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Luce Hinsch (Traducteur)
ISBN : 2910030040
Éditeur : Gaïa (20/03/2003)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 83 notes)
Résumé :
La saga en trois volets du Livre de Dina s'ouvre sur Les Limons vides – suivi de Les vivants aussi et Mon bien-aimé est à moi –, un tableau brossé au vitriol : le destin tragique de Dina. Dina, femme-enfant, enfant sauvage, mi-femme, mi-démon, créature imprévisible et insatiable qui aura fait de sa vie un conte cruel. La mort accidentelle de sa mère, en livrant l'enfant à elle-même et aux plus noirs versa... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
MissLeo
12 mars 2013
L'histoire :
(résumé librement adapté de la quatrième de couverture)
Une région isolée du Nordland, au milieu du dix-neuvième siècle.
Enfant délaissée et mal-aimée, durablement marquée par le décès précoce de sa mère Hjertrud, Dina grandit sur le domaine de Reinsnes, comptoir norvégien qui vit du commerce maritime. Initiée à l'art du violoncelle par son précepteur, M.Lorch, elle devient une jeune femme révoltée et passionnée, nourrie de fantasmes frisant parfois la folie. Mariée toute jeune à Jacob Grønelv, un ami de son père, Dina mène sa vie en toute indépendance et consume son entourage, du personnel de maison aux valets de ferme, des membres de la famille aux voyageurs de passage.

L'opinion de Miss Léo :
J'ai été sélectionnée par Babelio lors de la précédente édition de Masse Critique pour recevoir la nouvelle édition intégrale du roman d'Herbjørg Wassmo, dont les trois parties sont ici regroupés dans un seul et même volume (on se demande d'ailleurs pourquoi celles-ci furent initialement publiées séparément, tant elles forment un ensemble homogène et cohérent). On peut dire que j'ai eu le nez creux en choisissant cet ouvrage, puisque j'ai été totalement enthousiasmée par la lecture de ce pavé envoûtant, que j'ai refermé à regret après quelques heures d'une expérience inoubliable. L'auteur norvégien signe une ample et dépaysante fresque nordique, portée par un personnage principal complexe et attachant.

Dina : un personnage étonnant !
L'originalité de ce roman réside avant tout dans le caractère atypique de la jeune Dina. On est tout de suite ému et intrigué par cette grande femme farouche et indomptable, garçon manqué ébouriffé préférant de loin la compagnie de son violoncelle ou de son Lucifer de cheval noir à celle de ses semblables. La mort accidentelle de sa mère, disparue dans d'atroces souffrances, scelle le destin de la jeune femme, délaissée par son père et mariée très jeune à un ami de ce dernier (le "vieux" Jacob n'est cependant pas un personnage antipathique, et il se montre très respectueux vis à vis de sa jeune épouse). Dina prend son destin en main après la mort salutaire de son conjoint, et mène sa vie comme elle l'entend, au mépris des convenances et des sentiments d'autrui. Elle fume la pipe, s'habille comme un homme, monte à califourchon, délaisse les tâches ménagères, excite le désir des hommes de son entourage, le tout avec un naturel confondant, et sans afficher la moindre trace de regret ou de culpabilité. Son comportement s'apparente dans un premier temps à celui d'un petit animal sauvage, rendu totalement inapte à la vie en société par une éducation trop fragmentaire. L'humanité de Dina transparaît cependant dans son rapport à la musique, que lui a enseignée son ancien précepteur. Violoncelliste et pianiste de talent, la jeune femme trouve refuge dans la pratique de son art, et fait corps avec son instrument, qu'elle considère comme un individu à part entière. C'est selon moi l'un des aspects les plus séduisants de ce personnage plein de contradictions, pouvant tour à tour se montrer attendrissant, ou au contraire franchement repoussant.
"C'est là que les doigts impitoyables de Dina prenaient la relève. La musique était là. Comme une libération. Une fièvre ! Envahissait toute la ferme, jusqu'aux champs. Jusqu'à la grève. Atteignait Tomas sur sa couche dure dans les communs. Apportant joie ou tristesse. Selon l'humeur de l'auditoire." (page 223)
Devenue veuve à dix-huit ans, Dina Grønelv prend en charge les affaires du domaine familial, et gère efficacement la boutique de son défunt mari. A-t-on jamais vu une femme se montrer aussi à l'aise avec les chiffres ?? Son sens du commerce et son obstination, combinés à une intelligence redoutable, ainsi qu'à l'indéniable pouvoir de séduction qu'elle exerce sur la gente masculine, en font une sorte de Scarlett O'Hara norvégienne, les manières sucrées et le côté précieux en moins. Dina mène son petit monde à la baguette, et n'a aucun respect pour les faibles, qu'elle tente toujours de punir à sa manière. Elle se montre cependant capable de sympathie et de bienveillance envers autrui, et parvient même à établir une certaine complicité avec d'autres protagonistes du roman, à condition que ceux-ci fassent preuve d'honnêteté, et (tant qu'à faire) d'une bonne dose de sens pratique. Ses relations avec les hommes sont la plupart du temps teintées de sensualité et d'érotisme exacerbés : Dina joue constamment de son sex-appeal, et provoque désir, jalousie et rancoeur dans le corps coeur des mâles qu'elle côtoie. Autant dire que l'ambiance est parfois explosive dans le domaine de Reinsnes ! La jeune veuve n'est cependant qu'une pauvre fille en manque d'amour, qui masque sa frustration sentimentale par des attitudes parfois volontairement provocatrices. Son mal-être transparaît à chaque page du roman, et l'on ne peut qu'être touché par sa fragilité.
La mort est quant à elle omniprésente dans la vie de la jeune norvégienne, qui doit par ailleurs composer avec quelques fantômes envahissants, reliques d'un passé semé de drames et de tragédies. Dina est un personnage tourmenté, en proie à de nombreux fantasmes et autres hallucinations. Comme disait le mioche dans le film (très surévalué) de M. Night Shyamalan : "I see dead people". On est parfois à la limite du fantastique, Dina ressentant constamment la présence encombrante de sa mère Hjertrud et de son mari Jacob, tout deux décédés, et pourtant prompts à juger le moindre de ses actes. La folie n'est pas loin, et la jeune femme rongée par la culpabilité trouve refuge dans la religion (la Bible est son livre de chevet).
"Il arrivait que Hjertrud apparaisse à l'orée du bois et lui fasse un signe en levant le bras quand elle sortait de l'eau.
Alors Dina s'arrêtait, à moitié enveloppée de sa chemise ou de sa serviette. Elle restait debout. Jusqu'à ce que Hjertrud lui parle, ou bien disparaisse." (page 211)
Un très beau personnage, donc, complexe et attachant, autour duquel s'organise la vie de cette petite communauté du Nordland. Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants, bien que moins présents dans le roman. Mention spéciale à ces deux femmes de caractère que sont Stine la Lapone et Mère Karen, toutes deux indispensables au bon fonctionnement du domaine.

Une ambiance nordique comme je les aime !
Les personnages du Livre de Dina évoluent dans un environnement dépaysant à souhait, que l'on prend plaisir à découvrir tout au long des six-cents pages de l'oeuvre. le roman se déroule dans une zone rurale isolée du nord de la Norvège, sur une terre hostile dont les habitants vivent au gré du défilement des saisons, lesquelles vont et viennent avec une déprimante régularité. J'aime beaucoup cette ambiance "soleil de minuit et grands froids lugubres", parfaitement restituée par une Herbjørg Wassmo accordant une large place à la description des paysages. La nature règne en maître, et l'Homme doit s'adapter pour subsister au coeur de ces vastes étendues peuplées de forêts, de cascades et de plaines arides.
On en apprend beaucoup sur les moeurs et le mode de vie des norvégiens au milieu du XIXème siècle. Il est d'ailleurs particulièrement intéressant de découvrir un roman ne se déroulant ni dans l'Angleterre victorienne, ni en France sous le Second Empire, ni dans le Sud des Etats-Unis esclavagistes. Ce changement de point de vue fut pour moi totalement rafraîchissant, et j'ai apprécié tous ces petits détails savamment distillés par l'auteur chapitre après chapitre, qui nous donnent finalement un assez bon aperçu de ce que pouvait être la vie d'une famille d'armateurs norvégiens en 1850.
Les habitants du Norland survivent grâce à la pêche et au commerce. Ils font le plein de poisson (stockfish, morue) et de ressources locales (duvet d'eider, peaux et viande de renne, mûres jaunes), puis embarquent les marchandises à bord de leurs bateaux pour les vendre dans le sud du pays, où ils s'approvisionnent en denrées de base. Les caboteurs ne peuvent circuler qu'en été, et doivent impérativement être rentrés avant que l'hiver ne glace les fjörds, rendant ainsi impossible toute navigation. Herbjørg Wassmo passe en revue différents aspects de la vie locale : habillement, logement (selon la classe sociale), alimentation, chauffage, lessive, loisirs, occupations et éducation des enfants... Nous visitons également quelques grandes villes norvégiennes, lors d'un voyage de Dina à Bergen et Trondheim. La description de la puanteur et de la cohue qui y règnent tranche avec l'isolement de Reinsnes !

"Des odeurs étranges chatouillaient le nez. Même la mer avait une autre odeur ici. Mêlée à la pestilence des pourritures et des caniveaux, à l'odeur de goudron des bateaux et du poisson. Tout ceci composait cette indéfinissable puanteur de la ville." (page 460)
L'aspect historique n'est pas non plus dénué d'intérêt. Une partie du roman se déroule pendant la guerre de Crimée, qui se propage jusque dans la mer Baltique (ce que j'ignorais totalement). le conflit provoque une pénurie de certaines marchandises, et les norvégiens se voient contraints de semer davantage de blé, pour ne plus avoir à compter sur la farine russe.

Et un auteur talentueux en prime !
Le récit, d'abord intimiste et feutré, prend donc de l'ampleur avec le voyage de Dina, et s'ouvre à d'autres aspects de la société norvégienne. L'intrigue reste centrée sur le destin de la jeune femme, mais l'arrière-plan très travaillé offre une indéniable plus-value à un roman dont on ne peut nier la grande qualité littéraire. J'ai aimé le style de l'auteur, très agréable, qui propose une alternance de descriptions terre-à-terre et d'envolées lyriques puissamment évocatrices. Les phrases sont plutôt brèves, et le récit à la troisième personne est entrecoupé de courtes et obnubilantes interventions de Dina. Ces dernières se répètent régulièrement, tel un refrain lancinant, évoquant les hallucinations et les obsessions de la jeune femme le récit est par ailleurs saupoudré de références bibliques, et chaque chapitre s'ouvre sur une citation (j'avoue que je suis un peu larguée dans ce domaine).
J'ai découvert qu'Herbjørg Wassmo avait écrit une suite à son roman (Le Fils de la Providence), centrée sur le personnage de Benjamin, fils unique de Dina. J'espère avoir l'occasion de la lire dans dans un futur proche, et je n'hésiterai pas un instant à me replonger dans cet univers !

Une épopée romanesque flamboyante et dépaysante, portée par un superbe personnage atypique. Coup de coeur !

Merci à Masse critique et aux éditions Gaïa pour l'envoi de cet ouvrage.
Lien : http://leslecturesdeleo.blog..
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Soleney
11 mai 2015
Après l’accident qui a causé la mort de sa mère quand elle n’avait que cinq ans, la petite Dina est délaissée par son père et devient un véritable « oiseau sauvage », sans éducation. En grandissant, rien ni personne ne peut lui dicter sa conduite : elle fait ce qu’elle veut quand elle veut. Mais elle a beau être un véritable garçon manqué, elle marque les hommes par sa sensualité, et elle est loin d’être aussi insensible qu’elle le paraît.
C’est une histoire qui, malgré le fait qu’elle soit chronologique, est assez décousue. L’auteure s’attarde très longtemps sur des éléments du quotidien, puis fait des ellipses de plusieurs mois, ne faisant durer les saisons que le temps d’une phrase. Et parfois, elle donne la parole à son protagoniste dans quelques paragraphes en italique. Ce sont les passages les plus étranges et les plus touchants du livre. Dina ne s’exprime que de manière abstraite et imagée, elle est donc assez difficile à comprendre. Pour vous donner une idée, elle parle régulièrement de ses pieds qui s’enracinent dans la terre, de la lourdeur des âmes qu’elle porte, d’un poisson qui nage dans son ventre. Quand on ne connaît pas un peu le personnage, ça ne veut rien dire.
Elle vit dans un monde surnaturel, et c’est la preuve de sa sensibilité, car elle a une âme poétique. Mais elle est aussi un peu morbide, car elle est hantée par les fantômes de « ses » morts : sa mère, son mari, son professeur ; tous viennent la voir et tentent de prendre part dans ses décisions. Ils la consolent, l’accusent, l’influencent (ou non).
Je me suis donc longtemps demandée si Dina Grønelv était folle. Je pense qu’elle l’est – dans le sens où elle est atypique et où personne ne peut vraiment la comprendre. Peut-être qu’elle fantasme ces fantômes, qu’ils ne seraient que des projections de son esprit – des hallucinations. Mais un passage dans la première partie me fait douter.
Un détail, cependant : à Reinsnes, Dina reste la seule à les voir. Elle semble être de toute manière le seul personnage à les voir RÉGULIÈREMENT. Se pose donc la question suivante : sont-ce les morts qui refusent de l’abandonner, ou elle qui refuse de les laisser partir ? Je pencherais plutôt pour la dernière réponse…
Par moment, le roman lui-même rejoint le point de vue de son héroïne et glisse vers le surnaturel. Pour exemple, cette scène romantique où Dina croise, lors d’un dîner, un jeune homme qui lui plaît. Les deux se font la cour : « Elle rassembla ses deux iris sur sa fourchette et les mit dans sa bouche. Passa sa langue dessus. Doucement. Ils avaient un goût salé. Il ne fallait ni les avaler ni les mâcher. Elle les laissa tranquillement rouler sous son palais avant de les caresser du bout de la langue. Puis elle les rassembla dans un coin de sa bouche, ouvrit les lèvres et les relâcha.
Il mâchait tranquillement et avec un visible plaisir quand ses yeux reprirent leur place. Son visage était haut en couleur. Comme si leur plaisir commun se reflétait sur sa peau. Ses yeux reprenaient leur place. Et clignaient vers elle ! »
J’ai lu ce passage trois fois, chaque fois toujours plus stupéfaite. Normal, hein, moi aussi je bouffe les yeux des jeunes hommes qui me draguent… (À bon entendeur.)
Bon, évidemment, c’est un passage entièrement allégorique. Mais il est coincé entre deux scènes réalistes et nous prend par surprise.
Ce n’est pas pour l’aventure et les rebondissements que vous devez ouvrir ce livre, car l’auteure détaille surtout le quotidien des personnages. Cela aurait pu être très ennuyeux si elle ne se servait pas des événements pour dévoiler une partie de la personnalité de Dina – en particulier quand elle est jeune et que rien ne peut lui faire obstacle. Car petite Dina ne connaît aucune convenance sociale. Le regard des autres l’indiffère au plus haut point, elle est habituée à faire ce qu’elle veut. Elle est même capable des pires extrémités.
Quand elle grandit, c’est différent. C’est au moment de devenir la maîtresse de Reinsnes qu’elle change : elle a des responsabilités, des devoirs, c’est tout un petit monde qui dépend d’elle et de ses décisions. Ça la fait murir, et même si elle continue à fumer la pipe et à monter à cheval en pantalon, elle apprend à vivre en société. Malheureusement.
Les deux premiers livres étaient passionnants et choquants. Le dernier s’enlise. Dina, devenue presque « normale » a perdu de son pétillant et ne m’a plus surprise. Ce n’est que mon avis, évidemment, mais j’ai nettement préféré Les Limons vides, où on apprend dès le début que Dina va tuer son mari, et où le lecteur « mène l’enquête » pour savoir comment, et surtout pourquoi. Car, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la jeune fille est attachée à ce mari plus vieux d’une trentaine d’années. Les Vivants aussi était intéressant car il apporte encore du nouveau, notamment au niveau des personnages.
En revanche, je me suis forcée pour terminer Mon bien-aimé est à moi. Il ne s’y passe rien (comme dans les deux autres, certes, mais ceux-là ont le mérite de nous faire découvrir le personnage principal). J’ai été déçue de voir que l’héroïne s’est « domestiquée ».
Cependant, elle garde toujours un fond assez égoïste. Elle piétine les sentiments de Tomas, un garçon d'écurie qui l’aime depuis l’enfance, se sert de lui pour prendre du plaisir de temps en temps, mais le rabaisse dès qu’il lui en laisse l'occasion. Encore une fois, fait-elle exprès pour l’asservir à sa volonté, ou est-ce son habitude de faire ce qu’elle veut ?
Question sans réponse.
Mais finalement, même l'auteure a un point de vue ironique et presque cruel sur lui, et le décrit comme étant « un chien bien dressé ». Et en effet, il subit les caprices de sa maîtresse sans une plainte, se tuant à la tâche dans l'espoir d'avoir un mot, un geste de remerciement. Un sourire, pourquoi pas. Si Tomas avait été un animal, il aurait effectivement été un chien. Le comportement de Dina envers lui me faisait d'autant plus serrer les dents.
La façon de parler des personnages est… presque désagréable. La traduction a fait le choix de leur faire avaler les voyelles, et on a l’impression que ce sont des paysans qui parlent. Pour Dina, je peux le comprendre (n’ayant pas reçu d’éducation), mais certains autres sont supposés être de la bonne société, et je n’ai pas compris ce choix.
Si j’ai mis seulement trois étoiles à ce livre, c’est uniquement à cause de la fin (attention, je spoile !). Je n’ai rien compris. On entre dans les pensées de Dina, elle semble faire quelque chose de grave à l’homme qu’elle aime (mais c’est même pas sûr, parce que ses pensées sont terriblement décousues, on ne sait pas si elle est juste en colère, si elle le tue, si elle le bat, si elle se contente d'imaginer le faire… La raison de cette rage est d’ailleurs presque incompréhensible : ils étaient en train de parler et il a visiblement dit quelque chose qui l’a énervée), et là-dessus son fils arrive en courant et en hurlant.
Et fin.
Quoi ? Terminé.
En relisant le passage plusieurs fois, je crois avoir une explication.
Le plus drôle, c’est que cette Dina est une fervente croyante – héritage de sa mère, qui ne lui a laissé qu’une Bible en mourant. À tel point que tous les chapitres commencent avec une citation biblique. C’est totalement contradictoire avec tout ce qui la constitue : les fantômes ne sont pas censés revenir sur Terre, ils vont au Ciel ou en Enfer ; on se doit d’être charitable envers les autres et ne pas les utiliser à ses propres fins ; on doit bien s’occuper de ses enfants et les élever dans la foi catholique, etc., etc.
Inclassable est ce roman. Ce n’est pas une fresque familiale, car on suit un seul personnage tout au long de sa vie. Ce n’est pas un roman d’amour, malgré les nombreuses aventures de la jeune femme. Ce n’est pas non plus un roman fantastique, bien qu’il y ait beaucoup d’événements étranges. Ce n’est toujours pas un roman sur la mort, malgré l’apparition récurrente des fantômes.
C’est le livre de Dina, un point c’est tout.
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nathalia1307
25 avril 2013
Herbjorg Wassmo est une virtuose, je ne pourrais jamais égaler ce talent qu'elle possède de raconter .... la vie de Dina Dès le prologue, j'étais fixée un endroit magnifique un fjord de Norvège et une héroine DINA Gronlev.

L'intrigue se déroule vers 1840 au Nord de la Norvège, au sud du 66° North, le cercle polaire et proche de zones de pêches, la description de ce fjord de Reinsnes, uniquement accessible en bateau vapeur reste inoubliable, descriptions fluides de l'endroit, et de l'isolement d'un tel endroit lors des périodes hivernales, ce fjord à la nature foisonnante, sur laquelle l'humain n'a aucune emprise et ou je n'avais jamais mis les pieds me semblait être un territoire connu, c'était comme si j'y étais.
Je remercie les Editions Gaia et l'équipe de Babélio pour m'avoir permis la découverte de cette auteure talentueuse.


Et Dina, l'héroine s'imposait à moi comme un personnage pour lequel je n'aurais aucune empathie, car disons le clairement une femme comme Dina et moi dans la même pièce, ce n'est pas possible, un tempérament de feu et de glace. J'exècre ces femmes au tempérament fort, combative, qui s'impose à vous sans votre consentement avec ce besoin de tout maîtriser jusqu'à décider à votre place, à la sexualité débordante et éhontée, à la sensibilité cachée ou s'exprimant furtivement, à sa décharge c'est la musique et la pratique du violoncelle, qui donnera à Dina sa touche féminine et sensible.


Et le talent de Herbjorg Wassmo est là, malgré cette antipathie, de ma part pour son héroine, elle conte sa vie à merveille, elle s'appuie sur le principe des sagas , dont l'objectif est de tisser l'histoire d'une famille de générations en générations et leurs vies au quotidien, Dina est sa "voeuve noire", autour de laquelle elle tisse la toile de son histoire. Une histoire construite sur trois livres, et je ne vous cache pas avoir dévoré deux d'entre eux en une journée (le 1er Les limons vides et le 3ème Mon bien aimé est à moi)


Son héroine Dina, responsable de la mort accidentel de sa mère Herjtrud, mariée par arrangement à Jacob Gronlev, va se nourrir de son tourment pour petit à petit devenir la maîtresse de Reinsnes et s'approprier le domaine de son époux, elle va devenir une "femme d'affaire", elle qui parle en avalant les syllabes des mots et adopte des manières masculines.
Au début du roman, Dina est une jeune femme sauvage, difficile, à la vie incertaine, à la fin du roman elle s'est réalisée et a construit autour d'elle cette société matriarcale, ou les femmes tiennent une place respectable et ne sont pas des femmes dans l'ombre de leurs compagnons.

Herbjorg Wassmo insuffle également beaucoup de symbolisme à cette histoire, chaque chapitre démarre par un passage de l'ancien testament, souvent le Cantique des Cantiques, texte magnifique ou les Proverbes, comme témoin du mystère accompagnant cette histoire.
Dina est une femme entière et impénétrable, comme tout un chacun, elle est certes le pilier de l'histoire, cependant je n'ai pas totalement pénétré ce personnage, une part de mystère demeure.
Qu'importe mon attention s'est porté sur les conditions de vie difficiles dans ce fjord isolé, et aussi à ces métiers oubliés et autres actes de la vie quotidienne d'un comptoir ou s'organise la pêche et la commercialisation du poisson; aujourd'hui révolus dans nos sociétés modernes.
Les autres personnages gravitant autour de Dina, Stine, la mère nourricière de son fils Benjamin, Mère Karen, Nils et Anders ses beaux fils, et Oline, la femme de charge et le fantôme de Herjtrud, la mère de Dina et celui de Jacob amenent tout le charme de cette lecture, donnant l'envie de lire Les Fils de la Providence.
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patricebellocq
16 janvier 2016
En Norvège dans le Norland au milieu du 19ème siècle, Dina perd sa mère, alors qu'elle n'a que cinq an, dans un accident dont son père la rend responsable et pour lequel elle se sent coupable. Délaissée par son père, elle est élevée chez des paysans et développe une personnalité de sauvageonne. Rien ni personne ne peut lui dicter sa conduite : elle fait ce qu'elle veut quand elle veut,et quand son père la reprend à la maison elle continue de grandir en dehors des codes sociaux.Hermétique à la littérature,à part la bible de sa mère qu'elle lit tout le temps et interprète assez librement, elle developpe un don pour la musique , les chiffres et le calcul. Au grand désespoir de son père et de sa belle mère, avec qui elle est en conflit, elle est inmariable selon les critères de la bonne société norvégienne. Pourtant la sensualité qu'elle dégage à 16 ans en jouant de la musique, envoute un amis de son père qui la demande en mariage. Elle va alors suivre son maris dans son domaine de Reisness où elle se retrouvera veuve trés jeune et où elle grandira en ne respectant toujours aucun code mais se révélant d'une force de caractère qui fera d'elle la maitresse incontestée du domaine, à la fois ferme, comptoir maritime, halte des bateaux qui vont dans le nord et aussi auberge hotel pour les voyageurs de passage qui amènent les bruits du reste du monde. Fantasque, énergique, sans scrupule avec une morale toute personnelle, trés croyante et entourée des fantômes de ses morts qui lui parlent et la soutiennent, elle entraine dans son tourbillon des femmes dont l'importance dans le roman est beaucoup plus importante que les personnages masculins, la mère de son mari, mère Karen élément modérateur de son caractère impétueux, Stine la lapone, du même age qu'elle, qu'elle recueille au domaine comme nourice puis comme maitresse de la maison et bras droit alors que leurs relations restent toujours trés contenues et peu prolixes.
Le livre de Dina est constitué de trois livres mais dont la lecture dans l'ordre est indispensable, tellement le récit est homogène et chronologique.
A la fois saga familiale, description de la vie dans les comptoirs du nord norvégien, de la vie des pêcheurs, des paysans, des fjords, de la mer et de la montagne, des nuits d'hiver sans fin et des journées d'été sans nuit, écrit dans un style limpide ce roman trés dépaysans nous entraine dans la vie de cette femme hors norme qui éveille en nous des sentiments trés contrastés.
Cette trilogie ne peux que nous faire penser à celle de Sigrid Undset : Kristin Lavranstader, portrait d'une femme aussi hors norme dan s la Norvège médiévale
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Emmanuelle1984
16 avril 2013
"Le livre de Dina" est un voyage unique vers une des plus belles régions septentrionales, une fresque glacée dépeignant la Norvège authentique du XIXe siècle, un véritable tableau de la vie et des moeurs du comté de Nordland où se situent les magnifiques Îles Lofoten.
Dina est une enfant délaissée par son père et livrée à elle-même suite à l'effroyable accident qui a causé la mort de sa mère, ébouillantée dans la buanderie du domaine familiale. Torturée par la vie et par ses fantômes, elle est indomptable, incontrôlable, indépendante et révoltée.
Dina devient une belle jeune fille, désirable, envoûtante, passionnée et animée de fantasmes affolants. Elle épouse un ami de son père, Jacob, de 30 ans son aîné, propriétaire du domaine de Reinsnes, comptoir norvégien qui vit du commerce maritime. Séduit par son charisme et son charme érotique, un violoncelle entre les cuisses, l'homme mûr devra apprendre à dompter cette femme-enfant, cet enfant sauvage, mi-femme, mi-démon, imprévisible et insatiable.
Dina connaît une vie dure de son enfance à l'âge adulte et devient un être diabolique craint de tous, ne réfrénant aucune impulsion. Sa quête désespérée d'un être à aimer l'amène dans des états proches de la folie. Sa vie au quotidien est noire et solitaire.
On est ici dans la grande littérature norvégienne avec Herbjørg Wassmo, qui dépeint le portrait de son héroïne hors du commun à travers les saisons, dans une nature nordique sublime, au milieu des montagnes et des fjords, en passant par Bergen ou Trondheim, le tout très accès sur le coté maritime de la vie de l'époque.
Une fois dans le sillage de Dina il vous sera impossible d'en sortir, vous la suivrez et cela jusqu'au bout!
"Le livre de Dina" est à l'origine une trilogie, dont sont regroupés ici en un seul volume, les trois tomes: "Les Limons vides", "Les vivants aussi" et "Mon bien-aimé est à moi". Il fait également partie d'un triptyque consacré au personnage de Dina : "Le livre de Dina", "Fils de la Providence" et "L'héritage de Karna".
Cette histoire a été adaptée au cinéma en 2003 avec Ole Bornedal, Maria Bonnevie et Gérard Depardieu.
Lien : http://meslectures-emmanuell..
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Citations & extraits (5) Ajouter une citation
VALENTYNEVALENTYNE29 octobre 2015
C’était au milieu de la journée. Le cheval et la femme, après avoir descendu le flanc raide de la montagne, étaient arrivés à une grande ferme. Une large allée de sorbiers allait de la grande maison de maître blanche jusqu’aux hangars peints en rouge. Deux de chaque côté jusqu’au débarcadère empierré.

Les arbres étaient déjà nus, portant des baies rouge sang. Les champs étaient jaunes, parsemés de flaques de neige et de glace. Le ciel se découvrit tout à coup. Mais il n’y avait toujours pas de soleil.

Celui qu’on appelait Thomas sortit de l’écurie au moment où le cheval et sa cavalière faisaient leur entrée dans la cour. Il resta planté comme un piquet à la vue des limons vides et de la femme échevelée aux vêtements ensanglantés.
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mimipinsonmimipinson20 avril 2011
« Savoir jouer les notes ne veut pas dire qu’on a le pouvoir d’émouvoir. La musique a une âme, comme les gens. Il faut aussi la faire entendre… »
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mimipinsonmimipinson20 avril 2011
« L’jour où Dina fera sa demande, celui auquel elle s’adressera aura pas besoin d’poser de questions ! Il aura qu’à répondre ! »
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musymusy31 mai 2015
« C’était au milieu de la journée. Le cheval et la femme, après avoir descendu le flanc raide de la montagne, étaient arrivés à une grande ferme. Une large allée de sorbiers allait de la grande maison de maître blanche jusqu’aux hangars peints en rouge. Deux de chaque côté jusqu’au débarcadère empierré. Les arbres étaient déjà nus, portant des baies rouge sang. Les champs étaient jaunes, parsemés de flaques de neige et de glace. »
+ Lire la suite
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mimipinsonmimipinson20 avril 2011
« Le chagrin c’est toutes les images qu’on ne peut pas voir, mais qu’il faut porter quand même. »
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