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EAN : 9782213637181
392 pages
Éditeur : Fayard (15/10/2008)
3.79/5   35 notes
Résumé :
Qui était Francisco Franco Bahamonde, dernier survivant parmi les grands dictateurs du XXe siècle, né en 1892 et mort en 1975 ? " Un militaire chimiquement pur ", répondait un prêtre qui le connaissait depuis l'enfance. A l'âge des radars et des fusées, des missiles atomiques et des bombes à laser, pouvons-nous comprendre un militaire du temps de la baïonnette ?

A travers ce portrait qu'il travaille comme il l'a fait pour Colette et Dostoïevski, Mich... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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LydiaB
  25 juin 2014
Une fois n'est pas coutume, voici une critique écrite non pas par mes petites mimines mais par celles de mon mari.


Il y a une semaine, les députés espagnols votaient l'abdication du roi Juan Carlos, au pouvoir depuis le 22 novembre 1975.
Je profite donc de cet évènement pour faire un retour sur un très bon ouvrage reçu en cadeau pour Noël. Il s'agit de le Temps de Franco de Michel del Castillo. Plutôt qu'une – nouvelle – biographie de Francisco Franco Bahamonde, l'auteur qualifie son livre de récit. Il le fait donc entrer du côté de la littérature.

Il nous entraîne au coeur de cette période de l'Espagne allant de la naissance à la mort du Caudillo, le temps de Franco. Les souvenirs de Michel del Castillo, né à Madrid en 1933, qui parsèment l'ouvrage, sont appuyés par une solide et sérieuse bibliographie (Benassar, Beevor, Preston, Nourry, etc.)
Le style est clair et l'ensemble se lit de manière très fluide.

Le maître-mot qui ressort à la lecture de l'ouvrage est pondération.
En effet, l'auteur, qui se définit comme véritable Républicain, va au-delà des légendes qui ont entouré - et entourent encore pour certaines - le règne du dernier dictateur européen du XXème siècle. Ces mythes, du côté nationaliste comme du côté républicain, ont souvent empêché toute vision objective sur ce long régime autoritaire.

S'il apparaît que Franco était viscéralement anticommuniste, il portait surtout au-dessus de tout, son amour pour l'Espagne, ou du moins pour sa vision de l'Espagne. Une Espagne catholique plutôt que réellement fasciste au sens propre du terme. Légaliste, il mettra du temps à envisager un coup d'État qu'il sait violent et irréversible.

Le régime et la répression qu'il exercera seront féroces, surtout dans les premières années. Mais, de l'autre côté, le coup d'état semblait inévitable face aux troubles qui gagnaient l'Espagne des années 30.

J'ai beaucoup apprécié cet ouvrage pour sa neutralité et sa modération. Par ailleurs, Michel del Castillo ayant quitté l'Espagne avec sa mère, républicaine, en 1939, on ne peut l'accuser de connivence avec le franquisme.

Toutefois, je regrette que la période 1960-1975 soit traitée un peu trop rapidement, cette dernière étant charnière, l'après Franco s'y jouant.

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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PhilippeCastellain
  19 mai 2020
Michel del Castillo n'était pas historien de formation, et il le reconnait humblement. Fils d'exilés républicains, abandonné par ses parents, il a grandi entre camps de réfugiés, STO et maison de redressement. Pas le bon moyen pour faire de grandes études. Bien qu'abondamment sourcée, son oeuvre manque donc un peu de rigueur académique et de précision ; le déroulé de la guerre civile notamment reste assez flou. Pour autant, cette biographie est une référence. La raison en est simple : l'effort de neutralité. Soixante ans après sa fin, la guerre d'Espagne déchaîne toujours les passions.

Patiemment, il déconstruit aussi bien les thuriféraires que les opposants acharnés, ceux qui ont paré le Caudillo de toutes les vertus comme ceux qui lui ont dénié la moindre qualité. Pour cela, il s'appuie simplement sur les faits. Oui, Franco fit tuer sans le moindre état d'âme des dizaines de milliers de civils, couvrit les atrocités commises par ses troupes. Oui il était dénué de culture, bigot, et selon l'expression de l'auteur « son uniforme lui tenait lieu de cadre de pensée ».

Il n'en était pas moins un militaire brillant, qui accomplit de véritables exploits pendant la guerre du Riff, notamment la retraite de Chaouen. C'était aussi un diplomate excellent, qui réussit à tenir son pays en dehors de la Seconde Guerre mondiale ; un bon politicien, qui unifia un camp nationaliste initialement aussi divisé que les Républicains ; un homme d'état pragmatique et réaliste, sous le règne duquel l'Espagne connut un développement économique et humain sans précédent, et qui sut décoloniser rapidement et pacifiquement. Même en tenant compte de l'encadrement de la population, on ne peut pas non plus nier sa popularité, ni qu'il fut peut-être le seul dictateur de l'histoire à avoir planifié une transition vers la démocratie.

L'auteur s'attaque également au camp républicain, rappelant notamment que la mainmise des staliniens sur ses institutions n'avait rien d'une légende, et que, contrairement à ce qu'on pu dire certains historiens, la répression et les massacres côté républicain n'avaient rien de « spontanés ». Ils n'étaient pas aussi centralisés que côté franquiste, car chaque milice disposait de sa « tcheka » qui agissait comme bon lui semblait et exécutait qui elle voulait ; pour autant le ministère de l'Intérieur gardait sur elles un certain contrôle, et touchait notamment sa part sur les « réquisitions ». Une analyse qui mériterait cependant d'être poussée plus loin, tant l'équilibre des pouvoirs était précaire au sein de la République espagnole.

Surtout, il dénonce l'aveuglement dont l'extrême-gauche a toujours fait preuve sur le sujet. Oui, le camp républicain a fait usage des mêmes méthodes que le camp franquiste. Oui ses milices ont pillé, violé, assassiné. Moins que leurs adversaires, certes. Mais est-ce une raison suffisante pour ne pas en parler ? On ne peut guère soupçonner l'auteur de sympathie personnelle avec le franquisme ; en revanche, il ne cache pas sa sympathie pour les anarchistes, et son hostilité aux staliniens. Mais peut-on vraiment l'en blâmer…
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Franck_naturellement
  05 février 2009
S'engager en politique, c'est, à bien des égards, s'engager en religion.
Il y a le dogme, et le catéchisme pour l'apprendre, il y a les rites, et il y a, surtout dans les partis traditionnels, la hiérarchie.
A gauche, parmi les dogmes, sur lesquels nul ne saurait revenir sous peine d'excommunication, il y a "Franco = salaud" et, plus récemment, "Pinochet = ordure". J'avais commis naguère un billet où j'avais osé affirmer quelque chose comme "Pétain n'était pas Franco qui n'était pas Mussolini qui n'était pas Hitler". Non pour excuser quoi que ce soit, mais pour expliquer que l'on ne combattait pas un fasciste comme on combat un réactionnaire, tout simplement parce que les uns et les autres ne défendent pas le même programme.
Cette démarche intellectuelle, aussi juste soit-elle, est inintelligible à gauche, tant tout à chacun est persuadé que, avant que Franco ne fasse son coup d'Etat en 1936, l'Espagne vivait dans la paix civile, sur le chemin de la démocratie parlementaire et de l'égalité sociale ; Franco, représentant des classes les plus réactionnaires, a commis son coup d'Etat dans le seul but de couper cours à une démocratie républicaine et d'établir un régime sanguinaire et fasciste. En ce sens il tient la comparaison à Hitler, qui l'a aidé à conquérir le pouvoir, même s'il reste permis de discuter des niveaux respectifs de bellicisme ou de soumission à l'ordre catholique.
Sans m'être plus en avant penché sur l'histoire de la guerre civile en Espagne, ma culture générale "de gauche" était donc basée sur quelques lectures ou films vus, toujours montrant le point de vue républicain, parfois romancé, comme dans "Les Noces de Guernica" de Franck et Vautrin. Au pire de la critique apparaissait la division du camp républicain, les anarchistes étant combattus par les plus modérés dans les derniers temps, quand la République était de toute façon perdue.
Le livre de Michel del Castillo, le Temps de Franco, permettra d'ouvrir beaucoup d'yeux sur la réalité de l'Espagne de ces années-là, en expliquant, quitte à démolir la légende dorée de la République espagnole, comment un général sans charisme et sans envergure a pu prendre le pouvoir. Ce livre est d'autant plus précieux qu'il est celui d'un homme marqué par la guerre civile, ayant du fuir Madrid avec sa mère républicaine, interné en France et en Allemagne, puis devant subir l'humiliation d'un retour en Espagne franquiste, bref, il est celui d'un homme n'ayant "a priori" aucune tendresse à l'égard de Franco.
Michel del Castillo n'est pas à sa première bio, puisqu'il a déjà réalisé celle de Colette. Sa méthode consiste à inscrire la personne dans son époque, pour montrer comment l'une influe l'autre, et inversement. Il ne se contente donc pas d'une description méthodique de l'enfance, des années formatrices de la jeunesse, de l'adulte dans son personnage public et de son intimité, mais il élargit la focale, pour nous montrer aussi l'air du temps.
L'air du temps de l'Espagne lors de la naissance de Franco est celle d'un pays au glorieux passé, mais au présent terne, en plein marasme économique, perdant guerre coloniale sur guerre coloniale, avec un pouvoir monarchique incompétent, engonçant le pays dans le conservatisme social, avec quelques rares poussées violentes. Quand les paysans et les ouvriers, dans la France de la 3ème République, connaissent la pauvreté, ils connaissent la misère sous Alphonse III en Espagne.
Né dans une famille de militaires, élevé dans une ville de garnison, dans un pays pauvre et conservateur, Franco est "chimiquement militaire" selon la formule relevée par del Castillo. Or dans cette Espagne lourdement catholique, la famille de Franco est désunie, son père vivant en couple avec une autre femme. Destiné à la carrière enviée d'officier de marine, comme son frère aîné, Franco voit l'académie navale fermer ses portes l'année où il devait y entrer. Nous ne sommes donc pas face à un homme qui a eu un destin tracé devant lui, un chemin emprunté sans embûche. Il ne doit sa carrière d'officier d'infanterie qu'à lui-même, sans aucun appui familial. Mais passons, le lecteur passionné par la carrière de Franco avant le coup d'Etat, ou la situation géopolitique de l'Espagne, pourra se reporter aux excellents billets de Wikipédia ou, mieux encore, au livre de del Castillo.
Venons-en à l'homme d'Etat, à ces jours et ces années sans lesquelles le nom de Franco ne serait pas passé à la postérité en dehors des cercles des passionnés de la chose militaire.
Contrairement à la légende dorée, donc, l'Espagne de la 2ème République n'est pas un havre de paix et de démocratie. La République est fondée en 1931, après des années de dictature de Primo de Rivera. Si elle est légitimée par tous - la bourgeoisie, dont Franco fait partie, ayant avant tout besoin d'un pouvoir stable et fort, ce que n'était plus la monarchie - la gauche fait la même erreur qu'en France en 1848 : l'installation de la République ne signifie pas l'adhésion de tous aux valeurs les plus progressistes, et des éléments les plus radicalisés aux règles de la démocratie bourgeoise.
En laissant flamber des couvents, le premier gouvernement républicain, pourtant modéré, s'aliène la droite, loin d'être abattue par la chute de la monarchie ; faute de mettre en oeuvre une réforme agraire radicale, il mécontente une gauche extrême, composite, plutôt anarchiste (avec un vieux fond très chrétien) dans les milieux paysans, marxistes traditionnels dans les milieux ouvriers.
En 1934, la droite emporte les élections législatives, mais se voit interdire de mener le gouvernement ; s'ensuit une période troublée, avec un Etat faible, incapable de maintenir l'ordre républicain, même si, à la demande du gouvernement légal, Franco réprime durement, à la tête de l'armée, un soulèvement ouvrier dans les Asturies. En 1936, une coalition de Front populaire emporte les élections, de façon étriquée, alors que la droite modérée se maintient, les fascistes de la phalange n'obtenant qu'une poignée de suffrages, et aucun élu. Au sein même de la coalition de gauche, les éléments les plus radicaux ne sont pas majoritaires aux Cortès, mais contrôlent le gouvernement. Pour aller au plus vite, un peu comme si le Modem d'un côté, et Michel Rocard de l'autre, emportaient à eux deux 60% des suffrages, mais que la coalition de gauche était menée par un Mélenchon contrôlé par des conseillers membres du NPA, le tout dans un climat de violences sociales et politiques effrénées.
Si une part de plus en plus importante de l'armée et de la droite entendent avant 1936 renverser la République, ce n'est pas le cas de la majorité, et certainement pas de Franco, qui n'aspire à rien d'autre que servir un ordre, fusse-t-il monarchique ou républicain. Or, le gouvernement de Front populaire se radicalise jour après jour, laissant s'installer une situation pré-révolutionnaire dans laquelle les pouvoirs institutionnels perdent la réalité de leurs pouvoirs, au profit des polices et des justices aux mains des communistes ou des anarchistes. Wikipedia affirme que l'Etat républicain s'est effondré lors du coup d'Etat militaire, del Castillo bien avant. Mais l'essentiel est bien là : la guerre d'Espagne, ce n'est pas un gouvernement légal qui lutte contre un coup d'Etat fasciste, c'est une guerre civile entre deux projets politiques tout aussi radicalisés.
Loin de moi l'idée de justifier le coup d'Etat auquel accepte de participer Franco, du bout des lèvres - et uniquement après l'assassinat par des militants du Front populaire d'un dirigeant de droite - avant de prendre la présidence de la junte, de façon habile. Mais la réalité, c'est que si Franco, comme beaucoup de militaires et de bourgeois juste réactionnaires, tombent du côté de la subversion - et se subvertir contre le pouvoir légal, contrairement à ce que croient beaucoup à gauche, est tout sauf naturel pour un militaire - c'est qu'il leur semble que ce qu'il reste de pouvoir légal est passé au service de la radicalisation.
C'est là une leçon pour tous : une idée, même la meilleure au monde, ne peut pas être imposée dès lors qu'il n'existe pas une majorité pour la soutenir. Plus un processus est radical, plus il provoque une réaction équivalente à sa radicalité. Dans ce cas, le pouvoir en place a le choix, soit d'écraser le mouvement de réaction, de résistance, soit de composer avec lui. Ecraser la réaction, la résistance, c'est ce qu'ont fait les régimes bolcheviques et fascistes, en supprimant, physiquement, toute opposition et, surtout, en empêchant toute velléité d'opposition, aussi marginale soit-elle. Quant on la laisse perdurer, on risque l'affrontement. Un tel affrontement est naturel en régime républicain ; il ne l'est pas dans une dictature, quelle que soit sa nature. Et c'est bien pour cela que, contrairement à la légende dorée, s'il y a des républicains en Espagne en 36-39, ils ne se trouvent plus d'aucun côté du front, étant tout aussi bien massacrés, d'un bord à l'autre.
Del Castillo le montre dans son livre, et c'est sans doute le passage qui m'a le plus dérangé. Non par ce qu'il raconte, mais parce qu'il insiste très peu sur les crimes franquistes lors de la guerre d'Espagne : "alors que la répression franquiste a été abondamment décrite et fustigée, celles des révolutionnaires a longtemps été un sujet interdit" (page 235).. Alors il s'arrête, longuement, sur les crimes de l'autre camp, sur le massacre de Paracuelos, quand des militants du Front populaire ont vidé les prisons de Madrid, puis raflé tout ce qui, de près ou de loin, s'apparentait à un "bourgeois", pour remplir des fosses communes dans ce village. Au moins 2.000 personnes y ont laissé la vie, del Castillo avance le nombre de 11 705 victimes de la répression à Madrid (page 258). On parlerait, aujourd'hui, de crime contre l'humanité, en tout état de cause, c'est plus proche de Srebenijka que de la Commune de Paris...
Le reste de l'ouvrage, une fois le "Caudillo" installé au pouvoir sur toute l'Espagne, se lit avec moins d'entrain : on sait que l'on en prend pour 35 ans... C'est pourtant injuste, car Franco sera, pendant quelques années encore après la prise de pouvoir, un homme de prudence et d'intuitions. Car, après tout, ils sont une poignée, Churchill, De Gaulle... et Franco, en 1940, à pressentir la défaite finale des troupes d'Hitler et se dire que le danger, pour le continent, vient de bien plus à l'Est. del Castillo rapporte, comme beaucoup avant lui, l'agacement d'Hitler après sa rencontre avec Franco en octobre 40 : "je préfèrerais me faire arracher trois dents que de reprendre un tel dialogue avec lui" (page 294). Car Franco met de tels conditions à son engagement dans le conflit que l'Espagne, au final, restera neutre, et si ce n'est un refuge, au moins une étape paisible pour les juifs qui fuient l'Europe. Même prudence quand il s'agit de régler la question de la nature de l'Etat. Proclamer la monarchie ? C'est offrir le trône à un libéral, Don Juan, qui ne fait d'ailleurs pas l'unanimité des monarchistes. Franco sera donc Chef de l'Etat, la restauration se fera très lentement, et au profit du fils de Juan, Juan-Carlos, jugé plus malléable. L'Etat franquiste, un Etat fasciste, phallangiste ? Là encore, ce serait ignorer combien Franco est madré, il jouera, tout au long de son règne, entre les différentes factions de ses soutiens, des technocrates aux plus réactionnaires. le Conseil des ministres est d'ailleurs décrit par del Castillo comme une mini-assemblée où l'on débat sans concession, jusqu'au milieu de la nuit s'il le faut.
Del Castillo entre assez peu, dans la période du pouvoir, sur la vie privée du Caudillo, sauf pour nous dépeindre un dictateur frugal et finalement attaché qu'à sa fille ô combien aimée... qui n'hésitera pas à prolonger sa terrible agonie pour essayer de rafler le pouvoir au profit de son prince de gendre.
Au final, Michel del Castillo nous dresse le portrait d'un dirigeant "pas si pire", qui aurait agi en 1936 pour éviter une dictature stalinienne sur l'Espagne et qui se serait maintenu au pouvoir pour empêcher la résurgence de ce danger. La thèse peut déplaire, elle n'est pas exposée sans documentation. C'est aussi un portrait très nuancé, qui hérissera sans aucun doute à celles et ceux qui voient en Franco le diable incarné. Et pourtant, comme le souligne del Castillo, la démocratie s'est installée au terme d'une transition, pas d'une rupture avec le franquisme, menée par l'héritier même de Franco, avec un gouvernement dirigé par un ancien dirigeant franquiste. Il conclue de cette phrase : "ce que les Espagnols doivent finir par accorder à leur propre histoire, c'est la lucidité et l'équanimité". Un jugement apaisé sur une période complexe, loin, très loin, des passions humaines. Et des dogmes. Michel del Castillo est un utopiste.
Lien : http://naturellement.typepad..
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Caliban
  16 novembre 2016
Livre important et pour moi capital car il m' a amené à une "révision déchirante" sur la guerre d'Espagne .
Au delà de la biographie ,très complète, d'un "militaire chimiquement pur" au courage physique indéniable, à l'étroitesse intellectuelle identique, chef de guerre inspiré et victorieux, politique avisé et prudent, dictateur qui brilla par sa longue vie et sa froide cruauté, ce livre raconte l'histoire de l'Espagne et de cette fameuse guerre civile où la République ne pouvait pas vaincre dans les circonstances qui furent celles de l'époque mais il m'est particulièrement douloureux de reconnaitre que si les nationalistes avaient été vaincus, les choses auraient été encore pires !
Dans cette guerre (et Michel del Castillo le montre très clairement, preuves à l'appui ) et même avant son déclenchement, l'imbécillité romantique des anarchistes, les querelles et les magouilles des socialistes (Ca ne vous rappelle rien ?) et la montée en puissance des communistes staliniens ont fini par faire du camp républicain (théoriquement légitime au départ ) une abomination dont la deuxième guerre mondiale puis la guerre froide qui suivit ont donné de nombreux exemples ( dont KATYN n'est qu'un des plus éclatants ) . La lecture de la postface de Michel del Castillo (20 pages) est particulièrement éclairante .
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umezzu
  11 août 2016
Passionnante biographie du Caudillo, écrite avec une neutralité qui doit profondément déranger les tenants des camps nationalistes et républicains. Car ce qui frappe dans ce très bon livre, d'une grande qualité d'écriture, c'est l'absence de parti pris. Oui Franco était un élève médiocre, une personnalité fade, que rien ne destinait à priori à diriger un pays. Tout sauf un intellectuel. Mais del Castillo détaille comment cet homme a trouvé dans l'armée, dans sa rigueur militaire, tout à fois un moyen de s'épanouir et de prendre de la densité. Les combats coloniaux menés au début du vingtième siècle au Maroc lui ont fait franchir les grades hiérarchiques militaires, au prix de batailles menées sans scrupules ni grande humanité. Sa gestion de l'académie militaire de Saragosse qu'il créée le fait remarquer du pouvoir. Dans l'Espagne bloquée des années vingt et trente, où les oppositions sociales se font plus fortes sans qu'aucune issue démocratique n'apparaisse, Franco n'est qu'un général, certes reconnu par ses pairs, mais se contentant de servir les gouvernements successifs en fonction du moment. Ce n'est pas un opposant de la première heure à la République ; lui trouver de l'ambition politique à ce moment est trop tôt. Car c'est par l'enchaînement des circonstances et par opportunisme que Franco va progressivement accepter de participer activement à la rébellion militaire contre le pouvoir de gauche, déjà miné par les oppositions de partis et tracté en sous main par Staline depuis Moscou. Il va s'imposer comme le principal chef militaire et finir par prendre le pouvoir pour lui, tout en menant une guerre sans merci. Etait-il fasciste, comme il a été catalogué après guerre pour sa collusion avec Mussolini et Hitler, ou profondément réactionnaire gouverné par une vision passéiste de l'Espagne ? Comment expliquer dés lors qu'il soit resté aussi longtemps en poste ? Aucune volonté de concorde ou de pardon chez cet homme demeuré inflexible. L'Espagne a fini par décoller économiquement à son époque, doit-on lui en porter ce crédit ?
Del Castillo reprend tous ces événements les remet dans le contexte pour ne pas les interpréter après coup en fonction d'une relecture historique facile quand on connaît la suite de l'Histoire. Cet ouvrage a été assez contesté à sa sortie en 2008. J'espère au moins que ses contempteurs ont pris la peine de le lire complètement, car ils y auraient alors sans doute appris beaucoup de choses de la part d'un auteur qui a vécu cette guerre civile enfant de l'intérieur et en a subi les oppositions.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   25 juin 2014
Pour les uns, Franco a sauvé l'Espagne du péril bolchévique ; pour les autres, il reste à jamais ce nabot sanguinaire, ce pourfendeur des libertés, cet inquisiteur glacial. Impossible de trancher, moins encore de trouver un juste milieu. Ce n'est pas une affaire de raison, mais de passions furieuses. Tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est que les nationaux eussent-ils perdu la guerre, l'Espagne n'aurait pas vécu sous une république pluraliste et démocratique, mais - sauf marchandage ultime la concernant à Yalta - serait probablement devenue une démocratie populaire à l'instar de la Pologne ou de la Tchécoslovaquie.
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SepoSepo   22 avril 2014
L'antipathie que Franco inspire aux intellectuels s'explique par le simplisme brutal de sa personnalité. Hostiles à l'esprit militaire, le culte de l'obéissance et le respect de la hiérarchie leur apparaissent comme des aberrations. (...) Avec Franco, rien. Refus de la pensée critique, méfiance vis-à-vis des idées générales: sur cette rudesse primaire ils n'ont pas la moindre prise. Mais, à dédaigner cette institution, l'armée, basée sur des valeurs rudimentaires, c'est un tout un plan de la réalité sociale qu'ils écartent. Des millions d'hommes veulent se fondre dans un corps qui leur procure l'identité qu'ils n'ont pas. Franco ne fait pas exception à cette aspiration obscure.(...)
"Ses hommes ne s'y trompent pas qui, tout en le craignant, éprouvent pour lui un attachement proche de l'affection. est-ce parce qu'il marche toujours à leur tête, indifférent au danger, donnant l'impression de ne pas redouter la mort ? parce que, malgré sa terrible sévérité, il s'efforce d'être juste, écartant la moindre trace de favoritisme ? Ils admirent sa probité, sa frugalité spartiate. Ce n'est pas Franco qui s'enrichirait aux dépens des ses hommes ou se livrerait à des trafics louches. Il mange, dort avec eux, partage leurs fatigues. Doté d'un magnétisme étrange, il parvient à galvaniser sa troupe, à réveiller son ardeur quand la situation est désespérée.p.42-43,
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umezzuumezzu   18 août 2016
Républicain, je vois dans l’État le régulateur et l'arbitre entre les différents groupes sociaux, le rempart contre les injustices et les violences, le bouclier des plus faibles et des plus démunis. Seul l’État peut garantir une certaine forme de justice sociale, seuls les citoyens, par leur vote, infléchissent la politique sociale en élisant leurs représentants. Abolir ou piétiner la loi produit non la liberté, mais la pire violence.
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paulotletpaulotlet   30 juillet 2021
Qu'il y eût, derrière ces conscrits pitoyables, tout un peuple de paysans misérables, illettrés, abrutis depuis des siècles, il y a peu de chances que le jeune alfiere y ait arrêté sa pensée malgré toute la peine que ses hagiographes se donnent pour lui prêter une "fibre sociale". Son uniforme lui tenait lieu de cerveau.
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SepoSepo   22 avril 2014
Franco et la franc-maçonnerie:
Là où une forme de délire se manifeste chez le futur Caudillo, c'est dans la rationalisation de l'inconduite paternelle. Pour Francisco, l'appartenance à la franc-maçonnerie explique les infidélités conjugales, l'ironie subversive, l'ivrognerie. A-t-il entendu cette fable dans la bouche de dona Pilar ou de son entourage ? A-t-il lui-même échafaudé cette théorie de la corruption par la franc-maçonnerie de toutes les valeurs ?Il en fera la cause unique de tous les maux qui accablent la patrie depuis des siècles. Ce que la race était pour Hitler, la franc-maçonnerie le fut pour le Caudillo, jusqu'à la monomanie. Tard dans sa vie, il continuait d'établir des fiches, de réclamer des enquêtes, de compulser des listes, débusquant partout des francs-maçons."p.16
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