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EAN : 9782035842671
159 pages
Larousse (14/03/2008)
3.69/5   139 notes
Résumé :
Le "Domaine Fraternité", une plantation de cacao au sud de Bahia. Des ouvriers agricoles s'entassent dans des cases mal-propres. Dans ce monde coloré et rythmé par les cacaoyers, seuls le tafia et les femmes distraient les coeurs modestes. C'est là que débarque Sergipano, un jeune homme déclassé suite à la mort de son père. "Loué" une misère par le Colonel Marré-la-Peste, être bedonnant exploitant le malheur pour renflouer ses poches, il fait l'expérience de la frat... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
3,69

sur 139 notes
En cette journée mondiale du chocolat, ce petit livre au doux nom de “Cacao” est de circonstance.

Jorge Amado a seulement 21 ans lorsqu'il publie en 1933 ce deuxième roman. Né au sein d'une fazenda située dans l'État de Bahia, l'écrivain brésilien connaît bien la condition de ces travailleurs qui de l'aube au coucher s'échinent à la production des cabosses renfermant les précieuses fèves de cacao. La chaleur implacable, le sifflement des serpents, la pression des rendements : dans un environnement aussi hostile, seules une constitution robuste et une mentalité soumise donnent quelques chances de survie.

Sergipano, le dernier “loué” dans la fazenda du Colonel Mané-la-Peste, est un jeune homme qui sous des allures de vagabond est quelqu'un d'un peu instruit. La gentillesse de ses nouveaux compagnons, des braves types aimant par dessus tout le tafia et courir la gueuse, fait quelque peu oublier le travail harassant pour un salaire de misère.
Mais pour Sergipano demain sera forcément meilleur : un jour, la tête haute, les opprimés marcheront ; un jour, à leur tour, les oppresseurs trembleront…

Sous cette plume de jeunesse perce déjà un vif intérêt pour la lutte des classes. Sa vie durant Jorge Amado racontera le sort des déshérités : il est des constances qui font les grands écrivains !

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Bien avant que la littérature latino-américaine ne soit à la mode en Europe, le Brésilien Jorge Amado (1912-2001) dénonçait l'exploitation des ouvriers agricoles de son pays. Il avait 19 ans quand il écrivit Cacao. Initialement publié en 1933, l'ouvrage court et fort retrace la vie des travailleurs dans une fazenda de la région cacaoyère au sud de Bahia à travers une fiction chaleureuse qui vous emporte. Peu importe que le roman soit classé comme prolétaire ou non en 1933. En 2023 il est toujours aussi percutant.

Le narrateur Sergipano nous présente dès le premier chapitre, le « Domaine fraternité » et les terribles conditions de vie des ouvriers agricoles sur l'exploitation du Colonel Manuel Misael de Sousa Teles. Ce « roi du cacao » est surnommé « Mané-la-Peste » par ses ouvriers. Sergipano présente ensuite plusieurs personnages attachants comme Colodino, Antônio Barriguinha et Honório, tous embauchés à la ferme (fazenda). Puis dans le chapitre suivant il retrace son enfance dans l'État de Sergipe (d'où son surnom). Il est le fils d'un propriétaire d'usine de tissus dans la ville de São Cristóvão. A la mort du père, le garçon a travaillé comme ouvrier dans l'entreprise familiale sous les ordres de son oncle, un homme sans scrupules. Encore adolescent, Sergipano part pour Ilhéus, séduit par les belles promesses de prospérité du pays des «  fruits dorés ». le récit revient au point de départ. Sergipano, berné, est recruté par le Colonel Misael et « loué » : il est embauché dans des conditions analogues à celles de l'esclavage et vit dans une cabane misérable. Les ouvriers presque tous analphabètes sont contraints d'acheter de la nourriture et d'autres biens de première nécessité dans des magasins de la fazenda. Ces biens sont facturés trop cher pour les ouvriers qui sont donc enchaînés au travail par leurs dettes. Des employés plus costauds que les autres maintiennent l'ordre par une répression extrêmement violente, n'hésitant pas à tuer contre quelques piécettes supplémentaires. C'est normal, cela a toujours été ainsi. Les jours de repos, le protagoniste et ses amis boivent beaucoup, surtout de la cachaça et fréquentent les bordels. Sergipano décrit l'horrible fatalité qui pèse sur les femmes. La routine est interrompue par l'arrivée du colonel Misael et de sa famille pour les festivités traditionnelles de São João. Sergipano est désigné pour être serviteur à la propriété du Colonel. Il y rencontre sa fille Mária, grande lectrice de romans sentimentaux...
Dans l'un des derniers chapitres du roman, intitulé « Correspondance », le personnage-narrateur, appelé Sergipano tout au long du récit, révèle que son véritable nom est José Cordeiro et qu'il est ouvrier typographe à Rio de Janeiro. Il a eu l'idée d'écrire l'histoire de la plantation après avoir lu des lettres d' ouvriers, de prostituées et des amis qu'il a gardés après son séjour au Domaine.

Le succès populaire de ce livre engagé valut à Jorge Amado bien des ennuis. En 1937, par décision officielle de son pays, 1700 exemplaires de ses romans, dont Cacao, sont brûlés en place publique. Aujourd'hui, on l'étudie dans les écoles.
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L'auteur avait 21 ans lorsque son livre "Cacao" a été publié en 1933.
Depuis Jorge Amado est devenu comme Coelho un incontournable de la littérature brésilienne.
Un jeune homme innocent et naïf se retrouve dans un plantation de cacao après le décès de son père et l'annonce de sa ruine par son oncle. En travaillant pour le Colonel Mané-La- Peste, Sergipano découvre les "Loués", hommes miséreux exploités par les propriétaires de cacaoyers.
Sergipano qui est issu d'un milieu aisé partagent le sort des affamés, des analphabètes et des prostituées. Même le salaire est amputé largement par les achats à l'économat du patron. Les travailleurs sont renvoyés pour des causes qui ne dépendent pas d'eux.
Devant le mépris de ces riches exploiteurs, Sergipano prend conscience de la lutte de classe , seul recours pour en finir avec une société injuste où l'Etat reste inerte.
Amado s'attaque aussi à la religion en dénonçant le manque d'empathie des prêtres qui rejettent les "théories égalitaires". Ils sont carrément haïs.
Roman social avant tout L'auteur donne la voix aux humbles qui souffrent chacun de leur côté sans penser à se fédérer pour devenir une force face aux exploitants.
Livre de détresse et d'injustice ce roman m'a paru chaotique de part sa composition et son manque de profondeur.
J'aurai aimé plus d'approfondissement des personnages .
Aucune odeur de tasse fumante de cacao amer dans ce récit : ma gourmandise est déçue.
Quand aux collégiens l'étude de cet ouvrage ouvrira leur esprit au sort des pauvres et aux droits bafoués des enfants brésiliens.
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Cacao brut, pour ne pas dire amer, dans le Brésil des années 30. Bâti comme un témoignage, Cacao ne se drape pas dans une facture romanesque, pas le temps. Pas le temps non plus de s'attacher aux personnages, pas le temps. Alors accompagner, un court instant, cette vibrante ébauche sociale et humaine qui colorera toute sa littérature à venir. Dans cette oeuvre de jeunesse, Jorge Amado déroule le tapis de l'exploitation et de l'oppression comme une gifle, sans attendre que nous tendions l'autre joue : ses personnages l'ont déjà fait pour nous.
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Cacao est le second roman de Jorge Amado. Il a plus la forme d'une chronique sur la vie des ouvriers des plantations de cacao dans les années 1930.

Le narrateur est un jeune homme originaire du Sergipe dont la famille a été ruinée à la mort du père. Il part dans la province de Bahia espérant trouver du travail dans une cacaoyère.

Il est « loué » comme ramasseur dans le Domaine Fraternité et découvre la vie misérable de ces hommes et ces femmes surexploités par les Colonel, propriétaires des plantations de cacao. Mais il va aussi y trouver une fraternité et une conscience de classes qui s'ébauche.

Tout est raconté comme il le ressent, de manière abrupte et très crue mais qu'il est facile d'imaginer du moins d'essayer d'imaginer ! L'histoire est peu structurée, elle est plutôt comme un instantané de vie saisi dans ce cloaque où le mot « avenir » n'a pas de sens.

Jorge Amado est un de mes écrivains préférés.

CHALLENGE RIQUIQUIS 2020
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi les bordels sont pleins d'images et de statuettes de saints. Rue du Bourbier, c'était ainsi. L'image de Notre-Seigneur de Bonfim, toutes les maisons la possédaient. Antonieta, avant de se coucher avec un homme, faisait sa prière. Elles croyaient en la sorcellerie et faisaient des promesses. Elles maudissaient la vie qu'elles menaient et en même temps remerciaient tous les jours le Créateur de les avoir mises au monde.
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J'école ! Amélia fut mise à l'école. Un jour, un type, un poète ou quelque chose de ce genre, emmena Amélia en cachette. Elle alla à l'école. Aujourd'hui elle nous écrit, raconte des choses. Elle dit qu'un jour, quand elle sera grande, elle viendra nous faire la classe. Ce jour-là, quand ils sauront ces choses, les gamins ne mangeront plus de jaque. Ils se lèveront, le manche du couteau serré dans leur poing... Nous ne comprenions pas bien Amélia. Mais on y croyait. Un jour...
Les gamins ne pensaient pas. Ils travaillaient, mangeaient et dormaient. Un intellectuel a dit une fois :
- Voilà ceux qui sont heureux. Ils ne pensent oas... C'est ce qu'il croyait.
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Pauvres filles, qui pleuraient, priaient et se soûlaient dans la rue du Bourbier. Pauvres ouvrières du sexe. Quand viendra-t-il, le jour de votre libération ?
Que de trésors de tendresse perdus, combien de bonnes mères et de bonnes travailleuses ! Pauvres malheureuses, à qui les dignes épouses refusent même le droit au royaume du ciel. Mais les riches n'ont pas honte de la prostitution. Ils se contentent de mépriser les infortunées. Ils oublient que ce sont eux qui les ont amenées là.
Je songe au jour où la rue du Bourbier se lèvera, lacérera les images des saints, s'occupera des cuisines des riches. Ce jour-là, elles pourront même avoir des enfants.
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Jaque ! Jaque ! Les gamins grimpaient aux arbres comme des singes. Le fruit tombait - boum – et eux se jetaient dessus. En peu de temps, il ne restait plus que l’écorce et les déchets, que les porcs dévoraient gloutonnement.
Les pieds écartés semblaient des pieds d’adultes, le ventre était énorme, gonflé par les jaques et la terre qu’ils mangeaient. Le visage jaune, d’une pâleur terreuse, accusait l’héritage de maladies terribles. Pauvres enfants blafards, qui couraient au milieu de l’or des cacaoyers, en haillons, les yeux éteints, à demi idiots. La plupart d’entre eux travaillaient à la mise en tas dès l’age de cinq ans. Ils restaient ainsi, petits et rachitiques, jusqu’à dix ou douze ans. Puis soudain apparaissaient des hommes trapus et bronzés. Ils cessaient de manger de la terre, mais continuaient à manger des jaques.
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Dona Arlinda regardait ses mains petites aux ongles bien peints :
- Le travail n'est pas si dur que cela...
La femme regardait ses grandes mains calleuses, aux ongles noirs et sales, et souriait du sourire le plus triste du monde. Elle ne pleurait pas, parce que, comme nous tous, elle ne savait pas pleurer. Elle apprenait la haine.
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Video de Jorge Amado (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jorge Amado
Adriana Brandão auteur de "Les brésiliens à Paris, au fil des siècles et des arrondissements" vous parle d'un texte et d'un auteur important pour elle : "Dona Flor & ses deux maris" de Jorge Amado.
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