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EAN : 9782330117634
539 pages
Éditeur : Babel - Actes Sud (01/01/2017)

Note moyenne : 4.38/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Janvier 2015 : à peine nommé ministre des Finances de la Grèce, Yanis Varoufakis déclenche une des batailles les plus spectaculaires et controversées de l'histoire récente en cherchant à renégocier les rapports entre son pays et l'Union européenne. En dépit du soutien exceptionnel de la population grecque et de la logique imparable de ses arguments, il se heurte à un mur et provoque l'ire des élites politiques, financières et médiatiques de l'Europe.

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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Luniver
  24 juin 2020
En janvier 2015, le parti Syriza, de la gauche radicale, obtient presque la majorité absolue au parlement grec. Après un an et demi d'austérité imposée par le FMI et la troïka pour rembourser ses différentes dettes, le peuple grec a décidé qu'il ne pouvait plus continuer à se serrer la ceinture, pour la bonne et simple raison qu'il avait déjà vendu et abandonné tout ce qu'il pouvait, y compris, d'ailleurs, cette fameuse ceinture.
Yanis Varoufakis accepte alors le poste peu envié de ministre des Finances d'un pays cerné de toute part par des créanciers bien décidés à accentuer encore l'austérité pour récupérer leur mise. Fervent défenseur de la restructuration de la dette grecque, il ne lui faudra rien de moins que faire changer d'avis la majorité des institutions financières internationales pour parvenir à ses fins. Ce livre/témoignage raconte les coulisses de ces négociations, entre discussions de couloir, entretiens privés, tables de restaurant et conversations téléphoniques.
Je ne vais pas prétendre donner des leçons sur ce que la Grèce aurait dû faire ou ne pas faire dans cette histoire. Toutefois, je dois reconnaître que le personnage de Varoufakis a attiré d'emblée ma sympathie : les experts qui prétendent connaître la solution à un problème complexe squattent plutôt les plateaux télévisés ou les studios de radio que les ministères. Voir quelqu'un qui accepte de porter soi-même, et en toute première ligne, les idées qu'il défend est plutôt rafraîchissant.
Les descriptions des réunions européennes, à l'inverse, font plutôt froid dans le dos quand on rêve de démocratie : loin d'être un lieu de débat et un échange de point de vue, on sent plutôt que les décisions ont été prises à l'avance dans des sous-groupes officieux ; chaque camp répète alors ses propositions sur le principe du disque rayé, en comptant sur le fait que son président ou premier ministre aura assez d'influence en coulisse pour faire plier le camp d'en face.
De même, certains personnages biens en vue (Moscovici, ou même Juncker) semblent avoir un rôle purement protocolaire, et placés à des postes « prestigieux » pour satisfaire la vanité de l'un ou l'autre pays membre, mais se voient vertement remis à leur place quand ils osent proposer quelque chose qui s'écarte de la ligne directrice fixée par la poignée d'individus qui prennent les vraies décisions.
Varoufakis se présente sans doute sous un jour avantageux : le nombre de grands économistes et d'hommes politiques a lui déclarer en douce dans un couloir qu'il a raison sur toute la ligne est trop important pour être honnête. Néanmoins, j'aurais plutôt tendance à me fier à sa version des faits en général, car il ne se positionne pas forcément comme un héros, mais décrit toute cette « vieille » politique dont on nous promet souvent la fin prochaine mais qui n'en finit pas de mourir, à base de manoeuvres douteuses (s'accorder sur des propositions à l'oral mais écrire le contraire sur les documents officiels à signer, dire une chose en réunion et son contraire en conférence de presse), de pressions indirectes, de conflits d'intérêt, de corruption, …
Ça fait moins rêver que d'imaginer des Grands Hommes porter le destin de tout un continent sur leurs larges épaules, c'est sûr, mais ça semble, tristement, bien plus réaliste aussi.
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laurentgui
  26 avril 2020
Ce livre est le récit de l'auteur de son court passage comme ministre des finances grec dans le premier gouvernement Siriza d'Alexis Tsipras. La Grèce en est alors à son second plan de sauvetage et se prépare à un troisième (qui en appellera peut-être d'autres, mais plongera en tout cas le pays dans un abyme insondable). L'auteur et son gouvernement souhaitent sortir le pays et l'Europe de cette ornière, dans laquelle tous deux sont perdants. Mais c'est sans compter sur la résistance, l'opposition de nombreux dirigeants ou technocrates européens ; avec une hargne et une inconséquence crasse, ils vont par tous les moyens imaginables saper cette entreprise. Outre cette épopée de quelques mois sur laquelle le livre offre une autre perspective que celle des médias mainstream, il est très intéressant d'apprendre à mieux connaitre certains de nos dirigeants, de notre pays comme des pays voisins, d'instances comme la BCE, l'Eurogroupe ou le FMI, travail sous les projecteurs ou dans l'ombre des institutions. Un livre que j'ai trouvé extrêmement intéressant et révoltant aussi : le portrait que cela dresse de l'Europe d'avant le Brexit est terrifiant.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   18 juin 2020
Partant du principe que les bonnes idées encouragent le dialogue et permettent de sortir de l'impasse, mon équipe et moi travaillions à partir d'études économétriques et d'analyses économiques saines pour rédiger des propositions. Après les avoir testées auprès des meilleurs experts, de Wall Street à la City en passant par des chercheurs bien choisis, je les soumettais aux créanciers. C'est comme si je prêchais dans le désert, comme si la table devant eux était vide. Le langage de leur corps les trahissait : ils faisaient semblant de ne pas voir les documents qu'ils avaient sous les yeux. Et, quand ils répondaient, ils ignoraient ce que je disais. J'aurais pu chanter l'hymne national suédois, c'était pareil.

Est-ce à cause de ma formation universitaire ? Je m'attendais à tout sauf à ça de la part de Bruxelles, et j'étais extrêmement frustré. Les chercheurs sont habitués à ce qu'on démolisse leur thèse, pas toujours avec des pincettes ; en revanche, le silence de mort, le refus de s'engager, l'idée qu'aucune thèse n'a été émise, ils ne connaissent pas. Imaginez que vous êtes dans un raout, coincé avec la personne la plus ennuyeuse du monde, qui dit tout ce qu'elle pense sans tenir compte de la moindre de vos remarques, vous pouvez toujours prendre votre verre et disparaître au fond de la pièce. Mais si le redressement de votre pays dépend de cette conversation, et que vous n'ayez aucun refuge, votre agacement peut se muer en désespoir, ou en colère si vous percez à jour la manœuvre de votre interlocuteur – en l'occurrence, un petit jeu dont le but était d'annuler tout ce qui s'opposerait au pouvoir de la troïka.
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LuniverLuniver   08 juin 2020
Mes collègues aspirant à entrer au gouvernement avaient des secrétaires, des chauffeurs, des bureaux privés, un carnet d'adresses bien fourni. J'avais le soutien moral de Danaé, ma moto et notre appartement au pied de l'Acropole, où je donnais mes interviews, organisais des réunions, rédigeais les chroniques que je postais sur mon blog et préparais ma campagne. Un jour, j'ai reçu un coup de fil du QG de Syriza m'informant qu'en tant que candidat, il fallait que j'ouvre un compte séparé pour y déposer tous les dons et en retirer toutes les dépenses de campagne. C'était obligatoire. J'ai donc ouvert un nouveau compte, mais je n'y ai rien déposé, puisque je n'ai rien reçu ni rien demandé. Je n'avais pas d'équipe et je dépensais pas un sou en matériel de promotion. Mon seul outil de campagne était le blog rédigé en grec – jumeau de mon blog déjà existant en anglais –, que j'avais créé seul à l'aide d'une plateforme de bloggeurs gratuite. C'était tout.
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LuniverLuniver   17 juin 2020
Pour les représentants de la troïka, assis dans leurs bureaux éclairés au néon à Bruxelles, Francfort et Washington, c'était un cauchemar. Ils ne pouvaient plus atterrir à Athènes et traverser la ville dans des convois de Mercedes et de BMW pour imposer leur férule. Des idées dangereuses circulaient, qui risquaient de contaminer les Européens – les Espagnols, les Italiens, voire les Français : qui sait, peut-être serait-il possible de recouvrer sa souveraineté et sa dignité de nation au sein de l'Europe ? La troïka aurait aimé récupérer ses deniers, mais, vu le contexte, c'était secondaire. Les créanciers savaient que l'austérité accrue et le refus des échanges de dettes réduisaient les revenus des Grecs et augmenteraient le prix à payer à long terme, mais peu importe. Le ministre des Finances slovaque, le cheerleader le plus zélé de Schaüble, le formula ainsi quelques mois plus tard :
— Il fallait être dur avec la Grèce à cause du printemps grec.
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LuniverLuniver   16 juin 2020
Lors de la conférence de presse, un journaliste grec a demandé à Christine Lagarde si elle était contente que l'Eurogroupe ait étouffé dans l'œuf la tentative de soutien du FMI à un allégement de la dette. Christine a fait exprès d'ignorer le fond de la question en laissant libre cours à son agacement :
— Pour le moment, il n'y a pas de dialogue ; l'urgence est de rétablir le dialogue avec des adultes dans la salle.
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LuniverLuniver   19 juin 2020
Chose étonnante, l'idée qu'un gouvernement puisse vouloir consulter son peuple au sujet des propositions des institutions leur a paru incongrue et a été traitée avec une désinvolture frôlant le mépris. Comment pouvions-nous penser que des gens ordinaires allaient les comprendre des questions aussi complexes ? m'a demandé l'Italien Pier Carlo Padoan.
— Nous croyons fermement en la capacité du peuple, des électeurs, de se comporter en citoyens responsables, ai-je répondu. Nous pensons qu'ils sont capables de procéder à une analyse sérieuse et de faire des choix concernant le futur de leur pays. C'est cela, la démocratie.

Que j'aie eu à donner cette explication et qu'elle ait été mal prise par l'ensemble des présents, ou presque, ne donne pas une image très flatteuse de la démocratie européenne et de ses institutions.
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Videos de Yanis Varoufakis (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yanis Varoufakis
Le cinéma est politique : conversation Costa Gavras-Yanis Varoufakis
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