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EAN : 9782266045964
211 pages
Éditeur : Pocket (12/02/1993)

Note moyenne : 4.34/5 (sur 111 notes)
Résumé :
Partie de la philosophie pour entrer en religion, née dans une famille d'origine juive pour se rapprocher du christianisme, Simone Weil a suivi un parcours étonnant, qui la mènera d'un statut de jeune fille de la bourgeoisie aux confins de la plus atroce misère matérielle. Animée d'une soif d'absolu qui la fait vivre – comme d'autres vivent de pain –, elle se rend compte, dans ses écrits, de cette aventure exceptionnelle. La Pesanteur et la Grâce, recueil de ses pen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  21 avril 2017
SIMONE WEIL OU LA PENSÉE ARDENTE.
Exercice ô, combien périlleux que de résumer en quelques lignes, en quelques mot un tel ouvrage, presqu'autant assimilable à un compagnon spirituel, à un livre de vie - sans qu'il soit pour autant qualifiable de "livre de sagesse", comme cela se trouve beaucoup dans le domaine religieux - qu'à un essai bâti à fin de démontrer une hypothèse philosophique, d'engager une controverse. Et pourtant, nul doute que nous sommes-là au coeur d'une certaine idée de la philosophie.
Mais avant d'entrer un peu plus avant dans le vif du sujet, il est indispensable d'entreprendre une présentation biographique aussi succinte que possible.
Lorsqu'elle rédige ce qui deviendra donc La Pesanteur et la Grâce, Simone Weil n'a que trente-trois ans et pourtant son oeuvre tout autant que son existence sont singuliers et remarquables à plus d'un titre. D'abord élève du Philosophe Alain durant son Khâgne à Henri IV - il la surnomme affectueusement "la martienne" -, elle sort de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm en 1931. Elle obtiendra son premier poste de professeur au Puy-en-Velay, où elle s'engage auprès des ouvriers, des paysans et des chômeurs, tout en élaborant les bases d'une philosophie de l'action et du travail, éloignée toutefois de l'orthodoxie marxiste, tant ses vues sur l'URSS sont d'une rare lucidité. Femme d'action éprise de contemplation, intellectuelle n'hésitant pas un instant à partager un temps la vie des ouvrières de son époque, non comme sujet futur d'étude mais par conviction intime, juive rejetant le judaïsme pour mieux embrasser le christianisme - sans s'être cependant jamais fait baptiser -, se proclamant de l'héritage de Platon (mais refusant Aristote) tout en avouant sa fascination pour l'Inde et l'Occitanie Cathare, Simone Weil n'en finit pas de nous surprendre par ses apparentes contradictions
La défaite de 1940 va pousser Simone Weil sur les routes de l'exode, jusqu'à Marseille où elle participe à la belle aventure des Cahiers du Sud, aux côtés de Jean Ballard et d grand poète Joë Bousquet, rédigeant un somptueux "L'Iliade ou le poème de la force", sous le pseudonyme anagrammatique d'Emile Novis, le "reclus de Carcassonne". Ascétique, et selon les règles de vie qu'elle s'impose à elle-même depuis des années, elle décide de dormir par terre, puisque tant de réfugiés sont privés du confort le plus élémentaire. Désireuse de travailler aux champs, elle trouve également une place d'ouvrière agricole en Ardèche, chez le philosophe catholique - et monarchiste - Gustave Thibon. À son départ pour Oran, et avant les USA en compagnie de sa famille, Simone Weil confira à l'auteur de L'Echelle de Jacob une serviette contenant une dizaine de gros cahiers contenant notes, réflexions, pensées diverses et citations dans toutes les langues. C'est à partir de ce matériau brut et de l'amitié vraie, fuit de ces mois d'exode, et de leurs conversations bien souvent contradictoires que naîtra La Pesanteur et la Grâce. Gustave Thibon ne s'en est jamais caché : si l'essentiel était présent dans ces lignes manuscrites, il lui fallu opérer un genre de classement au sein de ces pages afin de rendre l'ensemble plus intelligible.
Témoin de la foi chrétienne, tout autant immense que peu commune (au sens où elle ressemble assez peu à la foi telle qu'on l'entend généralement), de Simone Weil, ce recueil d'aphorismes d'une puissance d'introspection rare n'est pas sans rappeler l'un des modèles du genre le plus connus : Les Pensées de Blaise Pascal. Et par bien des aspects, il est possible de mettre les deux personnages autant que les deux intentions philosophiques en parallèle. Mais Simone Weil ne saurait se contenter d'un simple pari.
Pour la philosophe, si Dieu s'est retiré de sa propre création, s'est en nous laissant face à deux forces liée l'une à l'autre, dans la mesure où l'une ne peut être sans l'autre, et donc invariablement opposée l'une à l'autre, mais dont il faut parvenir à se détacher - la pesanteur - pour entrer dans la plénitude de la seconde, c'est à dire la grâce. de cet affrontement naissent des mouvements dans lequel «la grâce, c'est a loi du mouvement descendant» tandis que «la pesanteur morale nous fait tomber vers le haut.»
Ce qui peut surprendre, dans cette philosophie pourtant tournée toute vers Dieu, c'est qu'elle s'adresse tout aussi bien à l'athée, dont elle estime d'ailleurs qu'il se trouve plus proche de Dieu que celui se disant croyant ! Car la pesanteur, cela peut se révéler être des choses aussi que le goût du pouvoir ou de l'argent, que le désir sans amour, le jeu, les religions ! Ainsi, certaines pages sont-elles terribles pour ceux faisant profession de foi catholique ou protestante. Plus intransigeante encore est-elle à l'égard de la religion hébraïque dont elle estime que le Dieu est trop terrestre, humain, pour être véritablement le Dieu lumineux qu'il peut seul être dans son absence...
Nous sommes tous, "je" est, à des degrés divers, pris dans la pesanteur. Et c'est par la destruction du je, par l'humilité (mais pas celle que "je" peux jouer. Une humilité vraie, terrible par certains aspects, jusqu'au boutiste en tout cas.) que l'on peut accéder à cette grâce lumineuse, à cette chlorophylle, comme Simone Weil l'explique.
Texte parfois difficile à saisir sans relecture, d'une écriture particulièrement dense bien qu'usant d'un vocabulaire des plus immédiat, la pensée de Simone Weil est une pensée en tension permanente, lumineuse, ardente, ascétique. Et l'équilibre qu'elle n'a cessé de rechercher tout sa vie durant, entre action et contemplation, bien et mal, amour de son prochain et retrait, est un exercice des plus difficiles à entreprendre, même à qui s'y consacre intensément. Même sa foi obstinément christique est à même de dérouter le plus pur des croyants !
Les dernières pages de la fin de cet ouvrage véritablement hors du commun sont consacrées à des thématiques précises et plus "habituelles" comme l'art, la beauté, l'argent, le pouvoir, le "gros animal" comme elle l'écrit en référence à Platon, la société, Israël, à l'égard de qui elle profère des mots d'une dureté incroyable, idem pour Rome et son héritage, mais encore le travail, la musique ou la poésie. Mais si ces thèmes sont des classiques de la philosophie occidentale, le traitement que Simone Weil leur fait subir est lui aussi déroutant et profond. Car tout procède de cette recherche entre pesanteur et grâce, aucun sujet ne pourrait s'en trouver libéré sans nouvelle approche.
La Pesanteur et la Grâce est ainsi l'exact opposé de ces recueils de pensée toute faites, prêtes à porter, tels qu'il s'en fabrique à longueur d'édition. Il s'adresse à qui pourra prendre le temps de la réflexion, de l'introspection. le chemin suivit par Simone Weil, parfois qualifiée de sainte laïque - elle qui se méfiait comme de la peste de la supposée sainteté, et qui n'avait que mépris pour le martyrologue - est des plus singuliers, abrupt aussi. Mais, indéniablement, l'existence si brève de cette femme étonnante - elle décédera à Londres l'année suivante, à l'âge 34 ans, des suites de la tuberculose et, plus encore, des mauvais traitements qu'elle infligeait à son corps : elle avait décidé de ne rien manger de plus que ce à quoi les tickets de rationnement de la population française donnait droit... Ne jamais se renier sur le chemin de la vérité et de la grâce. La première leçon de de cette philosophe inclassable, insaisissable et belle.
A lire, et à relire, et encore, et encore, sans doute jusqu'au seuil de la mort dont elle dit ceci : «Philosopher, c'est apprendre à mourir.»
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berni_29
  27 mai 2020
La Pesanteur et la grâce, il est fort difficile de parler de ce texte de la philosophe Simone Weil.
Je vais vous épargner toute analyse de ce texte, je préfère vous en faire une lecture enrichie de mon ressenti.
Simone Weil est une personnalité exigeante avec elle-même et les autres. Cela se ressent dans son écriture et sa pensée. J'ai aimé cette forme de pensée dans l'exigence d'aller sans cesse contre soi-même, ne rien céder.
J'ai découvert que le livre dont je veux vous parler n'est pas
Il semble que La pesanteur et la grâce est sans doute le livre le plus connu de Simone Weil. Or, il n'est pas réellement d'elle, du moins pas tout à fait sous cette forme...
La pesanteur et la grâce est sans doute le livre le plus connu de Simone Weil. Le titre n'est pas d'elle même si les mots sont d'elle, le choix des textes n'est pas d'elle mais celui d'un ami auprès duquel elle avait confié ses cahiers, Gustave Thibon, philosophe qui l'avait hébergée chez elle.
Le texte, tel qu'il nous est livré, fut publié après la mort de Simone Weil, survenue en 1943. Il est un recueil de plusieurs textes, classé par thèmes. Découvrant la pensée tumultueuse de Simone Weil, il n'est pas certain qu'elle aurait fait elle-même ce choix
C'est un texte à la fois séduisant, déroutant, exigeant.
Pourquoi séduisant ? Cette idée d'une grâce qui peut nous toucher, du moins si nous en faisons l'effort, l'effort pour tenter de l'atteindre est en effet fort séduisante. Simone Weil nous montre une forme de chemin. J'aime cette idée de quelque chose de plus grand que nous qui nous pousse à grandir, l'idée d'une grandeur et pourquoi pas spirituel me séduit... Laïc assumé s'agissant de la vie de la cité, agnostique par ailleurs s'agissant de mon cheminement personnel, l'idée d'une spiritualité ne me semble pas contradictoire avec mes valeurs fondamentales. Simone Weil m'a réconcilié avec parfois mes questionnements.
Effectivement, parfois je me pose des questions dans cette dichotomie entre laïcité et spiritualité. Il pourrait y avoir des déchirures. Chez moi je tente d'en faire des chemins et je tente d'en faire bien la part des choses.
Oui, la lecture de ce livre m'a aidé, m'a réconcilié avec quelques doutes sur mes cheminements. Quelle richesse, la pensée de cette femme ! Totalement toujours elle-même en contradiction avec sa pensée, une pensée contre elle-même... Mais parce qu'en même temps elle décortiquait tout, toute pensée jusqu'à l'os.
Lire Simone Weil, c'est un peu entrer dans une zone d'inconfort, entrer dans la tempête, mais c'est aussi prendre le risque de peut-être se régénérer, penser contre soi-même...
J'ai aimé cette idée de la grâce et de la pesanteur qui font partie de nos vies.
Mais c'est quoi la grâce ? Simone Weil nous dit que la grâce est un don sans condition sans raison sans mérite, c'est une faveur, une bénédiction qui nous est accordée. La grâce, c'est accorder quelque chose à quelqu'un sans que cela ne lui soit dû.
Simone Weil nous dit que l'attention, l'attention à nous aux autres, est une manière de favoriser cette grâce.
À l'inverse, posséder c'est souiller. Aimer purement, nous dit Simone Weil, c'est consentir à une forme de distance.
L'attention, la pureté, c'est une façon de dénoncer la volonté de puissance, l'exercice de la puissance. C'est donc un texte actuel. Lu dans le contexte actuel, j'ai ressenti que ce texte ne prenait pas une ride, était plus que jamais actuel.
L'attention nous arrache aux tentations idolâtriques. Elle est abandon à la grâce.
L'attention nous déconstruit et nous reconstruit.
J'aime ces paroles écrites dans les années 40, déconnectées des textes de développement personnel qui affluent plus que jamais, surtout en ce moment.
Il s'agit d'accueillir, faire le vide dans sa pensée, ajourner ses idées, avoir un éclair d'attention.
Il faut former les éveils à cette attention.
Peut-être qu'il y a quelque chose à retenir pour l'école, les élèves, apprendre et cultiver l'attention.
Attention, oui mais à quoi ?
A la vérité. Dans son rapport au bien. Elle est attente. Attente de la vérité qui est bien.
Bien sûr, Simone Weil évoque Dieu... Son image est celle d'une philosophe marquée par la religion. Or, il n'en est rien.
Dans son travail d'exigence, elle est sans concession avec la religion, juive ou chrétienne...
Elle a une idée d’un Dieu épuré et non providentiel.
Elle croit en un athéisme purificateur, passage nécessaire qui conduit à un Dieu épuré, vide de toute idolâtrie.
Simone Weil nous dit que Dieu s'est retiré du monde après la création de ce monde, mais que Dieu, en se retirant du monde, fait venir un espace neuf à combler...
J'aime cette idée...
Je retiens de cette lecture que la grandeur ne peut être que spirituelle. Simone Weil nous révèle que nous avons besoin de grandeur, de choses plus grandes que nous, il ne faut pas placer la grandeur au mauvais endroit car cela mène à la barbarie. Il faut chercher une grandeur spirituelle.
À chacun d'y mettre les mots, les gestes, les actes, qui peuvent nous permettre d'être plus grands que nous, individuellement ou collectivement...
Ce texte est farouchement d'actualité.
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oiseaulire
  07 mai 2020
La pesanteur et la grâce est un recueil d'aphorismes dont la lecture doit se faire sur le long terme.
Il est sidérant de profondeur d'analyse et son exigence éthique et métaphysique frôle l'impossible.
Simone Weil propose une philosophie de l'élévation si austère, si exigeante, qu'on peut s'en effrayer.
Volupté de la souffrance non charnelle, volupté spirituelle comme consommation ultime de l'union. Mais que la volonté ne doit pas rechercher. Sinon on tombe dans la pesanteur.
Attendre la Grâce : philosophie de l'attente et de l'attention portées à leur plus haut degré.
Je me suis parfois demandé si Simone Weil croyait en Dieu.
Est-ce la question ?
Croire, même si Dieu n'existe pas, croire comme un arc tendu au dessus de l'abîme.
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gabylis
  25 février 2016
Conseillée par des amis, j'ai ouvert ce livre "la pesanteur et la grâce" alors que je ne connaissais pas du tout la philosophe Simone Weil (1909-1943)
Cet ouvrage se présente comme un recueil de pensées sous forme de courtes méditations classées par thèmes : l'intelligence et la grâce, la beauté, le détachement, le mal, la violence, le moi, etc…
L'ensemble témoigne d'une exceptionnelle profondeur, d'un esprit entièrement tourné vers la recherche de la vérité, sans compromis, terriblement exigeant, tourmenté aussi parfois, mais toujours d'une grande justesse et pertinence.
A méditer, plus qu'à lire d'une traite.
Un livre auquel revenir régulièrement pour y piocher nourriture, réflexions habitées, sens de l'homme et du mystère.
Une très belle découverte !
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frconstant
  13 décembre 2016
« La Pesanteur et la Grâce », quel merveilleux titre pour ce recueil de pensées de Simone Weil !
Edité pour la première fois chez Plon en 1947, son titre est joli, sa compréhension moins aisée. Il en faut, des pages et des pages pour cerner ces deux notions de Pesanteur et Grâce. D'autant que cette publication est posthume. Simone Weil, décédée en 1943, a laissé derrière elle une série de notes, de réflexions consignées dans un carnet sans mise en oeuvre littéraire, sans structuration permettant une argumentation de la pensée.
Et c'est, à mes yeux, ce qui en fait la richesse. D'abord, on se sent autoriser à ne pas tout comprendre. Que cela est confortable ! En même temps, on se sent autorisé à revenir au texte pour le réfléchir, l'apprivoiser, le méditer … et là, encore, à ne pas nécessairement tout comprendre et tout maîtriser. Voilà bien une approche, loin de l'immédiateté, qui devrait interpeller notre temps, celui de ceux qui nous ont précédés, celui des suivants. Une interpellation du temps universel !
Un peu à la manière des peintres pointillistes dont chaque coup de pinceau n'est en soi guère significatif, l'ensemble offre une image assez nette de la pensée de l'auteur. Ce livre est, plus que probablement, une bonne introduction à l'oeuvre entière de Simone WEIL, à la cohérence et l'effacement de sa vie, à la profondeur de ses réflexions et à son humilité. Elle participa activement à bien des combats, sous des bannières tellement opposées, mais sans jamais faire allégeance aux doctrines des extrêmes. Par ses réflexions consignées sans artifices dans ses carnets et sa manière de se mettre toujours du côté de l'être en souffrance, elle nous invite à un chemin de vie, à un absolu.
Peu importe que nous y arrivions ou non … Prendre le chemin de la rigueur, de la réflexion, de la recherche de la Grâce en pleine connaissance de la Pesanteur, voilà la route !
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Citations et extraits (84) Voir plus Ajouter une citation
DubsjpDubsjp   05 août 2020
En tout ce qui suscite chez nous le sentiment pur et authentique du beau, il y a réellement présence de Dieu. Il y a comme une espèce d’incarnation de Dieu dans le monde, dont la beauté est la marque.
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Erik35Erik35   20 avril 2017
C'est une faute que de désirer être compris avant de s'être élucidé soi-même à ses propres yeux. C'est rechercher des plaisirs dans l'amitié, et non mérités. C'est quelque chose de plus corrupteur encore que l'amour. Tu vendrais ton âme pour l'amitié.
Apprends à repousser l'amitié, ou plutôt le rêve de l'amitié. Désirer l'amitié est une grande faute.
L'amitié doit être une joie gratuite comme celle que donne l'art, ou la vie. Il faut la refuser pour être digne de la recevoir : elle est de l'ordre de la grâce («Mon Dieu, éloignez-vous de moi...»). Elle est de ces choses qui sont données par surcroît. Tout rêve d'amitié mérite d'être brisé. Ce n'est pas par hasard que tu n'as jamais été aimée... Désirer échapper à la solitude est une lâcheté. L'amitié ne se recherche pas, ne se rêve pas, ne se désire pas ; elle s'exerce (c'est une vertu). Abolir toute cette marge de sentiment, impure et trouble. Schluss !
Ou plutôt (car il ne faut pas élaguer en soi avec trop de rigueur), tout ce qui, dans l'amitié, ne passe pas en échange effectifs doit passer en pensées réfléchies. Il est bien inutile de se passer de la vertu inspiratrice de l'amitié. Ce qui doit être sévèrement interdit, c'est de rêver aux jouissances du sentiment. C'est de la corruption. Et c'est aussi bête que de rêver à la musique ou à la peinture. L'amitié ne se laisse pas détacher de la réalité, pas plus que le beau. Elle constitue le miracle, comme le beau. À vingt-cinq ans, il est largement temps d'en finir radicalement avec l'adolescence...
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PilingPiling   07 décembre 2009
Cas de contradictoires vrais. Dieu existe, Dieu n'existe pas. Où est le problème ? Je suis tout à fait sûre qu'il y a un Dieu, en ce sens que je suis tout à fait sûre que mon amour n'est pas illusoire. Je suis tout à fait sûre qu'il n'y a pas de Dieu, en ce sens que je suis tout à fait sûre que rien de réel ne ressemble à ce que je peux concevoir quand je prononce ce nom. Mais cela que je ne puis concevoir n'est pas une illusion.
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enkidu_enkidu_   29 juin 2017
Les Juifs, cette poignée de déracinés a causé le déracinement de tout le globe terrestre. Leur part dans le christianisme a fait de la chrétienté une chose déracinée par rapport à son propre passé. La tentative de réenracinement de la Renaissance a échoué parce qu'elle était d'orientation antichrétienne. La tendance des « lumières », 1789, la laïcité, etc., ont accru encore infiniment le déracinement par le mensonge du progrès. Et l'Europe déracinée a déraciné le reste du monde par la conquête coloniale. Le capitalisme, le totalitarisme font partie de cette progression dans le déracinement ; les antisémites, naturellement, propagent l'influence juive. Mais avant qu'ils déracinent par le poison, l'Assyrie en Orient, Rome en Occident avaient déraciné par le glaive.

Le christianisme primitif a fabriqué le poison de la notion de progrès par l'idée de la pédagogie divine formant les hommes pour les rendre capables de recevoir le message du Christ. Cela s'accordait avec l'espoir de la conversion universelle des nations et de la fin du monde comme phénomènes imminents. Mais aucun des deux ne s'étant produit, au bout de dix-sept siècles on a prolongé cette notion de progrès au-delà du moment de la Révélation chrétienne. Dès lors elle devait se retourner contre le christianisme.

Les autres poisons mélangés à la vérité du christianisme sont d'origine juive. Celui-là est spécifiquement chrétien.

La métaphore de la pédagogie divine dissout la destinée individuelle, qui seule compte pour le salut, dans celle des peuples. Le christianisme a voulu chercher une harmonie dans l'histoire.

C'est le germe de Hegel et de Marx. La notion d'histoire comme continuité dirigée est chrétienne.

Il me semble qu'il y a peu d'idées plus complètement fausses. Chercher l'harmonie dans le devenir, dans ce qui est le contraire de l'éternité. Mauvaise union des contraires. (pp. 190-191)
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blanchenoirblanchenoir   26 septembre 2013
Pour ceux dont le je est mort, on ne peut rien faire, absolument rien. Mais on ne sait jamais si, chez un humain déterminé, le je est tout à fait mort, ou seulement inanimé. S'il n'est pas tout à fait mort, l'amour peut le ranimer comme par une piqûre, mais seulement l'amour tout à fait pur, sans la moindre trace de condescendance, car la moindre nuance de mépris précipite vers la mort.
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