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ISBN : 2234083133
Éditeur : Stock (02/05/2019)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Mourmansk, au Nord du cercle polaire. Sur son lit d’hôpital, Rubin se sait condamné. Seule une énigme le maintient en vie : alors qu’il n’était qu’un enfant, Klara, sa mère, chercheuse scientifique à l’époque de Staline, a été arrêtée sous ses yeux. Qu’est-elle devenue ? L’absence de Klara, la blessure ressentie enfant ont fait de lui un homme rude. Avec lui-même. Avec son fils Iouri. Le père devient patron de chalutier, mutique. Le fils aura les oiseaux pour compag... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
viou1108
  27 juin 2019
En ces temps de canicule, partons donc à Mourmansk en Russie, la plus grande ville du monde située au-delà du cercle polaire. Non pour y contempler les dégâts du réchauffement climatique, mais ceux du stalinisme, et pour y chercher Klara. Ou plutôt son souvenir et l'histoire d'une famille. La quête commence auprès d'un lit d'hôpital, celui de Rubin, qui se meurt. Son fils Iouri est à ses côtés, de mauvais gré. Il a dû quitter dare-dare les Etats-Unis où il a émigré 20 ans auparavant pour y vivre librement son homosexualité et sa passion pour l'ornithologie. Alors qu'il pensait ne jamais rentrer en Russie, le voici donc au chevet de son père détesté. Celui-ci le supplie de chercher à savoir ce qui est arrivé à Klara, la mère de Rubin, arrêtée en 1950 en pleine nuit et en pleine période stalinienne, sous les yeux terrifiés de son mari et de son petit garçon. Et comme si cela n'était pas suffisamment déstabilisant, l'arrestation et la disparition de cette géologue de haut vol jettent sur la famille, suspectée d'être antirévolutionnaire, un voile d'infamie qui ne se lèvera pas avant de longues et cruelles années.
Trois générations, trois destins, dont seul celui de Iouri semble porteur d'espoir. Klara, victime de l'Histoire soviétique, son fils Rubin aux prises avec un sentiment d'abandon ingérable et dont le seul amour sera la mer, incapable qu'il est d'aimer les humains, et Iouri qui porte le poids de ce passé et d'une enfance terriblement malmenée. Les trois personnages ont en commun d'avoir beaucoup souffert et de s'être voués corps et âme à leur passion : la science, la pêche au chalut, l'ornithologie.
La mer, la nature et l'écologie, l'oppression des populations indigènes, les soubresauts de l'Histoire et leurs retombées sur l'intime, les relations filiales sont les thèmes qui traversent ce roman captivant. Avec une plume lumineuse et mélancolique, Isabelle Autissier nous invite à éclaircir le passé pour mieux construire l'avenir, et à n'oublier aucune des Klara de ce bas-monde.
En partenariat avec les Editions Stock via Netgalley.
#OublierKlara #NetGalleyFrance
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spleen
  08 mai 2019
Une plongée refroidissante à Mourmansk , ville sinistrée après l'effondrement du régime soviétique , comme un antiguide de voyage ... mais ce n'est pas le propos principal d'Isabelle Autissier dans ce nouveau beau roman .
Iouri, la quarantaine, vit aux États-Unis depuis vint ans et y exerce sa passion, l'ornithologie en temps que professeur d'Université . Lorsqu'il apprend que son père mourant voudrait le voir, il se décide à retourner à Mourmansk , ville d'origine de sa famille et qu'il avait quitté sans regret . Son père , Rubin l'implore de chercher à savoir la vérité sur Klara, la mère de Rubin , scientifique de haut niveau arrêtée en 1950 dont plus personne n'a eu de nouvelles et dont la disparition a jeté l'opprobre sur la famille de Rubin, enfant à l'époque et a marqué à jamais la vie et le caractère de l'enfant.
Isabelle Autissier remonte le temps , d'abord avec les souvenirs de Iouri entre un pays au modèle politique à bout de souffle et la violence d'un père alcoolique puis l'enfance de Rubin sous Staline, d'abord dans un milieu privilégié grâce au statut de ses parents puis la déchéance après l'arrestation de Klara.
On ne connait jamais vraiment le passé de ses parents, leurs aspirations , leurs souffrances et leurs secrets .
Pour Rubin, l'abandon de sa mère et l'absence d'informations , le poussent à partir , ce sera la mer avec son horizon infini . La découverte de l'océan est pour lui une révélation et cette passion ne le quittera pas , la pêche au chalut dans la mer de Barents devient son univers, sensuel, violent et dangereux .
Pour Iouri, l'échappatoire face à la rudesse du père sera les oiseaux et le départ vers un ailleurs moins hostile et plus tolérant...
La fin du roman aborde , enfin, l'histoire de Klara : on frémit d'horreur devant le passé de ces citoyens soviétiques souvent arrêtés de façon arbitraire et injustifiée, leur conditions de rétention, les interrogatoires sans fin et les séjours dans des contrées inhospitalières ...
Isabelle Autissier dresse un tableau peu amène de l'URSS et de la Russie actuelle avec la désolation des villes ainsi que de certaines populations autochtones ayant subi de plein fouet le joug soviétique.
Par contre, ses descriptions de la mer sont magnifiques et son abord des relations filiales est adroitement mené , cela confirme, s'il en était besoin , son talent d'écrivain .
Un grand merci à NetGalley et aux Editions Stock pour leur confiance.
#OublierKlara #NetGalleyFrance
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hcdahlem
  26 juin 2019
Les oiseaux de Mourmansk
Isabelle Autissier construit, roman après roman, une oeuvre forte et attachante. Après «Soudain, seuls» voici l'enquête menée à Mourmansk par Iouri, de retour en Russie après 23 ans pour tenter de retrouver sa mère Klara.
On avait quitté Isabelle Autissier avec «Soudain, seuls», ce combat glaçant et émouvant pour la survie mené par Louise et Ludovic, échoués sur l'île australe de Stromness. Un excellent roman – dont on se réjouit de voir l'adaptation cinématographique – comme l'est ce nouvel opus qui nous mène cette fois à Mourmansk. C'est là, au nord du cercle polaire arctique, que Iouri débarque un jour de 2017. Il a fait le voyage d'Ithaca, État de New York, «pour assister, vraisemblablement, à la mort de son père.» même s'il était parti 23 ans plus tôt, en se jurant de ne pas revenir et de couper les ponts avec ce père qui le maltraitait.
Sans doute pressent-il qu'en retrouvant la ville de son enfance, il pourrait faire ressurgir quelques souvenirs, reconstituer une partie du passé de sa famille et par conséquent le sien. Une intuition confirmée par Irina, sa belle-mère, qui l'accueille avec ces mots: «Heureusement que tu es là. J'ai prié pour cela. Tu dois le voir. Il faut qu'il te parle. Il a des choses à te dire. Vas-y vite avant…»
Arrivé à l'hôpital où son père est alité, il constate qu'il est déjà trop tard, avant de se rendre compte que Rubin respire encore, qu'il aimerait évoquer avec lui la vie de sa mère Klara.
S'il a tant à dire, c'est parce que jusqu'à présent le sujet était tabou, qu'il ne fallait même pas évoquer son nom, de peur de perdre une liberté déjà restreinte et de protéger la famille.
La construction du roman, qui visite tour à tour les trois générations, nous permet de comparer tout à la fois les régimes politiques, le poids de l'Histoire et les personnages de la famille: «une grand-mère énergique et sensible jusqu'à l'imprudence; un grand-père aimant, mais faible et veule; un père tenu de se battre dont la brutalité avait dévoré la vie; une mère inexistante qui s'était dévolue aux objets, puisque les êtres la décevaient. Et au final lui, Iouri, dont l'enfance avait été imprégnée de ces espoirs, de ces combats, de ces renoncements. Un destin identique à celui de millions de familles tourmentées par les soubresauts de l'Histoire, qui cachaient un cadavre dans le placard, croyant ainsi se faciliter la vie.»
Le cadavre en question, c'est la condamnation de Klara à 25 ans de camp pour espionnage et propagande contre le pouvoir soviétique. Avec Anton, elle était arrivée à Mourmansk avec leur bébé pour assurer la victoire du régime communiste en mettant leurs compétences de géologues au service de la recherche de minerai radioactif. «Ils bénéficiaient de bons de nourriture et surtout de charbon. Aussi, le soir, les visiteurs étaient nombreux, autant pour se tenir au chaud que pour profiter de l'ambiance. Car Rubin décrivait sa mère comme une optimiste invétérée, une femme énergique, aimant s'entourer, régner sur un aréopage d'amis.»
Un bonheur fugace pour le petit garçon qui se retrouve bientôt séparé de sa mère, en proie à un père de plus en plus irascible, de plus en plus violent et qui ne voit d'autre carrière pour son fils que la sienne, celle de marin-pêcheur.
Mais Iouri veut étudier, s'intéresse à l'ornithologie et surtout, sacrilège suprême aux yeux de son géniteur, éprouve une inclinaison très forte pour les hommes. Pour donner le change, il suivra le parcours traditionnel des pionniers, rencontrera Luka avec lequel il a ses premiers émois amoureux, et montera à bord du chalutier confié à son père en tant que mousse. Une expérience aussi traumatisante que formatrice et qui s'achèvera de façon dramatique.
Après la chute de l'URSS et le retour de prisonniers des camps, un nouvel espoir de revoir Klara naît.
Mais le nouveau régime charrie aussi avec lui lenteurs administratives et jugements arbitraires. Isabelle Autissier montre fort bien que la peur ne s'envole pas d'un jour à l'autre et que l'économie de marché provoque aussi de grands bouleversements, surtout dans ces régions reculées. Un roman fort, à hauteur d'hommes qui tisse des liens entre les générations et qui démontre combien il est difficile de s'évader, de vouloir fuir un destin ancré dans les gènes.

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isabelleisapure
  30 juin 2019
Lorsqu'il avait quitté la Russie en 1994, 23 ans auparavant, Iouri s'était juré que c'était pour toujours et le voilà, le nez collé au hublot regardant sa terre natale se rapprocher de plus en plus.
A 46 ans, Iouri a passé la moitié de sa vie aux Etats Unis, il y a construit sa vie avec son compagnon et sa passion pour les oiseaux dont il a fait son métier.
Dès la sortie de l'aéroport, il se sent agressé par les pubs pour I phones, les magasins regorgeant d'articles de mode aux tons flashy.
« Il avait laissé l'URSS en noir et blanc, la Russie était passée à la couleur ».
Une fois quitté le centre-ville, il retrouve son quartier inchangé, sinistre avec ses barres de béton hautes de dix étages, aux façades plus lépreuses que jamais.
C'est à la demande de son père mourant que Iouri a fait ce voyage.
Le vieil homme sur son lit d'hôpital, lui raconte la nuit où la police stalinienne a arrêté Klara, sa mère, alors qu'il n'était qu'un enfant, le laissant seul avec Anton, qui l'a élevé tant bien que mal sans chercher à comprendre.
Iouri se livre à une enquête minutieuse et avec tout son talent Isabelle Autissier nous plonge dans une histoire familiale qui se mêle à la grande histoire de l'Union Soviétique aux heures les plus sombres.
Elle fait alterner les voix de chacun de ses personnages sans jamais lasser ni perdre le lecteur.
« Oublier Klara » est l'histoire d'une femme mais surtout l'histoire de trois hommes ballottés par des évènements qui les dépassent dans un pays où il est préférable de se taire.
Avec ce nouveau roman, Isabelle Autissier confirme son talent d'écrivaine. Elle décrit magnifiquement les paysages hostiles mais néanmoins sublimes et nous montre tout un peuple meurtri par une époque douloureuse.
Merci à NetGalley et aux Editions Stock
#OublierKlara #NetGalleyFrance

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motspourmots
  09 mai 2019
La navigation, la nature, l'écologie.
Les centres d'intérêt d'Isabelle Autissier sont aussi ses thèmes de prédilection en tant que romancière et ce dernier opus ne déroge pas à la règle.
Elle nous entraine dans une aventure sur trois générations, explorant les méandres des secrets ensevelis dans les archives de l'ex-URSS et leur impact sur une famille, jusqu'à nos jours. Et situe son intrigue dans la région de Mourmansk, à l'industrialisation effrénée et affreusement polluante ; un taux de radioactivité qu'il ne vaut mieux pas trop mesurer... et une zone de pêche intensive.
Son héros, Iouri vit depuis longtemps aux Etats-Unis ; ornithologue, il a fui une famille russe pesante, un père violent et peu enclin à accepter son homosexualité.
Mais Rubin est mourant et Iouri se rend à son chevet où son père lui demande d'essayer de trouver la vérité sur ce qui est arrivé à sa propre mère, Klara, la grand-mère de Iouri. Disparue en pleine nuit, arrêtée à son domicile sous les yeux de son mari et de son fils, impuissants. Et jamais réapparue.
Pour Iouri, la quête auprès des archives est aussi l'occasion de se pencher de nouveau sur son enfance et, sur celle de son père, meurtrie par cette absence. Rubin a trouvé dans l'activité de pêcheur, en tant que capitaine d'un chalutier, un exutoire à ses souffrances. Endurci, il mènera ensuite la vie très dure à son fils...
Une histoire à rebondissements, que l'auteure construit avec soin, apportant petit à petit les éclairages sur les failles d'hier à l'origine des souffrances d'aujourd'hui.
Mais également propice à une exploration des mers, avec des scènes passionnantes sur la pêche au chalut et ses cadences infernales. Quant à la nature, elle est de plus en plus présente, sur les traces de Klara dont Iouri tente de reconstituer le parcours et qui nous vaut de très jolies pages sur l'aventure du grand nord et sa place dans la politique de développement de l'URSS de l'après-guerre.
On apprend pas mal de choses, on voyage. Et on trouve encore une occasion de s'interroger sur les ravages infligés par l'homme à son environnement.
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critiques presse (5)
Telerama   01 juillet 2019
Mais Isabelle Autissier brille aussi dans une autre navigation en solitaire, celle de l’écriture.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeMonde   28 juin 2019
Avec Oublier Klara, la romancière parcourt l’espace et le temps – l’Arctique et la Sibérie, l’URSS puis la Russie –, sensible à l’humain comme à la nature.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeMonde   27 juin 2019
En suivant les pérégrinations de Iouri dans ces terres dévastées, elle exprime, par la puissance de son style iodé, une vérité essentielle : avec le déclin de la biodiversité, c’est la beauté du monde qui disparaît.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique   05 juin 2019
Oublier Klara nous emmène au-delà du cercle polaire. On retrouve l’écriture virile et poétique de l’écrivaine.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro   22 mai 2019
La navigatrice publie un roman captivant sur la mémoire et la nature.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   26 juin 2019
Iouri se sentit soulagé. A son retour de Russie, il avait trainé son malaise, cauchemardé parfois d’une Klara décharnée derrière une grille de goulag, de son père le jaugeant dans la cuisine, de Serikov, surtout, qu’il voyait resurgir comme un pantin démantibulé et qui le poursuivait. Des scènes lui traversaient la mémoire, jusque dans la journée, le rendant irritable. Il avait fallu plusieurs semaines pour rendre de nouveau étanche la frontière entre sa vie d’avant et celle d’aujourd’hui.
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Franka13Franka13   27 mai 2019
La neige fondait, donnant à la toundra l'aspect d'une peau de léopard. Sous la glace devenue translucide couraient les veines bleutées des ruisseaux. Des odeurs de marigot et de décomposition de plantes mortes stagnaient au dessus des flaques. Partout ailleurs, l'air se gorgeait de parfums d’herbes fraîches et de terre grasse. Le ciel quitta son habit bleu pâle pour un bleu profond, se marbrant de rouge et d'or au cours d'interminables soirées. Après la longue nuit en noir, gris et blanc, les couleurs s'imposaient. Les campanules, les myosotis, les épilobes, les pavots, les renoncules explosaient en taches bleues, violettes ou orange; L'anticyclone arctique s'installa. L'air ralentit sa course et se posa sur l'ile comme un édredon.
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hcdahlemhcdahlem   26 juin 2019
INCIPIT
« IOURI
Retour à Mourmansk
C’était l’heure sublime.
Iouri n’avait pas demandé une place au hublot, mais l’avion était loin d’être plein et il s’y était glissé. Il savait qu’il serait incapable de lire ou de se concentrer sur quoi que ce soit. Mieux valait regarder le paysage qui agissait comme une hypnose apaisante. Huit mille mètres sous lui s’étendait un blanc sans fin, à peine tranché, çà et là, d’une route sombre, dont on ne pouvait dire où elle conduisait. Les lacs gelés renvoyaient un éclat bleuté, la forêt alignait ses troncs bruns qui n’avaient pas retenu la neige. Ailleurs, blanc, blanc, blanc.
Alors que le soleil tangentait l’horizon, le rose et le pourpre s’imposèrent. La neige semblait flamber. La couleur du ciel allait du jaune orangé à l’ouest au noir à l’est. Il aurait voulu être dans le poste de pilotage pour embrasser l’ensemble de ce lavis et savourer ces minutes. Ses souvenirs d’un tel panorama dataient de près de trente ans, sur un chalutier de fer, quelque part loin au nord. Depuis, l’éclairage urbain lui avait toujours masqué l’arrivée de la nuit. Il sentait que ce spectacle était fait pour lui seul, pour l’aider à retisser les liens avec ce passé qu’il s’apprêtait à affronter.
La gloire des couleurs ne dura que quelques minutes, puis tout sombra dans le sépia, et enfin le noir prit possession de l’espace. Seule une lueur, sur la gauche de l’appareil, signalait leur destination.
– Mesdames et messieurs, nous allons prochainement atterrir à Mourmansk, veuillez regagner vos sièges…
En entendant l’annonce standardisée de l’hôtesse, Iouri perçut ce vieux serrement au niveau du plexus qu’il n’avait plus éprouvé depuis longtemps. Voilà. On y était. Plus d’échappatoire. Depuis qu’il avait pris la décision de revenir, quelques jours plus tôt, il avait évité de penser aux conséquences. En route, il s’était appliqué à se laisser bercer par l’irréalité de ces voyages longs-courriers : foules d’aéroports, queues, cafés insipides, films à la chaîne qui vous laissent comateux et rendent indistinctes les heures du jour ou de la nuit. Il avait toujours comparé la position du voyageur intercontinental à une régression fœtale. Ce qui, aujourd’hui, s’appliquait parfaitement à son cas.
En sortant de l’aéroport, il repéra le coin des « brouettes », les taxis clandestins, grâce aux hommes emmitouflés qui hélaient discrètement les voyageurs. Il avait largement de quoi se payer un vrai taxi mais eut pitié de ces types qui faisaient le planton dans la nuit, espérant quelques roubles.
– Business, Sir ? S’enquit le chauffeur.
Il avait dû repérer la qualité de la valise. La conversation était un passage obligé dans une brouette et un peu de sympathie pouvait rapporter un pourboire. Iouri répondit en russe.
– Oui, inspection de la sécurité de la Route du Nord.
Pourquoi mentait-il ? Parce qu’il était trop long ou trop douloureux d’expliquer qu’il arrivait d’Ithaca, État de New York, pour assister, vraisemblablement, à la mort de son père. Il aurait fallu raconter qu’il n’avait pas mis les pieds en Russie depuis 1994, vingt-trois ans auparavant, et qu’il s’en était enfui en se jurant que c’était pour toujours.
La vieille Mercedes taillait la route, ses phares perçant à peine une purée de microcristaux de glace. Ils quittèrent la forêt, la neige devint noire. La poussière de charbon ! Iouri avait oublié que Mourmansk baignait dans son nuage de polluants, dont celui-ci n’était que le plus visible.
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SbllySblly   29 avril 2019
Les soirs de vent, comme celui-là, la lumière dansait dans la pièce sombre. L’effet en était hypnotique et ravivait les souvenirs. Il s’apercevait de l’ardeur avec laquelle il avait renié les vingt-trois premières années de sa vie. Jamais il n’avait voulu prendre ou envoyer de nouvelles. Au début, il craignait un chantage affectif de sa mère, ou les moqueries de son père, ensuite ce fut par facilité. La vie d’avant ne devait pas contaminer celle d’aujourd’hui, risquant de lui provoquer des angoisses ou des remords. Le mail de cet Anatoli venait contrarier sa ligne de conduite. C’était sans doute le signe que le temps était venu. Un homme peut-il refuser de répondre à l’appel d’un père malade ? N’y avait-il pas une paix à sceller ? Une main tendue qu’il se reprocherait de ne pas avoir saisie quand arriverait, à son tour, la fin de sa vie ?
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Franka13Franka13   27 mai 2019
Comme une escouade qui jaugerait l'ennemi, les marins retenaient leur souffle. Le silence régnait jusqu'à ce que l'énorme poche arrive à la surface. Grands ou petits, maigres ou gros, jeunes ou vieux, pendant quelques minutes, ils se ressemblaient tous. Visages tendus, sourcils froncés, les yeux ardents, ils n'étaient qu'une bande de chasseurs de Néandertal enserrant une antilope. Certains se frappaient le poing dans la paume, d'autres tapaient nerveusement du pied ou, au contraire, restaient immobiles, comme frappés de catalepsie. Une partie de leur paye se jouait à chaque remontée et le désir de boucler le quota le plus vite possible les tenaillait. Mais dans ces corps tendus se lisait surtout une avidité immémoriale, la jouissance de voir une montagne de chair vivante s'abattre sur le pont et ce sentiment de puissance, de tirer des profondeurs des vies qui allaient s'offrir à leurs couteaux. Ils ressentaient, dans ces instants, une solidarité de meute.
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Retrouvez vos "Live Books" du dix-septième numéro saison 2 de Gérard Part En Live ici :
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Poisons de Golo Zhao aux éditions Pika https://www.lagriffenoire.com/1000391-livres-mangas-poisons.html
Le cahier de recettes de Jacky Durand aux éditions Stock https://www.lagriffenoire.com/146941-divers-litterature-le-cahier-de-recettes.html
Stray bullets T01 de David Lapham aux éditions Delcourt https://www.lagriffenoire.com/147916-achat-bd-stray-bullets-t01.html
Un manoir en Cornouailles de Eve Chase et Aline Oudoul aux éditions 10-18 https://www.lagriffenoire.com/1002225-nouveautes-polar-un-manoir-en-cornouailles.html
La Disparition de Stephanie Mailer de Joël Dicker aux éditions de Fallois https://www.lagriffenoire.com/1002577-poche-la-disparition-de-stephanie-mailer-poche.html
Le bruissement des feuilles de Karen Viggers et Aude Carlier aux éditions Les Escales https://www.lagriffenoire.com/148246-divers-litterature-le-bruissement-des-feuilles.html
La Mémoire des embruns de Karen Viggers aux éditions Livre de Poche https://www.lagriffenoire.com/6940-divers-litterature-la-memoire-des-embruns.html
Le Murmure du vent de Karen Viggers aux éditions Livre de Poche https://www.lagriffenoire.com/108896-divers-litterature-le-murmure-du-vent.html
Godman, Tome 1 : Au nom de Moi de Jonathan Munoz aux éditions Fluide Glacial https://www.lagriffenoire.com/111366-achat-bd-godman.html
Godman, Tome 2 : Au nom de Möa Godman, Tome 2 de Jonathan Munoz aux éditions Fluide Glacial
La disparue de Saint-Maur (T.3) de Jean-Christophe Portes aux éditions City poche https://www.lagriffenoire.com/1002685-nouveautes-polar-la-disparue-de-saint-maur-t3.html
La Prisonnière du temps de Kate Morton et Anne-Sylvie Homassel aux éditions Presses de la Cité https://www.lagriffenoire.com/147457-divers-litterature-la-prisonniere-du-temps.html
Ragdoll de Daniel Cole et Natalie Beunat aux éditions Pocket https://www.lagriffenoire.com/104626-polar-livres-de-poche-ragdoll.html
L'Appât de Da
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