. Elles sont des personnages éminemment importants du récit, à la fois en marge de cette société masculine et, en même temps, moteurs véritables de la vie sociale et amoureuse. Esperia, la première, épouse de Garibaldo, l'attend longtemps avant de le voir mourir, jeune, avant de vieillir rapidement dans sa maison repeinte entièrement aux couleurs de la mer ; Asmara, l'aimée du deuxième Garibaldo, qui se refuse à l'épouser pour des histoires d'horoscopes pas très bien comprises, femme de caractère qui méprise le petit pouvoir machiste ; Zelmira, devineresse, figure de la sorcière de village, qui lit dans la semoule le destin des hommes ; soeur Atina, aussi, qui fit de la concurrence à Sainte Ursule dans le coeur d'Ottorino, eut un enfant de lui et se cloîtra finalement, ce qui ne fut pas pour déplaire à sa mère à cause de sa trop grande beauté.
Littérairement, le récit est très rythmé, notamment par la succession de chapitres. Ceux-ci sont organisés en trois temps, qui sont autant de générations de la famille. La comparaison avec Garcia Marquez pourrait d'ailleurs inclure aussi le goût pour la poésie, incluse dans une sorte de réalisme magique, notamment par les images utilisées : les fenêtres qui s'envolent pour annoncer les malheurs, la maison peinte en bleue pareille à la mer ou Don Milvio disparaissant dans sa grotte et dont on n'entend plus que les grattements souterrains. Piazza d'Italia serait presque fantasque s'il n'y avait pas cette gravité, propre aux événements décrits, et cette tristesse qui transparaît dans ces histoires d'hommes et de femmes qui ne s'aiment pas complètement (ainsi Garibaldo et Asmara) ou dans ces bâtiments qui n'en finissent pas de projeter leur ombre inachevée (le cinéma Splendid) sur la place de Borgo. Une balle au milieu du front de Garibaldo suffit à mettre fin au roman et, étrangement, cela nous invite à le recommencer. Comme une façon de dire que toutes les histoires - la Grande et les petites - se répètent toujours.
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michfred
  21 juillet 2015
Il s'appelle Garibaldo.
A une lettre près, c'est le nom du Héros des Deux Mondes.
Ils s'appellent Garibaldo, le père et le fils,liés par le prénom et un même destin: l'un tué par la garde royale, pour avoir voulu distribuer le blé à tous, l'autre par les pandores à la solde de la Démocratie chrétienne triomphante.
Des chemises rouges aux chemises noires, du pouvoir des riches propriétaires à celui de la Fattoria Nuova, trois générations se succèdent dans la famille de Plinio et d'Esterina. Ils vivent au milieu des roseaux et des marais de Maremme, dans un petit village appelé Borgo, qui rêve de voir s'ouvrir un théâtre, ou un cinéma, ou est-ce une "casa del popolo"? - mais qui s'appellera le Splendid(e) avec ou sans e.
Les régimes changent: la république, le Roi, les fascistes, l'agitation anarchiste, l'engagement communiste, et pour finir la Démocratie chrétienne...La famille reste une famille de rebelles-sauf l'affreux Melchiorre, fruit des amours coupables d'un curé et d'une novice...
Dans une multitude de petits tableaux qui se succèdent et se bousculent, avec une suprême élégance -humour, poésie, érudition, insolence- Tabucchi, dans ce qui fut son premier roman, compose comme on assemble un puzzle, l'histoire emblématique et poétique d'une famille. Et derrière elle, on devine des dates , des événements, et l'Histoire en marche..mais elle sautille, dérape, virevolte d'un étrange train: celui de la fantaisie poétique et de la fable politique. l
Un puzzle, oui, mais le puzzle est plein de trous, de pièces manquante. Il y a des pièces qui se ressemblent , où les placer? -tous ces jumeaux, tous ces prénoms identiques, tous ces rouquins flamboyants ou sombres...- mais le lecteur amusé, charmé , cherche, se pique au jeu, découvre..
.L'histoire commence par la fin...et lentement tout s'éclaire, chaque pièce trouve sa vraie place, le puzzle a livré ses secrets...jusqu'au sens des horoscopes et des propos sybillins d'un curé défroqué qui par anti-papisme s'enfonce sous la terre rechercher le secret de l'égalité entre les hommes.
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jcjc352
  03 août 2021
Voilà une histoire qui ne peut qu'exister dans un pays du sud Une histoire avec des personnages plus vrais que nature qui vivent leurs petites histoires dans la grande celle de la première moitié du XX siècle dans une Italie qui n'en finit pas de se constituer.
La vie d'une famille italienne donc les membres sont réfractaires à la pauvreté et à l'ordre révoltant et violent de la royauté et de l'état fasciste
Des gens qui ne s'en laissent pas compter qui ont du du mal à s'en sortir et qui désignent les responsables
les quatre couleurs de l'époque sont affichées le blanc monarchique et le brun fasciste celles des dictateurs de l'ordre tutélaire d'une minorité, le rouge celle de la délivrance des pauvres et de l'espoir et le noir la plus belle celle de la liberté mais à l'échelle individuelle et qui se paie chèrement.
Un mariage qui s'éternise à cause d'un horoscope L'Italie qui se modernise en ce début de siècle et qui reste empreinte de mystères et croyances anciennes surtout celles des femmes et à qui l'avenir donne raison
Des liens très lâches entre ces personnages chacun va son petit chemin, croise celui des autres, s'associent , se séparent des personnages à l'image de l'Italie démocratie tardive d'états unifiés par la contrainte plus que par la raison, pays et dirigeants hauts en couleur pour le meilleur et parfois le pire.
Période d'unification et de démocratisation par la force et période expansionniste coloniale en Afrique pour galvaniser les foules et les détourner des problèmes internes de l'Italie notamment de la pauvreté générale et endémique de ses régions Périodes qui vident les campagnes et font des paysans et des travailleurs des soldats
Pour le style qui peut paraître froid mais qui est surtout nonchalant et laisse deviner bien des choses, Tabucchi ne dit pas tout Il laisse une grande marge de liberté et de mystères à ses personnages: il va à l'essentiel. On a l'impression que les conflits ne sont pas vrais mais en même temps pourtant bel et bien réels et irrémissibles et que Tabucchi abandonne ses personnages. Cela rend la narration plus cruelle et on prend ces derniers en pitié. Il y a quelque chose de la farce dans cette vie pleine de fureur et de sang. La vie n'est pas simple en soi mais quand l'autorité y met son nez elle devient insupportable. Une comédie humaine où les personnages ne cherchent qu'un petit mieux-être qui leur est constamment refusé.
Un bon livre agréable à lire
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mireille.lefustec
  01 mars 2013
Autour de Piazza d'Italia s'entremêlent pour ensuite se dénouer lentement,les histoires des habitants et du protagoniste qui ont fait de l'Italie une Nation.
On part de loin,quand l'Italie était à faire, quand sur le pavé de la place dominait la statue du Grand Duc ,remplacé" peu après par celle de Garibaldi qui offrait l'Italie au Roi.
"Et qui est le Roi ," demandait un enfant innocent
"Le nouveau patron."
De là partent les faits et gestes d'une famille humble qui traverse cent ans d'histoire et dont les descendants ont pris le nom de Garibaldo.
Contée un peu à la manière d'une fable, c'est la réalité de cent années vues par les yeux des gens d'une petite communauté ,dans un bourg où le lecteur peut s'identifier avec le protagoniste :Garibaldo. On entre dans leurs maisons,on partage leurs vies.
Les âmes des personnages sont ardentes, ardente aussi l'Italie écrasée par les Allamands de la seconde guerre mondiale.
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lehibook
  31 janvier 2022
Ce roman est paru en 1973 , il conte de manière discontinue l'histoire d'une famille , de l'unification de l'Italie à l'après 2ème guerre mondiale . En filigrane , ce sont tous les déchirements de la Grande Histoire du pays (Garibaldi, le fascisme…) qui animent cette saga dont les membres se retrouvent toujours du côté des perdants . Mais ce qui m'a le plus frappé à cette lecture c'est la ressemblance avec « Cent ans de solitude » de Garcia-Marquez paru en 1967 : comme la famille Buendia la famille de Garibaldo subit les soubresauts politiques du pays et y participe aussi , connaît des histoires d'amour mouvementées et évolue dans un climat de réalisme fantastique (prophéties , pouvoirs étranges …) . C'est assez troublant.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   08 mai 2010
Les hommes partaient avant le jour sur de lents chariots. Le village était encore flou à cette heure-là, avec cette tour imprécise qui cherchait sa vérité pratique dans la brume. Le chariot de tête avait une lampe accrochée au moyeu arrière, pour ouvrir la route. Il n’y avait pas de chansons, pour ne pas avaler d’air froid, et le chapeau enfoncé jusqu’aux yeux était la nostalgie du lit. Ils arrivaient aux marais quand le soleil était déjà haut et les hommes entraient dans les barques deux par deux, l’un pour couper, l’autre pour ramer à tour de rôle. Ils avançaient en cercle, comme des rabatteurs d’animaux imaginaires
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michfredmichfred   21 juillet 2015
"Et toi, le marionnettiste, cria Garibaldo, enlève-toi cette écharpe tricolore de la poitrine car tu ne représentes aucune Italie, tu ne représentes que tes maîtres!"
Il enleva son chapeau et le mit sur la tête de la Démocratie.
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michfredmichfred   21 juillet 2015
C'est à l'aube de ce jour-là, dit-on, que les fenêtres partirent. Les premières à s'envoler auraient été celles de la cure, qui voltigeaient autour de la place pour appeler leurs compagnes à se rassembler. Une à une , elles se détachèrent et se regroupèrent à l'appel des meneuses en un vol frémissant. . Puis sur signe de leurs guides, elles prirent le large en direction de l'occident. Elles volaient bas, battant des volets au rythme lent d'un vol ample et tranquille, semblables à des oies sauvages. Le vent, quand il les traversait, les faisait siffler comme de verts oiseaux. Très vite elles ne furent plus qu'une mince ligne et se perdirent vers la mer. Les maisons, avec leurs orbites vides, disaient la reddition.
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michfredmichfred   21 juillet 2015
Dans les bras mous de cet homme qui n'avaient pas la force de la faire tourner, elle avait eu la sensation de subir l'étreinte d'un poulpe sorti de l'eau et elle en avait rêvé deux nuits de suite, se réveillant en nage.
"Puis-je espérer vous revoir?" lui avait demandé le poulpe.
Et Asmara lui avait répondu qu'il pouvait toujours espérer, s'il voulait: l'espoir, c'est gratuit.
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michfredmichfred   21 juillet 2015
Elle apportait sa jatte d'huile et lançait des sorts contre les fascistes dans le silence de la veillée.
"Merde de chien. Merde de chien."
Elle leur en jetait tellement , des mauvais sorts, que du jour au lendemain, ils auraient tous dû mourir d'une épidémie.
"Vous devriez plutôt vous concentrer sur le chef de la bande, lui disait Asmara.
-Celui-là, ce qu'il lui faut, c'est un nœud autour du cou, pas autre chose!" Et Zelmira riait de toutes ses gencives.
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