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Bernard Comment (Traducteur)
EAN : 9782267014051
245 pages
Christian Bourgois Editeur (31/03/1997)
3.75/5   73 notes
Résumé :
Un roman aux apparences de thriller. Mais en même temps, la chronique d'un fait divers. Et une enquête. Ainsi qu'un débat juridique. Le tout se déroulant dans l'ancienne et fascinante cité de Porto, dont on se doute cependant qu'elle vaut pour n'importe quelle autre ville de ce que nous appelons l'Europe civilisée.

Tout comme on se doute que le problème des abus policiers, de la torture, de la justice, de la marginalité sociale et des minorités ethniq... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
saigneurdeguerre
  18 août 2018
Ce roman vous fera-t-il perdre la tête ?
Vous êtes gitan. Vous disposez de cet organe qui vous distingue de la gent féminine et dont vous êtes assez fier malgré le poids des ans, mais hélas, votre vessie, bien moins vaillante, vous force à vous lever aux petites heures. Vous vivez sur un terrain municipal sans aucune commodité. Vous voilà obligé de quitter votre cabane de planches et de carton pour satisfaire un besoin naturel. Vous avez vos habitudes au pied d'un vieux chêne. Vous remarquez alors que deux chaussures pointent vers le ciel. Vous prenez un bâton et vous écartez le feuillage. Plus vous l'écartez, et plus vous constatez que les chaussures se poursuivent par un pantalon, un torse, des bras… Mais pas de tête !
Vous êtes journaliste. Vous venez de passer quelques jours de vacances en compagnie de l'élue de votre coeur. Vous venez de rentrer à Lisbonne et décidez de faire un saut par votre journal bien que vous soyez encore en congé. Vous vous faites apostropher par votre directeur qui a tenté de vous joindre sans jamais y parvenir (fichus GSM qui n'existaient pas en ce temps-là).
Vous voilà obligé, le jour-même, de vous rendre à Porto (ville où ils adorent les tripes, vous pas) pour mener l'enquête car votre journal aime l'hémoglobine et vit des affaires que la nature humaine dénature (divorces, cocufiages, meurtres, toutes ces choses qui distinguent l'humain du restant du règne animal)…
Antonio (quel magnifique prénom) Tabucchi sait vous prendre par la main pour ne plus vous lâcher.
Il crée des personnages intéressants et originaux. Il vous emmène visiter Porto car il vous fait vous identifier au journaliste « lisboète » (qui vient de Lisbonne, quoi) et qui a de cette ville des images peu sympathiques en tête. Au fur et à mesure du récit, vous allez commencer à apprécier la cité et même ses spécialités culinaires, mais sans jamais manger les fameuses tripes… Il y a des limites que vous, le journaliste lisboète, ne voulez tout de même pas franchir !
A partir de la rencontre avec l'avocat, Don Fernando, avocat des pauvres, fin gourmet, homme de culture et philosophe, j'ai moins aimé le récit (contrairement à d'autres lecteurs qui trouvent cela sublime).
La fin du roman ne m'a pas satisfait.
Vais-je oser publier cette critique sachant que les fans de Tabucchi vont me courir derrière pour me raccourcir d'une tête que j'aurais pourtant déjà perdue en écrivant cette critique ? Je redoute un tête-à-tête avec une passionnaria qui aime Antonio (pas moi, l'autre) à en perdre la tête ! Vais-je pouvoir lui tenir tête lors d'un face-à-face où elle me traitera de tête brûlée, voire de tête de cochon (ou de lard) ! Ne vais-je pas devenir la tête de turc de tous les aficionados de Tabucchi qui n'hésiteront pas à me traiter de tête-à-claques ? Les plus gentils se contenteront peut-être de dire que je suis tombé sur la tête pour avoir écrit une histoire sans queue ni tête (ce qui prouve qu'ils n'ont pas bien lu ma critique puisque la queue, on la retrouve à la deuxième phrase et la tête, on s'y perd tant il y en a à la fin du récit, ceci dit sans vouloir vous prendre la tête en me comportant comme une grosse tête). Creusez-vous la tête et vous constaterez que même si je suis une tête de pioche, je n'ai pas forcément tort sur toute la ligne. Cette critique ne vaut pas une prise de tête, ne vous mettez point martel en tête, car si vous la lisez à tête reposée, vous constaterez peut-être que je ne suis pas un tête-en-l'air qui vomit sa haine sur votre écrivain-philosophe préféré. Alors, s'il vous plaît, arrêtez de faire la tête…
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Mermed
  13 juin 2022
Comme dans un de ses précédents romans, le best-seller international Pereira, Tabucchi, professeur de littérature portugaise à l'Université de Sienne en Italie, explore la politique et la culture portugaises à travers les yeux d'un journaliste. Cette fois, son protagoniste est Firmino, un jeune journaliste qui est également étudiant en littérature et dont la préoccupation pour sa thèse universitaire entre souvent en conflit avec les missions plus terre-à-terre qu'exige son rédacteur en chef d'une feuille de scandale nationale portugaise.
Il voyage, à contrecoeur, de Lisbonne à la ville provinciale de Porto pour enquêter sur la macabre découverte d'un corps sans tête retrouvé aux abords d'un campement gitan.
La détective de Firmino est assistée par des antifascistes - le Gitan qui a découvert le corps, une propriétaire d'hôtel mystérieusement bien connectée, un serveur et un avocat aristocratique en sueur et costaud qui défend le malheureux. C'est à travers des discussions littéraires avec l'avocat, Don Fernando, que Firmino apprend le système juridique de Porto, le processus d'enquête et le rôle que le journalisme peut jouer pour traduire un meurtrier en justice.
Tabucchi remplit son thriller littéraire contemporain avec les types de personnages bienveillants et humanitaires déjà rencontrés dans Pereira, qui se déroulait dans le Portugal d'avant la Seconde Guerre mondiale.
Il plonge ici dans le déplorable assujettissement des Tsiganes, et trouve dans les couches les plus modestes les champions d'un ordre social juste : une prostituée travestie, un vagabond vagabond. Les personnages mémorables et conflictuels de Tabucchi sont parfois incroyablement altruistes pour aider l'étranger Firmino, et l'intrigue implique le genre de dissimulation requise pour le trafic de drogue et la police qui affaiblit le suspense d'un thriller.
Cependant, c'est le cadre de Tabucchi qui donne vie à son travail : on peut presque sentir la chaleur de la péninsule ibérique et découvrir avec Firmino les coutumes, les aliments et le climat politique uniques de Porto.
Lien : http://holophernes.over-blog..
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Niki
  11 septembre 2012
Ce roman d'Antonio Tabucchi est inspiré d'un fait réel : en 1966, un jeune Portugais fut tué dans un commissariat de la Guarda Nacional Republicana d'une ville proche de Lisbonne. Son corps a été découvert dans un parc public, décapité, avec des marques de sévices.
Egal à lui-même, Tabucchi fait une critique ironique des aspects de la société protugaise qui le révoltent : l'impunité de la Guarda Nacional Republicana, l'ostracisme dont sont victimes les Gitans, les méthodes peu ragoutantes des journaux à scandales... Les principaux personnages sont attachants : un jeune journaliste obligé de travaillé pour un de ces journaux à scandales, qui font leurs choux gras des faits divers les plus sordides, et un avocat très cultivé et amateur de littérature, riche mais se consacrant à la défense des "plus petits". J'ai passé un bon moment en compagnie de ce roman, mais j'ai tout de même préféré "Peirera prétend".
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CeCedille
  16 janvier 2018
Décidément le professeur Tabucchi avait l'art de pimenter ses romans policiers de saveurs exotiques (une pincée de droit, de politique, de philosophie, de poésie...), sans rien sacrifier à l'intrigue. "La tête perdue de Damasceno Monteiro" (1977) l'illustre à merveille.
Un cadavre décapité est trouvé sur le hauteurs de Porto par un tzigane. Un jeune journaliste de Lisbonne est envoyé par sa feuille de chou pour mener l'enquête. Il connait mal la ville, dont il déteste la spécialité : les tripes à la mode de Porto. Et puis, plutôt que de courir après les faits divers, il rêve d'écrire. Par exemple, un essai sur "L'influence de Vittorini sur le roman Portugais d'après guerre" . Mais qui est donc ce Vittorini, qu'il veut étudier à travers le prisme et dans le style de Georg Lukács ?
Premier zigzag. La question de la "Grundnorm" chez Kelsen en est un autre. Acrobatiquement posée à la pointe de la pyramide des normes et invoquée mal à propos, la mère de toutes les normes risque de justifier une cascade fâcheuse d'obéissance, au nom du positivisme juridique.
Et voici Alexander Mitscherlich qui surgit du récit, avec ses étranges théories psychanalytiques sur la torture, que pratique la police portugaise, comme les nazis naguère.
Puis voici Pierre-Jean Jouve, traduisant quelques vers des Poèmes de la folie de Hölderlin : "Moi aussi je te dirai tout le passé"...
On a un peu le tournis, mais on finit par "comprendre le concept"...
Plus bucolique est l'apparition fugace des rabelos navigant sur le Douro avec leur chargement de nectar, toutes voies dehors, et la découverte progressive, au fil des pages du charme de la vieille ville qui vaut mieux que son plat emblématique.
Ces détours, savoureux, ramènent au récit et notre tintin reporter à son complice, qui boit comme Haddock, avocat monumental entre Orson Welles et Charles Laughton. C'est lui qui mène la barque (en l'occurrence une grosse Chevrolet) et montre comment la presse mène le justice par le bout du nez jusqu'au procès.
Voici un roman à tiroirs, policier bien ficelé fondé sur un fait divers réel. On ne lâche pas l'intrigue. Un magistrat, Antonio Cassese, qui présidait le tribunal Pénal de la Haye, a conseillé l'auteur pour la partie juridique. Les bavures policières, la torture, la marginalité sont le support de la réflexion philosophique de Tabucchi. Métaphysique et métaphores s'insinuent à chaque coin de phrase, comme déjà dans le superbe "Pereira prétend", paru en 1994.
Le voyageur partant pour le Portugal, à la découverte de Lisbonne et de Porto serait bien avisé de glisser ces bouquins dans ses bagages.
Lien : https://diacritiques.blogspo..
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Pirouette0001
  08 août 2014
Quelle belle langue ! Un livre comme je les aime. Un meurtre prétexte pour une entrée en littérature. Entre la dénonciation politique et la scène de moeurs.
Firmino, journaliste dans un quotidien de seconde zone, doit aller enquêter dans une ville de province portugaise suite à la découverte d'un corps décapité. Il rencontrera un avocat pittoresque avec lequel il échangera des propos métaphysiques.
Du bien bel ouvrage. Je recommande.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
NikiNiki   11 septembre 2012
- D'ailleurs, continua l'avocat, et cela vous concerne de près en tant que journaliste, vous savez ce que disait Jouhandeau ?
Firmino secoua négativement la tête. L'avocat but un verre de vin et essuya ses lèvres charnues.
- Il disait : puisque l'objet intrinsèque de la littérature est la connaissance de l'être humain, et puisqu'il n'existe pas d'endroit au monde où l'on puisse mieux l'étudier que dans les salles de tribunal, ne serait-il pas souhaitable que, par norme législative, un écrivain figure toujours parmi les jurés ? sa présence serait pour tout le monde une invitation à réfléchir davantage. Fin de la citation.
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saigneurdeguerresaigneurdeguerre   18 août 2018
- Mon garçon, soupira-t-il, vous m'étonnez, oui, depuis votre première visite vous n'avez cessé de m'étonner, vous écrivez dans un journal à grande diffusion et vous ne semblez pas savoir ce que signifie l'opinion publique, c'est regrettable, essayez de me suivre un instant dans mon raisonnement : si Torres, après avoir fait sa déposition aux autorités qui mènent l'enquête, répété tout dans votre journal, il peut être tranquille, car il aura toute l'opinion publique avec lui, et un conducteur distrait, par exemple, y réfléchirait à deux fois avant d'écraser sous sa voiture un type qui a les yeux de l'opinion publique braqués sur lui, vous comprenez le concept ?
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JoualvertJoualvert   13 juin 2019
Don Fernando leva la tête et regarda la voûte céleste.
─ Des millions d'étoiles, dit-il, des millions de nébuleuses, bordel, des millions de nébuleuses, et nous qui sommes ici à nous occuper d'électrodes qu'on nous fixe aux parties génitales.
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NikiNiki   11 septembre 2012
- Parce que, continua l'avocat à voix basse, que faites-vous des anciennes amours ? Ah, je me le demande moi aussi, que faites-vous des anciennes amours ? C'est un vers d'une poésie de Louise Colet qui continue ainsi : les chassez-vous comme des ombres vaines ? Ils ont été, ces fantômes glacés, coeur contre coeur, une part de vous-même. Elle est certainement adressée à Flaubert (...)
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saigneurdeguerresaigneurdeguerre   18 août 2018
[...] Sachez seulement que le sadique en question est un jeune garçon, fils d'un nouveau maître de la province venu de rien et qui s'est enrichi sous les récents gouvernements, il s'agit d'une bourgeoisie de la pire catégorie, née au Portugal dans les vingt dernières années, faite d'argent, d'inculture et de beaucoup d'arrogance.
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