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Elisabeth Beyer (Traducteur)Aleksandar Grujicic (Traducteur)
ISBN : 2742746498
Éditeur : Actes Sud (30/01/2004)

Note moyenne : 3.87/5 (sur 260 notes)
Résumé :
A la fin de la guerre civile espagnole, l'écrivain Rafael Sânchez Mazas, un des fondateurs de la Phalange, réchappe du peloton d'exécution des troupes républicaines défaites qui fuient vers la frontière française. Un soldat le découvre terré derrière des buissons et pointe son fusil sur lui. Il le regarde longuement dans les yeux et crie à ses supérieurs : "Par ici, il n'y a personne !"

Là valeur qu'il entrevoit au-delà de l'apparente anecdote histori... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  05 mai 2017
« On m'affecta aux pages culturelles, là où on affecte ceux qu'on ne sait où affecter ».
C'est là que se retrouve l'auteur, écrivain en mal d'inspiration, reconverti en journaliste.
Et parfois la magie opère !
Javier Cercas rencontre le fils de Rafael Sanchez Mazas, poète et romancier reconnu, cofondateur de la Phalange, qui fut sauvé durant la Guerre d'Espagne grâce à l'attitude inattendue d'un républicain en débandade qui le tenait en joue. L'histoire est connue mais le journaliste consciencieux qu'est Cercas décide de reconstituer ce qu'il y a derrière le connu.
Quelques billets dans le journal qui l'emploie suscitent des réactions de son lectorat. Une idée commence à germer, peut-être le démarrage d'un futur roman.
Livre en trois parties : la première découle de sa rencontre fortuite avec le fils du nationaliste espagnol, la curiosité qui le saisit et les étapes méticuleuses préparatoires à un sujet d'écriture ; la deuxième est une biographie détaillée de Sanchez Mazas, des détails surprenants depuis ses études de droit jusqu'à un séjour prolongé en Italie, fasciné qu'il est par l'idéologie de Mussolini, de sa participation à la guerre civile jusqu'à sa collaboration au régime de Franco comme ministre sans portefeuille. La troisième partie est une recherche/enquête sur le possible sauveur de Mazas et son mobile. Est-ce envisageable soixante ans plus tard ? Sera-ce lui ? Voudra-t-il parler ? Et d'abord, se souviendra-t-il ?
Javier Cercas espère trouver un héros et non pas faire l'apologie du personnage controversé Sanchez Mazas. Il veut honorer la mémoire de tous les anonymes qui se sont battus contre le fascisme et qui ont été délaissés par L Histoire. Comme cela se passe dans toutes les guerres. « Les héros ne le sont que quand ils meurent ou qu'on les assassine. Et les véritables héros naissent dans la guerre et meurent dans la guerre. Il n'y a pas de héros vivants. Ils sont tous morts, morts, morts, morts ». p. 224
Au cours de ses recherches documentaires, Javier Cercas découvre que Rafael Sanchez Mazas voulait écrire un livre intitulé « Les Soldats de Salamine » qui n'a jamais été mené à bien. Il a repris le titre à son nom et ce roman se construit en même temps que l'on le lit. Cette façon d'insérer L Histoire dans la rédaction du compte rendu de son enquête donne une dynamique intéressante aux pages qui finiront par devenir le roman.
De rencontres journalistiques en interrogatoires de témoins, de coups de téléphone en palabres interminables, de réflexions sur le bien-fondé de ses recherches en déductions générant de nouvelles interrogations, Javier Cercas finit par créer LE personnage qu'il recherche, qui lui permet de trouver une fin valable digne de toutes ses conjectures. Enfin, il est prêt à rédiger son roman. Et moi, je le termine.
L'auteur aime le paso doble autant que l'épreuve de la page blanche et le whisky. Après tant de boue, tant de souffrance, tant de désastre, ce sont de bons remontants. La fiction l'emportera-t-elle sur la réalité ? A vous de juger.
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enjie77
  21 octobre 2018
Rafael Sanchez Ferlosio raconte au cours d'une interview :
« de là, réfugié dans un trou, il entendait les chiens aboyer et les tirs et les voix des miliciens à ses trousses qui savaient qu'ils ne pouvaient perdre trop de temps à le rechercher car les franquistes les talonnaient. A un moment donné, mon père a entendu dans son dos un bruit de branches, il s'est retourné et à vu un milicien qui le regardait. C'est alors que quelqu'un a crié : Il est par là ? Mon père racontait que le milicien était resté à le regarder quelques secondes et qu'ensuite, sans le quitter des yeux, il avait crié : Par ici, il n'y a personne ! puis il avait fait demi-tour et était parti. » (page 17).
Que peut-il se passer d'essentiel dans cette fraction de seconde où le regard d'un soldat de l'armée républicaine en déroute, rencontre celui d'un homme traqué, qui n'est autre que Rafael Sanchez Mazas, cofondateur de la Phalange.
C'est cette anecdote qui va inspirer à notre journaliste, écrivain moyen en panne d'inspiration depuis dix ans, largué par sa femme, dépressif, cet extraordinaire roman qu'est « Les soldats de Salamine », en référence à la défaite de la flotte perse contre les gecques à la bataille de Salamine mais aussi à un roman jamais écrit par Rafael Sanchez Mazas.
Je ne connaissais pas Javier Cercas, je m'étais notée « Anatomie d'un instant » et je suis tombée sur « Les soldats de Salamine »! je ne me suis pas fait mal, bien au contraire, c'est une réussite.
Ouvrage admirable, passionnant, très bien écrit que ce livre de Javier Cercas. Sa construction est inclassable mais happe le lecteur dans une enquête qui se doit de faire toute la lumière sur cette page de l'histoire ou alors sur cette légende.
Face aux méandres de la mémoire de toutes les personnes que le journaliste va rencontrer, l'auteur revient sur la guerre civile espagnole et trace une petite biographie d'un homme qui deviendra ministre sans portefeuille de Franco.
A chaque témoignage, il doit effectuer des recoupements pour tenter de se rapprocher au plus près de la vérité. C'est son obsession. Il s'est écoulé soixante années depuis l'exécution de Sanchez Mazas qui devait avoir lieu au sanctuaire du Collel et dont ce dernier à réchappé. de rencontre en rencontre, de consultation en consultation des archives, il parvient à retrouver des acteurs de ce drame, « les amis de la forêt » de Rafael Sanchez Mazas, ses compagnons de cavale, trois déserteurs de l'armée républicaine.
Toute l'investigation s'appuie sur une documentation d'historien mais Cercas brouille les pistes et le lecteur assiste à l'élaboration de l'histoire dans l'Histoire. Aucun jugement ne se dégage de cette enquête, Cercas n'émet aucune opinion si ce n'est qu'il est surpris devant la personnalité de Sanchez Mazas, homme érudit, éduqué qui néanmoins, entraînera son pays dans un bain de sang.
Ce récit est découpé en trois chapitres : « Les amis de la forêt », « Les soldats de Salamine » et « Rendez-vous à Stockton ». A mes yeux, ce dernier chapitre est le plus émouvant, l'auteur y met beaucoup d' affect ainsi que sa reconnaissance à l'égard de tous ces combattants qui sont morts. Ses sentiments transparaissent dans son écriture et émotionne le lecteur.
Toute sa gratitude, il l'exprime à travers le personnage de ce vieux Miralles, républicain espagnol, qu'il finit par retrouver en France, dans une maison de retraite pour personnes agées.
Cercas fait dire à Miralles « Quand je suis parti au front en 1936, d'autres garçons étaient partis avec moi . Ils étaient de Terrassa, comme moi ; très jeunes, presque encore des enfants, comme moi ; j'en connaissais quelques-uns de vue ou pour avoir parlé avec eux, mais pas la pluspart. C'était les frères Garcia Segués (Joan et Lela), Miquel Cardos, Gabi Baldrich, Pipo Canal, le gros Odena, Santi Brugada, Jordi Guyadol. Nous avons fait la guerre ensemble, les deux guerres : la nôtre et l'autre mais c'était la même. Aucun d'entre eux n'a survécu. Tous morts. le dernier était Lela Garcia Segués. Au début, je m'entendais mieux avec son frère Joan qui avait le même âge que moi, mais, avec le temps, Lela est devenu mon meilleur ami, le meilleur que j'aie jamais eu : on était tellement amis qu'on n'avait meme pas besoin de se parler quand on était ensemble. Il est mort à l'été 1943, dans un village près de Tripoli, écrasé par un char anglais. Vous savez, depuis la fn de la guerre, je n'ai pas passé un seul jour sans penser à eux. Ils étaients si jeunes…..Ils sont tous morts. Tous morts, morts, morts, tous. »
Et c'est encore Miralles qui nous rappelle à tous que La veille de la Libération de Paris, ce sont les membres d'une unité espagnole de la 2ème DB du Général Leclerc qui ont atteint avant tout le monde le centre de Paris. Composée de Républicains espagnols, la 9ème compagnie du régiment de marche du Tchad a été surnommée La Nueve avec des Halftracks portant le nom de « Teruel » « Guadalajara ». Elle fut placée sous le commandement du français Raymond Dronne et de l'espagnol Amado Granell.
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michfred
  03 juillet 2015
L'Histoire avec un grand H aux prises avec l'histoire en train de s'écrire..Ou plutôt le contraire!
Javier Cercas, en panne d'écriture et en pleine panade sentimentale, a entendu parler d'un autre écrivain, Rafael Sanchez Màzas, grand ami de Primo de Rivera et co-fondateur de la Phalange, qui aurait été sauvé par un soldat anonyme de l'armée républicaine en déroute, au moment où il allait être passé par les armes..Avec pas mal de suffisance et d'auto-satisfaction, il colporte lui-même ce récit, si bien rodé qu'il a l'air d'une légende.
Javier Cercas a l'intuition, en bon journaliste, que ce récit trop bien huilé, cache quelque chose: il entreprend une enquête, au début des années 2000 sur un fait vieux de plus de soixante ans..
A travers les méandres de cette enquête, les rencontres qu'elle occasionne, se dessine une Espagne encore mal remise des déchirures de son passé: Sanchez Màzas est une sorte de rebelle fascisant, de condottiere romantique et brutal, de hobereau plein de morgue dont on a vite fait de deviner les poses et de lever les masques...
Finalement, on dirait que la montagne accouche d'une souris, et le récit de Cercas en train de s'écrire semble tourner court. Il aurait dû s'appeler du nom que lui destinait Màzas- en bon dilettante, "sans regret et sans oubli" il n'a jamais pu ou voulu l'écrire - "Les Soldats de Salamine". Le titre évoque ce dernier peloton de Grecs qui avec sa victoire navale chèrement arrachée, sauva le monde grec des barbares, les Perses, en l'occurrence... Nul doute que Màzas se voyait en pur soldat de Salamine, sauvant le monde chrétien et aristocratique du pourrissement démocratique où n'aurait pas manqué de sombrer l'Espagne rouge et républicaine...Pauvres soldats de Salamine, ravalés au rang de condottieri phalangistes...beau dévoiement de l'histoire grecque...Passons.
Tout ce matériau une fois rassemblé, Javier Cercas sent que son livre boîte, qu'il manque une pièce à son puzzle, une clé qui donnerait un sens à tout: il lui faut trouver le soldat républicain qui laissa s'échapper Màzas, après l'avoir longuement regardé dans les yeux..sauvant ainsi la vie à celui qui était la cause quasi-directe de son malheur et de celui de son pays.
La quête du maillon manquant... c'est cette dernière partie du livre que je ne vous raconterai pas, mais qui m'a emportée, clouée d'émotion, bouleversée de tendresse.
Miralles: retenez ce nom, Miralles. Surtout pas Monsieur Miralles. Miralles tout court.
C'est le nom des obscurs, des sans-grade, des vrais héros de notre histoire humaine. Le Soldat Inconnu, le soldat de la bataille de Salamine.
Miralles, le danseur de paso doble au clair de lune.
Miralles le bouliste en short du camping L'Etoile de mer..
Miralles de la résidence des Nymphéas à Dijon.
Miralles le rouge catalan de l'armée de Lister.
Miralles qui aurait rêvé de mettre la main aux fesses de soeur Françoise.
Miralles le résistant de toutes les batailles.
C'est lui la clé de voûte du récit. Celui qui nous met les larmes aux yeux, l'âme au bord des lèvres, le cœur dans la gorge : ce personnage réel humblement disparu et éternellement vivant grâce au "petit" livre de Cercas ( 270 pages).
Grâce au GRAND livre de Cercas.
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Woland
  04 avril 2015
Soldados de Salamina
Traduction : Elisabeth Beyer & Aleksandar Grujičić
ISBN : 9782253113560
"Les soldats de Salamine" pourrait se définir, en dépit de sa brièveté (il ne fait que deux-cent-quatre-vingt-deux pages en Livre de Poche), comme un roman sur l'Espagne de la Guerre civile et aussi comme un roman sur le besoin d'écrire. S'il a d'ailleurs fini par atterrir sous l'étiquette "roman", son auteur, qui est aussi journaliste, n'arrête pas de préciser à tous ceux qui lui en parlent dans le livre que le résultat auquel il veut aboutir, c'est un "récit réel." Ce qui n'étonne guère les journalistes qu'il croise mais laisse plutôt perplexe le Chilien Roberto Bolaño qui fait, dans la troisième partie, une apparition très remarquée, tant pour son humour que pour son franc-parler, et aussi parce qu'il va aider en quelque sorte Cercas à reprendre et achever un texte qu'il croyait sans valeur.
Quoi qu'il en soit, que vous soyez farouchement partisan du terme "roman" ou que vous encensiez tout aussi frénétiquement le "récit réel", point n'est besoin d'engager ici une guerre civile sur Babélio ;o) . "Les soldats de Salamine", dont le titre fait allusion à la victoire, très inattendue, des Athéniens de Thémistocle sur les Perses de Xerxès Ier (pour les dates, c'est Pâques, alors, vous irez les chercher vous-même mais ça devait se passer aux alentours de 480 av. J. C., si ce que m'a appris ma chère professeur au collège, Mme Capoucin, dans un temps qui n'est plus, est resté relativement intact dans ma mémoire ), est avant tout un livre à lire. Il est écrit par un homme que je classerai plutôt à gauche (vous remarquerez l'orthographe ancienne, n'est-ce pas, que je n'utilise plus que très rarement pour la France ) mais véritablement passionné par l'Histoire de son pays et qui tente, comme tant de gens de ma génération (Cercas est né en 1962) en Espagne, de comprendre comment et pourquoi tout cela est arrivé ; comment un même peuple qui, dans le combat, a montré, des deux côtés, une bravoure, voire une témérité, ainsi qu'une férocité similaires dans bien des cas, en est arrivé à se déchirer de la sorte alors qu'il possédait les mêmes vertus et les mêmes défauts ; et, peut-être plus encore, comment il a laissé récupérer pour les uns un mouvement révolutionnaire de droite non dépourvu de panache par un petit officier sorti du rang, lequel l'a transformé en dictature petite-bourgeoise et sans gloire, et pour les autres un mouvement révolutionnaire de gauche, à la fois social et sincère, par un parti politique étranger qui l'a bloqué, paralysé et conduit à l'inexorable défaite.
"Les soldats de Salamine" est un livre courageux, passionné, aussi impartial qu'il le peut parce qu'il veut "comprendre", qui débute par une anecdote toute simple, un de ces petits trucs qui surviennent en temps de guerre sans qu'aucun belligérant puisse l'expliquer avec logique : un soldat qui tient son ennemi - et un ennemi gradé, une "huile" même - au bout de son fusil, un soldat qui, très précisément, n'a qu'à crier pour que les siens arrivent et abattent l'ennemi, lequel n'est pas armé, ce soldat-là ne fait rien. Non Au contraire : il ment aux siens en leur affirmant que, de son côté, il n'aperçoit aucun adversaire évadé.
Dès le départ, le gradé, l'"huile", a un nom, et pas n'importe lequel. Il s'agit de Rafael Sánchez Mazas, l'un des pères fondateurs de la Phalange - la Phalange a précédé Franco, rappelons-le - qui deviendra plus tard ministre sous le Caudillo avant d'être destitué par celui-ci et renvoyé à ses poèmes et à ses romans. (Il se trouve que, bien qu'il soit aujourd'hui assez oublié sur ce plan, Sánchez Mazas était aussi écrivain.) Selon Javier Cercas, "un bon écrivain mineur". le milicien qui va le laisser s'échapper, lui, demeure anonyme jusqu'à la fin ... à moins que l'on adopte la théorie de Cercas - qui est d'ailleurs peut-être exacte. Et tout le livre repose sur la définition du "héros" par rapport aux parcours, si différents, de ces deux hommes.
Au temps de ses débuts dans la Phalange, au temps de sa "foi", dirais-je , Sánchez Mazas aurait pu devenir un héros. Sans doute s'est-il rêvé d'ailleurs en héros, c'est le privilège de la jeunesse et peu importe l'idéologie qu'elle sert ou croit servir. Mais il n'en a jamais eu le courage physique - ce qu'il admettait - et encore moins, ce qui est bien plus grave, le courage moral. Après la fin du conflit et l'arrivée au pouvoir de Franco, il a laissé récupérer ses idées et celles de José Antonio Primo de Rivera par le Caudillo : il a laissé s'embourgeoiser la révolution dont, à sa manière, il rêvait - il ne refusait que le communisme et le désordre public. Parfaitement conscient d'avoir raté sa vie, il s'est replié sur lui-même, a continué à écrire, certes, a fanfaronné jusqu'au bout qu'il n'était habité "ni par le regret, ni par l'oubli" et puis, il est mort. Paisiblement mais avec tout le poids de ce qu'il avait raté pour lui-même - et de cette guerre que, avec ses amis de jeunesse, qui furent tous (ou presque) assassinés au début du conflit, il avait déclenchée sans soupçonner le moins du monde les conséquences qu'elle aurait sur son pays.
L'autre, le milicien sans nom (à moins qu'il ne s'agisse vraiment de Miralles), ne s'est jamais senti un héros. Et pourtant, il le fut. Reculant devant les troupes franquistes, il passe en France, connaît la tragédie des camps (nous avons traité nos frères européens comme nous n'osons pas, aujourd'hui, traiter des migrants bien plus agressifs et qui ont bien moins de raisons d'occuper notre territoire), s'engage dans la Légion étrangère, rejoint Leclerc au Maghreb, entreprend avec lui et ses troupes, à pied, la traversée du désert jusqu'au Tchad , participe à la Seconde guerre mondiale, retraverse le désert dans l'autre sens pour s'embarquer en direction de la Normandie, entre dans un Paris meurtri mais libéré, finit par se fixer à Dijon et à obtenir une nationalité française largement méritée, croise dans le camping catalan où il se rend régulièrement un certain Roberto Bolaño qui gagne alors sa vie en gardant les lieux, et puis s'installe pour mourir dans une maison de retraite tenue par les soeurs, non loin de Dijon. Comme Sánchez Mazas jusqu'en 1966, date de sa mort, cet ancien milicien, qui tient à ce qu'on l'appelle Miralles tout court, a vu mourir tous ses amis, tous ses compagnons de jeunesse tandis que, pour une raison inconnue, la Mort l'épargnait. Et, à un Javier Cercas sur le moment déconcerté, il avoue en pleurant presque : "Les héros ? ... Mais les héros sont morts. Morts. Morts. Morts. Tous."
La Mort, la grande gagnante. Tant dans la guerre civile d'Espagne que dans la Seconde guerre mondiale. Et pourtant ...
Et pourtant, il reste cette histoire étrange, que Cercas nous raconte en trois parties - le "prologue" où il apprend l'anecdote sur l'"exécution" ratée de Sánchez Mazas, le mini-portrait qu'il nous brosse de celui-ci et de son existence, et enfin l'entrée en scène de Bolaño qui, avec l'incroyable vie de bâton de chaises qu'il a menée, va le convaincre de reprendre son texte et de tenter de lui donner cette fin qui lui manquait en faisant des recherches sur le fameux Miralles - cette histoire un peu folle, un peu décalée qui est à la fois un hymne à l'Espagne, ni à l'Espagne franquiste, ni à l'Espagne communiste mais à l'Espagne toute seule, et aussi à la Liberté. Cette liberté qui, pour Miralles, reste à jamais symbolisée par ce drapeau presque en loques et cependant encore si fier, qu'il n'a cessé de brandir durant la Seconde guerre mondiale : le drapeau de la France libre.
Par les temps qui courent, il est bon de lire un roman (ou récit réel ;o) ) comme "Les soldats de Salamine" parce qu'il nous rappelle que ne meurent pas aussi facilement que le croient certains défaitistes et que l'espèrent certains dictateurs ces deux valeurs primordiales : aller de l'avant, toujours, toujours, et se battre, se battre pour la Liberté.
La Liberté, on ne perçoit combien elle est belle et noble que lorsqu'on vient à vous l'enlever : ne l'oubliez pas. Miralles, lui, ne l'a jamais oublié - et le plus étrange, c'est que, vraisemblablement, Sánchez Mazas non plus. ;o)
Nota Bene : à toutes, à tous, mieux vaut néanmoins, avant de vous plonger dans "Les Soldats de Salamine" (ou d'ailleurs, selon moi, dans tout livre évoquant des épisodes de la Guerre d'Espagne) vous renseigner un peu sur le sujet afin de reconnaître sans problème les différents noms cités et les idéologies défendues. Parce que la Guerre d'Espagne, ce n'est pas seulement Franco et la "droite" d'un côté avec les communistes et les Républicains de l'autre. C'est bien plus complexe - et beaucoup moins manichéen. A bon entendeur ! ;o
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SebastienFritsch
  07 mai 2012
Il m'en aura fallu, du temps, pour venir à bout de ce roman / récit / biographie /autofiction (que ceux qui l'ont déjà lu cochent la case correspondante).
Il y a pourtant quelques belles pages (entre les pages 110 et 130, à peu près, et surtout entre les pages 159 et 237 : ce fragment-là correspond en fait à la troisième partie du livre, la seule qui ait un peu de vie. Mais peut-être que les 158 précédentes pages ne sont qu'une introduction à cette troisième partie, qui constitue, de fait, à elle seule, le roman proprement dit. Allez savoir !)
Dans ce roman, intitulé "Les Soldats de Salamine", Javier Cercas raconte comment il a eu l'idée d'écrire un "récit réel", qu'il intitulerait "Les Soldats de Salamine" et dont l'idée de départ est un épisode de la guerre d'Espagne, mettant en scène Rafael Sanchez Mazas. Cet homme, l'un des fondateurs de la Phalange et l'un des principaux (sinon le principal) théoriciens du mouvement fasciste qui prendra le pouvoir en Espagne sous les traits de Franco, a passé trois ans en prison, avant que son camp ne remporte la guerre civile. Mais, surtout, il a failli être fusillé : à quelques jours de la prise de contrôle totale et définitive de la Catalogne par les fascistes, les républicains ont procédé à une exécution groupée de tous les prisonniers un peu importants que contenait la prison du Collel, près de Gérone. Ces hommes sont rassemblés et conduits dans la forêt voisine. Mais, au moment où les premiers coups de feu retentissent, deux ou trois d'entre eux se jettent dans les fourrés voisins puis prennent leurs jambes à leur cou et foncent droit devant eux. Sanchez Mazas est l'un de ceux-là.
Cependant, ce ne sont pas uniquement ses aptitudes de coureur qui le sauveront de la mort : sa fuite ne l'emmènera pas bien loin, puisque, se sachant poursuivi et incapable de tenir longtemps, il se planquera dans un petit recoin, en se couvrant de feuilles et de branchages. Et c'est là que l'un des miliciens lancés à sa poursuite le trouvera. Les deux ennemis, Sanchez Mazas et l'homme armé, se dévisageront pendant un long moment. Sanchez Mazas ne bougera pas de son terrier improvisé. le communiste restera immobile également, ruisselant de pluie, les mains cramponnées sur son arme. Puis, sans quitter le fuyard des yeux, il lancera à ses compagnons, occupés à fouiller d'autres buissons : "Par ici, il n'y a personne !" Et il partira.
Javier Cercas nous fait connaître cet épisode dès le début de son roman. Et c'est cette petite anecdote qui lui donne l'envie de se remettre à écrire, lui qui a abandonné, quelques années plus tôt, l'idée d'être écrivain, après le bide de ses deux premiers romans. Il va donc se mettre en tête de rechercher des gens qui ont connu cette période de la Guerre Civile, mais surtout des gens qui ont été impliqué dans l'exécution de la prison du Collel ou ses suites.
Il retrouvera notamment la trace de l'autre "échappé du peloton", qui, depuis, a écrit un livre sur ce sujet. Il retrouvera aussi les fermiers qui ont accueilli Sanchez Mazas, après quelques jours d'errance dans la forêt. Il retrouvera de même trois déserteurs de l'armée républicaine qui ont tenu compagnie au ponte fasciste, dans cette même forêt, en attendant que les troupes de Franco arrivent jusqu'à eux. Et il retrouvera encore, dans la troisième partie du roman, une dernière personne, un vieillard qui fut soldat pendant cette guerre et bien d'autres ensuite et qui finit ses jours dans un hospice de la banlieue de Dijon.
Voilà donc, en gros, le contenu du roman. Mais tout ça arrive de façon plutôt désordonnée, que ce soit les entretiens avec les témoins de l'époque ou les bribes de la vie de Javier Cercas, qui ne sait pas par où commencer à écrire son histoire. Par ailleurs, beaucoup de points sont survolés, sans jamais être approfondis et on a l'impression de contempler une exposition de petits tableaux, juxtaposés sur un mur, sans aucune explication, aucune possibilité d'approfondir chaque sujet.
Sanchez Mazas, qui était écrivain et poète, fut, par ses écrits, un grand inspirateur des fascistes espagnols. Ah bon ? Comment ? On ne le sait pas.
Dans les gouvernements de Franco, il occupera à un moment donné un poste de ministre, mais la politique ne l'intéressant pas, il prendra cette fonction un peu par dessus la jambe. C'est-à-dire ? Qu'a-t-il fait précisément ? A-t-il voulu vraiment se démarquer de Franco ? Javier Cercas ne donne pas de précisions à ce sujet.
Sanchez Mazas a également promis à ses "amis de la forêt", les trois déserteurs qui ont vécu avec lui, de tout faire pour eux, une fois qu'il aura retrouvé la place d'honneur à laquelle il a droit, auprès de Franco. Il fera effectivement libérer des prisonniers, sur la demande de ses "amis de la forêt" ou des fermiers qui l'ont nourri, mais on passe là-dessus à toute vitesse.
Ce ne sont que des exemples, mais, j'ai vraiment eu l'impression qu'à force d'accumuler de simples "constatations" (ils ont fait ci, ils ont dit ça) il n'y a finalement pas vraiment d'histoire, dans ce livre, et pas vraiment de vision de l'Histoire non plus, alors qu'on aurait pu s'y attendre. Et j'ai même eu l'impression qu'il n'y avait pas non plus d'idées. Je ne parle pas d'idéologie : le but de Javier Cercas n'est évidemment pas de démontrer qui, parmi les communistes ou les fascistes, étaient les bons et les mauvais ni qui avait raison. Je parle des deux idées qui fondent le roman / récit / biographie / autofiction : premièrement, la difficulté de l'écrivain à donner naissance à un livre à partir d'une idée, et deuxièmement, la notion d'héroïsme et tous ses corollaires (courage, dévouement, magnanimité vis-à-vis de l'ennemi). Ces deux grands concepts sont, à mon sens, tellement survolés, qu'on ne parvient pas à vraiment les toucher du doigt.
Pourtant, il y a la troisième partie.
Il faut lire ce livre pour cette troisième partie. Mais comme on ne peut pas la comprendre sans avoir lu les deux précédentes, il faut lire tout le livre.
Dans cette troisième partie, il y a de l'humanité, il y a des leçons de vie, à la fois à propos de la vie de l'écrivain, mais aussi à propos de la vie de ces combattants, dont certains furent des héros. Et l'on aperçoit avec un peu plus de précision ce que peuvent être les deux grandes idées que Javier Cercas voulait faire passer dans son livre... même si, là encore, il y a certaines pages de survol qui nous éloignent un peu du sujet.
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   19 octobre 2018
De l'autre côté l'attendait le camp de concentration d'Argelès - en réalité une immense plage nue clôturée par un double fil de fer barbelé, sans baraques, sans le moindre abri contre le froid féroce de février, avec une hygiène désastreuse. Dans des conditions de vies inhumaines, quatre-vingt-mille fugitifs espagnols (dont des femmes, des vieillards et des enfants qui dormaient sur le sable en partie recouvert de neige et de givre et des hommes qui erraient hallucinés par le poids du désespoir et de la rancœur de la défaite) y attendaient la fin de l'enfer.

Page 174 (je suis allée jeune mariée à Argelès, j'étais totalement ignorante de cet épisode, j'ai ressenti un malaise tout au long de mon séjour, je comprends pourquoi : la souffrance s'était imprimée dans l'atmosphère)
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   15 octobre 2018
_ Dites-moi une chose, dit-il, la main sur la poignée de la porte entrouverte. Pourquoi vouliez-vous rencontrer le soldat qui a sauvé Sanchez Mazas ?
_ Pour lui demander ce qu'il a pensé ce matin-là, dans la forêt, après l'exécution, quand il l'a reconnu et l'a regardé dans les yeux. Pour lui demander ce qu'il a vu dans ses yeux. Pourquoi il l'a sauvé, pourquoi il ne l'a pas dénoncé, pourquoi il ne l'a pas tué.
_ Pourquoi l'aurait-il tué ?
_ Parce qu'à la guerre, les gens tuent. Parce que c'était à cause de Sanchez Mazas et de quatre ou cinq types comme lui qu'il s'est passé ce qui s'est passé et qu'à ce moment-là ce soldat commençait son exil sans retour. Parce que si quelqu'un méritait d'être exécuté, c'était bien Sanchez Mazas.
Miralles acquiesça avec un semblant de sourire et, ouvrant la porte pour de bon, me donna un petit coup de canne derrière les jambes; il dit :
_ En route, il ne faut pas rater le train.
Nous attendîmes le taxi à la porte du jardin...je pensais au soldat de Lister. Je m'entendis dire :
_ Que croyez-vous qu'il ait pensé ?
_ Le soldat ?
Je me retournai vers lui. Appuyé sur sa canne de tout son poids, Miralles observait la couleur du feu, qui était au rouge. Quand le feu passa au vert, il me fixa d'un regard neutre. Il dit :
_ Rien.
_ Rien ?
_ Rien.
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WolandWoland   04 avril 2015
[...] ... Je vis mon livre entier et vrai, mon récit réel complet, et je sus qu'il ne me restait qu'à l'écrire, le mettre au propre puisqu'il était dans ma tête depuis son début ("C'est à l'été 1994, voilà maintenant plus de six ans, que j'entendis pour la première fois parler de l'exécution de Rafael Sánchez Mazas") jusqu'à la fin, cette fin où un vieux journaliste raté et heureux fume et boit du whisky dans le wagon-restaurant d'un train de nuit qui traverse la campagne française, parmi des gens heureux qui dînent et des serveurs à noeud papillon noir, tandis qu'il pense à un homme fini qui eut le courage et l'instinct de la vertu et pour cela ne se trompa jamais ou ne s'est pas trompé au seul moment où il fut vraiment important de ne pas se tromper, et qu'il pense aussi à un homme qui fut intègre et courageux et on ne peut plus pur, ainsi qu'au livre hypothétique qui le ressuscitera quand il sera mort, et alors ce journaliste regarde son reflet attristé et vieilli sur la fenêtre que lèche la nuit jusqu'à ce que reflet se dissipe lentement pour laisser apparaître un interminable désert ardent et un soldat seul, brandissant le drapeau d'un pays qui n'est pas le sien, d'un pays qui est tous les pays à la fois et qui n'existe que parce que ce soldat brandit son drapeau renié, soldat jeune, déguenillé, poussiéreux et anonyme, infiniment minuscule dans cette mer flamboyante de sable infini, marchant de l'avant sous le soleil noir de la fenêtre, sans savoir très bien où il va, ni avec qui, ni pourquoi, sans y attacher grande importance, pourvu que ce soit de l'avant, de l'avant, de l'avant, toujours de l'avant. ... [...]
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   15 octobre 2018
_ Tu te rends compte, Javier, ajouta Bolano, toute l'Europe était dominée par les nazis, et dans le trou du cul du monde, sans que personne ne s'en aperçoive, ces quatre putains de Maures, ce putain de nègre et ce salopard d'Espagnol qui formaient la patrouille de d'Ornano brandissaient pour la première fois depuis des mois le drapeau de la liberté. Si c'est pas avoir des couilles ! Et c'est là-bas qu'il était, Miralles, berné et foutrement malchanceux, peut-être sans même savoir pourquoi. Mais il y était.
Le colonel d'Ornano tomba à Murzuch. Son poste de commandement des forces du Tchad fut repris par Leclerc qui se lança immédiatement à l'assaut de l'oasis de Koufra avec une poignée de volontaires de la Légion étrangère et une poignée d'indigènes...et le 1er mars 1942, après une autre marche de plus de mille kilomètres à travers le désert, Leclerc et ses hommes prirent Koufra. Et, naturellement, Miralles était des leurs.
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michfredmichfred   03 juillet 2015
Il n'y a pas une seule personne parmi ces gens qui connaisse ce vieux à moitié borgne et arrivé au terme de sa vie, qui fume des cigarettes en cachette et qui à ce moment précis est en train de manger sans sel à quelques kilomètres d'ici; pourtant il n'en est pas une seule qui n'ait une dette envers lui.
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Vidéo de Javier Cercas
Écrivain multi-récompensé, chroniqueur pour El País, traducteur et professeur de littérature, Javier Cercas est l?un des plus grands auteurs hispanophones de notre temps. Retour sur le parcours et l'engagement de cet intellectuel européen.
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