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ISBN : 2330067267
Éditeur : Actes Sud (04/05/2016)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 201 notes)
Résumé :
Alger, 1956. Jeune ouvrier communiste anticolonialiste rallié au FLN, Fernand Iveton a déposé dans son usine une bombe qui n'a jamais explosée. Pour cet acte symbolique sans victime, il est exécuté le 11 février 1957, et restera dans l'Histoire comme le seul Européen guillotiné de la guerre d'Algérie. Ce roman brûlant d'admiration, tendu par la nécessité de la justice et cinglant comme une sentence, lui rend hommage.

Goncourt du Premier Roman 2016
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Critiques, Analyses et Avis (77) Voir plus Ajouter une critique
tamara29
  11 février 2017
Il y a 60 ans, le 11 Février 1957, Fernand Iveton fut guillotiné. Tué pour l'exemple.
Il fut le seul européen condamné à mort guillotiné pendant la guerre d'Algérie... Lui qui fut auteur d'une tentative d'attentat dans un entrepôt désaffecté, lui qui pourtant ne voulait tuer personne, lui qui pourtant n'avait même blessé ni tué personne.
C'était un ouvrier tourneur de 30 ans, militant communiste français d'Algérie et anticolonialiste rallié au FLN. Il militait pour la liberté de son pays.
Il sera torturé pendant 4 jours au commissariat central d'Alger, pour l'obliger à donner les noms de ses complices. Les détails de cette torture (coups, décharges électriques, supplice de l'eau) sont insoutenables.
La direction du parti communiste français ayant d'abord interdit à l'avocat communiste Gaston Amblard de défendre Iveton, deux jours seulement avant le procès, deux avocats lui sont commis d'office pour le défendre. Il est condamné à mort le 24 Novembre 1956, lors d'une seule journée d'audience.
Après le rejet du pourvoi en cassation, il croit encore à la grâce présidentielle, lui qui n'a pas fait couler de sang, et du fait que le président de la République René Coty a déjà gracié 16 terroristes les mois précédents. Mais son recours est refusé par Coty, avec l'accord du garde des Sceaux François Mitterrand et du président du Conseil, Guy Mollet.
Lorsque les avocats rencontreront le Président Coty pour plaider le recours, ce dernier aurait raconté l'anecdote qu'en 1917 alors qu'il est jeune officier, il a vu deux jeunes soldats français se faire fusiller. Alors que l'un deux était conduit au poteau d'exécution, le général lui aurait dit : « Toi aussi, mon petit, tu meurs pour la France ».
Avec deux autres militants nationalistes, Fernand Iveton sera guillotiné dans la cour de la prison de Barberousse à Alger, par le bourreau d'Alger qui porte le même prénom que lui, comme une ironie du sort.
2 jours plus tard, son avocat Me Smadja, sera lui-même arrêté en même temps que 130 européens et 14 avocats, accusés de sympathie envers les insurgés algériens. Il restera 2 ans en prison.
Il a été écrit qu'Albert Camus serait intervenu en sa faveur. Quant à Sartre, il publiera un texte en défense d'Iveton dans les Temps modernes mais un an après. Bien longtemps après, dans ses Mémoires, Roland Dumas dira que son ami François Mitterrand devenu président de la République s'empressera de faire abolir la peine de mort afin de se « racheter » de l'exécution d'Iveton.
Joseph Andras, à un peu plus de 30 ans, a reçu pour ce roman le Goncourt du premier roman en 2016, qu'il a refusé. Et à mes yeux, il a amplement mérité ce prix.
Ce roman est entremêlé de plusieurs histoires : celle de la guerre d'Algérie, celle de ce jeune homme militant, celle de la relation naissante avec cette femme française Hélène qui deviendra son épouse.
Les flashbacks sur leur rencontre, la beauté et la douceur de cet amour atténuent peut-être les moments de l'avancée inéluctable vers l'échafaud. Ces moments où nous retrouvons un peu de sourire, où il nous est permis de respirer un peu, de croire un peu encore à la beauté de la vie, en la bonté et le courage des hommes.
Mais, c'est aussi ce qui rend l'histoire de cet homme encore plus poignante, encore plus déchirante. Antagonisme entre la pureté de leur relation et la saleté des autres moments. Cette injustice qui me mord et me fait crier de rage. Je tournais les pages, espérant je ne sais quoi, espérant l'impossible, une autre fin, un miracle, une justice.
Merci à Joseph Andras de m'avoir si bien racontée l'histoire de Fernand Iveton. Merci de m'avoir rappelée ceux qui luttent pour un peu plus de justice et de liberté.
C'était il y a 60 ans exactement. Mais, il suffit de regarder, ne serait-ce que quelques minutes les informations, pour se rappeler que c'est encore tellement d'actualité.
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tynn
  04 juillet 2016
Personne n'ose encore la nommer mais elle est bien là, la guerre, celle que l'on dissimule à l'opinion sous le doux nom d'événements. ( p17)
Les bombes sautent en Algérie. Fernand est communiste, activiste pour l'indépendance, arrêté lors d'une opération ratée, torturé, condamné à mort dans un simulacre de procès à charge...
Les paragraphes se mêlent comme dans l'urgence : arrestation, salle de torture, débandade de la cellule politique. Les dialogues sont inclus dans les phrases narratives, on est enveloppé, tendu dans le drame, l'horreur des interrogatoires, la tension de l'action. Puis l'enfermement le calme épuisant et délétère, l'attente interminable de la décision de justice. Mais peut-on parler de justice quand on est guillotiné pour l'exemple?
S'intercalent les souvenirs plus heureux: l'amour de Fernand pour sa petite polonaise, blonde aux yeux si bleus. Et son engagement pour l'égalité des peuples sur terre algérienne.
Une bien belle écriture pour une bien dramatique histoire, que Joseph Andras réussit à adoucir par une délicatesse poétique et de magnifiques formulations littéraires. Il offre un portrait poignant d'un homme ordinaire, broyé dans la France colonialiste. Un livre qui réveille les consciences pour une période politique compliquée, par un récit documenté et dépassionné des querelles de l'époque.
Quelle maîtrise dans un premier roman! On en prend plein le plexus, honteux par procuration...
Remarquable.
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antibouille
  22 mai 2016
Pour refuser le prix Goncourt du premier roman, on se dit que l'auteur doit avoir une forte personnalité et cela transpire dans la force du style , le choix du sujet et la construction du livre. Inutile d'attendre son second livre pour être certain de la qualité de cet écrivain. Raconter comme il le fait la vie, le procès et la sincérité de Fernand Iveton, seul européen guillotiné par l'Etat Français pendant la guerre d'Algerie, est le résultat d'un superbe travail d'investigation servi par une écriture aussi intelligente que sophistiquée. C'est aussi un vrai roman parfaitement construit dont la lecture est séduisante et révélatrice de cette époque du colonialisme français. À lire...
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xst
  04 septembre 2016
Condamné par l'opinion publique, guillotiné le 11 février 1957, Fernand Iveton est le seul européen exécuté par la Justice de l'État français durant la guerre d'Algérie. Pourtant il n'avait tué personne. Ni dans les faits, ni dans l'intention. Sa bombe placée dans un endroit non utilisé de l'usine qui l'employait, n'explosera même pas.
Français d'Algérie, Fernand a rejoint l'organisme militaire du Parti Communiste Algérien car il voulait se battre pour une Algérie qui accorderait à tous, natifs et colons, les mêmes droits. Fernand aimait et respectait la vie, l'amour et la justice et il croira jusqu'au dernier moment que la peine de mort à laquelle il a été condamné au terme d'un procès sans justice sera commuée. Il sera guillotiné, le Président Coty, sous la pression de l'opinion publique lui refusera la grâce présidentielle. Fernand n'a eu le soutien ni de Guy Mollet (président du Conseil) ni de François Mitterrand (Garde des Sceaux). L'Humanité et le PCF ne veulent pas non plus se mouiller pour lui, seul le "petit peuple", ouvriers syndicalistes, algériens lui apporte son soutien ainsi que son avocat qui pleurera au moment de son exécution. Sale guerre.
Beaucoup de maîtrise pour un premier roman, un texte fort servi par une écriture directe, sans concession ni misérabilisme mais qui sait pourtant avec justesse raconter la vie de Fernand, ce qu'il ressent, ce à quoi il croit et pourquoi il se bat, de sa rencontre avec Hélène, sa femme aux yeux "bleu chien-loup qui vous farfouillent le cœur sans demander la moindre permission" jusqu'à l'instant fatidique quand, sans l'avoir le moins du monde préparé, on le sort de sa cellule pour l'amener à la guillotine. Il quittera la prison au petit matin en criant "vive l'Algérie" pour conjurer sa peur et en écho, les cris des autres détenus, les gamelles frappées sur les barreaux des cellules et les youyous des femmes du voisinage l'accompagneront jusqu'à la fin. Sachant avec pudeur mais sans omission nous faire sentir les horreurs de cette guerre sale: tortures, attentats, exécutions sommaires, compromis malsains ou actes de bravoure, usant d'un style aux phrases courtes qui se heurtent ou filent doucement au rythme de l'émotion, Joseph Andras se révèle un écrivain de talent et j'attendrai avec impatience de voir le résultat de cette écriture au service d'un ouvrage de pure fiction. Mais, qui se cache derrière le pseudonyme Joseph Andras? On ne sait de lui que peu de choses: il vivrait en Normandie, voyagerait beaucoup et a refusé le prix Goncourt du premier roman sans même se déplacer.
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trust_me
  20 mai 2016
Une bombe. Déposée dans un local abandonné où personne ne va jamais, au fin fond de l'usine. « Pas de morts, surtout pas de morts ». du pur sabotage. C'est ce que voulait Fernand Iveton, ouvrier communiste et militant anticolonialiste. Son action n'avait qu'un but : attirer l'attention du gouvernement français sur le nombre croissant de combattants qui luttent pour qu'il y ait plus de bonheur social sur cette terre d'Algérie où il est né. Mais Fernand a été dénoncé. Arrêté juste après avoir posé la bombe, qui n'explosera pas. Emmené au commissariat. Torturé. Emprisonné. Jugé. Condamné à mort. Guillotiné le 11 février 1957. Fernand Iveton restera le seul européen exécuté par la justice française durant la guerre d'Algérie.
Incroyable premier roman qui m'a happé dès les premières lignes, me laissant la gorge nouée face au destin tragique d'un idéaliste sacrifié au nom de la raison d'état. Joseph Andras raconte avec minutie l'enchaînement des événements, entrelaçant le présent du militant arrêté et son passé, notamment la rencontre avec celle qui deviendra sa femme et ne cessera de le soutenir jusqu'au bout. La prose est sobre, âpre, sans gras. La description des tortures est terrifiante, chaque coup porté résonnant avec une précision clinique. Et l'ouvrier de céder face à l'innommable douleur : « Fernand n'aurait jamais cru que c'était cela la torture, "la question", la trop fameuse, celle qui n'attend qu'une réponse, la même, invariablement la même : donner ses frères. Que cela pouvait être aussi atroce. Non, le mot n'y est pas. L'alphabet a ses pudeurs. L'horreur baisse pavillon devant vingt-six petits caractères ».
Il n'y avait objectivement aucune raison de prononcer une telle condamnation tant les circonstances atténuantes semblaient évidentes. Après tout, le militant avait épousé une cause mais n'avait pas fait couler le sang. Seulement, l'opinion publique, vent debout face aux terroristes responsables des « événements » d'Algérie, avait besoin de satisfaire son esprit de représailles aveuglé par la haine. Et la France se devait de montrer sa fermeté, quitte à en faire trop. le rejet de la grâce présidentielle réduisit en cendres les derniers espoirs. René Coty et son garde des sceaux François Mitterrand biffèrent d'un trait de plume le recours des avocats, préférant laisser, comme ils l'écrivirent, « la justice suivre son cours ».
Fernand mort pour l'exemple, mort pour la France, victime d'une violence aveugle, d'une raison d'état se foutant des destins individuels au nom de l'intérêt collectif. Un symbole, un bouc émissaire dont l'exécution reste aujourd'hui encore une honte pour la République. Exercice d'admiration, texte forcément engagé qui aurait pu tourner au lyrisme dégoulinant et contre-productif, « de nos frères blessés » est au contraire un hommage d'une absolue dignité, porté par une écriture et une construction d'une maîtrise sidérante. Un très grand premier roman, je pèse mes mots.

Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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critiques presse (1)
Culturebox   03 juin 2016
Poignant portrait de Fernand Iveton, guillotiné pour l'exemple à Alger en 1957.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
andrasandras   03 juin 2016
Elle aima la chaux claire des maisons et la mer toujours comme évidence; elle aima les pâtisseries que le quartier lui offrait pendant le ramadan; elle aima les ruelles malaisées et bancroches de la Casbah et ses poivrons, ses poissons, ses agrumes et ses têtes de moutons tranchées; elle aima les arcades du centre d'Alger et l'allure blanche de la Grande Poste; elle aima son port pointu de mats et ses quais, goulées grises de Méditerranée; elle aima le palmier renversé, dans leur quartier, sur lequel les passants s'arrêtaient pour discuter ou se délasser; elle aima ce gamin dont elle ne sut jamais le prénom et qui lui demanda un midi sa main tandis qu'elle se rendait chez le cordonnier; elle aima entendre cette langue inconnue, arabe lancé des fenêtres, des marchés et des cafés, roulant d'amples tissus en bouches sombres; elle aima les interférences et les carambolages d'une ville entre deux mondes, immeubles haussmanniens et mosquées mauresques, étrange tête-à-tête de couleurs et de cultures.
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motspourmotsmotspourmots   23 mai 2016
Fernand a été torturé toute la journée ; il en a donné trois. De quelles matières sont donc faits les héros, se demande-t-il, attaché au banc, la tête en arrière ? De quelles peaux, de quels os, carcasses, tendons, nerfs, étoffes, de quelles viandes, de quelles âmes sont-ils fichus, ceux-là ? Pardonnez, les camarades...
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MurielTMurielT   30 mai 2016
Hélène salue Farouk, qui refuse de prendre son argent, un refus qui n'a rien d'une politesse mais tout d'un ordre : on ne fait pas payer la femme d'un combattant du peuple, prenez soin de vous madame, oui, bonne soirée à vous aussi.
La lune baille et embrume l'obscurité de son haleine blanche. Maille étoilée - milliers de petites clés ouvrant la nuit.
Aujourd'hui, soixante-treize "rebelles" ont été tués.
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michdesolmichdesol   12 octobre 2018
On sait qui tu es, Iveton, on a nos petits papiers nous aussi, un enculé de communiste que t'es, on le sait, mais tu vas moins faire le fier là avec ta petite gueule, Iveton, ta petite moustache de bicot, là, tu vas bien l'ouvrir ta bouche au commissariat, tu peux nous croire, on est des doués, nous, on arrive toujours à nos fins donc crois-moi que ta sale bouche de communiste on va en faire ce qu'on veut, on ferait même causer un muet qu'il nous pondrait un opéra juste en claquant des doigts. Fernand ne répond rien. Ses mains sont entravées dans son dos ; il fixe le plancher du véhicule. Un gris usé, tacheté. Regarde-nous quand on te parle, Iveton, t'es un grand garçon tu sais, il va falloir assumer tes petites activités maintenant, t'entends, Iveton ? L'un des agents lui gifle le dessus de la tête (pas une gifle violente, de celles qui claquent, non point, une gifle feutrée, faite pour humilier plus que pour faire mal).
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xstxst   04 septembre 2016
La mort, c'est une chose, mais l'humiliation ça rentre en dedans, sous la peau, ça pose ses petites graines de colère et vous bousille des générations entières (p.61)
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