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ISBN : 9791037500908
Éditeur : Les Arènes (20/11/2019)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Un document pour l'Histoire qui donne à lire la voix de Simone Veil.

À la fin des années 1990, David Teboul, consacre un documentaire à Simone Veil. C'est le point de départ d'une amitié qui va durer jusqu'à sa mort. Au fil des années, il enregistre plus de quarante heures d'entretiens. L'intimité entre Simone Veil et David Teboul est telle que c'est à lui que les enfants de Simone Veil confient la cérémonie du Panthéon. Ces enregistrements, donnent a... >Voir plus
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
karamzinkaramzin   03 décembre 2019
L'expérience des camps laisse une empreinte instinctive, quelque chose de sensoriel, d'innéfaçable qu'il est très difficile de raconter. Longtemps j'ai eu peur d'entrer dans un commissariat, j'ai eu peur de croiser un uniforme, de passer une frontière. Comme si j'allais me trouver en faute. En même temps, j'avais envie de braver l'autorité. Sans doute est-ce parce que mon père n'a pas eu suffisamment peur. Il n'imaginait pas ce qui allait arriver. Il s'est cru à l'abri et l'a payé de sa vie. Longtemps cette peur est restée en moi, alors même que j'avais un sentiment profond d'appartenance à mon pays.
Encore aujourd'hui, une odeur particulière, une certaine sensation de froid, une vision peut envoyer ce que j'appellerais un flash, une réminiscence brutale.
Ces manifestations sont imprévisibles. Parfois une perception à priori positive, ou même heureuse, se charge d'angoisse. Ainsi le simple fait de voir des enfants peut me ramener à l'époque de la Shoah.
Je me suis retrouvée récemment à une cérémonie religieuse juive à laquelle participait mon petit-fils. A ses côtés se trouvaient deux ravissantes fillettes. L'une d'elles évoquait pour moi ces enfants que l'on voit sur les photographies des musées-mémoriaux de la Shoah, celui de Paris ou de Yad Vashem, à Jérusalem. A chaque fois que je vois ces photos, elle me déchirent le cœur.
On les a retrouvées dans les affaires abandonnées par les familles déportées. Les enfants sont souvent endimanchés, comme c'était l'usage à l'époque pour passer chez le photographe. On faisait cela pour les mariages, pour une fête familiale.
Au mémorial de Malines, en Belgique, figurent beaucoup de ces portraits d'enfants habillés et coiffés pour la photographie. Sur les murs de ce mémorial, on voit les photos d'une même famille au fil des années de guerre : peu à peu, les visages disparaissent, car les membres de cette famille sont partis en déportation les uns après les autres. A la fin, il ne reste plus qu'un seul visage, celui d'un enfant caché ou parfois celui d'un adulte qui a été déporté mais qui est revenu. Ces enfants endimanchés, avec leur coiffure impeccable, leur costume marin, sont pour moi des visions aussi belles qu'insupportables.
Ceux qui ont été sacrifiés, ce sont aussi les enfants qui ont été cachés. Les conditions de la disparition des parents ne sont pas connues, ils ne parviennent pas à les imaginer, ils ne peuvent pas les assumer. C'est quelque chose de terrible, de différent mais terrible. Lorsque nous sommes arrivés à Birkenau, en quelques minutes, les anciens du camp, souvent avec un réalisme incroyable - peut-être n'y avait-il pas d'autre moyen de le dire - nous ont mis au courant : la fumée qui sortait des cheminées était tout ce qui restait de personnes que nous avions connus. Ces disparitions, nous avons eu les mois de déportation, non pas pour les accepter, car elles étaient inacceptables, mais pour les assumer, pour vivre avec. Les enfants des disparus, eux, n'ont pas pu vivre avec. Ils ne savent rien et doivent vivre avec ce rien, ce vide.
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karamzinkaramzin   30 novembre 2019
Au début de 1946, des amis de Science Po m'ont proposé de partir aux sports d'hiver. C'étaient mes premières vacances depuis l'avant-guerre. Parmi ces amis se trouvait Antoine Veil, un camarade étudiant. Nous sommes allés à Grenoble où vivaient ses parents. A bien des égards, par leur culture, leur histoire, ils ressemblaient aux miens. Je retrouvais une famille. J'avais dix-neuf ans, Antoine en avait vingt. Nous nous sommes mariés à l'automne 1946. Notre premier fils est né fin 1947. Nicolas, le deuxième, l'année suivante.
Dès 1947, Antoine a obtenu un poste d'attaché parlementaire, puis on lui a proposé de travailler en Allemagne - alors occupée par les Alliés - auprès du commissaire général aux affaires autrichiennes et allemandes. Nous avons accepté. Certains proches ont trouvé ce choix étrange, nous l'avons assumé. En Janvier 1950, je suis donc partie avec mon mari à Wiesbaden, au bord du Rhin.
Pour moi, ce n'était plus le même pays, ni le même peuple. Je n'arrivais pas à recoller le présent avec le passé et, de ce fait, je ne ressentais aucune haine. Ce que j'avais vécu était absolument hors normes. Cela ne se rattachait pas au quotidien, que ce soit en France ou en Allemagne.
Cela se passait cinq ans après la guerre. Nous vivions en zone d'occupation américaine et rencontrions surtout des Français et des Américains. A peine si nous croisions des Allemands dans les magasins. Mes deux fils aînés, cependant, ont été au Kindergarten, le jardin d'enfants allemand, où ils ont commencé à apprendre la langue. Pour ma part, je n'ai jamais appris l'allemand.
Dans cette Allemagne de l'après-guerre, rien ne me rappelait le monde des camps. Les gens vivaient normalement, parlaient normalement, n'aboyaient plus. Il était devenu impossible de penser à ce qu'était l'Allemagne cinq ans auparavant.
Plus tard, en entrant au Parlement européen, j'ai rencontrés des Allemands déjà adultes sous le IIIème Reich et je me suis posée cette question, lancinante à l'époque : "Que faisaient-ils, où étaient-ils dans ces années-là ?"
Je me demande toujours comment une telle monstruosité a pu jaillir, avant la guerre, d'un pays aussi développé, aussi cultivé que l'Allemagne. Un jour, j'ai posé la question à Yehudi Menuhin, rencontré à Strasbourg le temps d'un concert. C'était non seulement un grand musicien mais un homme d'une culture très étendue. Selon lui, rien ne permettait d'expliquer l'horreur nazie. La culture allemande, si raffinée, n'avait pas fait barrage. La musique, si jouée, si aimée dans ce pays, n'avait servi à rien.
L'histoire de l'Allemagne et des Juifs est vraiment particulière. Elle défie toute compréhension. Au début du XIXème siècle, les discriminations contre les Juifs ont diminué un peu partout en Europe. En France, les Juifs sont devenus citoyens en 1805. Ailleurs, ce fut la fin des ghettos, même si les pogroms ont persisté, surtout en Europe de l'Est, et même s'il subsistait des discriminations professionnelles. Telle fut la tendance générale jusqu'au début des années 1930.
L'Allemagne, elle, avait une culture particulière, ancienne, plus favorable aux Juifs que dans bien des pays d'Europe. Les grandes villes de Rhénanie, en particulier, comptaient depuis toujours d'importantes communautés juives, protégées depuis des temps reculés par un statut particulier. Les anciennes villes franches rhénanes offraient aux Juifs une condition privilégiée, si on la compare au reste de la chrétienté. Or, c'est là, en Rhénanie, qu'ont eu lieu les premières grandes rafles allemandes.
Les Juifs de cette région ont été parmi les premiers à fuir en France. Certains ont d'ailleurs été internés au camp de Gurs avant de partir en déportation.
Le nazisme a donc balayé la tradition allemande et il a effacé le courant moderniste, la tolérance issue des Lumières. Il a bâti une idéologie de destruction raciale tout à fait étrangère à la tradition nationale. L'antisémitisme d'Hitler était vraiment d'une nature particulière. Sa haine obsessionnelle s'est accompagnée d'une méthode d'extermination systématique. A partir de la conférence de Wannsee, en 1942, on peut se demander si la volonté d'extermination de tous les Juifs d'Europe n'a pas été plus forte que le désir de victoire. Par son caractère méthodique et systématique, le plan nazi d'extermination n'a pas d'équivalent dans l'histoire. Et cependant, les Juifs allemands n'ont pas cessé, pour autant, de se sentir allemands.
A Birkenau, j'avais rencontré une déportée juive allemande qui gardait une haute idée de son pays.
Elle était encore fière d'être allemande.
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