AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782330067267
144 pages
Éditeur : Actes Sud (04/05/2016)

Note moyenne : 4.23/5 (sur 252 notes)
Résumé :
Alger, 1956. Jeune ouvrier communiste anticolonialiste rallié au FLN, Fernand Iveton a déposé dans son usine une bombe qui n'a jamais explosée. Pour cet acte symbolique sans victime, il est exécuté le 11 février 1957, et restera dans l'Histoire comme le seul Européen guillotiné de la guerre d'Algérie. Ce roman brûlant d'admiration, tendu par la nécessité de la justice et cinglant comme une sentence, lui rend hommage.

Goncourt du Premier Roman 2016
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (82) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  31 janvier 2021
Histoire vraie.
Fernand Iveton , avec un I, il y tient, pied-noir d'Algérie, ouvrier et sympathisant communiste,  épouse tout naturellement la cause des algériens et du FLN  dans la guerre d'independance qui ne porte pas d'autre nom, en 1957, que celui des " événements d'Algerie". Fernand croit au droit  des peuples à disposer d'eux-mêmes.   Il croit que l'indépendance,  mettant fin aux conséquences toxiques de la colonisation, fera disparaître l'exploitation, l'assujettissement,  le mépris, le racisme. Et qu'elle permettra aux peuples d'Algérie,  arabes, juifs, français, espagnols, italiens, de retrouver égalité et fraternité. 
Il accepte d'agir avec eux. de poser des bombes. Mais c'est un humaniste : sa bombe ne doit pas tuer, elle ne doit faire que des dégâts matériels dans un entrepôt désaffecté.
Elle n'éclatera même pas et Fernand se fait prendre:  son attentat a quelque chose d'aussi naïf et improvisé que la bombe qu'il a posée.
Mais d'autres bombes ont éclaté,  ailleurs,  et elles ont tué. La situation se tend. Les circonstances vont transformer cet attentat raté en trahison majeure, et le pauvre Fernand aux idéaux nobles et humanistes en dangereux terroriste.
On le torture.  Il n'est pas Jean Moulin : il parle, il "donne" des noms. le parti , attentiste, ne le soutient que comme la corde soutient le pendu. D'ailleurs c'est la peine de mort qu'il encourt...
Il est mal defendu: un avocat novice,  commis d'office, un avocat  chrétien qui lui cherche des circonstances atténuantes au lieu de se situer sur le plan des principes. La défense s'adjoint un 3eme avocat, plus chevronné,  mais c'est trop tard,  tout est trop rapide pour émouvoir l'opinion publique en  métropole. le préfet Gorse, hostile à la peine capitale,   n'est pas écouté et Mitterrand, à la Justice, refuse d'appuyer le recours en grâce.  Coty botte en touche, assez lâchement. Fernand sera exécuté derechef. On ne lui laissera même pas le temps, en quittant sa cellule, de passer un pantalon.
Le livre avec sobriété, force -et quelle puissance!- , tisse le récit factuel de cet assassinat légal et programmé.
Il entremêle au récit de l'arrestation, de l'interrogatoire barbare et du jugement expéditif,  des pages de vie, d'amour, d'amitié,  de joie. Des pages de la vie d''avant. La  rencontre amoureuse avec sa femme, Hélène, entière et forte comme son époux. Digne compagne de son homme.
Joseph Andras  fait vivre et mourir un Juste, un homme du peuple,  un honnête homme.
Et nous le rend si proche, si fraternel, si innocent ...
Le couperet qui tue Iveton tombe avec une impitoyable cruauté, une injustice révoltante. 
Sa condamnation reste à jamais un scandale, elle éveille un effroi qui résonne longuement après la fermeture de ce beau livre, tout vibrant d'admiration et grondant de colère.
Un intense moment d'émotion.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          648
tamara29
  11 février 2017
Il y a 60 ans, le 11 Février 1957, Fernand Iveton fut guillotiné. Tué pour l'exemple.
Il fut le seul européen condamné à mort guillotiné pendant la guerre d'Algérie... Lui qui fut auteur d'une tentative d'attentat dans un entrepôt désaffecté, lui qui pourtant ne voulait tuer personne, lui qui pourtant n'avait même blessé ni tué personne.
C'était un ouvrier tourneur de 30 ans, militant communiste français d'Algérie et anticolonialiste rallié au FLN. Il militait pour la liberté de son pays.
Il sera torturé pendant 4 jours au commissariat central d'Alger, pour l'obliger à donner les noms de ses complices. Les détails de cette torture (coups, décharges électriques, supplice de l'eau) sont insoutenables.
La direction du parti communiste français ayant d'abord interdit à l'avocat communiste Gaston Amblard de défendre Iveton, deux jours seulement avant le procès, deux avocats lui sont commis d'office pour le défendre. Il est condamné à mort le 24 Novembre 1956, lors d'une seule journée d'audience.
Après le rejet du pourvoi en cassation, il croit encore à la grâce présidentielle, lui qui n'a pas fait couler de sang, et du fait que le président de la République René Coty a déjà gracié 16 terroristes les mois précédents. Mais son recours est refusé par Coty, avec l'accord du garde des Sceaux François Mitterrand et du président du Conseil, Guy Mollet.
Lorsque les avocats rencontreront le Président Coty pour plaider le recours, ce dernier aurait raconté l'anecdote qu'en 1917 alors qu'il est jeune officier, il a vu deux jeunes soldats français se faire fusiller. Alors que l'un deux était conduit au poteau d'exécution, le général lui aurait dit : « Toi aussi, mon petit, tu meurs pour la France ».
Avec deux autres militants nationalistes, Fernand Iveton sera guillotiné dans la cour de la prison de Barberousse à Alger, par le bourreau d'Alger qui porte le même prénom que lui, comme une ironie du sort.
2 jours plus tard, son avocat Me Smadja, sera lui-même arrêté en même temps que 130 européens et 14 avocats, accusés de sympathie envers les insurgés algériens. Il restera 2 ans en prison.
Il a été écrit qu'Albert Camus serait intervenu en sa faveur. Quant à Sartre, il publiera un texte en défense d'Iveton dans les Temps modernes mais un an après. Bien longtemps après, dans ses Mémoires, Roland Dumas dira que son ami François Mitterrand devenu président de la République s'empressera de faire abolir la peine de mort afin de se « racheter » de l'exécution d'Iveton.
Joseph Andras, à un peu plus de 30 ans, a reçu pour ce roman le Goncourt du premier roman en 2016, qu'il a refusé. Et à mes yeux, il a amplement mérité ce prix.
Ce roman est entremêlé de plusieurs histoires : celle de la guerre d'Algérie, celle de ce jeune homme militant, celle de la relation naissante avec cette femme française Hélène qui deviendra son épouse.
Les flashbacks sur leur rencontre, la beauté et la douceur de cet amour atténuent peut-être les moments de l'avancée inéluctable vers l'échafaud. Ces moments où nous retrouvons un peu de sourire, où il nous est permis de respirer un peu, de croire un peu encore à la beauté de la vie, en la bonté et le courage des hommes.
Mais, c'est aussi ce qui rend l'histoire de cet homme encore plus poignante, encore plus déchirante. Antagonisme entre la pureté de leur relation et la saleté des autres moments. Cette injustice qui me mord et me fait crier de rage. Je tournais les pages, espérant je ne sais quoi, espérant l'impossible, une autre fin, un miracle, une justice.
Merci à Joseph Andras de m'avoir si bien racontée l'histoire de Fernand Iveton. Merci de m'avoir rappelée ceux qui luttent pour un peu plus de justice et de liberté.
C'était il y a 60 ans exactement. Mais, il suffit de regarder, ne serait-ce que quelques minutes les informations, pour se rappeler que c'est encore tellement d'actualité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          527
tynn
  04 juillet 2016
Personne n'ose encore la nommer mais elle est bien là, la guerre, celle que l'on dissimule à l'opinion sous le doux nom d'événements. ( p17)
Les bombes sautent en Algérie. Fernand est communiste, activiste pour l'indépendance, arrêté lors d'une opération ratée, torturé, condamné à mort dans un simulacre de procès à charge...
Les paragraphes se mêlent comme dans l'urgence : arrestation, salle de torture, débandade de la cellule politique. Les dialogues sont inclus dans les phrases narratives, on est enveloppé, tendu dans le drame, l'horreur des interrogatoires, la tension de l'action. Puis l'enfermement le calme épuisant et délétère, l'attente interminable de la décision de justice. Mais peut-on parler de justice quand on est guillotiné pour l'exemple?
S'intercalent les souvenirs plus heureux: l'amour de Fernand pour sa petite polonaise, blonde aux yeux si bleus. Et son engagement pour l'égalité des peuples sur terre algérienne.
Une bien belle écriture pour une bien dramatique histoire, que Joseph Andras réussit à adoucir par une délicatesse poétique et de magnifiques formulations littéraires. Il offre un portrait poignant d'un homme ordinaire, broyé dans la France colonialiste. Un livre qui réveille les consciences pour une période politique compliquée, par un récit documenté et dépassionné des querelles de l'époque.
Quelle maîtrise dans un premier roman! On en prend plein le plexus, honteux par procuration...
Remarquable.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          522
TerrainsVagues
  23 janvier 2021
De nos frères blessés, que reste-t-il ? Des larmes, des rancoeurs, des fractures.
Joseph Andras à travers ce roman revient sur l'une des périodes les plus sombres de l'histoire de France. A peine dix ans après être sorti de l'innommable, l'opprimé redevient l'oppresseur. Ce pays colonialiste qu'est la France, réprime la révolte qui couve en Algérie. Liberté, égalité, fraternité, faites ce que je dis, pas ce que je fais…
14 novembre 1956, Fernand Iveton, membre du parti communiste, ouvrier Français d'Alger, militant pour l'égalité des droits entre Français et Algériens, engagé dans la lutte du FLN va aller poser un engin explosif dans son usine. La bombe est placée dans un local désaffecté car il est hors de question pour lui que son acte fasse la moindre victime. Pour limiter au maximum les risques, l'heure de l'explosion est programmée à une heure où tout le monde est rentré chez soi.
Dénoncé par un de ses supérieurs ayant probablement soupçonné quelque chose, Iveton est arrêté sur son lieu de travail avant que la bombe n'ait explosée. Enfin, la bombe… désamorcée par la police qui reconnait qu'elle n'aurait pas fait tomber un seul mur, tout au plus deux trois chaises.
Interrogatoire, humiliation et torture suivront l'arrestation. Deux jours avant un simulacre de procès, deux avocats lui sont attribués et un verdict inconcevable est délivré par un tribunal militaire, la peine de mort.
Joseph Andras retrace ces quelques jours où tout a basculé dans la vie de Fernand Iveton. Suivront un peu plus de deux mois d'emprisonnement où le temps passera en repensant à Hélène, sa femme, à leur rencontre, à leur histoire. Et puis les recours en grâce formulés par ses avocats auprès du président Coty et de… Mitterrand, alors ministre de la justice…
Fernand Iveton a été guillotiné dans la cour de la prison Barberousse à Alger le 11 février 1957.
Guillotiné sans avoir tué personne, juste pour l'exemple. Quel exemple… ?
Jean Luc Einaudi dans libé en juin 98 :
« J'ai écrit un livre, paru en 1986, sur cette affaire. François Mitterrand, président de la République, n'avait pas donné suite à ma demande d'entrevue. le dossier de recours en grâce, m'avait-on dit, avait disparu des archives du ministère de la Justice.
Le 24 mars 1994, trois journalistes furent reçus par le président de la République. En 1956, en tant que ministre de la Justice, il était vice-président du Conseil supérieur de la magistrature, qui examinait les recours en grâce et procédait à un vote. Comme ils lui demandaient: «Qu'avez-vous voté sur le dossier Iveton?», François Mitterrand leur avait répondu: «Je ne peux pas vous le dire.»
Or, comme beaucoup d'éléments me l'avaient déjà fortement laissé supposer, François Mitterrand avait voté la mort de Fernand Iveton. C'est ce que Jean-Claude Périer, secrétaire du CSM de 1956 à 1959, révéla aux trois journalistes. »
Il se dit que c'est certainement pour ça que celui qui fut élu le 10 mai 1981 a aboli la peine de mort dès qu'il a été au pouvoir. Une conviction ou plutôt une conscience qui réclamait un peu de paix ?
Hélène Iveton est décédée le… 10 mai 1998.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          439
antibouille
  22 mai 2016
Pour refuser le prix Goncourt du premier roman, on se dit que l'auteur doit avoir une forte personnalité et cela transpire dans la force du style , le choix du sujet et la construction du livre. Inutile d'attendre son second livre pour être certain de la qualité de cet écrivain. Raconter comme il le fait la vie, le procès et la sincérité de Fernand Iveton, seul européen guillotiné par l'Etat Français pendant la guerre d'Algerie, est le résultat d'un superbe travail d'investigation servi par une écriture aussi intelligente que sophistiquée. C'est aussi un vrai roman parfaitement construit dont la lecture est séduisante et révélatrice de cette époque du colonialisme français. À lire...
Commenter  J’apprécie          360


critiques presse (1)
Culturebox   03 juin 2016
Poignant portrait de Fernand Iveton, guillotiné pour l'exemple à Alger en 1957.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
andrasandras   03 juin 2016
Elle aima la chaux claire des maisons et la mer toujours comme évidence; elle aima les pâtisseries que le quartier lui offrait pendant le ramadan; elle aima les ruelles malaisées et bancroches de la Casbah et ses poivrons, ses poissons, ses agrumes et ses têtes de moutons tranchées; elle aima les arcades du centre d'Alger et l'allure blanche de la Grande Poste; elle aima son port pointu de mats et ses quais, goulées grises de Méditerranée; elle aima le palmier renversé, dans leur quartier, sur lequel les passants s'arrêtaient pour discuter ou se délasser; elle aima ce gamin dont elle ne sut jamais le prénom et qui lui demanda un midi sa main tandis qu'elle se rendait chez le cordonnier; elle aima entendre cette langue inconnue, arabe lancé des fenêtres, des marchés et des cafés, roulant d'amples tissus en bouches sombres; elle aima les interférences et les carambolages d'une ville entre deux mondes, immeubles haussmanniens et mosquées mauresques, étrange tête-à-tête de couleurs et de cultures.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
motspourmotsmotspourmots   23 mai 2016
Fernand a été torturé toute la journée ; il en a donné trois. De quelles matières sont donc faits les héros, se demande-t-il, attaché au banc, la tête en arrière ? De quelles peaux, de quels os, carcasses, tendons, nerfs, étoffes, de quelles viandes, de quelles âmes sont-ils fichus, ceux-là ? Pardonnez, les camarades...
Commenter  J’apprécie          140
MurielTMurielT   30 mai 2016
Hélène salue Farouk, qui refuse de prendre son argent, un refus qui n'a rien d'une politesse mais tout d'un ordre : on ne fait pas payer la femme d'un combattant du peuple, prenez soin de vous madame, oui, bonne soirée à vous aussi.
La lune baille et embrume l'obscurité de son haleine blanche. Maille étoilée - milliers de petites clés ouvrant la nuit.
Aujourd'hui, soixante-treize "rebelles" ont été tués.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
michfredmichfred   27 janvier 2021
Par ici, Iveton, ta grâce a été refusée. Lève-toi tout de suite. Fernand obtempère. Sonné. Sidéré. Le cerveau encore lourd de sommeil. Il porte un slip et demande à revêtir son pantalon : l’un des gardiens refuse sèchement. On le pousse. Arrivé sur le pas de la porte, il se retourne et regarde Achouar et Abdelaziz. Le premier semble perdu, hagard, peut-être plus encore que Fernand ne l’est lui-même ; le second est grave, fixe, statue antique.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
martineden74martineden74   13 septembre 2020
Les autorités françaises ne veulent pas tendre l'oreille aux revendications des musulmans, des “indigènes” comme ils disent. C‘est absurde. en plus d'être obscène. Ça va nous conduire droit dans le mur, croyez-moi, sans virages ni rien de tout ça, le nez contre la brique. Hélène l'écoute attentivement tout en coupant sa viande. J’ai plus les dates en tête. vous m’excuserez, mais ce qui est sûr c’est que ça fait des années que les Arabes s'organisent pour qu'on les entende, pour obtenir l‘égalité entre tous, entre chaque communauté, chez nous, en Algérie. Ils crient dans le désert. Rien. Zéro. On les envoie derrière les barreaux et on boucle leurs partis, on les dissout, on les réduit au silence et on se pousse du col, la Culture, la Liberté, la Civilisation, tout leur défilé de majuscules, quoi, ça parade ça parade, ça se mousse dans les miroirs, plus ça brille mieux c'est, faut voir comme ils aiment ça. Le jour où la France s‘est libérée, je parle de la métropole, bien sûr, je vous le redis, pour moi l'Algérie c’est l'Algérie, je crois plus à leurs histoires de départements français, c’est du parchemin, ça, du silex, c’est fini, voyez l'lndochine en ce moment, Hô Chi Minh il leur avait bien dit qu'il fallait tourner la page, personne l'a écouté et voyez où on en est… Oui, donc, le jour où la France était en fête après la victoire contre les Allemands, je sais pas combien de musulmans, des milliers, pas moins, ont été massacrés au pays, à Sétif, à Guelma, ça doit rien vous dire ces noms-là, c'est à trois cents et cinq cents bornes d’Alger. Enfin, on m’a raconté des histoires. j'oserais à peine vous les répéter, je vous assure.
(…)
Je suis né en 26, j’avais même pas vingt ans à ce moment mais je me souviens très bien de ce que les Arabes me racontaient quand j'allais leur parler. Des histoires à plus dormir. Des gens brûlés vivants avec de l'essence, les récoltes saccagées, les corps balancés dans les puits, comme ça, on les prend on les jette, on les crame dans des fours, les gosses, les femmes, tout le monde, l’armée a tiré sur tout ce qui bougeait pour écraser la contestation. Pas que l’armée, d’ailleurs, il y avait des colons et des miliciens également, tout ce petit monde se prenait par la main, c’était une sacrée danse… La mort, c’est une chose, mais l’humiliation ça rentre en dedans, sous la peau, ça pose ses petites graines de colère et vous bousille des générations entières; je me souviens d’une histoire qu'on m’a rapportée, ça s’est passé à Melbou, il n’y a pas de sang mais c’est peut-être pire, le sang ça fâche plus vite que la honte : on a obligé des Arabes a se mettre à genoux devant le drapeau tricolore et à dire “nous sommes des chient, Ferhat Abbas est un chien”, Abbas c’est un de leurs chefs, et encore il est modéré, lui, il porte la cravate, il veut même pas l'indépendance complète, il demande simplement la justice. Même un modéré on lui impose le mépris. C'est un journaliste français qui a vu tout ça, je vous raconte pas de bêtises.
(…)
Fernand lui n'aspire qu’à une seule chose: que l’Algérie demain finisse, de gré ou de force, par reconnaître chacun de ses enfants, d’où qu’ils viennent, lui ou ses parents et grands-parents, qu’importe, arabe, berbère, juif, italien, espagnol, maltais, français, allemand … Des millions de gens sont nés sur cette terre et quelques possédants, quelques petits barons sans foi ni loi, régentent le pays avec l’aval, et même l’appui, des gouvernements français successifs : il faut en finir avec ce système, débarrasser l’Algérie de ces roitelets et fonder un nouveau régime sur une base populaire, celle des travailleurs arabes européens, ensemble, les gens modestes les petits et les modiques de toutes les races unis pour mettre à bas les voyous qui les rançonnent et les oppriment. Le grand-père se gausse : voilà qu'il reprend ses lubies de communisme.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

Videos de Joseph Andras (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joseph Andras
Vous pouvez vous abonner à notre chaîne et activer la petite cloche ? pour ne rater aucune vidéo !
* Joseph Andras " Kanaky " * Des mots de minuit - Lire © Des mots de minuit - France Télévisions
A B O N N E Z V O U S : https://culturebox.francetvinfo.fr/des-mots-de-minuit/ F A C E B O O K : https://www.facebook.com/desmotsdeminuit.fr/ T W I T T E R : @desmotsdeminuit
autres livres classés : guerre d'algérieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
2275 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre

.. ..